Pour entrer dans l'ère post-démocratique promise par la Constitution européenne, il faut forcément violer un peu les foules - et celles de France ont démontré dans l'Histoire qu'elles pouvaient être très coriaces... - c'est à dire réduire le "débat démocratique" à sa plus simple expression.
L'imposture est telle que nous avons pressenti dès le lancement du site qu'il faudrait y consacrer une rubrique entière intitulée "Partialité".
Le comptage des intervenants selon « Arrêts sur images »
Des chiffres qui ont valeur d'indice (pas plus, pas moins). Ils sont accablants.
Lors de l'émission
« Arrêt sur images » du 10 avril 2005, la séquence consacrée à « l'info-chronométrage du mois de mars 2005 » (Comptabilisation d'Aurélie Windels, présentée par Perrine Dutreil) proposait les chiffres suivants sur le nombre d'intervenants à la télévision sur le Traité constitutionnel européen entre le 1er janvier et le 31 mars 2005 :
Toutes émissions confondues (JT, émissions politiques, émissions de divertissement)
- Nombre d'intervenants favorables au « Non » : 29%
- Nombre d'intervenants favorables au « Oui » : 71%
Dans les journaux télévisés
- Nombre d'intervenants favorables au « Non » : 27%
- Nombre d'intervenants favorables au « Oui » : 73%
Dans les émissions politiques
-> Même répartition pour « Question ouverte » (France 2), « Face à la Une » (TF1), « Le Vrai journal » de Karl Zéro (Canal plus)
- Nombre d'intervenants favorables au « Non » : 33%
- Nombre d'intervenants favorables au « Oui » : 67%
-> « France Europe Express » (France 3)
- Nombre d'intervenants favorables au « Non » : 30%
- Nombre d'intervenants favorables au « Oui » : 70%
-> « 100 minutes pour convaincre » (France 2)
- Nombre d'intervenants favorables au « Non » : 50%
- Nombre d'intervenants favorables au « Oui » : 50%
Dans cette dernière émission, « on a l'impression en revanche d'une grande équité », indiquait Perrine Dutreil qui corrigeait aussitôt : « Mais ce n'est qu'une illusion » puisque, précisait-elle, les invités principaux étaient des partisans du « Oui » (Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn...), alors que les partisans du « Non » n'arrivaient qu'en toute fin d'émission « pour un temps de parole restreint » (Philippe de Villiers, Jean-Pierre Chevènement...).
On ne peut également s'empêcher d'évoquer l'émission-phare de la propagande européiste "France Europe Express" sur France 3 (cela fait beaucoup d'évocation de la "France" pour une rédaction si pressée d'en finir avec elle), où le siège de l'invité principal n'a jamais été occupé par un défenseur du "non", lequel doit se contenter d'un strapontin d'où il doit affronter, outre l'invité principal du "oui", les trois journalistes Mme Ockrent ("oui"), M. Blier ("oui"), M. July ("oui"), un "expert" soi-disant indépendant mais toujours favorable au... "oui", tel ou tel invité secondaire en plateau ou en duplex de Bruxelles faisant la campagne du..."oui" etc.
Les chiffres ici cités sont accablants. Encore ne sont-ils que des indices.
- Ils ne disent rien des temps de parole et surtout des conditions d'expression des divers protagonistes (Quel était le contexte de chaque intervention ? Quelles questions leur ont été posées ? Quelle était l'attitude des journalistes ?)
- Ils ne prennent pas en compte la place occupée par les chroniqueurs et éditorialistes (Regardez LCI ou "France Europe Express" par exemple...)
- Ils sont une « coupe » (certes de trois mois) dans des années de diffusion totalement disproportionnée des opinions politiques aujourd'hui cristallisées dans les arguments favorables au « Oui ».
Désormais, depuis le 4 avril, les chaînes de télévision sont invitées à respecter les règles édictées par le CSA qu'un mot, d'une imprécision toute jésuitique, suffit à résumer : «équité ».
Il est possible - mais pas sûr - qu'un certain « équilibre » soit désormais respecté, du moins en ce qui concerne le nombre et les temps de parole des intervenants.
Mais faudra-t-il oublier, une fois l'élection passée (comme après les mobilisations sociales de 1995 et de 2003, par exemple) que le pluralisme pratiqué par les médias dominants cultive, en règle générale, une diversité à sens unique ?