Combien de villes ou de départements ont-ils goûté aux prêts dits «toxiques» ? Et se retrouvent avec des échéances insupportables. Tous ne le crient pas sur les toits. Bien embêtés de s’être fait ainsi piéger. Telle cette petite ville (24 000 habitants) du Sud-Ouest, occupée à renégocier ses prêts. Pour d’autres, comme Tulle, Saint-Etienne, Laval ou Chartres… la facture est parfois si lourde ou si encombrante que le débat a été porté sur la place publique, en espérant que cela aide à trouver une solution.
A l’origine du désastre, les montages sophistiqués de banques, comme Dexia (ex-Crédit local de France), la Caisse d’Epargne-Natixis, le Crédit agricole ou encore Fortis. Au lieu d’emprunts tranquilles à taux fixes, les banques se sont mises à inventer des formules proches, à bien des égards, des crédits subprimes qui conduisent à la faillite des millions de ménages américains. Ce sont les produits structurés. Au début, le taux est avantageux, mais il peut vite déraper à cause de formules d’indexations sophistiquées. «Ces formules sont une sorte de pari, explique un ancien de Dexia. Elles jouent sur des anticipations divergentes, par exemple, l’évolution du yen comparé au franc suisse, ou encore sur le différentiel entre le loyer de l’argent à court terme et à long terme.» Cela s’appelle «jouer sur la pente de la courbe des taux». Et cette pente se fait toboggan.
Il ne s’agissait pas pour les édiles de miser comme au casino, mais de décrocher des conditions de prêts extrêmement compétitives par rapport à des emprunts classiques. Ce fut vérifié pour une majorité d’entre eux. Tout au moins à court terme. En tout cas, tant que le pari fait à un moment donné ne se retourne pas subitement. Mais les indices sont devenus aujourd’hui si volatils que les prêts sont devenus risqués. Selon une étude publiée l’été dernier, entre 30 et 35 milliards d’euros, soit un quart environ des emprunts des collectivités locales (sur un volume d’environ 120 à 130 milliards d’euros) seraient toxiques. Néanmoins pour certaines villes, ces produits structurés peuvent atteindre jusqu’à 50 % de la dette !
Les collectivités territoriales sont assises ainsi sur une petite bombe, sans que l’on puisse encore évaluer les dégâts de la déflagration.