Interview de Jean-Luc Mélenchon - Le Parisien 26 septembre 2006
Avez-vous peur que les nouveaux adhérents favorisent Ségolène Royal ?
Non, je n'ai pas peur des nouveaux adhérents. Il y a parmi eux des syndicalistes ou des partisans du non. Mais même pour ceux là, je trouve qu'il y a une mystification. Moi je ne leur demande pas de venir m'aider à faire gagner un candidat, fusse-t-il le mien. Le PS ce n'est pas la Star Ac, ni une course de chevaux. Le système du parti ouvert comme un hall de gare participe de la dépolitisation de la société. Ce n'est plus le parti qui va transmettre une culture à l'extérieur, c'est l'extérieur qui va submerger une culture commune.
Vous pensez que les nouveaux adhérents Internet repartiront aussi vite qu'ils sont venus ?
Peut être pas, il y aura un brassage. Ce dont je suis sûr, c'est que beaucoup sont venus essentiellement pour désigner notre candidat à la présidentielle, puisque c'est comme ça que les choses leur ont été présentées. Certains sont étonnés qu'on exige d'eux qu'ils se présentent à la section. Or être membre du PS, ce n'est pas seulement désigner un candidat, c'est militer, défendre les idées du parti et être membre d'un syndicat et d'une association de consommateur comme l'exigent nos statuts. Lorsque j'ai adhéré au PS, on ne votait pas avant d'avoir participé à la vie de la section pendant un an.
Un an, c'était une bonne règle ?
Je ne mythifie pas l'ancien parti. J'en connais les limites. Mais c'est le délai qu'il faut pour bien se repérer dans le parti, acquérir un minimum de culture commune, et pour ne pas se laisser manipuler par les médias, les sondages ou les beaux parleurs de la section. La culture politique, c'est une condition préalable à la décision politique.
Vous redoutez que le flot de nouveaux venus change les règles du jeu ?
Il est clair qu'on a changé de parti. Les effectifs du PS c'était environ 100.000 - 120.000 adhérents. On a presque doublé. 85.000 personnes ont pris une carte pour désigner un candidat, soit un nombre presque équivalent de nouveaux que d'anciens. C'est presque comme si on organisait une primaire à l'américaine.
Cela a bien réussi à la gauche italienne...
Non. Si c'est pour élire une personnalité centriste du genre de Romano Prodi, cela ne m'intéresse pas. Et Berlusconi les a battu en voix !