Hier soir à 20h00, dans le cadre du Festival d' Avignon, j'ai assisté avec délectation au spectacle " Lettres à un jeune Poète" inspiré de l’œuvre de Rainer Maria Rilke mis en scène par Albert LERDA, et interprété par le jeune et brillant Stephen PISANI,


Invitation à une réflexion intérieure...

C'est le théâtre "Le verbe fou" situé 95 rue des infirmières qui a servi d'écrin au talent de l'interprète, qui, du haut de ses 26 ans captiva un public attentif et bientôt conquis.

L'avantage de ses "petites salles" étant de favoriser le lien entre l'artiste et son public, tout au long du spectacle qui dura environ une heure, une forme de communion s'installa, chacun étant interpellé à un titre ou à un autre par la grande qualité et la richesse des textes joués.

Difficile en effet alors que l'expérience de la vie vous a poli, enjoué ou maltraité, de rester insensible à ces lettres dont voici quelques extraits livrés à votre méditation ou à votre conscience...


"Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne , c'est à cela qu'il faut parvenir. Être seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elles font. S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être près des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien. Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-même à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. N'écrivez pas de poèmes d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personnalité s'affirmera, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres"
 
Ces textes nous aident à grandir, à sortir d'un mode de pensée convenu et sclérosé. Ils touchent à notre intimité profonde, disent ce que nous pensons, ce que nous voudrions savoir dire. Et nous montrent l'humanité telle que nous voudrions la connaître et surtout l'être.

En passant du côté du Festival, courez voir ce spectacle magnifique et laissez-vous emporter par les délices de ces lettres.....à un spectateur qui avait peut-être oublié où se situait l'essentiel !


Permalien Guy Queytan avec Istres | Commentaires (9) | Rédigé par Guy Queytan avec Istres le 14/07/2011 à 07:00


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