Près de douze millions de personnes sont confrontées à la sécheresse et à l’insécurité alimentaire. Le point sur la situation :
Quelles sont les causes de la famine? Douze millions de personnes sont concernées par cette crise alimentaire qui sévit principalement dans cinq pays: la Somalie, le Kenya, l'Ethiopie, l'Ouganda et Djibouti. Ce sont des facteurs climatiques qui ont déclenché la situation, "sur un terreau de sous-développement économique et de crise politique", précise Jean-Cyril Dagorn d’Oxfam France. Les deux dernières saisons des pluies ont été très en deçà de la pluviométrie habituelle dans la Corne de l’Afrique.
Dans cette région, les populations ont pour habitude de creuser des points d’eau pour recueillir l’eau de pluie. En raison de la sécheresse, ces points d’eau sont asséchés et le niveau des nappes phréatiques a baissé.
Les habitants sont pour la plupart des éleveurs et dans une moindre mesure des cultivateurs. Or, l’absence d’eau a entrainé comme double conséquence le manque de fourrage pour le bétail et un déficit céréalier. Enfin, autre circonstance aggravante: la hausse des cours du prix du pétrole, qui a une incidence sur les prix alimentaires mondiaux, fragilise les populations urbaines qui importent les produits.
Dans certaines zones, la sécheresse est venue s’ajouter à un contexte de crise déjà sévère. C’est le cas en Somalie, en proie à des combats depuis le début des années 1990. Dans ce pays, contrôlé en grande partie par les shebab, des milices proches d’Al-Qaïda, les combats créent un climat d’insécurité depuis vingt ans, ce qui a un impact sur la circulation des marchandises et provoque des déplacements de population. Par exemple, le camp de réfugiés de Dadaab situé au Kenya voit arriver massivement des réfugiés somaliens. Prévu pour accueillir 90.000 personnes, il en compte actuellement presque 400.000.
Pourquoi la communauté internationale n’a-t-elle pas réagi avant?
Dès la fin de l’avant-dernière saison des pluies, très faible, les ONG ont alerté sur les risques qu’encouraient les habitants de la Corne de l’Afrique. Mais comme il ne s’agissait pas encore à proprement parler d’une situation d’urgence, les médias ne s’en sont pas fait l’écho. "On sait que la Somalie est en crise humanitaire depuis vingt ans mais personne n’en parle", rappelle Vincent Mudry du Secours Catholique. Les gouvernements éthiopien et kenyan ont reconnu très récemment la situation de crise, "c’était le signal qu’attendaient les ONG pour donner l’alerte", explique le chargé de programmes. En Somalie, les milices shebab ont également indiqué début juillet aux organisations humanitaires qu’elles autorisaient leur intervention.
Pour déterminer le niveau d’urgence, cinq paliers sont utilisés par les agences internationales: sécurité alimentaire, crise alimentaire modérée, crise alimentaire élevée, urgence humanitaire et famine.
Huit critères sont pris en compte pour déterminer une famine:
- le taux de mortalité: quand il dépasse 2 morts sur 10.000 habitants par jour - le taux de malnutrition aiguë: quand il concerne plus de 30% des enfants de moins de cinq ans - la présence de pandémies - l’accès à moins de 2100 calories par jour et par personne - l’accès à moins de 4 litres d’eau par jour et par personne - des mouvements de population importants et une concentration dans les camps - une sécurité quasi inexistante et la probabilité de conflits - la perte de tous les moyens d’existence > Comment l’aide humanitaire est-elle acheminée? En Ethiopie et au Kenya, des systèmes nationaux d’aide ont été mis en place. Les ONG respectent ce cadre tout en s’appuyant sur leurs relais locaux pour acheminer l’aide, qui prend plusieurs formes: - l’aide alimentaire directe (distribution de nourriture) - dans les zones pastorales, des programmes sont lancés pour maintenir le bétail en vie. Dans les zones agricoles, des semences sont distribuées - la prise en charge médicale des malnutris - une intervention sur l’accès à l’eau et l’assainissement - des interventions pour les populations déplacées (distribution de kits d’hygiène, d’abris dans les camps…)
Comme pour toutes les crises humanitaires, les ONG sont organisées sous forme de "clusters" selon leur domaine de compétence (nutrition, eau/assainissement…), sous l’égide des Nations Unies.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) travaille avec les autres agences de l’ONU pour acheminer l’aide. Une ONG comme Action contre la Faim (ACF), présente depuis plusieurs années en Somalie, dispose d’équipes locales qui acheminent l’aide aux populations. Dès le déclenchement de la phase d’urgence, elle envoie ses stocks "prépositionnés" dans des endroits stratégiques (comme des aéroports de fret au Moyen-Orient). On appelle cela des "stocks de contingence".
En raison des problèmes de sécurité en Somalie, un certain nombre d’ONG n’interviennent plus dans le pays. Début 2009, les milices shebab avaient notamment interdit l'accès des territoires qu'ils contrôlent au PAM. Pour les autres, l’acheminement des convois reste très compliqué, il nécessite de négocier avec les milices qui contrôlent telle ou telle zone. L’ONU a indiqué le 21 juillet qu’un pont aérien devrait être mis en place prochainement pour venir en aide aux enfants de Mogadiscio, la capitale somalienne, avec l’accord des milices shebab.
Quels scénarios peut-on envisager dans les prochaines semaines?
On entre dans la période de soudure (qui correspond à la période qui sépare la fin de la consommation de la récolte de l'année précédente et l'épuisement des réserves de la récolte suivante). Jusqu’aux prochaines récoltes début 2012, la région est donc en situation d’urgence et les habitants dépendent de l’aide alimentaire pour leur survie.
Devant la situation et les images d’enfants affamés qui déferlent sur les écrans, les dirigeants politiques ont pris des engagements financiers.
Lundi 25 juillet, une conférence est organisée par la FAO. Elle réunit les ONG, les fondations et les Etats membres de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Le 27 juillet, une réunion des grands pays donateurs est prévue à Nairobi.
Pour l’heure, l’ONG Oxfam estime que 800 millions de dollars manquent pour parvenir au 1,87 milliard de dollars considéré nécessaire par l’ONU pour apporter une aide suffisante.
Les acteurs de l’aide rappellent néanmoins que c’est la 5e crise alimentaire en 10 ans sur le continent africain. "A quand une véritable politique d’aide humanitaire et d’aide au développement?" demandent-ils.