Après une odyssée maritime de quatre mois et demi et une facture de 12 millions d'euros, l'ancien porte-avions "Clemenceau", alias la "coque Q790", est arrivé mercredi 17 mai en rade de Brest. L'Etat lancera à l'automne une procédure de marché public pour son démantèlement, la notification du marché devant intervenir en décembre 2007. Les écologistes préviennent qu'ils seront vigilants.
Quelque peu rouillée par les embruns, la coque Q790 a touché l'épi n4, quai d'accostage des porte-avions dans la base navale à 10h. De retour en France après avoir parcouru 18.000km depuis son appareillage de Toulon fin décembre, l'ancien Clemenceau a suscité "de l'émotion" chez le préfet maritime de l'Atlantique, le vice-amiral d'escadre Laurent Mérer.
"J'ai une pensée pour les dizaines de milliers de marins qui ont navigué à bord depuis les années 60. C'est à eux que je veux rendre hommage", a-t-il déclaré sur l'épi n°4.
Le bâtiment de 266m de long, désarmé depuis 1997 après 36 ans de service actif, devait être fixé au quai d'ici jeudi soir par huit aussières (câbles d'amarrage) et à trois coffres (bouées en dur) à l'arrière.
Ensuite, l'inspection du navire durera une quinzaine de jours. Sur ce chantier, 140 marins se succéderont pour sécuriser le navire et l'électrifier avec 800m de câbles.
C'est début juin devrait démarrer l'expertise de la coque qui contient près de 3.000 locaux, dont 1.200 accessibles.
Un expert indépendant "établira le diagnostic complet des matériaux potentiellement dangereux se trouvant encore à bord", a indiqué le ministère de la Défense. "Tous les produits dits nocifs seront identifiés et localisés, et leur quantité estimée".
L'expert indépendant devra déterminer les risques "que pourrait faire courir la coque à l'environnement et définir l'ampleur du chantier de dépollution". Les chiffres de tonnage d'amiante restant à bord vont de un à dix selon qu'on écoute l'Etat ou les ONG.
Si la France a procédé à un désamiantage partiel du Clemenceau avant de l'acheminer vers le chantier d'Alang en Inde en vue de sa démolition, le 15 février dernier, le Conseil d'Etat suspendait le transfert du porte-avion au titre que le bâtiment démilitarisé était considéré comme un déchet toxique. Au final, Jacques Chirac ordonnait son retour en France.
Au début de l'automne 2006, le service de soutien de la flotte lancera une procédure de marché public pour le démantèlement du Q790, la notification du marché devant intervenir en décembre 2007, selon le ministère de la Défense.
L'association Greenpeace avertit ne relâchera pas la pression sur le Clemenceau pour autant, a assuré mercredi à Brest son directeur de campagne Yannick Jadot. Il attend de la France qu'elle conduise "une opération exemplaire de démantèlement", a-t-il déclaré à l'Associated Press.
Yannick Jadot s'est en tout cas félicité du retour du Clemenceau et de la décision du ministère de la Défense de mettre en place "une expertise indépendante . Il a fallu vingt ans de campagne pour obtenir une convention sur les déchets toxiques , Il faut maintenant bâtir un cadre international pour le démantèlement des navires en fin de vie".
Et en plus la FRANCE a été ridiculisé dans cette affaire !