Le RSA : Outil de lutte contre la pauvreté salariale ou dispositif aux effets pervers ?



Le revenu de solidarité active (RSA) a été expérimenté dans une vingtaine de départements. Ce dispositif est-il de nature à réduire la pauvreté ?
Alors que le tout petit blog loin derrière vous présente ce dispositif comme un progrès colossal , j'ai tenu à gratter un peu le fragile vernis dissimulant les incohérences de "l'idée du siècle" ! Voici donc quelques précisions qui me semblent utiles......

Le RSA : Outil de lutte contre la pauvreté salariale ou dispositif aux effets pervers ?

Le RSA laisse inchangée la situation des ménages pauvres qui ne sont pas en emploi, comme par exemple les personnes âgées ne percevant que le minimum vieillesse (dont le montant est situé en dessous du seuil de pauvreté). Ce n'est donc pas un remède miracle contre toutes les formes de pauvreté, et bien d'autres efforts seraient nécessaires en matière de logement, de santé, de garde d'enfants..pour effacer cette tache sociale qu'est la pauvreté dans une société riche .


Le RSA ne me paraît pas de nature à réduire réellement la pauvreté salariale. Il porte l'idée que la lutte contre la pauvreté des revenus passerait d'abord par des incitations monétaires à la mise au travail, à n'importe quel travail. De quoi encourager l'expansion des "petits boulots". Or, c'est précisément cette expansion qui produit la pauvreté salariale que l'on prétend combattre. Eradiquer la pauvreté salariale suppose de réduire le nombre de petits boulots et d'emplois à temps partiel, et refuser de considérer leur développement comme une fatalité qu'il faudrait accompagner socialement.

Le projet initial de RSA prévoyait d'en appeler à la négociation collective, de branche notamment, pour conclure des accords fixant des objectifs (et un calendrier) de réduction de ce type d'emplois, sous peine de sanctions publiques, comme des moindres allégements de cotisations sociales. Au stade de l'expérimentation, ce genre de garde-fou ne peut pas être mis en oeuvre !

On demeure bien loin de l'ambition initiale: faire en sorte qu'un emploi permette d'échapper à la pauvreté .Il faut tout de même comprendre comment nous sommes passés de 6 à 8milliards d'euros, coût du RSA selon le rapport Hirsch de 2005, aux 25millions d'euros, prévus dans la loi "Travail, emploi et pouvoir d'achat" adoptée par le Parlement en juillet dernier. D'abord, le champ d'application a été réduit comme une peau de chagrin par trois sélections:

A)Sélection géographique: quelques bassins d'emploi dans des départements volontaires.
B)Sélection parmi les salariés pauvres :seulement les titulaires de minima sociaux reprenant un emploi, le plus souvent un bout d'emploi.
C)Sélection parmi ces derniers: seulement les allocataires du RMI et de l'API, en excluant les allocataires de l'allocation de solidarité spécifique (ASS), qui sont pourtant plus de 400 000, et ceux de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), qui sont 770 000.

On parle de 90 000 allocataires ciblés chaque année par le dispositif , dont 15 % à 20 % seraient "remis en emploi". On est donc très, très loin des deux millions de salariés pauvres potentiellement concernés par le RSA dont parlait le rapport de 2005 !


Enfin, et plus grave : le RSA version 2005 permettait d'assurer un revenu supérieur au seuil de pauvreté (à 60 % du revenu médian) à une personne employée à quart temps, soit 817 euros par mois en 2005. Or, devant la commission de l'Assemblée nationale, Martin Hirsch a avancé le chiffre de... 564 euros par mois, soit le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian de1994 !

Pour finir , le RSA ne peut tenir lieu de politique d'emploi: une chose est de permettre à chacun de pouvoir vivre de son travail, une autre de créer des emplois en nombre et en qualité suffisante. A mes yeux, le RSA n'est qu'une façon de limiter les dégâts sociaux engendrés par d'insuffisantes créations d'emplois ,il ne devrait donc être qu'une transition pour permettre à chacun d'acquérir une expérience professionnelle et sortir ainsi de l'exclusion ou du cycle infernal des petits boulots.





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