Mais ce fut pas tout pas tout ! Tenez vous bien : un membre du Ministère du Travail des Aînés s'était personnellement déplacé pour me décerner la Médaille de vermeil récompensant une activité professionnelle exercée pendant plus de 55 ans ! Sans oublier la visite surprise de Monsieur Gérard, appareil photo en bandoulière, membre du bureau de ma section UMP de Vélizy, m'apportant 3 bouteilles de "Margnat village", mon vin préféré ! Vous imaginez ma joie et ma fierté.
Et celle de Bernadette, mon épouse. Sans oublier Kiki, mon caniche nain, fier comme un ortolan! J'admets sans honte avoir sangloté comme un gosse.
Et puis est venu le moment de mon discours. La voix étranglée par le trac, j'ai d'abord remercié Monsieur Nicolas, un patron au grand coeur, qui, à l'occasion de mes 65 ans n'a pas hésité à adapter des bretelles à mon poste à soudure afin que je grimpe les étages plus aisément et de surcroît a commandé des harnais sur mesure pour faciliter le transport des sacs de plâtres. Ce geste simple et désintéressé m'a profondément touché : je lui en serai toujours reconnaissant.
Puis j'ai évoqué M. Brice Hortefeux, l'instigateur généreux de la réforme des retraites et chaleureusement félicité les gouvernements successifs, qui, sous la poigne sévère mais juste de Messieurs Fillon et Copé, ont su prendre à bras le corps ce problème crucial... À ce moment du discours j'ai cru entendre quelques quolibets de collègues socialistes et autres mauvais esprits toujours prêts à se rebeller pour travailler le moins possible mais royal comme le président Copé, j'ai méprisé ces manifestations conservatrices d'un autre âge.
Je ne sais ce qu'il m'a pris ; j'ai soudain été secoué par une quinte de toux qui m'a durée 2 bonnes minutes. Mon médecin, un gauchiste du Modem écologique, m'avait assuré que mes poumons ressemblaient à une éponge passée dans un bain d'acide sulfurique du fait de l'absorption de vapeurs toxiques dues au chalumeau. Mais Monsieur Nicolas m'avait persuadé du contraire. Essoufflé, je dus réclamer un siège avant de chuter, victime d'un léger malaise.
Je me réveillai 5 minutes plus tard, pour poursuivre courageusement mon discours sous les ricanements de la racaille bolchevique et l'admiration bruyante de Messieurs Nicolas et Gérard et sous les aboiements et les applaudissements de Bernadette et Kiki. À ce moment, devant la jalousie exacerbée de certains, j'avoue avoir eu mal à la France. Des tremblements incoercibles agitant mes mains m'obligèrent à abréger mon speech. Et ce fut couché sur une civière que je reçu cette médaille si convoitée des mains d'un délégué du Ministère du Travail des Aînés. Ce fut le plus beau jour de ma vie. Ce fut aussi son dernier!
Amis, vive la retraite à 67 ans, puis 70 ans et enfin à 74 ans pour le bien de l'économie et des équilibres financiers si nécessaires au bonheur et à la perpétuation de l'espèce humaine, qu'ils disent ! La mort et la déchéance sont indubitablement au bout de cette réforme qui résoudra au moins un problème majeur : celui de l'euthanasie.
Bon courage et à après !