Je souffre, donc je vaux. Cette soif de persécution qui est une envie perverse de se distinguer, de sortir de l’anonymat et, à l’abri de cette forteresse d’affliction, d’en imposer à ses semblables. Un bon slogan pour tous ceux qui se font valoir par la souffrance.
Au lieu de rivaliser dans l’excellence, l’enthousiasme, hommes et femmes rivalisent dans l’étalage de leurs disgrâces, mettent un point d’honneur à décrire les tourments particulièrement effroyables dont ils seraient l’objet... La souffrance est l’analogue d’un baptême, d’un adoubement qui nous fait entrer dans l’ordre d’une humanité supérieure, qui nous hisse au-dessus de nos semblables... ", nous dit Pascal Bruckner, philosophe, dans La Tentation de l’innocence, paru chez Grasset. Cette citation est étonnante car elle fait le procès des gens qui souffrent de victimite et qui nous embêtent beaucoup.
Les victimistes, c’est une chose, mais il existe aussi des mégalos. Il paraît même que ces gens " dont la tête enflent " sont de plus en plus nombreux. Un phénomène expliqué par la société actuelle qui favorise la tendance à se surestimer. " Au départ, nous sommes tous un peu mégalos. Sa Majesté bébé s’imagine tout-puissant, une phase normale et indispensable au cours de laquelle se construit l’estime de soi. Mais certains passent la mesure : ayant gardé leur illusion infantile et d’ailleurs encouragés par des impératifs sociaux de réussite, ils se croient toujours ' plus ' que les autres et sont impossibles à vivre. Tyranniques ou jouant les ' très ' malheureuses victimes – vous voyez qu’il y a un lien avec la victimite –, ils contraignent leur entourage à céder à tous leurs désirs. " Napoléon en était, Hitler aussi.
BRUCKNER, Pascal. La tentation de l’innocence, Éd. Grasset, Paris, 1995.
Dans un article de Psychologies qui s’intitule " I’m just a mégalo ", on mentionne également Salvador Dali, , Bernard Tapie… mais il y en a beaucoup d’autres. Je n’ai pas le courage de faire la liste des mégalos qui sont actuellement sur la scène publique au Québec parce qu’il y en a quelques-uns sur le plan de la politique, de l’économie, et puis tiens… à la radio aussi peut-être? " Dans son acception la plus commune, la mégalomanie est un trait de caractère d’une grande banalité, écrit Isabelle Taubes dans cet article. C’est se croire plus beau, plus intelligent, plus important, plus fort qu’on ne l’est réellement! Qui n’a jamais succombé à cette illusion à un moment de son existence? Ces tendances sont issues des ambitions, légitimes, que nous nourrissons pour nous-même et de notre narcissisme qui nous pousse à nous surestimer. Elles révèlent un fantasme universellement repérable : être unique. " Ce qui au départ n’est pas vilain. "Si je ne suis pas moi, qui le sera?" Mais il ne faut cependant pas exagérer.
Isabelle Taubes nous apprend que Denise Lachaud, psychanalyste, est l’auteure d’un des rares ouvrages à envisager la mégalomanie au quotidien : La jouissance du pouvoir, paru chez Hachette en 1998. Elle fait remarquer qu’aujourd’hui, les pères sont " démissionnaires, incapables de fixer les limites du possible et de l’impossible, du permis et de l’interdit… " D’après elle, c’est dans l’enfance que naissent les fantasmes mégalos ordinaires, fantasmes qui se développent si personne, à aucun moment – et préférablement, c’est au père de le faire -, n’a ramené l’enfant jeune à sa place. " Vers quatre ans, résume Isabelle Taubes, l’enfant renonce en principe à ses fantasmes de toute-puissance. Lorsqu’une parole paternelle pose : ' C’est moi qui suis l’homme de la maison et qui représente la loi '. Cette parole introduit l’opération que les psychanalystes nomment ' castration symbolique '. Seulement, cette parole, des enfants y sont sourds : notamment ' parce que leur mère refuse que le père intervienne dans leur relation avec leur enfant, phénomène de plus en plus fréquent, assure la psychanalyste. L’enfant risque alors d’être installé à une place qui n’est pas la sienne – celle du père – et se voit conforter dans ses fantasmes de toute-puissance. '
En effet, éduquer c’est en partie imposer des limites. Mais comme cette forme d’autorité paraît dépérir à notre époque, ce n’est pas surprenant que de plus en plus de mégalos vont nous empoisonner l’existence avec leur ego gonflé comme une montgolfière. " Alors, où se situe la frontière entre la mégalomanie normale et la pathologie? ' Lorsqu’il y a coupure franche d’avec le réel, explique Denise Lachaud, ou que l’on constate un mépris radical de ce que peut penser ou éprouver le prochain. Et surtout, lorsqu’on observe des désirs de destruction de l’autre ou de soi-même. ' " C’est là que ça devient pathologique.
TAUBES, Isabelle. " I’m just a mégalo ", Psychologies, décembre 1998
Amis bloggeurs ces comportements ne vous rappelles rien......ou personne ?