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Bolivie : Un pays au bord de l'éclatement
Le 18 décembre 2005, Juan Evo Morales Ayma devenait le premier Indien à être élu président de la Bolivie, le second pays le plus pauvre d'Amérique latine, peuplé à 62 % d'Indiens. Son élection constituait un énorme espoir pour les paysans andins autochtones, car sa principale promesse électorale concernait une réforme de la Constitution censée mieux répartir les richesses du pays entre riches et pauvres. Cependant, deux ans plus tard, le sort des déshérités ne s'est pas amélioré, tandis qu'une crise politique sans précédent menace de déboucher sur la partition de l'État. Comment en est-on arrivé là ? Rappel et analyse.
La Bolivie se caractérise par une séparation radicale entre la majorité indienne autochtone et les 15 % d'"Espagnols" d'origine européenne, ceux-ci monopolisant tant les richesses du pays que le pouvoir - les métis ne constituent pas même 20 % de la population. C'est dire si l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales, ancien président du puissant syndicat des cultivateurs de coca, fit l'effet d'une véritable révolution dans le paysage politique de cet État. Fondateur et président du MAS (Movimiento Al Socialismo - Mouvement Pour le Socialisme), cet Indien aymara n'a en effet jamais caché ses sympathies d'extrême gauche.
Une fois fini l' "état de grâce" qui suit traditionnellement toute élection présidentielle, Morales rencontra ses premières difficultés suite à la nationalisation des hydrocarbures (dont la Bolivie constitue le deuxième exportateur d'Amérique du Sud) qu'il décréta le 1er mai 2006. Le Brésil, dont l'entreprise pétrolière publique Petrobras est traditionnellement le principal investisseur dans ce secteur en Bolivie, ne cacha pas sa colère suite à une telle mesure. Trois jours plus tard, un accord fut toutefois trouvé : les livraisons de gaz bolivien au Brésil seraient garanties, avec des augmentations tarifaires progressives et concertées.
Élection et blocage
Il en alla autrement de ce qui constituait le volet principal du programme électoral d'Evo Morales : l'élection d'une Assemblée constituante chargée d'amender la Constitution afin de nationaliser d'autres secteurs de l'économie - les mines, les forêts et toutes les ressources naturelles - et d'opérer une réforme agraire au profit des paysans les plus pauvres. D'emblée se posa un problème juridique : les modifications à la Constitution devaient-elles être décidées par les deux tiers des élus ou seulement à la majorité simple ? Les élections constituantes de juillet 2006 s'étaient en effet soldées par une victoire du parti présidentiel avec 60 % des votes, sans pour autant lui fournir les 67 % nécessaires.
Il s'ensuivit un blocage politique, qui n'a pas encore trouvé son épilogue aujourd'hui. Mais surtout, ce scrutin illustra le fossé qui s'était creusé entre les cinq départements andins (peuplés en grande partie d'Indiens) d'où est originaire le président, et les quatre riches provinces orientales qui détiennent 67 % du PIB national : Santa Cruz, Tarija, Pando et Beni. Après dix-huit mois de statu quo, Evo Morales n'eut d'autre ressource que de rassembler les 138 députés du MAS dans une école militaire proche de Sucre, et de faire voter par ceux-ci les amendements à la Constitution en l'absence des élus de l'opposition qui boycottaient la réunion. Sous réserve de soumettre ces réformes constitutionnelles à un référendum ultérieur.
Surenchère verbale
Il faut dire que les quatre provinces susmentionnées s'étaient entretemps organisées. Et, en décembre 2007, elles ont adopté, via leurs assemblées régionales, un projet d'autonomie visant à gérer elles-mêmes la collecte des impôts et l'affectation des recettes fiscales, la distribution et l'utilisation de la terre, l'administration de la justice et de la police locale, la réglementation de l'immigration et de l'émigration, l'adoption du régime électoral, la nomination des fonctionnaires publics, la gestion des ressources en gaz, mines et forêts, etc. Ce projet d'autonomie est entré en vigueur le 2 janvier 2008.
Evo Morales a très peu apprécié cette initiative. Il a accusé ses opposants de chercher le "coup d'État" et a placé l'armée en état d'alerte. De leur côté, les quatre provinces frondeuses ont traité le président de "corrompu" et de "vendu aux multinationales américaines ". Cette surenchère verbale est-elle le signe avant-coureur d'un éclatementde la Bolivie ? À l'avenir de nous le dire...
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