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Les embryons hybrides. Que faut-il en penser ?

La déclaration du 5 septembre de l'Human Fertilisation and Embryology Authory qui “ne voit pas de raisons fondamentales d'empêcher la recherche sur les hybrides cytoplasmiques” a été l'occasion pour le philosophe de l'UCL Michel Ghins de mener la réflexion plus loin et repérer des paradoxes dans notre législation. Propos intempestifs.



Les embryons hybrides, de quoi s'agit-il ? Quelle est leur utilité ?

Les embryons hybrides. Que faut-il en penser ?
- On obtient un embryon hybride cytoplasmique en enlevant le noyau d'un ovule et en le remplaçant par le noyau d'une cellule en provenance d'un organisme d'une autre espèce. Des chercheurs anglais proposent d'utiliser des ovules de vache dont les noyaux seraient remplacés par des noyaux de cellules humaines. L'objectif poursuivi est de mieux comprendre les mécanismes de différenciation des cellules-souche qui seront prélevées sur ces embryons.

C'est donc une forme de clonage...

- En effet, il s'agit d'un transfert nucléaire vers un ovule. Comme plus de 99% du matériel génétique (ADN) est contenu dans le noyau et que l'ADN est responsable des caractéristiques d'un individu, l'embryon hybride est une copie presque parfaite de l'organisme donneur de noyau.

Ils sont assez proches des embryons humains, finalement...

Oui, ils sont très proches des embryons totalement humains. Si on implantait ces embryons dans la matrice d'une femme (ce qui est universellement interdit) et si cette technique était maîtrisée, on peut raisonnablement supposer que cet embryon se développerait en un foetus, un bébé qui serait très semblable à nous mais probablement handicapé. Cette proximité constitue un avantage pour les recherches proposées par les chercheurs anglais et évite d'avoir recours à la stimulation ovarienne, pénible et dangereuse pour les femmes. Comme les cellules souches des embryons hybrides sont très proches des cellules-souches humaines, une meilleure compréhension de leur processus de différenciation - en des cellules de pancréas ou du cerveau - permettrait en théorie de faire des progrès vers le clonage dit thérapeutique, qui partirait de cellules-souches à 100% humaines, et la possible guérison future de patients atteints de diabète ou de la maladie d'Alzheimer. Il faut cependant savoir qu'à ce jour 73 types de thérapies utilisant des cellules-souches prélevées dans les organismes de personnes malades - plutôt que sur des embryons - ont donné des résultats positifs effectifs. Les possibilités de différenciation de cellules-souche adultes, dont l'utilisation thérapeutique ne pose aucun problème éthique, paraissent donc de plus en plus larges et prometteuses.

Quels problèmes éthiques y voyez-vous ?

L'embryon humain est certainement un être humain - puisqu'il est un tout existant organisé et qu'il est humain. Si l'on admet que l'embryon humain possède une dignité basée sur la possibilité d'entrer dans une relation d'amour avec d'autres êtres humains, une dignité que personne ne peut lui retirer, alors l'embryon a droit au respect de sa vie. Or, prélever des cellules-souches sur un embryon entraîne sa destruction. Un embryon humain ne peut pas être réduit à un pourvoyeur de cellules-souches au mépris de sa vie, même si les buts poursuivis - accroître nos connaissances, mettre au point de possibles thérapies futures - sont très louables. Puisqu'un embryon hybride est extrêmement proche d'un embryon humain, il mérite d'être respecté. Il est paradoxal que la loi belge interdise la création d'embryons hybrides alors qu'elle permet la création et la destruction d'embryons humains dans des buts de recherche.

Une exigence éthique qui semble avoir été oubliée dans le débat sur l'avortement...

La question de l'avortement est distincte de celle de la recherche sur les embryons. Dans le premier cas, il y a un conflit d'intérêt immédiat entre la mère et l'embryon ou le foetus qu'elle porte en elle, alors qu'un tel conflit d'intérêt direct entre êtres humains n'existe pas dans le cas de la recherche scientifique sur les cellules-souches embryonnaires. Cependant, il ne faut jamais oublier que l'embryon est un être humain et qu'à ce titre sa vie doit être respectée. L'avortement reste une transgression. Ce n'est pas en cherchant à minimiser l'avortement en disant, à tort, qu'un embryon n'est qu'un paquet de quelques cellules, que l'on aidera les femmes à se relever après l'épreuve d'un avortement et que l'on favorisera l'accueil de l'enfant dans notre société.




Les embryons hybrides. Que faut-il en penser ?
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Propos de Michel Ghins recueillis par Charles DELHEZ


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