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Mai 68: sous le vernis, le piège
Mai 68, c'était il y a quarante ans. Les jeunes manifestants scandaient des slogans restés gravés dans les mémoires. “Sous les pavés, la plage”, “Il est interdit d'interdire”, “élections, piège à cons”... Quarante ans après, l'heure est au bilan. Quel monde laissent aux nouvelles générations ceux qui criaient le poing levé “à bas la consommation” et “jouissez sans entraves” ?
En 2007, lors de la campagne présidentielle en France, Nicolas Sarkozy avait lancé : “Je propose aux Français de rompre réellement avec l'esprit, avec les comportements, avec les idées de Mai 68 (...). L'idéologie de Mai 68 sera morte le jour où, dans la société, on osera rappeler chacun à ses devoirs.”
La plupart des analystes jettent aujourd'hui un regard critique sur 68. Jean-Marie Petitclerc, prêtre éducateur, le déplore : “Il est de bon ton aujourd'hui de renier l'héritage de Mai 68. Certains parlent même de le liquider. Il n'en reste pas moins, même s'il faut savoir en dénoncer les excès - et j'ai pour ma part toujours refusé la violence -, qu'il fut habité par un véritable souffle.”
Lutte pour l'égalité sociale, refus de la société de consommation, rejet de l'autoritarisme, égalité des sexes,... Autant de thèmes qui restent porteurs. Cependant, à l'heure du bilan, la génération Mai 68 n'a pas vraiment de quoi fanfaronner. Elle rêvait d'égalité sociale. Les pauvres restent laissés pour compte. Elle attaquait l'autoritarisme mais, jetant le bébé avec l'eau du bain, elle a sapé les fondements de l'autorité. Et la société de consommation qu'elle prétendait mettre à bas, elle est aujourd'hui plus forte que jamais.
Un modèle de démolition
Les grands et nobles idéaux de Mai 68 restent à mettre en pratique. Les dommages collatéraux, eux, sont bel et bien là, comme le fait remarquer l'essayiste Patrice de Plunkett : “Alors que son idéologie prétendait ?contester la société de consommation', 68 a préparé le terrain au triomphe absolu de cette société. Car le centre nerveux de l'esprit de 68 n'était pas idéologique, mais psychologique, sous la forme d'un double rejet : le rejet familial et le rejet spirituel.”
Les atteintes portées contre la famille et leurs conséquences ont été passées au crible par le prêtre psychanalyste Tony Anatrella il y a dix ans, dans son livre "La différence interdite" (Flammarion, 1998). “Les adolescents soixante-huitards, dénonce-t-il, ont traduit en termes politiques une vision cynique de l'existence au mépris des acquis des générations précédentes. Ils n'avaient rien à transmettre que la mise à sac de l'héritage de leur père. Ils se sont calés sur le refus de la pensée pour construire un humanisme vide de concepts autre que celui de la ?tolérance'.” Tony Anatrella montre comment relativisme et individualisme - caractéristiques majeures du mouvement - ont mis à mal le tissu social. “?Tout se vaut' et ?Chacun doit agir uniquement selon ses désirs' sont les slogans qui minent et fragilisent les psychologies actuelles”, constate-t-il.
Restaurer l'autorité
Cette analyse reste pertinente, dix ans après. On en retrouve les constats et les idées phares chez nombre des analystes après les émeutes dans les banlieues françaises. L'opinion publique découvrait subitement une jeunesse sans repère, ayant perdu tout sens de l'autorité. Faut-il chercher des responsables parmi les parents, les professeurs, les psychologues, les autorités civiles ? C'est le modèle de société tout entier qui est à remettre en cause.
Quarante ans après Mai 68, il est temps de remettre en question le mois de mai mythique, affirme un collectif d'auteurs* qui signent un livre intitulé “Liquider Mai 68 ?”. La plupart d'entre eux ont vécu la révolution culturelle, soit qu'ils y ont participé, soit qu'ils en ont été témoins. Diversement spécialisés (économie, philosophie, éducation, histoire,...), ils dressent un bilan plutôt sombre sans nier l'idéalisme des jeunes manifestants d'alors.
Mai 68, à liquider ? Tout au moins à reconsidérer.
Jérémie BRASSEUR
Avec les contributions de Patrice de Plunkett, Denis Tillinac, Christophe Durand, Jean Sévillia, Jean-Marie Petitclerc, Matthieu Grimpret, Paul Marie Coûteaux, Sarah Vajda, Antoine Assaf, Jacques Garello, Ludovic Laloux, Elsa Godart, François Grimpret, Jean-Louis Caccomo, Pierre Guénin, Steve Frankel, Michelle d'Astier de la Vigerie, Ioanna Novicki, Dominique Folscheid, Ilios Yannakakis, Chantal Delsol.
"Liquider Mai 68 ?" - Presses de la Renaissance - 294 pages ? 24?, port compris, au compte 778-5915762-78 de Dimanche-Service, 20 Place de Vannes, 7000 Mons.
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