Comme on s’y attendait, dans les grandes villes où les chefs de file sont perçus comme les porte-parole d’un parti, on a voulu, sauf lorsque le bilan du maire sortant était bon
(1), manifester la désillusion vis-à-vis de la politique du chef de l’Etat. Et ce n’est pas la bonne proportion des ministres élus dès le premier tour dans des villes presque toutes “taillées sur mesure”
(2) qui peut contredire sérieusement cet état de fait. Cependant, comme on pouvait s’y attendre aussi, l’opposition, dont on peine déjà à percevoir l’identité sur le plan national, n’a pas de quoi prétendre se prévaloir d’un vote d’adhésion. Mais ce n’est pas sur cette évidence que je souhaite réagir.
D’après
le ministre de l’intérieur, le taux de participation est plus faible que pour la précédente élection de 2001. Il s’élève à environ 61% contre 67,18% en 2001. Pas de quoi nous réjouir. Le pourcentage de l’abstention est élevé ( 39%) notamment à Paris ( 43,8%). Il n’ y a pas de fumée sans feu. Tous les abstentionnistes ne sont pas en vacances! Lorsque on est si peu intéressé à se prononcer sur le « vivre ensemble » dans sa commune, on est en droit de poser des questions et d’avancer quelques pistes.
Tout ce qui a été fait jusqu’à présent pour faire progresser la citoyenneté démocratique des français ne portant pas de fruits suffisants, quelles stratégies et méthodes d’éducation et d’enseignement adopter? La volonté est déjà présente chez la plupart des enseignants, éducateurs et responsables associatifs. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant lorsqu’il s’agit du milieu politique.Parachutages, cumul des mandats, renouvellement sans limite,… autant de mauvaises pratiques. Bien que dénoncées, - même par ceux qui en usent ! - elles sont constamment renouvelées et participent à la démoralisation et désintérêt des français quant à la politique. Par ailleurs, entre commune, intercommunalité, département, région, un manque de clarté conduit à des abus, des doublons et des dérives dont certains profitent largement. Les français et beaucoup d’élus eux-mêmes ont du mal à y voir clair. Par contre, ils mesurent que cela leur coûte de plus en plus cher. A quand la transparence et l’évaluation de l’efficacité des dépenses publiques ?
Les initiatives qui pourraient doper l’esprit démocratique dépendent en grande partie de la volonté politique du gouvernement et du Parlement. Prenons le cas du cumul des mandats ou de la limite de leur renouvellement. Il faut croire que la résistance est bien organisée en haut lieu pour que chaque effet d’annonces soit toujours suivi d’une reculade ? A qui profite t’elle ? Car comment expliquer qu’au fil des élections, on ne puisse noter aucune avancée significative sur ces points ? Quelle nouvelle révolution finira par mettre de l’ordre dans cette organisation princière ?
Enfin, il y a l’incontournable question : Quelles valeurs reconnaissons-nous à la démocratie ? On serait tenté de répondre qu’en s’abstenant à ce point, beaucoup de français en accordent bien peu. A moins que mettre un bulletin dans l’urne ne suffise pas à garantir ses lettres de noblesse . Encore faut-il que cette démocratie soit vraiment porteuse de reconnaissance pour le citoyen – reconnaissance humaine, sociale, politique
(3) - et pour son environnement.Remarquons-le, cette question du sens et de la reconnaissance figure bien dans les discours des hommes politiques. Mais si elle n’est pas accompagnée des mesures qui en découlent, elle est ce que l’on appelle une idéologie. Une idée sans suite. Une apparence de réalité.
A un incivisme réel pour certains, une lassitude provoquée par des institutions qui n’évoluent pas pour d’autres, c’est ce sentiment de non reconnaissance que les français expriment aussi en s’abstenant.Ceci dit, ce n’est pas comme cela qu’on résiste et que l’on change la société. Avec l’abstention, c’est la démocratie qui est affaiblie. Alors, s’il m’est permis de donner un conseil pour le second tour, c’est bien celui d’aller voter.
(1) comme c’est le cas de Bordeaux avec la réélection au premier tour d’Alain Juppé lequel évitait par ailleurs de se prévaloir de l’UMP en proposant une liste d’ « ouverture ». (2) Hormis les cas significatifs de deux villes traditionnellment à gauche, Chaumont et Le Puy en Velay, où les listes conduites par Luc Chatel et Laurent Wauquiez passent ainsi à droite. (3) A ces reconnaissances se pose la question de la reconnaissance spirituelle, à condition qu’on n’assimile pas, comme en Allemagne, le spirituel au mysticisme.