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Proposition de Libre opinion - Boycott des JO : et si nous nous trompions lourdement ?

par Octave LOSTIE ( Saint-Brieuc)



Le débat très médiatique - mais y a-t-il eu vraiment débat ? – sur le boycott de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Pékin, a au moins le mérite de poser, 40 ans après la révolte de mai 68 et même si c’est le plus souvent de manière univoque, la question du dialogue des cultures. Nos anciens Maos – Alain Finkelkraut, Christian Jambet ou Bernard-Henri Levy et bien d’autres - sans doute culpabilisés par leur soutien à une révolution « culturelle » qui fut l’un des grands génocides du XXème siècle, sont ils les mieux placés pour donner des leçons de droits de l’homme à la Chine contemporaine comme au monde entier ? Certes, cet immense pays a, comme beaucoup, y compris en Occident, des progrès à faire sur le chemin de la démocratie. Mais en ce domaine comme dans d’autres les choses vont vite. Confondre l’autocratie d’aujourd’hui avec le totalitarisme chinois d’alors constitue une nouvelle faute majeure d’appréciation. La répression au Tibet doit être condamnée avec vigueur mais elle n’a rien à voir avec les massacres systématiques de moines de la fin des années 60, avec la destruction de 3000 temples tibétains et des millions de morts…. Il y a, ainsi que le rappelle Jean-Claude Levy, spécialiste de la coopération décentralisée franco-chinoise, tant d’endroits dans le monde où des problèmes se posent et souvent de manière beaucoup plus grave… L’étouffement de la culture tibétaine n’a pourtant pas grand-chose à envier à celui dont furent victimes nos cultures régionales. Se souvient-on seulement de l’interdiction dans les écoles de la République, de parler nos langues bretonne, occitane, flamande, corse ou basque par exemple ? Idem des langues et cultures des pays que nous avions colonisés. C’était il n’y a pas si longtemps pourtant. L’indignation de certains semble curieusement sélective.

C’est que les succès chinois dérangent. Bernard Besret (1), si attaché à la fois à la philosophie du Dalaï Lama et à celle de la Chine confucéenne, et qui connait bien la Chine pour y passer la moitié de son temps, n’est pas le moins stupéfait : L'information française a été formatée de façon uniforme comme elle reproche à l'information chinoise de l'être, oubliant que dans une famille chinoise on peut recevoir 60 chaînes de télévision qui viennent de partout ! C'est à croire que les journalistes français n'ont jamais mis les pieds en Chine... Et pourtant il y a chaque semaine des milliers de manifestations contre des petits chefs tyranniques du Parti.

Le dialogue des cultures n’est pas seulement un fait imposé par la mondialisation. Il est donc aussi et avant tout un problème que nous avons à résoudre. Et pour le résoudre, il faut au moins écouter et réfléchir. Le remarquable livre que vient de publier Francois Jullien (2) au sujet de l’arrogance de l’universalisme occidental, ne peut passer inaperçu, notamment à la veille du Forum international des droits de l’Homme qui doit se tenir à Nantes (3). Que veut-on dire quand on prétend que les droits de l’homme sont universels ? comment penser un universel qui permette le dialogue plutôt qu’il ne l’étouffe ? Avec subtilité et intelligence, le philosophe et sinologue, aborde ces thèmes : C’est en allant en Chine que j’ai pu, me retournant sur ma culture, caractériser d’un peu plus près ce qui fait l’Europe.

Les Occidentaux posent les « Droits de l’homme » comme devoir-être universel alors que ces droits sont issus d’un conditionnement historique particulier. Ils réclament que tous les peuples y souscrivent, tout en constatant que, de par le monde, d’autres options culturelles les ignorent ou les contestent…. De fait, et Francois Jullien y insiste, deux logiques culturelles se font face : celle de l’émancipation (par l’universalité des droits de l’homme) et celle de l’intégration (dans le milieu d’appartenance : famille, nation, cosmos). La question est désormais, pour le monde à venir, de savoir si elles demeureront inconciliables. Le concept de droits de l’homme ne trouve aucun écho dans la philosophie confucéenne ni dans la pensée de l’Inde classique, celle justement qui, paradoxalement, séduit de plus en plus les Européens….. Quand la liberté est le dernier mot de la pensée européenne, l’Extrême-Orient, en face d’elle, inscrit l’harmonie – et, à cet égard, l’Inde communique effectivement avec la Chine à travers le bouddhisme. Car la question, avec les droits de l’homme, n’est plus de savoir s’ils sont universalisables, c’est-à-dire s’ils peuvent être étendus comme énoncé de vérité à toutes les cultures du monde mais de bien s’assurer qu’ils produisent un effet d’universel servant d’inconditionnel au nom de quoi un combat a priori est juste, une résistance légitime. N’est ce pas une des autres expressions de l’humanisme fondamental ?
Le nombre et l’intensité des relations exceptionnelles de coopération décentralisée établies par nos villes et régions de France avec leurs partenaires de Chine, ainsi que vient de le souligner Jean-Pierre Raffarin lors de sa visite à Pekin, constituent un indéniable atout à mieux valoriser dans ce dialogue entre les cultures, entre des conceptions qui privilégient l’individualisme et la rupture (boycott), et celles qui mettent en avant l’harmonie et le progressif.
Ainsi, par exemple, de la ville de Bordeaux avec celle de Wuhan, ou bien des Régions Bretagne/Pays de Loire avec la Province du Shandong (90 millions d’habitants). La Bretagne, justement, reste imprégnée de culture celtique, elle-même faite de recherche à la fois d’autonomie et… d’harmonie !

(1) Ancien prieur de l’Abbaye de Boquen, en Centre Bretagne, ancien responsable des relations extérieures du Musée de La Villette à Paris.
(2) François Jullien, professeur à l’université Paris-VII (Denis-Diderot) : De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, Fayard, Paris, 2008.(18 Euros).
(3) Forum international des droits de l’Homme, Nantes, 30 juin au 3 juillet 2008 : renseignements et inscriptions : http:www.spidh.org/ p:// Franck Barrau : 02 51 83 70 10


De l'universel, de l'uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures


Octave LOSTIE


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