Mais qui donc succède à Jésus Christ, puisqu'il est monté au ciel ? Tout bon catholique répondra : saint Pierre et, à sa suite, le Souverain Pontife. Voilà une réponse bien institutionnelle ! Essayons une autre, plus théologique : l'Esprit Saint. C'est lui qui prend le relais, selon Jésus lui-même. “Il vous conduira vers la vérité tout entière” (Jn 16, 13). Ou, plus exactement, qui poursuit le dessein de Dieu. Jésus, en effet, “conçu de l'Esprit Saint, né de la Vierge Marie”, a donné visage humain à cet Esprit Divin qui souffle où il veut. L'Esprit, qui est de tous les v commencements - “au commencement, l'Esprit planait sur les eaux” (Genèse 1, 2) - et recommencements, car tout au long de l'histoire, l'Esprit de Dieu a sans cesse relancé son oeuvre de divinisation. L'Annonciation, la Pentecôte... Et aussi les saints : “L'Esprit n'a pas de visage, mais il prend le visage des saints sur lesquels il descend, dans lesquels il demeure et agit” (Enzo Bianchi).
Dès lors, la question est : les catholiques croient-ils suffisamment à l'Esprit Saint ? Sans doute que non. Y croire davantage distillerait dans les rangs de l'Église plus de confiance, car toute l'Église, tous les fidèles, les laïcs aussi, et pas seulement les pasteurs, bénéficient de l'Esprit saint et sont inspirés par lui. Une audace plus grande serait alors permise. Y croire davantage permettrait aussi plus d'ouverture dans le dialogue œcuménique et interreligieux. “Libre comme le vent, l'Esprit souffle, imprévisible. Serez-vous jaloux de le voir surgir hors de vos cénacles ? N'éteignez pas le feu qui prend et priez pour qu'il embrase le monde”, dit une hymne liturgique. Si l'on y croyait vraiment, on serait aussi sans cesse aux aguets de tous les signes de son action dans le monde. Le pessimisme qui parfois guette est le signe d'un manque de foi. Certes, le bien n'est pas toujours médiatique et médiatisé, mais il s'insinue un peu partout et est, pour le croyant, le fruit de l'Esprit de Dieu qui fait lever la pâte humaine.
Pour reconnaître l'Esprit à l'œuvre, il faut renoncer à vouloir le domestiquer. Il est en effet comme une colombe qui s'envole dès qu'on veut mettre la main dessus. Il faut aussi l'avoir découvert en soi, comme le murmure d'une brise légère. Sans intériorité et sans vie spirituelle, nous devenons vite aveugles.