Jean-François Achilli Blog

20 minutes ITV du 14/03/06

«Sarkozy assume ses dérapages»



20 minutes ITV du 14/03/06
Vous faites le récit de quinze mois passés dans le sillage de Nicolas Sarkozy, au moment où une polémique naît sur ses relations avec certains médias. Comment qualifier ses rapports avec les journalistes ?

C'est un rapport de séduction permanent. Sa façon de séduire consiste en un mélange entre le « Je parle de politique et je parle de moi ». Sur ces deux plans, il fait preuve d'une transparence déroutante.

Essaie-t-il d'abolir la distance entre lui et les journalistes ?

Non. Des deux côtés, on garde une distance. Nicolas Sarkozy n'a pas de lien privé avec les journalistes qui le suivent.

Vous décrivez des épisodes où sa conduite est dictée par sa volonté d'être dans les médias...

Je raconte comment, le jour des attentats de Londres, il décide soudain, en fin d'après-midi, de filer gare du Nord pour inspecter Vigipirate, parce qu'il sait très bien que cela fera des images pour les JT de 20 heures. Mais évidemment, ce n'est pas systématique, et il n'est pas le seul à agir ainsi. Cela vaut aussi pour Dominique de Villepin, par exemple.

Vous racontez en détail la scène où il emploie le mot « racaille ». S'agit-il selon vous d'un dérapage ?

Je pense qu'il ne se contrôle pas au moment où il prononce ce mot et qu'ensuite, il veut assumer coûte que coûte, même si des gens ont été sincèrement choqués.

N'est-ce pas par intérêt, puisque les Français lui ont donné raison par sondages interposés ?

Je ne pense pas. Une fois qu'il a commis une erreur, il refuse toujours de dire qu'il est allé trop loin. Il l'assume jusqu'au bout, et ce n'est qu'ensuite qu'il savoure éventuellement sa victoire, quand les Français lui donnent raison. Ne jamais reculer, c'est sa façon intime de fonctionner.

De manière plus personnelle, vous décrivez un homme obsédé par la mort...

Nicolas Sarkozy est intrigué par l'idée de la mort. Il en parle très souvent. Il dit : « J'ai 51 ans, le temps passe vite. » On sent en lui une fuite en avant, une course contre le temps. Il dit souvent qu'on n'a qu'une vie.

On sort de cette lecture sans savoir quelle est la part de sincérité et de calcul chez Nicolas Sarkozy. Est-ce volontaire ?

Oui. J'ai voulu un livre très factuel, parce qu'il n'y a pas de réponse toute faite à cette question. C'est au lecteur de juger. Je me suis inspiré d'un grand monsieur, Raymond Depardon, et de son documentaire Une partie de campagne, sur le candidat Giscard à la présidentielle de 1974. Bien sûr, le choix des scènes n'est jamais neutre mais j'ai voulu garder une distance, en espérant qu'au final son portrait ressorte.

Recueilli par Stéphane Colineau



Dimanche 7 Janvier 2007