L'idée d'une candidature de la garde des sceaux était sur le bureau du chef de l'Etat depuis une quinzaine de jours. Rama Yade ayant renouvelé son refus d'y aller, Nicolas Sarkozy, déçu par sa secrétaire d'Etat à l'aide humanitaire, a réfléchi alors à l'hypothèse Dati, qui présentait un double intérêt. Elle est populaire, surtout depuis qu'elle a eu sa petite fille Zhora. La polémique qui a suivi son retour rapide au gouvernement, cinq jours seulement après son accouchement, l'a replacée au cœur de l'actualité. De plus, son éventuelle élection permettrait de la sortir de son ministère, par le haut, à un moment où s'ouvre la difficile réforme de l'instruction. Mais pas question en échange de lui faire supporter le poids de ce scrutin des Européennes, dont la direction sera confiée à un spécialiste, Michel Barnier. Le ministre de l'agriculture hérite donc de la tête de liste en Île-de-France, Rachida Dati fera campagne à ses côtés. Le savoir-faire et la popularité. Rachida Dati a su saisir la perche initialement tendue à Rama Yade, à un moment où se pose de manière aigue la place de la diversité au sein de la société française. Cette candidature pourrait donner du sens à ce scrutin des Européennes régulièrement boudé par les Français. D'autant plus que Rachida Dati pourrait se retrouver face à l'eurodéputé socialiste sortant Harlem Désir, qui devrait être candidat tête-de-liste pour le PS en Île-de-France. Michel Barnier va quitter son ministère rapidement, mais pas Rachida Dati, autorisée à rester à son poste: c'est la garde des sceaux qui fera campagne. Sa succession interviendrait au terme de l'élection, à la faveur du remaniement qui devrait s'opérer après ces Européennes. Nicolas Sarkozy s'ouvre ainsi la possibilité de nommer une personnalité emblématique de son choix, d'envoyer un message, à la profession judiciaire, mais aussi aux Français, après un scrutin qui pourrait faire office de test.