Jean-François Achilli Blog

Double casquette

Par Gaëtan de Capèle
Le Figaro 25/01/2010



Henri Proglio est sans conteste un grand chef d'entreprise. Son bilan à la tête de Veolia, récupéré en capilotade lors du sauvetage de Vivendi et dont il a fait un leader mondial de l'environnement, plaide davantage pour lui que tous les diplômes et rend dérisoires les commentaires de démagogues qui n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise.
Henri Proglio est aussi un symbole. Celui d'une de ces réussites professionnelles exceptionnelles qui permettent de croire que l'ascenseur social, si déréglé soit-il, fonctionne encore parfois en France : ce fils d'émigré italien vendeur de quatre-saisons s'est hissé au sommet à force de travail et d'énergie.C'est ce parcours hors norme qui lui a valu d'être choisi par Nicolas Sarkozy pour diriger EDF.
Tiraillé entre son attachement viscéral à Veolia et un rêve longtemps caressé de présider aux destinées de la plus grande entreprise française, Proglio est parvenu à convaincre le chef de l'État d'accepter une situation «baroque», pour reprendre l'expression du président de l'Autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet : les pleins pouvoirs à EDF, mais en conservant la présidence non exécutive de Veolia, afin d'assurer une transition en douceur, de rassurer clients et actionnaires et de superviser la mise en œuvre de passerelles industrielles entre les deux groupes.
Mais les édifices «baroques» résistent moins bien que les autres, surtout lorsque l'on s'évertue à les fragiliser. Admise à grand-peine, la double casquette d'Henri Proglio est devenue une affaire d'État le jour où fut révélé qu'elle était assortie d'une double rémunération, contrairement aux engagements pris. Abandonnée à contrecœur lorsqu'il n'était plus possible de faire autrement, elle nourrit le procès en cupidité des chefs d'entreprise et entretient la rancœur de l'opinion. En pleine campagne des régionales, elle ouvre aussi un boulevard à l'opposition pour stigmatiser «Sarkozy, l'ami des patrons».
Si l'on ajoute à ce fâcheux épisode le soin que met le nouveau patron d'EDF à semer la zizanie dans la filière nucléaire ce qui lui a déjà valu deux rappels à l'ordre de la part du premier ministre cela fait beaucoup en deux mois. Au point que la situation actuelle affaiblit non seulement sa position, mais aussi celle de son groupe.Propulsé à la tête d'EDF au moment où l'entreprise, confrontée à une concurrence toujours plus vive, doit relever les immenses défis énergétiques de demain, Henri Proglio assure que «rien ne le détournera de sa mission». Son devoir est alors de s'y consacrer pleinement. Et d'écourter le feuilleton de la double casquette.

Lundi 25 Janvier 2010
Jean-François Achilli


1.Posté par Paddy le 26/01/2010 12:00
Cet entêtant discours sur la relation salaire-compétences des grands chefs d'entreprise serait certainement plus convaincant si cette relation n'était truffée de contre-exemples. Combien de patrons ont sauté de leur entreprise en perdition en déployant des parachutes en or massif ? On me dira que voilà un autre discours entêtant. Certainement. Reste à savoir lequel des deux représente le mieux la réalité sociale d'aujourd'hui.
Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître la réalité de la charge de travail et de responsabilité d'un chef d'entreprise. Qu'elle soit grande, petite ou moyenne, d'ailleurs. Que Monsieur Proglio soit une personne totalement hors du commun, je suis tout prêt à le croire, puisque je ne le connais pas. Le problème est qu'une fois atteinte une certaine altitude, la rémunération ne dépend plus directement de la compétence, du talent et du dévouement, mais d'un simple système d'enchère. Comme pour les sportifs ou les acteurs de cinéma. Et qu'aucune limite n'est imposée au système.
Gaëtan de Capèle fait allusion au procès en cupidité intenté aux chefs d'entreprise, et en filigrane, on sent bien qu'il le trouve, ce procès, quelque peu excessif. Pourtant, nous dit-il, la double-rémunération a été "abandonnée à contre-coeur".
Je fais partie de cette opinion qui fait preuve de rancoeur. Sauf qu'il ne s'agit pas de rancoeur. Cela, c'est ce qu'aime à croire, et à faire croire, les partisans de ce système ultra-inégalitaire que nous maîtrisons de moins en moins. Si nous hurlons contre les revenus extravagants des chefs d'entreprise, ou des footballeurs, ou des chanteurs, ce serait par jalousie, parce que, comme le rappelle Mr Capèle dans son premier paragraphe, nous ne savons rien de la réalité de leur dur labeur. Mais non, ce n'est pas de la rancoeur, mais de l'écoeurement, du dégoût, de la nausée, accompagnés d'un abattement qui confine à la dépression devant l'impuissance totale de la société à endiguer de tels débordements de voracité. Car parmi les gens modestes, si nous sommes certainement une très large majorité à convenir qu'une échelle peut -et doit- comporter de nombreux barreaux, nous sommes tout aussi nombreux à considérer que rien ne justifie que la même échelle doive atteindre les nuages.

(On m'a expliqué récemment que ce n'est pas tant le fait de posséder énormément qui excite tant les grands patrons, mais d'abord et avant tout le fait de posséder plus que leurs concurrents directs. L'argent serait, en quelque sorte, l'étalon de leur compétence. Je suis riche, donc je suis bon ? Excellent sujet de philo avant l'entrée dans les grandes écoles de management.)

2.Posté par corbo le 27/01/2010 14:37
Z'êtes trop modeste , Paddy. Un peu d'ambition bon sang, vous êtes encore avec votre échelle alors que m'sieur Proglio, lui, a pris l'ascenseur depuis belle lurette, et pas avec n'importe qui , suffit de jeter un oeil sur sa bio pour le constater. Moi les mecs qui se sont faits tout seuls ça me fait toujours bien rigoler, à croire qu'ils n'ont jamais eu de " mère".

3.Posté par Paddy le 28/01/2010 15:56
Vous avez raison. D'ailleurs dans l'ascenseur social, on trouve deux sortes de gens : les grooms et ceux qui leur filent un pourliche.

4.Posté par corbo le 28/01/2010 16:19
Je vous arrête à quel étage ?

5.Posté par philippe 93 le 04/02/2010 15:19
Le Canard de cette semaine nous apprend que le Progilo est administrateur de Natexis , pas mal pour un génie que la terre entière aurait envie de nous piquer si on ne le payait pas à la hauteur de son talent.

Ceci dit on est déjà passé à autre chose... , la retraite chapeau de Proglio a bien fait frémir deux trois journalistes en début de semaine et puis plus rien... la NicoZapette fonctionne bien.

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