On peut difficilement reprocher au président Sarkozy de s’intéresser de près au sort d’une de ses compatriotes condamnée dans des conditions contestables dans un pays étranger. Certes, son style, à la fois spectaculaire et compassionnel, suscite de la réserve. Il n’est pas certain que le bras de fer public engagé avec les autorités mexicaines serve, in fine, la cause de Florence Cassez. Aussi bien la mise en cause d’une manifestation culturelle qui n’a rien à voir avec l’affaire a quelque chose d’incongru. Mais que n’eût-on pas dit s’il avait choisi, au lieu de cet excès de zèle, une inertie toute diplomatique. Le fond de l’affaire n’est pas là. Même si la justice mexicaine - et surtout l’opinion du pays, exaspérée par l’industrie sinistre des enlèvements qui s’est établie là-bas - avance des accusations troublantes à l’égard de la jeune femme, il est clair que son arrestation et sa mise en jugement sont entachées de graves irrégularités, peu dignes d’une police et d’une justice impartiales : mise en scène télévisée, mensonges d’Etat, témoignages révisés et contradictoires. De la même manière, l’extrême dureté de sa condamnation a quelque chose de profondément choquant. Une peine de soixante ans de prison pour complicité rappelle de manière funeste les extravagances de certaines procédures nord-américaines. La France a donc cent fois raison de demander un geste d’indulgence à l’égard d’une prisonnière jugée dans d’aussi mauvaises conditions. On peut ensuite discuter à perte de vue sur la meilleure manière de le faire.