Chronique parue dans le journal de 8h du vendredi 19 mars 2010.
La sécurité, au même titre que l'emploi, est un vrai sujet de préoccupation des Français. C'est son exploitation hâtive à l'approche des rendez-vous électoraux qui pose problème, parce qu'il y a un décalage évident entre le message musclé, les postures martiales des politiques, ceux de la majorité, et la réalité de terrain, le vécu des Français qui ne voient en somme aucune amélioration dans leur quotidien.
Le thème de l'insécurité n'a pas réussi à prendre au cours d'une campagne qui se devait être régionale. Prenez l'échec de cette initiative d'élus UMP dans le Val d'Oise, qui ont présenté le candidat adverse le socialiste Ali Soumaré, comme « un délinquant multirécidiviste chevronné ». L'opération s'est retournée dans l'opinion contre ses initiateurs. Quand Nicolas Sarkozy rencontre vendredi la famille du policier victime de l’ETA, cette initiative du chef de l'Etat se voit aussitôt parasitée par l'erreur commise la veille par François Fillon, lors de son discours à Strasbourg. L’annonce à tort, par le Premier ministre, du décès d’un autre policier a eu pour effet de souligner le caractère précipité de cette utilisation des thèmes sécuritaires à l'approche d'un scrutin, créant ainsi cette sensation de récupération.
Par ailleurs, les Français restent dubitatifs aux annonces systématiques et répétées de renforcement de l'arsenal législatif, comme l’a fait le chef de l’Etat. Des lois existent déjà, elles n'empêchent pas - hélas - les agressions et les meurtres en l'occurrence de policiers. Il en va des aléas du traitement de l'insécurité, comme des dérapages du débat sur l'identité nationale: ils soulignent l'incapacité des gouvernements à embrasser ces questions essentielles, ils fabriquent de l'inquiétude, du mécontentement et donc du vote contestataire. D'où le retour en force, et sans peine du Front National, dont les thèmes habituels de campagne font aujourd'hui la une de l’actualité.