Jean-François Achilli Blog

La tentation sécuritaire

Par Jean-François Achilli
Chef du service politique de France Inter



Chronique parue dans le journal de 8h du vendredi 19 mars 2010.
 
La sécurité, au même titre que l'emploi, est un vrai sujet de préoccupation des Français. C'est son exploitation hâtive à l'approche des rendez-vous électoraux qui pose problème, parce qu'il y a un décalage évident entre le message musclé, les postures martiales des politiques, ceux de la majorité, et la réalité de terrain, le vécu des Français qui ne voient en somme aucune amélioration dans leur quotidien.

Le thème de l'insécurité n'a pas réussi à prendre au cours d'une campagne qui se devait être régionale. Prenez l'échec de cette initiative d'élus UMP dans le Val d'Oise, qui ont présenté le candidat adverse le socialiste Ali Soumaré, comme « un délinquant multirécidiviste chevronné ». L'opération s'est retournée dans l'opinion contre ses initiateurs. Quand Nicolas Sarkozy rencontre vendredi la famille du policier victime de l’ETA, cette initiative du chef de l'Etat se voit aussitôt parasitée par l'erreur commise la veille par François Fillon, lors de son discours à Strasbourg. L’annonce à tort, par le Premier ministre, du décès d’un autre policier a eu pour effet de souligner le caractère précipité de cette utilisation des thèmes sécuritaires à l'approche d'un scrutin, créant ainsi cette sensation de récupération.

Par ailleurs, les Français restent dubitatifs aux annonces systématiques et répétées de renforcement de l'arsenal législatif, comme l’a fait le chef de l’Etat. Des lois existent déjà, elles n'empêchent pas - hélas - les agressions et les meurtres en l'occurrence de policiers. Il en va des aléas du traitement de l'insécurité, comme des dérapages du débat sur l'identité nationale: ils soulignent l'incapacité des gouvernements à embrasser ces questions essentielles, ils fabriquent de l'inquiétude, du mécontentement et donc du vote contestataire. D'où le retour en force, et sans peine du Front National, dont les thèmes habituels de campagne font aujourd'hui la une de l’actualité.

Vendredi 19 Mars 2010
Jean-François Achilli


1.Posté par Paddy le 23/03/2010 21:23
Dans son édition d'hier, le quotidien espagnol El Pais publie une tribune de John Carlin (Journaliste Anglais travaillant également en Afrique du Sud) intitulée "l'âge de la peur". Il n'y traite pas essentiellement de l'insécurité liée à la criminalité, mais analyse les ressorts des peurs dans nos sociétés occidentales, et de la recherche éperdue de la diminution des risques. Citant l'universitaire John Adams, il fait un lien direct entre notre propension à la peur et la prospérité de nos sociétés, notant que le degré de paranoïa est d'autant plus élevé qu'on se rapproche des Etats-Unis ou des pays du nord de l'Europe. Nos peurs ont quelque chose d'irrationnel qu'aucune politique ne pourra jamais combattre efficacement, notre imaginaire finissant par prendre le dessus. Tout se passe comme si notre mental avait perdu progressivement ses "anticorps", et tout danger est alors vécu sous l'angle le plus catastrophique. Carlin souligne tout le parti qu'en tire par exemple un Ben Laden, parvenant à terroriser un nombre considérable de gens avec somme toute très peu de moyens, grâce au formidable écho dont il bénéficie dans les médias. Il faudrait pouvoir résister à l'obsession du risque zéro, qui conduit inévitablement aux pires politiques sécuritaires, nous faisant accepter les mesures les plus attentatoires aux libertés et au droit à l'intimité, sans pour autant réduire significativement les risques.
Je partage complètement votre point de vue quant à l'exploitation de ces peurs, qui pose effectivement un vrai problème jusque dans l'organisation de notre société. Je me demande même dans quelle mesure le développement constant de politiques de plus en plus repressives ne contribue pas à alimenter nos peurs, en donnant une importance toujours plus grande, négativement, aux "événements" criminels. Plus nous avons peur, et plus le curseur grimpe : les incivilités deviennent des délits, les délits, des crimes, et les crimes, des atrocités qui font réapparaître à intervalles réguliers le spectre de la peine de mort. Tout politique ne suivant pas cette escalade se voit rapidement taxé de laxiste. Et pourtant, comme vous le faites remarquer avec raison, aucune loi n'a jamais supprimé la criminalité. C'est sur un autre terrain qu'elle doit être combattue.
N'y-a-t-il pas, en conséquence, une légère contradiction à souligner les doutes des Français quant aux "annonces de renforcement" des lois sécuritaires, tout en pointant le succès incontestable des thèses frontistes dans une partie non négligeable de l'opinion ?
En tout cas, le gouvernement aurait tort de courir après l'extrême-droite. Ses électeurs et lui-même valent beaucoup mieux que ça.

2.Posté par yves de nantes le 27/03/2010 08:15
helloj'ai zappé entre blog officiel,blog clandestin et les posts des uns et des autres/Assez d'accord avec l'ensemble de ce qui s'écrit ici...il me vient une réflexion:sous la gauche badinter parvint à faire supprimer la peine de mort du droit français!ma réflexion est la suivante:quels sont les précédents ou les projets d'une telle "réussite"...l'opinion était contre,les parlementaires ont du s'entendre,était on plus humaniste,plus réfléchi...dans ce temps là?la télé,les medias,les personnages médiatiques?qui porte la plus grosse part dans l'équation impossible=insécurité,répression,reinsécurité,sur²répression sans prévention
on est mal barré quand gicquel est mort on a rappelé son "la france a peur!" on nous a expliqué ce qu'il aurait voului dire,bon dieu le probleme est bien là...il n'aurait pas du prononcer sa phrase!à force de phrases imbéciles,de commentaires outrés,de témoignages tronqués on obtient la situation actuelle...un jour ondans les villes l'été ou toute l'année a la cmpagne on considéra tout piéton comme un éventuel délinquant

3.Posté par Paddy le 27/03/2010 11:49
Salut Yves ! La criminalisation de la société, au sens où de plus en plus, tous les citoyens sont considérés à-priori comme des délinquants potentiels (l'automobile en est un exemple frappant) n'est en effet pas un signe de bonne santé. De même que le fossé s'agrandissant entre les citoyens et la police, qui est une des conséquences des choix discutables effectués par notre actuel président, qui ne fait en cela qu'imiter nombre de ses "collègues" étrangers, américains et anglais notamment, et répondre à une demande populaire. Paradoxe de nos sociétés aisées : on veut toujours plus de sécurité, et on râle ensuite contre l'atteinte aux libertés pourtant inévitable pour satisfaire cette demande.

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