Un report du scrutin au 16 octobre avait été proposé par l’Instance supérieure indépendante pour les élections, qui est priée de mettre les bouchées doubles. Il lui faut d’abord reconstituer de manière précise le corps électoral. Le pays compte dix millions d’habitants et un nombre incertain de cartes d’identité. Les morts ne sont pas invités à voter. Il faut ensuite organiser le scrutin dans un pays conditionné par vingt-trois ans de dictature, sous le règne de Ben Ali. Outre l’encadrement juridique, le pouvoir doit mettre en place huit mille bureaux de vote, recruter quarante mille scrutateurs. Il faudra également faire appel à des observateurs étrangers.
Il y a enfin le problème – et ce n’est pas le moindre- du casse-tête politique : soixante-sept partis sont officialisés, imaginez le même scénario en France! Le délai est trop court pour que ces formations puissent se regrouper en des courants plus vastes. L’une des arrière-pensées des partisans du report était justement de dégager quatre ou cinq grands partis, qui auraient pu rivaliser avec les islamistes, mieux structurés, dont le poids électoral est aujourd’hui estimé à 30%. Un épouvantail au sein d’une société soucieuse de conserver ses acquis, notamment en ce qui concerne les droits des femmes. Mais le gouvernement n’a pas souhaité prendre le risque d’attendre, face à une opinion qui réclame la démocratie, et tout de suite. Il ya urgence. De plus, l’économie tunisienne est par terre, les touristes se font rares, la guerre en Lybie voisine est source de déstabilisation. La Tunisie va plaider sa cause au G8 de Deauville.
C’est dans ce contexte d’incertitude que Slim Amamou a annoncé sur Twitter sa démission du gouvernement provisoire. Le blogueur tunisien de 34 ans, alias @Slim404, opposant de Ben Ali rendu célèbre sur la Toile, n’a pas résisté à la pression exercée par sa fonction de secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports. Ce départ sonne comme un signal : la société tunisienne ne peut manquer à aucun prix son premier grand rendez-vous électoral. Il sera le ciment d’une démocratie qui ne demande qu’à éclore, et aura valeur d’exemple pour tous les peuples engagés dans les « printemps arabes », et au-delà. Le moindre faux-pas est interdit tant l’attente est forte, dans une Tunisie qui doit réinventer sa modernité.