« En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ». Vous vous rappelez ce slogan publicitaire dans les années 70, sous Giscard, après le choc pétrolier. Notre pays a toujours été fier de ses fleurons technologiques, symbolisés par le Concorde, qui nous ont permis, bien après la décolonisation, de nous distinguer sur les marchés mondiaux.
Le problème aujourd'hui, crise oblige, est que ces idées, ce savoir-faire made in France, sont de plus en plus difficiles à vendre. Nicolas Sarkozy n’a pourtant pas ménagé ses efforts, en se rendant lui-même à Abou Dhabi et en dépêchant ensuite Claude Guéant dans l’Emirat. Rien n’y a fait. Les centrales coréennes, vieillottes, moins sûres, ont battu à plate couture nos réacteurs EPR dernier cri.
Que s’est-il passé ? L’Elysée ne fait aucun commentaire sur cet échec très mal venu en cette fin d’année. Le chef de l’Etat s’y attendait lui-même. À qui la faute ? L’entourage présidentiel désigne… Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva, suspectée d’avoir mal négocié. « L’Elysée, qui a tenté de récupérer le dossier, ne pouvait qu’échouer », se justifie un conseiller.
Mais ce n'est pas la seule explication, loin s'en faut. Il y a le produit lui-même. L’EPR doit faire ses preuves. « Le chantier du réacteur vendu en Finlande tourne au fiasco, et nous inquiète au plus haut niveau », confiait hier un ministre. Qui donc irait se risquer à l’acheter maintenant ? Et puis il y a le prix. Le réacteur Français est trop cher.
A gauche, le socialiste Michel Sapin juge « d’un autre temps » la méthode présidentielle, qui consiste à se déplacer en grande pompe avec ses ministres pour tenter de vendre centrales et avions Rafale. Cela ferait « gaulliste mais pas gaullien », les clients, eux, n’achètent que si le produit est au meilleur prix. Pour Guillaume Bachelay, en charge de l’industrie au PS, « le volontarisme sans les outils, ce n’est juste que de la com ». Il manquerait à la France un pôle énergétique suffisamment costaud pour faire face au niveau international.
Par-delà le revers d’Abou Dhabi, il y a enfin cette interrogation sur le choix du tout nucléaire, voulu par Nicolas Sarkozy, très critiqué par les écologistes. Le Grenelle devait donner une très large place à la diversification en matière de production d’énergie. Les Français doivent se contenter d’une énergie fossile qui, certes, ne produit pas beaucoup de gaz à effet de serre, mais constitue un danger pour notre environnement.
En France, nous n’avons pas de pétrole, nous avons toujours des idées, et nous aurons désormais les déchets.