Edito
Quartiers d'étéComme tous les ans, ce blog prend ses quartiers d'été.
Ce qui ne signifie pas le silence. Bien au contraire.
Parce qu'il n'y a désormais plus de trêve estivale. Les images des pubs britanniques, dans lesquels les sujets de Sa Majesté assistent, médusés, à l'audition télévisée en direct de Rupert Murdoch, ont un délicieux parfum de fin d'un monde. Elles seraient infiniment risibles s’il ne s’agissait pas ni plus ni moins d’un scandale majeur, qui mêle le pouvoir à la presse. Quand les médias s’érigent en bras armé d’une vision déformée de la société, inquisitrice et paranoïaque, il y a de quoi s’inquiéter. Certes, News of the World n’est pas toute la presse. Mais jusqu’où le système peut-il aller pour chasser le scoop ? Et jusqu’où le pouvoir politique peut-il s’impliquer pour contrôler les médias, et délivrer au public une interprétation de l’information ? « Grand frère vous regarde » : avons-nous atteint cet extrême ?
Et pendant ce temps, il pleuvait sans discontinuer à Paris, et sur les Invalides. Hommage à la Nation pour les cinq soldats Français tués en Afghanistan. Tout le monde dit tout et n’importe quoi à ce sujet : ils sont militaires, cela fait partie des risques du métier. Ils sont morts pour la liberté, pour la France. En Kapisa ? A Kaboul ? Dans cet Afghanistan que le corps expéditionnaire allié s’apprête à quitter sous deux ans, afin de s’épargner une trop cuisante défaite ? Se souvient-on au moins du but de guerre américain dans ces montagnes lointaines et hostiles ? Y ramener la pax americana ? Non : capturer Ben Laden. Ce qui est chose faite. Mais c’est venu si tard et c’est arrivé si vite que personne n’a pris la mesure de cet évènement, liquidé en mer en tout anonymat.
Les sept soldats Français morts au front l’ont-ils été au nom de la paix dans le monde ? Qui détient cette réponse ? Et à quoi devait donc penser le président assis devant les sept cercueils, le visage fermé ?
L’affaire DSK, enfin, rebondit jusqu’à la nausée. Le récit d’Anne Mansouret, décrivant Dominique Strauss-Kahn comme un prédateur, a de quoi glacer le sang. La mère de Tristane Banon révèle au passage avoir eu une relation consentie avec l’ancien patron du FMI. Les auditions qui ont démarré dans cette affaire prennent peu à peu le pas sur le volet new-yorkais de ce feuilleton. L’image de l’ex-futur prétendant à l’Elysée est aujourd’hui durablement abimée. Mais que cache son sourire énigmatique, celui qu’il affiche à la curiosité du monde, quand les caméras le saisissent au bras de son épouse, toujours présente à ses côtés ? Cette tragédie moderne n’a pas fini de nous livrer ses clefs, et la prudence est aujourd’hui de rigueur, afin de s’épargner un énième emballement médiatique.
Il nous reste l'été, une vacance, une respiration, pour tous ceux qui ont la chance de s'échapper, et peu importe la pluie. Et une pensée à tous les autres, et ils sont hélas trop nombreux, sous la chappe de plomb. Mardi 19 Juillet 2011
Jean-François Achilli
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