Edito
Un demi-siècle d’histoire satyrique
Jean-Luc Hees a officiellement pris ce lundi les manettes du paquebot Radio-France, succédant ainsi à Jean-Paul Cluzel, qui a achevé son mandat de cinq ans. Et déjà, la presse et le Net annoncent l’arrivée, au sein du groupe radiophonique public, de Philippe Val, qui signait déjà une chronique hebdomadaire le vendredi matin, sur France Inter, avant le journal de huit heures. Ce « mercato » médiatique va provoquer une réaction en chaîne inédite… au sein de la presse satirique nationale. Charlie Hebdo, en perdant son emblématique patron, qui annonce vouloir «laisser la main à la génération montante», va traverser une zone de turbulences, après avoir été fragilisé par son nouveau rival, Siné Hebdo, comme le détaille Marianne.fr;
Leur origine commune remonte à 1960, quand le Professeur Choron et Cavanna lancent le mensuel Hara-kiri, « journal bête et méchant » autoproclamé. Parmi les historiques se retrouvent Reiser, Wolinski, Gébé, Cabu, Fred ou encore Topor. Le journal connaît de nombreuses difficultés avec la censure. Une version hebdomadaire nait en 1969. Quand le général De Gaulle disparaît en 1970, peu de temps après l’incendie tragique de la discothèque de Saint Laurent du Pont, qui fait 146 morts, Hara-kiri-hebdo titre: « bal tragique à Colombey, un mort ». Ce qui lui vaudra une interdiction de paraître. Le journal change alors de nom et devient Charlie Hebdo, et traverse la décennie Giscard, avant de s’éteindre au tout début des années 80… pour renaître dix années plus tard, sous l’impulsion de Cabu et de Philippe Val.
En 2006, l’hebdomadaire fait sensation en publiant les fameuses caricatures de Mahomet, douze dessins parus au Danemark dans le journal Jyllands-Posten, dont l'un représente le prophète de l'islam Mahomet vêtu d'un turban en forme de bombe. Le président Jacques Chirac condamne et parle de « provocations manifestes ». Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, et des cultes, prend alors la défense de Charlie, estimant qu’il vaut mieux « un excès de caricature qu’un excès de censure ». Puis c’est le divorce d’avec Siné, licencié pour sa chronique sur Jean Sarkozy. Le journal concurrent est né. Ils se vendent côte à côte dans les kiosques à journaux, et sont viscéralement opposés. Le départ de Philippe Val va représenter une nouvelle étape dans la vie de ces publications qui se disputent un fauteuil pour deux, après presque un demi-siècle d’histoire.
Mardi 12 Mai 2009
Jean-François Achilli
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