Le Blog de l'ADMD - Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité

Une critique par Matthieu Grambert.
Sortie en salle le 24 octobre 2012.


Amour, de Michael Haneke
Grand retour de Michael Haneke après son oeuvre Le ruban blanc déjà couronnée d'un fort succès critique en 2009, et quel retour puisque c'est avec une nouvelle palme d'or qu'il vient s'imposer sur les écrans en 2012. Après vision de son nouveau long-métrage, on se dit que finalement, peu importe qu'Holy Motors de Leos Carax, débordant de créativité et qui démarre presque de la même manière, ait été boudé au profit de cette réalisation très classieuse qui est amené à bouleverser une grande majorité de son public.

On connaissait le goût d'Haneke pour les plans séquences et les huis-clos, Amour ne déroge pas à ses affections en se posant dans l'habitation de deux personnes âgées plutôt bourgeoises avec une caméra quasi contemplative. L'amour est palpable dans chaque pièces emplies de souvenirs et dont la tendresse s'étale jusque sur les murs, l'amour est partout, entre les corps, dans le regard, les paroles. Chaque instant qui rythme ce long-métrage de deux heures déborde d'une affection inouïe au point de tirer sur l'émotion à l'aide de simples mouvements ou dialogues. C'est un spectacle intenable, qui ne devrait pas être montré si l'on en croit une réplique du personnage incarné par Jean-Louis Trintignant, et c'est avec une dérision habituelle (on n'oublie pas la télécommande de Funny Games) qu'Haneke nous le dévoile, non sans froideur et certaine distance afin d'éviter le pathos.

Tout est simple, extrêmement beau et grand, mais simple, c'est une histoire d'amour qui s'est écrite dans la durée et dont on contemple impuissant la chute, tout en devinant un passé énorme entre les protagonnistes. D'une tristesse infinie dans tout ce que cela représente, Amour est une ode à la vie, à la joie, à cette union des corps quand bien même l'un se dégrade pour perdre ce que l'enfance a acquis (la parole, le mouvement... on pense à Benjamin Button). Quand bien même le ciel somme l'un de le rejoindre, c'est un refus qu'il obtient car l'un doit rester en vie ne serait-ce que parce que l'autre en a encore besoin. Haneke ressuscite ainsi l'amour dans ce qu'il a de plus débordant et de pacificateur, de plus originel et passionnel, illustrant avec merveille cette idée que l'amour dépasse jusqu'à la décrépitude de la chair et se passe au-delà de toute considération physique.

Amour apparaît donc comme un film absolument complet sur le sujet. Non pas qu'il retrace la vie entière d'une vie partagée à deux, mais qu'il en montre les étincelles finales, rares et précieuses sans pour autant être inédites, le sujet de fin de vie de couple ayant déjà été traité des dizaines de fois mais sûrement jamais avec autant de brio. C'est un film qui résonne particulièrement bien si l'on y va en couple avec la personne de notre vie, mais au-delà de ça c'est un film universel. Haneke fixe cet amour au travers de ses cadres et rattache les corps dans ces tableaux virtuoses sur lesquels viennent de temps en temps s'accoler quelques notes de piano. Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva font éclore ces sentiments à l'écran et distillent un suspense sentimental poignant autour duquel navigue de temps à autre la toujours excellente Isabelle Huppert qui avait, rappelons-le, déjà sublimé un film de ce cinéaste en 2001 : La pianiste. Haneke prend alors bien soin de laisser libre court aux dialogues du couple principal, dialogues s'étalant dans des plans séquences exaltant la fixité de cet amour à la posture semble-t-il éternelle. Tout y est, les plus belles et tristes choses de la vie s'y confondent.

Peut-être la plus belle image d'Amour n'est non pas un plan du film, pas même la voisine effondrée ou l'autre en diagonale qui s'essuie les yeux tout du long, mais celle à la sortie du cinéma d'un jeune couple tendrement enlacé dont l'un (ou les deux) se rassurent, à priori larmes aux yeux, dans les bras l'un de l'autre. C'est tout l'effet que fait l'immense film d'Haneke. On a envie d'aimer, aimer à s'en adorer, à s'en attendrir le coeur, et ce jusqu'à ce que la mort nous sépare. La claque émotionnelle de l'année sans aucun doute

Mais outre une oeuvre remarquable, Amour, avec sa palme d'or qui va lui conférer une place du choix au sein du cinéma international, a des chances de devenir un modèle pour ceux qui revendiquent le droit de mourir dans la dignité et pourrait peut-être faire bouger les lignes dans certains pays. Si Haneke reste glacial et évite tout sentimentalisme trop encombrant, le final où Jean-Louis Trintignant décide d'en finir avec la douleur de sa femme surprend. Ne serait-ce que par sa place, la scène survient après une longue partie de déchéance humaine durant laquelle on assiste impuissant à la détérioration de la situation de ce couple. L'acte en lui-même arrive après un dernier instant partagé à deux où le "mal" répété inlassablement semble avoir prit fin grâce aux douces paroles du cher et tendre. Dès lors la douleur morale enfin envolée peut alors s'esquisser une toute dernière douleur physique dont s'ensuivra la mort, véritable libération et dernière offrande, la plus absolue : celle de l'amour jusqu'à la toute fin, celle d'un homme à sa femme qui n'est déjà plus depuis bien trop longtemps.

Lire les critiques cinématographiques sur le blog de Matthieu Grambert.

Rédigé le Mercredi 29 Août 2012 à 10:47 | Commentaires (0)

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