(sondage réalisé en août 2011)
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Nous reproduisons avec l'accord de son auteur, une lettre qui a été envoyée à Jean-Yves Nau, journaliste au Monde.
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur le livre l’Ultime liberté d’Axel Kahn, dans le monde du 26 novembre. Je pense que vous résumez très bien sa position, mais je regrette que, citant longuement ses attaques contre l’ADMD, vous ne donnez aucune indication sur les positions de cette association. Je me permets de vous en dire quelques mots, dont vous ferez ce que vous voudrez.
Ça peut paraître paradoxal, mais je commence par évoquer les positions des gens qui croient en un dieu. Ils affirment que c’est ce dieu qui leur a donné la vie, que lui seul a le droit de la leur retirer et refusent toute aide à mourir. (Passons sur la contradiction qu’il y a entre cette exigence et les massacres que les zélateurs de toutes les religions ne se gênent pas de commettre…). Il faut insister sur le fait que l’ADMD soutient totalement leur exigence, défend leur droit à rester en vie et d’attendre que leur dieu les rappelle à lui.
Mais les autres ? Ceux qui ne sont pas croyants ? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de mourir quand ils trouvent leur état insupportable ? La loi Leonetti, approuvée par Axel Kahn, leur accorde tout juste le droit de refuser l’acharnement thérapeutique,c’est-à-dire qu’on les laisse mourir, mais interdit toute aide à mourir. En fait, c’est une parodie de l’attitude des religieux, mais rendue absurde par l’absence d’une divinité.
Absurde, hypocrite et cynique. Si je me trouve dans un état que je trouve insupportable, physiquement et/ou moralement, pourquoi et de quel droit veut-on m’interdire de mourir ? De quel droit veut-on interdire à quelqu’un de m’y aider ? Pourquoi devrais-je souffrir et attendre que “la nature“,c’est-à-dire une maladie ou la décrépitude, m’achève ?
Et on arrive ainsi à la question de la dignité, à propos de laquelle Axel Kahn est d’une mauvaise foi crasse que vous ne semblez pas avoir vue. Il parle comme si c’était l’ADMD qui prétendait distribuer des certificats de dignité. Rien n’est plus faux. Dans la dignité il y a deux aspects.
D’abord la maladie, ou l’âge, peut vous mettre dans un état physique ou mental que vous ne supportez pas : à la fin de sa vie, mon beau-père n’arrivait plus à contrôler ses sphincters, et il en souffrait plus dans sa dignité que pratiquement. Et souvent aussi des personnes qui ont des problèmes mentaux s’en rendent compte, et se sentent atteintes dans leur dignité.
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur le livre l’Ultime liberté d’Axel Kahn, dans le monde du 26 novembre. Je pense que vous résumez très bien sa position, mais je regrette que, citant longuement ses attaques contre l’ADMD, vous ne donnez aucune indication sur les positions de cette association. Je me permets de vous en dire quelques mots, dont vous ferez ce que vous voudrez.
Ça peut paraître paradoxal, mais je commence par évoquer les positions des gens qui croient en un dieu. Ils affirment que c’est ce dieu qui leur a donné la vie, que lui seul a le droit de la leur retirer et refusent toute aide à mourir. (Passons sur la contradiction qu’il y a entre cette exigence et les massacres que les zélateurs de toutes les religions ne se gênent pas de commettre…). Il faut insister sur le fait que l’ADMD soutient totalement leur exigence, défend leur droit à rester en vie et d’attendre que leur dieu les rappelle à lui.
Mais les autres ? Ceux qui ne sont pas croyants ? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de mourir quand ils trouvent leur état insupportable ? La loi Leonetti, approuvée par Axel Kahn, leur accorde tout juste le droit de refuser l’acharnement thérapeutique,c’est-à-dire qu’on les laisse mourir, mais interdit toute aide à mourir. En fait, c’est une parodie de l’attitude des religieux, mais rendue absurde par l’absence d’une divinité.
Absurde, hypocrite et cynique. Si je me trouve dans un état que je trouve insupportable, physiquement et/ou moralement, pourquoi et de quel droit veut-on m’interdire de mourir ? De quel droit veut-on interdire à quelqu’un de m’y aider ? Pourquoi devrais-je souffrir et attendre que “la nature“,c’est-à-dire une maladie ou la décrépitude, m’achève ?
Et on arrive ainsi à la question de la dignité, à propos de laquelle Axel Kahn est d’une mauvaise foi crasse que vous ne semblez pas avoir vue. Il parle comme si c’était l’ADMD qui prétendait distribuer des certificats de dignité. Rien n’est plus faux. Dans la dignité il y a deux aspects.
D’abord la maladie, ou l’âge, peut vous mettre dans un état physique ou mental que vous ne supportez pas : à la fin de sa vie, mon beau-père n’arrivait plus à contrôler ses sphincters, et il en souffrait plus dans sa dignité que pratiquement. Et souvent aussi des personnes qui ont des problèmes mentaux s’en rendent compte, et se sentent atteintes dans leur dignité.
Ensuite il y a la façon dont les autres vous traitent. Je vous donne un exemple : Dans un livre, Cyrulnik parle des gens qui cherchaient à comprendre le crime des nazis, l’extermination des Juifs d’Europe, et écrit “…Certains sont devenus religieux, qui ne l’étaient pas auparavant. D’autres sont devenus laïques, abandonnés par Dieu…“. Dans cette dernière phrase il me conteste d’être le sujet d’une action, celle de devenir athée et rejeter toutes le religions, pour me transformer en un objet d’une action de Dieu, celle de m’abandonner. De la part d’un psy (chéri des media) c’est particulièrement choquant. Enfin, pas en ce qui me concerne, parce que je suis assez solide pour me moquer de ce qu’il dit, mais quand je pense aux enfants ou aux gens à problèmes qui le consultent, je me demande s’il essaie d’en faire des sujets ou des objets. Pour moi il est disqualifié.
La forme objective de la dignité est justement d’être traité non pas comme un objet, mais comme un sujet. Et c’est ça que l’ADMD demande pour nous en parlant de dignité, le fait de pouvoir décider chacun pour soi si, dans telles ou telles conditions, il veut vivre ou mourir. Et d’être aidé dans les deux cas.
Il y a assez de circonstances dans notre existence où, par la force des choses, nous sommes objets et non sujets des événements. A commencer par notre naissance. Et souvent nous ne pouvons pas nous empêcher de mourir. Mais il est très facile de mourir avec une petite aide. La seule question sérieuse est de déterminer à qui incombe la décision d’aider quelqu’un à mourir. Et la réponse de l’ADMD est sans équivoque : ni aux législateurs, ni aux médecins. Je sais que beaucoup de médecins n’aiment pas voir leur autorité réduite, et je me demande si Axel Kahn n’est pas parmi eux. Quoi qu’il en soit, cette décision doit appartenir uniquement à la personne elle même si elle est en état de vouloir quelque chose, et si elle ne l’est plus, à sa volonté clairement exprimée auparavant.
Voilà. Je me bornerai à ces indications. L’ADMD a édité une abondante littérature que vous trouverez facilement si vous le voulez.
Pour ma part je joins à cette lettre un petit livre Dieu n’existe pas, en espérant qu’il vous intéressera.
Avec mes meilleurs sentiments
Max APLBOIM
Edition PORTAPAROLE
Via Tropea 35
00178 ROMA ITALIE
La forme objective de la dignité est justement d’être traité non pas comme un objet, mais comme un sujet. Et c’est ça que l’ADMD demande pour nous en parlant de dignité, le fait de pouvoir décider chacun pour soi si, dans telles ou telles conditions, il veut vivre ou mourir. Et d’être aidé dans les deux cas.
Il y a assez de circonstances dans notre existence où, par la force des choses, nous sommes objets et non sujets des événements. A commencer par notre naissance. Et souvent nous ne pouvons pas nous empêcher de mourir. Mais il est très facile de mourir avec une petite aide. La seule question sérieuse est de déterminer à qui incombe la décision d’aider quelqu’un à mourir. Et la réponse de l’ADMD est sans équivoque : ni aux législateurs, ni aux médecins. Je sais que beaucoup de médecins n’aiment pas voir leur autorité réduite, et je me demande si Axel Kahn n’est pas parmi eux. Quoi qu’il en soit, cette décision doit appartenir uniquement à la personne elle même si elle est en état de vouloir quelque chose, et si elle ne l’est plus, à sa volonté clairement exprimée auparavant.
Voilà. Je me bornerai à ces indications. L’ADMD a édité une abondante littérature que vous trouverez facilement si vous le voulez.
Pour ma part je joins à cette lettre un petit livre Dieu n’existe pas, en espérant qu’il vous intéressera.
Avec mes meilleurs sentiments
Max APLBOIM
Edition PORTAPAROLE
Via Tropea 35
00178 ROMA ITALIE
Rédigé le Mardi 16 Décembre 2008 à 11:15
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