Le Blog de l'ADMD - Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité
A vos agendas : Samedi 24 mars 2012, manifestation au Cirque d'Hiver-Bouglione, à Paris




ADMD-Ecoute : 01 48 00 04 92
Lundi au vendredi de 10h à 19h
Permanence juridique de 17h à 19h

(sondage réalisé en mai 2009)








Par Jacqueline Jencquel, secrétaire générale de l'ADMD, déléguée pour les 7ème et 16ème arrondissements de Paris


Jacqueline Jencquel et Ludwig Minelli
Jacqueline Jencquel et Ludwig Minelli
La semaine dernière, j’ai décidé de rendre visite à Ludwig Minelli, à Forch, près de Zurich. Je me trouvais en Suisse et j’étais curieuse de voir ses nouvelles installations (modernes et fonctionnelles) ainsi que de passer un moment à discuter avec lui.
En effet, nous nous connaissons depuis quelques années, mais je n’avais jamais encore eu l’occasion de vraiment passer quelques heures avec lui pour cerner le personnage.

J’ai trouvé un homme affable, plein d’humour, érudit. Je n’ai pas vu le temps passer…On a parlé de tout et de rien, mais évidemment surtout de la cause pour laquelle nous militons.
Il est persuadé que nous n’y arriverons que si nous démontrons avec des exemples concrets et poignants à la Cour Européenne des Droits de l’Homme que l’article 8 qui admet le droit au suicide ne peut pas être respecté tout en garantissant la dignité de l’être humain (un autre droit inaliénable) et cela parce que l’accès au seul produit qui permet une mort douce et apaisée, le NAP (en Allemand : Natrium von Pentobarbital) ou Pentobarbital de Sodium en français est inaccessible dans tous les pays d’Europe sauf en Suisse.
Et en Suisse que de procédures pour y avoir accès !!!
Il faut être malade et on a besoin de l’attestation d’un médecin. C’est compréhensible car on ne peut pas mettre ce produit en vente libre, mais on ne devrait pas en limiter l’accès comme on est en train d’essayer de le faire (le Conseil Fédéral, agacé par ce qu’ il appelle le « tourisme de la mort », veut n’en faciliter l’accès qu’aux seules personnes déjà mourantes et en très grande souffrance).

Pour le moment, une personne affligée d’une maladie chronique et dégénérative peut encore décider d’abréger sa vie en Suisse avant d’en arriver à la fin dégradante que ces maladies inévitablement infligent aux malades (perte d’autonomie, de la continence, de la parole et de la mémoire).

Avant de devenir un légume, on peut encore choisir de quitter la vie comme la personne qu’on a toujours été. Seulement en Suisse, pour le moment.

Je sais, pour avoir personnellement accompagné des malades en Suisse, comme cette fin de vie peut être douce et sereine. Triste, bien sûr. J’ ai assisté aux adieux d’un couple marié depuis 40 ans. Pour l’accompagnateur, c’ est un moment très fort et douloureux. Mais cette dame avait la maladie d’Alzheimer depuis 5 ans et ne se souvenait déjà plus de comment il fallait accomplir ses tâches quotidiennes. Elle était encore lucide et savait que l’autre option était la maison de retraite médicalisée et que bientôt elle ne parviendrait même plus à reconnaître son cher mari.

Elle a pris la potion en souriant, elle a dit : « je suis fatiguée » et elle s’est endormie dans les bras de son mari.

Une autre personne que j’ai accompagnée était atteinte d’un glioblastome (cancer du cerveau) en phase terminale. Elle était entourée de ses amis et après avoir bu un verre de porto avec tout le monde, elle a pris la potion et s’est endormie elle aussi avec le sourire.

Voilà ce qu’on peut faire en Suisse, alors que ce sujet est encore tabou pour nous, en France, dans le pays des Droits de l’Homme.

Donc je voudrais exprimer mon admiration pour Monsieur Minelli qui est un philosophe militant, tout comme Jean- Luc Romero, le président de l’ADMD dont je suis fière d'être la secrétaire générale.

Rédigé le Mardi 26 Janvier 2010 à 16:15 | Commentaires (14)

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