Samedi 26 Mai 2012
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Société

A mort le facteur Cheval !


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Une petite histoire sans prétention mais qui amène des réflexions profondes sur l’évolution de notre société … et de la juste limite entre la préservation des libertés individuelles et la réduction des libertés de l’individu.

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Railletonne
Mercredi 4 Janvier 2012

A mort le facteur Cheval !

Ma cabane au fond du jardin.

Mes parents ont acquis il y a un peu plus d’une dizaine d’années une maison ancienne sur un terrain d’une petite commune en bord de mer en Bretagne. En dix ans, les deux terrains qui bordaient la maison de part et d’autre ont été acquis par des promoteurs de la région qui y ont bâti de grandes résidences modernes, soit disant dans le respect du style local. Je passe rapidement sur le fait que profitant de leurs probables accointances avec la mairie, et du rapport de force dont ils bénéficient, ils ont pris certaines libertés au mépris des droits de la construction (distances et hauteurs non respectées). Mes parents n’ont évidemment pas les moyens de se lancer dans un procès long et coûteux … la loi du plus fort (et du plus riche) est toujours la meilleure.
Récemment, mes parents ont souhaité installé dans leur jardin, entre quelques sapins, un petit abri sommaire qui servirait de cabane pour leurs petites filles, leur permettant de jouer, comme tout enfant en a toujours rêvé, aux grandes personnes et d’avoir un lieu qui leur permettrait, les jours de pluie (ça arrive même en Bretagne !), de s’amuser en se créant leur petit univers imaginaire.
Nous avons appris à cette occasion qu’il fallait déposer un dossier à la mairie pour obtenir une autorisation. Le dossier comprend une dizaine de pièces justificatives, plans côtés, en coupe, en long, en large et en travers, photos et autres preuves permettant d’apprécier l’insertion du projet dans son environnement … tout cela pour une cabane en bois !! Je n’ose pas imaginer recevoir une réponse négative car le projet déposé dans les formes à la mairie semble avoir été accueilli favorablement.
Cependant, au-delà de l’énergie inutile dépensée (je suppose que des employés sont payés pour étudier, apprécier et valider le dossier) en regard de la futilité du projet (une cabane en bois pour enfants … ), au-delà de l’absurdité de la démarche alors que d’autre part, des promoteurs peuvent faire (pratiquement) tout ce qu’ils veulent, ne sommes-nous pas allés un peu loin dans la soi-disant préservation des libertés individuelles au nom de la démocratie ? Ne sommes-nous pas en train de concevoir au contraire un système tellement lourd, procédurier, « soviétique » et bientôt kafkaïen, qu’il ne profitera finalement qu’aux seuls puissants et riches qui auront les moyens (toujours sous des objectifs de rentabilité) de passer une à une les barrières administratives.
Certes, je comprends le bien fondé de ces « protections » mises en place pour éviter les dérives ou autres indélicatesses, comportements antisociaux, voire malfaisants, mais n’est-il pas légitime de se demander quelles en sont les limites ? Je comprends l’idée d’encadrer les dérives mais n’est-ce pas un aveu d’échec ? N’y a-t-il pas un juste équilibre à trouver entre « encadrement » et « répression » ? Comme si les lois ne devaient être conçues que pour les 5% de la société qui cherchent à les bafouer. Ne vaut-il pas mieux préserver un espace de liberté le plus large possible pour 95% de la société et au contraire sanctionner plus lourdement les écarts ? J’imagine volontiers que cette déclaration que certains ne manqueront pas de taxer de réactionnaire (comme si c’était un mot grossier), en effrayera plus d’un, mais qui n’a pas la nostalgie de l’époque où on pouvait construire sa cabane au fond du jardin, et peut-être même en faire une chanson, sans avoir à se justifier ?
Et je pense avec une certaine ironie à notre bon facteur Cheval, qui, comme un enfant a créé chez lui, l’espace de son imaginaire. Je l’imagine se rendant à la mairie de Hauterives pour défendre un projet sans plan ni autre idée que celle de se laisser porté par sa créativité.
Et je dis : « A mort le facteur Cheval et tous ces extrémistes de la marginalité et de l’originalité ! A mort tous ceux qui se croient chez eux alors qu’ils sont chez eux ! Vive la démocratie, vive l’altération des libertés des faibles et longue vie à ceux qui ont les moyens ou les appuis nécessaires (souvent les deux) pour continuer à avancer dans cette société ou chaque pas nécessite une telle énergie que l’effort n’est justifié que par le profit et la rentabilité ! »
Certains penseront que je vais trop loin ou que j’exagère ... je ne pense pas, je ne fais que grossir le trait. Quant on voir le chemin parcouru en cent ans, ne peut-on craindre le pire pour l’avenir ? Et si j’exagère (à peine ?), n’est-ce pas pour annoncer ce qui nous attend ?
Anecdote sans importance ? Peut-être que ce n’est effectivement pas la mort du petit cheval, mais au moins un signe annonciateur …


Mercredi 4 Janvier 2012


Commentaires

1.Posté par kephil le 04/01/2012 20:17

J'adhère à 100% au contenu de ce texte

2.Posté par le_tout_puissant le 05/01/2012 08:10

Excellent ce texte! Très pertinent et clairvoyant en ce qui concerne les dérives du libéralisme.
Cette atmosphère oppressante qui caractérise la France d'aujourd'hui explique entre autre pourquoi je suis expatrié depuis une dizaine d'année. Sans entrer dans les détails je vis dans un pays qui ressemble à ce qu'était encore la France jusque dans les années 50 et 60. Quelle liberté! Quelle bonheur que de pouvoir ouvrir un petit restaurant, ou vendre des poulets, des légumes...sans avoir à se poser des questions si on a le droit ou pas....
Je suis un planqué...bon courage à mes compatriotes qui doivent supporter au quotidien ce totalitarisme!

3.Posté par bibijoe le 05/01/2012 09:08

Je ne vois aucune exagération dans ce post. Nous sommes à ce jour le pays qui détient le record du monde de nombre de lois. 64 codes et bientôt 3 autres (en cours d'élaboration). Et biensur, à cela s'ajoute les decrets, les arrêtés, les circulaires etc.... etc.... Alors oui, si nous ne sommes pas en mesure de nous payer les services d'un spécialiste du type juriste, avocat, conseiller juridique ou comptable, il y a fort à parier que nous serons vidé d'énergie avant d'avoir mener à bien notre projet si tant est qu'il soit quelque peu original...

4.Posté par Marie 2 le 05/01/2012 11:11

Bravo (pour l'article, je précise)

concernant le reste .... je me demande, s'il va falloir bientôt demander l'autorisation de poser un pot de géranium sur sa terrasse, en précisant la couleur des fleurs

5.Posté par Marie 2 le 05/01/2012 11:15

@ le tout puissant : quel est ce pays, que j'y émigre tout de suite ?

6.Posté par Dédé le 16/01/2012 11:11

Je suis tout à fait d'accord avec ce texte. Je ne le trouve ni réactionnaire, ni même exagéré. C'est simplement une juste appréciation de la réalité.

Ici, il y'a deux problèmes misérables. Premièrement, le fait que les "normes" et les "contrôles", pour la création d'habitation, de cabanes, comme pour beaucoup d'autres choses, prennent souvent vie à cause d'une erreur maladroite ou d'une véritable idiotie d'une personne.

Dans le but d'éviter que ces erreurs se reproduisent, notre système actuel inscrit un code interdisant le problème qu'aura créer cette personne.

Mais je pense qu'en réalité, ce n'est même pas réellement nécessaire. Concrétement, pour vivre calmement en société, et sans le "tout pouvoir" donné au plus riche, il faudra se baser sur quelques règles simples, et non créer des lois et des nouvelles procèdures de contrôle en fonction des erreurs de quelques personnes marginales.

Lorsqu'on construit une habitation qui n'empiète pas sur la propriété d'un autre, que l'on ne fait pas trop de bruit, que l'on a une certaine tolérance, et que l'on s'applique pour qu'elle ne s'effondre pas, cela devrait suffire, sans plus de contrôle.

Rien que le fait qu'il puisse y'avoir (en suisse en tout cas) des normes sur les fenêtres ou l'endroit de la pièce ou peut-être construit ou non un grenier me débecte. Même si le cas de cette cabane est pire. En réalité, je n'aurais jamais pensé que les divers organes de contrôles pouvait EMPIETER SUR LA VIE PRIVEE et RESTREINDRE LES LIBERTES autant que cela.

Deuxièmement, le problème est bien évidemment l'argent, ou l'importance qui lui est accordé. Lorsqu'un homme peut se permettre, de part son argent (ce qui lui crée un certain statut, surtout) d'enfreindre ces codes, ils sont rendus innéfficient, et ne profite qu'au détenteur d'une grande somme (et d'ailleurs, dans l'absolu, beaucoup de riches ne méritent pas réellement d'avoir autant de pouvoir), ce qui crée un système pour les plus fortunés, acroissant la compétition, l'envie effrenée d'être le meilleur, et le mépris de l'autre pour récolter plus.

J'espère qu'un joue, cela changera, et je m'y emploie, notamment dans des tâches aussi stupide que des commentaires. Mais au final, je pense que nous devrions même cesser de respecter des choses aussi basse. Votre cabane, si vous la construisiez, serait-elle réellement rasée ? Autant essayé sans demander d'enquête... Au pire, jouez au con. ^^

Je vous remercie pour ce merveilleux texte.

7.Posté par Can le 11/02/2012 02:06

Notre loi obéie à celui qui a le plus d'argent ( le plus fort ) mais c'est impossible d'enlever l'argent du système ?

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