L'USG Open Source Centre a traduit un article de la presse russe qui propose une alliance stratégique entre la Russie et l'Iran.
Par Juan Cole
Expert : Sur l'alliance possible entre la Russie et l'Iran pour contrer les mouvements « hostiles » des États-Unis
Article de Radzhab Safarov, directeur général du Centre Russe sur les Études Iraniennes : « L'atout iranien. La Russie peut prendre le contrôle du Golfe Persique »
Vremya Novostey
Vendredi 29 août 2008
Type de document : Traduction d'un texte de l'OSC
La reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie par la Russie est une étape judicieuse pour protéger ces nouvelles républiques des agressions géorgiennes. Toutefois, en tenant compte du fait que les États-Unis envisagent d'accélérer l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine au bloc militaro-politique de l'OTAN, la situation près de la frontière Russe demeure alarmante. Dans le même temps, Moscou a un grand choix de contre-mesures équilibrées contre tout plan hostile des États-Unis et de l'OTAN. En particulier, la Russie peut compter sur les pays qui s'opposent efficacement à l'expansion des satellites des États-Unis. Seuls des efforts collectifs peuvent aider à créer une situation qui pourrait, si ce n'est supprimer, du moins réduire, le risque de transformer la guerre froide en conflits locaux et mondiaux.
Par exemple, Moscou pourrait renforcer ses liens militaires et techniques avec la Syrie et ouvrir des négociations sur le rétablissement de sa présence militaire à Cuba. Toutefois, l'avancée la plus grave que les États-Unis, et Israël en particulier, craignent (d'ailleurs, Israël a fourni des armes à la Géorgie) est la révision hypothétique de la politique étrangère russe envers l'Iran. Une alliance stratégique suppose la signature avec l'Iran d'un nouveau traité militaro-politique de grande envergure pouvant changer totalement le tableau géopolitique du monde contemporain.
Des nouvelle relations des alliés pourraient résulter le déploiement d'au moins deux bases militaires dans les régions stratégiques de l'Iran. Une base militaire pourrait être déployée au nord du pays, dans la province iranienne à l'est de l'Azerbaïdjan et l'autre dans le sud, sur l'île de Qeshm dans le Golfe Persique. Grâce à la base à l'est de l'Azerbaïdjan en Iran, la Russie serait en mesure de surveiller les activités militaires en Azerbaïdjan, Géorgie et Turquie, et partagerait ces informations avec l'Iran.
Le déploiement d'une base militaire sur l'île de Qeshm permettrait à la Russie de suivre les activités des États-Unis et de l'OTAN dans la région du Golfe Persique, d'Iraq et des autres États arabes. À l'aide d'équipements spéciaux, la Russie pourrait surveiller efficacement tout ce qui navigue dans ce goulet d'étranglement de la mer, la provenance et la cargaison de tout ce qui vient de l'océan Indien ou y retourne.
Pour la première fois, la Russie aura la possibilité d'arrêter les navires suspects et d'inspecter leur cargaison, ce que les Étasuniens ont fait cyniquement dans cette région pendant de nombreuses décennies. En échange du déploiement de ses bases militaires, la Russie pourrait aider les Iraniens à déployer une défense aérienne moderne et des systèmes de défense antimissiles le long du périmètre de ses frontières. Téhéran, par exemple, a besoin des nouveaux S-400 SAM russes.
Les dirigeants iraniens accordent une grande attention aux rapports indiquant qu'une résolution secrète du gouvernement géorgien a donné carte blanche aux États-Unis et à Israël pour utiliser le territoire géorgien et les bases militaires locales afin de lancer des frappes de missiles et de bombes contre les installations iraniennes en cas de besoin. Un autre voisin, la Turquie, est non seulement un membre de l'OTAN, mais aussi un puissant adversaire régional et un rival économique de l'Iran. En outre, la République de l'Azerbaïdjan est devenu le partenaire clef de l'Occident sur la question du transport des ressources énergétiques de la mer Caspienne vers les marchés mondiaux. Les Iraniens sont aussi préoccupés par le plan de Bakou, de donner à l'Occident (surtout aux Étasuniens) un accès capital au soi-disant secteur azerbaïdjanais de la mer Caspienne, ce qui est porteur de nouveaux conflits car le statut juridique de la mer Caspienne n'a toujours pas été défini jusqu'ici.
La Russie et l'Iran peuvent aussi accélérer le processus de mise en place du cartel des principaux producteurs de gaz, ce que les journalistes ont déjà surnommé l'« OPEP du gaz. » La Russie et l'Iran occupent respectivement la première et seconde place mondiale en fonction des réserves de gaz naturel. Ils possèdent à eux deux plus de 60 pour cent des gisements de gaz du monde. Par conséquent, même une petite coordination dans l'élaboration d'une politique de prix unique peut forcer une moitié du monde, du moins pratiquement toute l'Europe, à modérer ses ambitions et à traiter les exportateurs de gaz d'une manière plus conviviale.
Tout en progressant vers des rapports d'alliés, la Russie peut développer sa coopération avec l'Iran dans pratiquement tous les domaines, dont l'énergie nucléaire. La Russie peut gagner des dizaines de milliards de dollars dans la construction de centrales nucléaires uniquement en Iran. Téhéran peut recevoir de la Russie du soutien non seulement économique, mais aussi politique, dans le développement de son propre secteur de l'énergie atomique.
En plus de ça, compte tenu de la rupture imminente de la CIS, d'où est déjà sortie la Géorgie, la Russie pourrait accélérer le processus d'admission de l'Iran en tant que membre à part entière de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). En acceptant l'Iran, l'un des principaux pays du monde islamique, l'organisation pourrait changer radicalement en fonction à la fois de ses possibilités et de son rôle régional. Dans l'intervalle, en tant que membre du SCO l'Iran se trouvera sous la protection collective de cette organisation, notamment sous la protection des États nucléaires comme la Russie et la Chine. Cela posera les bases du puissant axe Russie, Iran et Chine, que les États-Unis et leurs alliés craignent tant.
Original : www.informationclearinghouse.info/article20657.htm
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info