D'autres historiens sont plus radicaux dans leur rejet total de toutes les lois mémorielles. «Le politique doit s'occuper du passé mais il lui incombe d'orienter la mémoire collective par des commémorations, des résolutions, des hommages, des réparations financières éventuelles, il ne lui revient pas de faire des lois qui figent complètement l'histoire, qui doit être laissée aux historiens», affirme Pierre Nora.
«Nous sommes contre l'histoire officielle et nous estimons qu'il ne doit pas y avoir d'entrave au travail de l'historien. Or, dès l'instant qu'il y a une loi, il y a des risques de poursuite. L'histoire est avant tout une source de débat et doit le rester dans une démocratie», renchérit l'historien Christian Delporte.
Leur combat n'est pas nouveau. Dès 1990, la loi Gayssot avait suscité de fortes réactions parmi les chercheurs. Pierre Vidal-Naquet avait exhorté le pouvoir à ne pas chercher à établir une vérité officielle. En 2006, 19 historiens signent une pétition demandant l'abrogation de la loi Gayssot, de la loi reconnaissant le génocide arménien, de la loi Taubira reconnaissant la traite et l'esclavage en tant que crime contre l'humanité et enfin de la loi sur l'intégration dans les programmes scolaires du rôle positif de la colonisation française.
Les signataires y rappellent certains principes fondamentaux, parmi lesquels: «L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique». «L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains», ou encore «L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique».