Journalistes, actrices, femmes politiques...ce séducteur né a multiplié les liaisons amoureuses, sans jamais renoncer à lastabilité de son mariage avec Bernadette.


« Il était…la vie !» se souvient une de ses anciennes camarades de Sciences Po, évoquant le grand garçon dégingandé qui, à 20 ans, bluffait les filles en arborant, au milieu des garçons en costume gris, son blouson rapporté des Etats-Unis. Avec cela, une démarche chaloupée à la Marlon Brando dans le film Sur les quais, une façon canaille de coincer sa cigarette au coin gauche de la bouche… « Irrésistible ! » Elles sont toutes belles, ces années-là, au très chic Institut de la rue Saint Guillaume où le petit-fils d’instituteur franc-maçon de Corrèze détone. Et toutes folles de lui. Mais c’est Bernadette, timide et maladroite comme un moineau empêtré dans ses longues jupes, mais portant au front l’orgueil d’être née Chodron de Courcel ( comme son oncle Geoffroy, aide de camp du général de Gaulle ), qui va réussir à épouser le beau gosse Jacques Chirac à la voix de stentor : elle a su non seulement faire accepter à son père cette « mésalliance », mais se rendre indispensable auprès de « Jacques » en lui préparant des fiches de lecture . Le 17 mars 1956, le mariage a lieu en l’église Sainte Clotilde du VIIème arrondissement. Le lendemain même, le jeune officier de cavalerie, appelé à prolonger en Algérie son service militaire, saute dans un train pour Marseille. Un baiser furtif au petit matin et « Je file ». En cinquante huit ans de vie conjugale, c’est la phrase que Bernadette Chirac entendra le plus souvent. Celle qu’elle prononcera elle-même trop souvent sera plutôt « Je cherche mon mari ». Juillet 1973. Sous la présidence de Georges Pompidou, l’infatigable quadra est ministre de l’Agriculture. Bernadette est en vacances dans le sud de la Corse avec leurs deux filles Laurence et Claude lorsque l’aînée, 15 ans, se plaint de violents maux de tête. Une méningite est diagnostiquée. Il faudra plusieurs heures pour joindre Chirac, qui viendra chercher sa fille à bord d’un avion sanitaire. Où était-il passé ? Réunion à huis clos après un « marathon de Bruxelles » où on l’a vu affronter des nuits entières ses collègues européens ? Comice agricole ? Bref séjour chez l’un de ses « mentors », Pierre Juillet, propriétaire d’un élevage de moutons dans la Creuse ou Marie -France Garaud, châtelaine en Poitou, tous deux conseillers très écoutés du président Pompidou ? Ou escapade amoureuse ? Malgré son nouveau genre, d’énarque à fines lunettes en costume trois pièces, Chirac plaît toujours autant aux femmes. Il en profite, avec un mélange de gentillesse et de désinvolture. C’est l’époque où son nouveau chauffeur, Jean-Claude Laumond, s’initie aux itinéraires nocturnes du « patron » et où les journalistes de l’Express comme Michèle Cotta le surnomment « Trois minutes, douche comprise »…En campagne, l’élu corrézien joue les soudards, en levant son verre « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent » ! Mais des féministes elles-mêmes admirent son appétit et son empressement à rendre service. Il arrive que Chirac tombe amoureux pour de bon. Il lui arrive même – en dépit du Président Pompidou, qui lui rappelle la sacrosainte règle pour un ambitieux politique « Jamais le divorce ! » - de promettre le mariage à l’une de ses conquêtes. Ce sera le cas, Pompidou décédé et son successeur, Giscard, ayant nommé son « poulain » Chirac Premier ministre, avec une journaliste du Figaro. De grands yeux gris, une bouche enfantine, la blonde Jacqueline Chabridon a le coeur à gauche. Elle est aussi sexy que Bernadette est austère. Son journal l’envoie en Corrèze faire un portrait du jeune Premier ministre. C’est un coup de foudre. Il lui écrit des billets enflammés, loue un appartement proche de Matignon pour l’y rejoindre, la veut près de lui sans cesse, y compris, devant Bernadette, dans un voyage officiel en Inde. D’abord éperdue de chagrin et de jalousie, cette dernière décide de résister. « Souvenez-vous, lance-t-elle à son mari : le jour où Napoléon a abandonné Joséphine, il a tout perdu ! » Elle va trouver un appui auprès des mentors de son mari, qui veulent faire de lui le chef d’un mouvement bonapartiste, cabré contre la vision européenne et libérale du président Giscard. Charles Pasqua, qui participe alors à leurs réunions de fin d’après-midi autour d’un whisky, décrit le Chirac des années 1970-1980 comme un superbe étalon en liberté « Nous avons tenté de réfréner ses ardeurs. Notre rôle était de l’aider à tenir son rang. En même temps, nous devions faire en sorte que le cheval ne se débarrasse pas de sa bride…Lui protestait : « Mais il faut bien que je vive ! » ( * Entretien auteure 22 juillet 2014 ) Le trio se répartit les tâches. Avec un sourire en coin, Pasqua se souvient « Nous avons fait récupérer ses lettres d’amour… » ( au domicile de la journaliste). De son côté, Marie-France Garaud met en garde Bernadette : la femme d’un homme qui aspire aux plus hautes fonctions doit se montrer davantage auprès de lui. Puis, elle convoque la journaliste : il en va de « l’avenir de la France » ! Sous la pression, le couple finit par céder. C’est la rupture déchirante de Titus et Bérénice. « Dans un mois, dans un an, Seigneur, comment souffrirons-nous … ? » Bérénice est hospitalisée, après une tentative de suicide. Titus poursuivra son ascension vers le trône, en secouant la tutelle de ses mentors. Ce n’est qu’en 2007, au moment de quitter le pouvoir, qu’il délivrera ce commentaire : « Marie-France Garaud ? Fine mouche, intelligente, mais, entre nous, un peu garce » ( *Pierre Péan , L’inconnu de l’Elysée, Fayard, 2007 ). En réalité, la « belle Marie-France », 40 ans à la mort de Pompidou quand Chirac en a 41, a joué un rôle décisif. Brillante juriste montée de son Poitou natal et parvenue dans le « premier cercle » pompidolien, cette cavalière aux yeux noirs de chasseresse et au chignon impeccable terrorise députés et ministres par ses mots étincelants et cruels. Un ancien directeur de cabinet de Chirac décrit ainsi son arrivée aux réunions « Elle provoquait chez lui une soudaine métamorphose. De calme et enjoué, il devenait tendu, irritable… » Visiblement, la belle Marie-France, qui relit ses interviews, choisit ses cravates, l’attend sur le trottoir pour lui faire répéter son texte lorsqu’il démissionne de Matignon et va jusqu’à épousseter elle-même, en manteau de vison, le bureau derrière lequel Chirac se déclare candidat à la mairie de Paris, exerce sur lui un charme puissant. Jusqu’aux Européennes de 1979. Ce dimanche-là, Chirac paie d’un cinglant rejet des électeurs « l’appel de Cochin » que son éminence grise lui a fait signer contre « le parti de l’étranger » depuis l’hôpital où il récupère d’un grave accident de voiture. Marie- France prend les devants : « Il y a longtemps, Jacques, que j’ai compris que vous n’aviez pas l’étoffe d’un président de la République. » Mais c’est Bernadette qui rendra impossible le retour de « Madame Garaud » en déclarant à l’envoyée du magazine Elle en Corrèze « Elle a beaucoup de mépris pour les gens. Elle les utilise, puis elle les jette. Moi, elle me prenait pour une parfaite imbécile…Son tort a été de ne pas se méfier assez de moi : on ne se méfie jamais assez des bonnes femmes » ( * Entretien auteure, août 1979 ). Devenue combative, Bernadette n’est pas débarrassée pour autant des courtisanes, actrices et autres journalistes « Les filles, dira-t-elle à Patrick de Carolis, ça galopait ! »(* Bernadette Chirac, Conversation, Plon, 2001) Octobre 1989. Un an après sa défaite contre François Mitterrand, Chirac, que l’on disait déprimé, arrive tout guilleret au dîner des parlementaires du RPR ( * Rassemblement Pour la France, créé en 1976, après sa démission de Matignon ), au palace niçois Le Négresco, en compagnie de son ancienne ministre déléguée à la Santé, une ravissante brune. « Débrouillez-vous, glisse-t-il à l’organisateur : il est bien entendu que Michèle Barzach sera à côté de moi ». En toute hâte, on improvise un autre plan de table, tandis que les tourtereaux se « mangent littéralement des yeux » sous l’œil furieux de l’adjointe à la Culture du maire de Paris, la belle Françoise de Panafieu. Août 1997 : les Chirac sont à l’Elysée depuis deux ans. A la Une de Match avec sa fille Claude et son petit-fils Martin, le Président joue le grand-père attendri. On le croit assagi, lorsque la princesse Diana se tue en voiture dans le tunnel de l’Alma. Cette nuit-là, la « Première Dame » cherche une fois de plus son mari. Réveillé par la Préfecture de police, son chauffeur, endormi dans sa voiture non loin du domicile de l’actrice Claudia Cardinale, ne verra revenir le « patron » qu’à 3 heures du matin…La rumeur autour de l’actrice vedette du Guépard sera démentie par l’intéressée. Mais Bernadette, en campagne en Corrèze, s’étonnera ainsi de voir une meute de photographes la suivre « Je ne suis pourtant pas Claudia Cardinale ! ». Avec l’âge et les responsabilités, Jacques Chirac a appris quelques bonnes manières. Mais il cultive toujours la provocation. En tournée avec des journalistes, il ne résiste pas à l’envie de faire attribuer à celle de son choix la chambre d’hôtel voisine. Et il tombe encore amoureux. D’ Elisabeth Friederich, notamment. Connue du temps où elle « couvrait » la Mairie de Paris, cette journaliste de l’AFP à l’allure sage va partager avec le Président des vacances à l’Ile Maurice ou dans l’oasis tunisienne de Tozeur. Mais en 2001, les révélations sur des billets d’avion payés en liquide du temps de la Mairie de Paris vont sonner la fin de cette liaison. Une fois encore, Bernadette a gagné. Elle aura été le « point fixe » d’un bel homme indomptable qui deviendra, peu après son départ de l’Elysée, ce retraité malade dont le regard s’anime encore au passage d’une jolie blonde.

Biographie

14 Juillet 2014
En avril, François Hollande lâchait qu’il n’aurait « aucune raison d’être candidat en 2017 » si le chômage ne baissait pas. Trois mois plus tard, son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l’affirme( dansle Monde) « Oui , il sera en situation d’être candidat ! » La courbe du chômage aurait-elle fini par s’inverser ? Le Ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg, qui défiait il y a quatre jours le chef de l’Etat en proclamant « Mon adversaire, c’est le conformisme… », aurait-il soudain appelé ses camarades « frondeurs » à soutenir la politique « d’austérité » du couple Hollande-Valls ? Rien de tout cela. Chaque jour, une nouvelle polémique - aujourd’hui même, à propos de la présence de trois Algériens parmi les 250 jeunes soldats venus des quatre-vingts pays qui participèrent à la guerre de 1914-1918 - vient au contraire gâcher l’atmosphère et doper le FN. Et pourtant, le Président plane ! Les visiteurs du Palais sont étonnés de son humour, de son insistance à saluer « l’indépendance » de celles et ceux qu’il honore par des décorations, et de sa réaffirmationdu choix « social-démocrate ». Fierté d’être à nouveau, comme pour l’anniversaire du D-Day, la puissance invitante du monde libre? Jouissance de voir l’UMP et Nicolas Sarkozy s’embourber ? Ou simple accoutumance ? François Mitterrand se comparait à un singe de laboratoire : « celui qui ne reçoit qu’une décharge électrique de temps en temps en meurt. Celui qui en reçoit tous les jours s’habitue ».Hollande fait mieux : il sourit.

Une fois de plus, le retour de Sarkozy est annoncé. Mais l'opinion se lasse du match Hollande-Sarkozy et ne croit plus aux partis.


Côté pile, un président qui, de sa tribune du Stade de France , applaudit Toulon en consolant Castres ; un chef de « grand pays » s’apprêtant à recevoir avec fastePoutine, Obama et la Reine d’Angleterre : les apparences du rassemblement, les apparences de la puissance. Côté face, la dégringolade : le chômage grimpe, les patrons du CAC 40 augmententsans vergogne leurs salaires , le syndicat le plus proche du président social-démocrate - la CFDT - menace de ne pas signer son « pacte de responsabilité »,et un hebdo de gauche, Le Nouvel Observateur, titre « Hollande : comment s’en débarrasser ?» Mais est-ce le caractère – décevant – du président socialiste qui le plombe ? Ou son impuissance politique ? Et Nicolas Sarkozy, qui se voit déjà enlever, tel Bonaparte , l’UMP puis l’Elysée ? Son caractère impérieux, sa stratégie de grignotage du FN en s’emparant de ses thèmes, ses meetings géants hors de prix et son côté « bling-bling » provoquèrent-ils un phénomène de rejet ? Ou bien son échec fut-il dû à de médiocres résultats en matière d’emploi, de sécurité et de déficits ? Nul doute que les deux hommes seraient plus populaires si la France avait remonté la pente comme l’ Allemagne.Cette impuissance française, Hollande et Sarkozy n’en portent pas la responsabilité exclusive. Mais, quand 25% des Français se tournent vers le FN et que 84% d’entre eux disent n’avoir plus confiance dans les autres partis, les deux rivaux en portent une lourde part. On attendrait d’eux, au moins, qu’ils nous disent la vérité.

Biographie

9 Février 2014

L'histoire du chaton a, semble-t-il, plus ému les foules que celle de Marina morte sous les coups de ses parents


Ignorait-il que ce fut un crime, dans notre société, de jouer à jeter un chaton sur un mur ? Ou bien, en filmant cette scène ignoble et en la postant sur le Net, Farid, 24 ans, serveur au chômage à Marseille, déjà condamné sept fois pour violences, espérait-il devenir célèbre ? Enfin, dans ce monde où l’on existe que si l’on passe à la télévision, on parlerait de lui ! C’est à moitié réussi : pour échapper aux menaces de lynchage de manifestants ulcérés, le « bourreau d’animaux », à l’encontre duquel le procureur a réclamé un an de prison ferme, a dû sortir du Tribunal par une porte dérobée, le visage caché… Mais Oscar, le chaton blanc et roux opéré de multiples fractures après avoir servi de jouet au jeune sadique, est devenu, lui, une star mondiale. Une dizaine d’associations - de la Fondation « 30 millions d’amis » à la SPA -, se sont constituées parties civiles pour sa défense. Des dizaines de milliers d’internautes du monde entier ont manifesté leur indignation. Le jeune handicapé mental jeté dans un bassin de Fontaine ( près de Grenoble) par deux ados, n’a pas eu droit à un tel élan de tendresse, même si la vidéo de son agression a déchaîné la Toile durant 24 heures . Peut-être parce que la presse, vu leur jeune âge ( 14 et 15 ans ) n’a pas publié la photo de ses agresseurs ? Parce que la vidéo est floue ? Ou parce que des millions de propriétaires de chats et de chiens, pour qui leur animal « domestique » est quasiment un enfant, se sont sentis, à travers le chaton, plus personnellement agressés ? Oscar, en tout cas, nous fait cruellement réfléchir sur notre société : « Orange mécanique », c’est maintenant. Sorti en 1971, ce film de Stanley Kubrick était, hélas, aussi prémonitoire que, quarante ans plus tôt, le livre « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. On y voyait une bande de jeunes garçons se livrer à des actes sadiques « pour le plaisir ». Leur meneur, un cas pour la Justice, faisait ensuite l’objet d’une tentative de « re-conditionnement » par les psychiatres : on lui projetait des scènes de torture en lui infligeant de violentes douleurs…avant qu’ un nouveau choc ne le fasse revenir à son état d’enfant sans conscience – ou au contraire trop humain, puisque seuls les hommes torturent et tuent non pour survivre et nourrir leur famille mais par fascination du Mal. Or, la réalité n’existe plus que si elle est filmée. Malheur aux victimes d’esclavage et de tortures en Russie, au Qatar ou en Chine, là où ne peuvent accéder les cameramen ! Malheur aux femmes battues, qui succombent sans un enregistrement, sans une image, sous les coups de leur compagnon : une tous les deux jours en France ! Et malheur aux enfants martyrs – 80 000 victimes chaque année de viols, coups et blessures. Marina, retrouvée nue dans le coffre de la voiture de sa mère, Enzo, violé par son beau-père sous les yeux de sa propre mère dans le parloir d’une prison…A cause de l’indifférence ou de la peur des voisins, enseignants, ou médecins, qui craignent des représailles. A cause de l’inhumanité de certains personnels des services sociaux, qui placent un enfant dans une famille d’accueil, puis le retirent, ou qui confient le petit, maigre comme un chaton, à un père violent ou à une mère alcoolique ou soumise à son concubin brutal. Faudra-t-il que l’un de ces tortionnaires aille, comme Farid, jusqu’à filmer ses actes, pour que tous les « papas et mamans » de France descendent dans la rue avec des banderoles roses et bleues pour la défense des femmes et des enfants victimes de maltraitance – comme Oscar ?

Biographie

5 Janvier 2014

Oublier Dieudonné, Louer Carpentier


Normalement, le Pr Alain Carpentier, chirurgien cardiologue français couvert de décorations britanniques et américaines, aurait dû, retraité de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, émigrer vers les Etats-Unis comme l’a fait le Pr Luc Montagnier, « découvreur » du virus du Sida et Prix Nobel de médecine, âgé comme lui de plus de 80 ans. Les Américains auraient mis à sa disposition les meilleurs chercheurs et ingénieurs. Eh bien ! Voilà une raison d’espérer, alors que nous venons d’apprendre que nos enfants étaient parmi les plus nuls des pays occidentaux en lecture et en maths et que nous allons, faute d’industries de pointe assez nombreuses et performantes, régresser de la 5ème à la 8ème place mondiale et connaître, au contraire de l’Angleterre et de l’Allemagne, une croissance négative. On n’a pas assez insisté sur cet exploit. D’ailleurs, si le président de la République a signé à la fin de l’année 2013 plusieurs promotions – dont celle d’un banquier d’affaires - au grade de Grand Croix dans l’Ordre de la Légion d’honneur, le Pr Carpentier n’était pas sur sa liste. François Hollande s’est contenté de vanter, dans ses vœux du 31 décembre, le premier cœur artificiel posé à l’Hôpital Georges Pompidou sur un patient de 75 ans. Il aurait pu souligner qu’Alain Carpentier est resté en France car il a pu mener à bien ses travaux grâce au concours d’ingénieurs d’EADS ( qui fabrique Airbus ) et grâce au soutien financier du regretté Jean-Luc Lagardère, un grand patron patriote . Que retenir encore de cette première mondiale, qui rappelle la première transplantation cardiaque réalisée, en 1968, par un autre Français, le Pr Christian Cabrol, ou le premier vol de Concorde ( 1969) ? L’alliance entre public et privé et entre médecine et industrie ; et la mobilisation d’une équipe autour d’un provincial, né à Toulouse où son père était ingénieur des Ponts, et devenu un grand médecin à la fois patient, acharné et désintéressé Oublier Dieudonné. Louer Carpentier Ce n’est pas le Pr Carpentier, pourtant, qui fait les gros titres, alors que nous sommes en tel manque d’espérance. Mais un « humoriste » quadragénaire, Dieudonné M’Bala M’Bala, qui, déjà condamné onze fois pour injures antisémites, entame une tournée explosive – que le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, ne parviendra pas à empêcher sans faire de lui une victime. Inquiétant parcours, et qui rappelle étrangement celui de « collabos » des années 40: fils d’une Bretonne et d’un Camerounais, né dans la banlieue parisienne, Dieudonné, qui est très doué, entame dans les années 1990 avec Elie Semoun, alors son copain, une carrière à succès. Il milite à gauche et se présente, à Dreux en 1997, contre le FN. Mais au fil des ans – déceptions professionnelles ? Influence d’antisémites fanatiques comme le révisionniste Faurisson ou l’iranien Ahmadinejad ? – il traverse l’échiquier au point de demander à Jean-Marie Le Pen d’être, en 2008, le parrain de sa fille. Désormais, sa vision du monde est terriblement simpliste : tout ce qu’il nous arrive de mal – la crise, les guerres, la misère, etc – relève d’un « complot des banquiers juifs »… dont les ancêtres auraient fait fortune dans le trafic d’esclaves ! Parfois, les attaques de Dieudonné sont directes (« Quand je l’entends, Patrick Cohen, je me dis : tu vois, les chambres à gaz… ») Parfois aussi, elles sont insidieuses et d’autant plus dangereuses, sur un public qui n’a pas forcément écouté les beaux discours de Christiane Taubira : celle-ci, qui se dit horrifiée par la dérive de ce « vil bouffon » n’a pas attendu en effet Dieudonné pour faire voter , du temps où elle était simple députée de la Guyane, une loi faisant de l’esclavage un « crime contre l’humanité ». Or, il y a de tout, parmi les adeptes du salut fasciste « la quenelle »lancé par Dieudonné : de vieux pétainistes, des intégristes religieux forcenés, mais aussi des jeunes incultes, trop faciles à embrigader sous l’étendard noir de la haine. A ceux-là, notre responsabilité n’est-elle pas d’apporter, envers et contre tout, une vision positive ? Regardons donc Alain Carpentier. CC

Biographie

21 Septembre 2010

Ma mère a fui notre ville du Havre sous les bombardements. Mon père, prisonnier dans un stalag allemand, s’évade et la rejoint à Lyon.


C’est  ainsi que je nais, le 31 octobre 1942, quelques jours avant l’arrivée, dans la capitale des Gaules, des troupes nazies.




Quand mes parents regagnent le Havre, la ville est entièrement démolie : les albums de photos familiaux montrent un paysage lunaire. Mais l’activité portuaire reprend, le centre ville est reconstruit par l’architecte Peyret. L’ensemble est plutôt laid ( même s’il sera, un demi-siècle plus tard, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité) Le vent d’Ouest s’engouffre dans les avenues trop larges et droites. Mais il y a la mer, les voiliers et les grands paquebots transatlantiques.




Chez les Dominicaines du Havre, puis en pension au collège Notre-Dame des Oiseaux (chez les religieuses que fréquentèrent aussi Martine Aubry et Ségolène Royal ) je rêve de découvrir le monde- et d’abord, la France.

Etudiante à Sciences Po, j’épouse à 19 ans un interne en médecine. Deux garçons naissent. Mère au foyer, je traduis des romans policiers pour la Série noire Gallimard et m’inscris à l’Ecole du Louvre, où la grande Égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt me transmet son amour de l’Egypte.
 
En 1970, j’entre à l’ Express sous la direction de Françoise Giroud. Je deviens gaulliste en effectuant une recherche sur les thèmes gaulliens à travers les discours du Général. Mon premier grand reportage «  Comment vit-on avec 1000 francs par mois ? » me mène des filatures du Nord aux vignobles du Languedoc et me fait découvrir la réalité sociale de notre pays.

1972 Claude Imbert et Jacques Duquesne quittent l’Express pour créer Le Point. Ils me proposent de les suivre. L’aventure me tente. Après avoir lancé Michèle Cotta et Catherine Nay dans le journalisme politique, Imbert me confie une chronique sur les « leaders » de l’économie. Découverte du monde des « grands patrons », jusque là très fermé à la presse. Attend-on de moi que je les séduise ? Je m’applique à les égratigner. Un jour, le Pdg fondateur de Danone, Antoine Riboud, ira jusqu’à me reprocher d’avoir fait baisser le cours de son action ! Mais le patron du Point me soutient. Il me soutiendra aussi lorsque, en réaction à mon premier édito (contre les publicitaires de Dim qui affichent sur tous les abribus une femme nue à quatre pattes),  Publicis menacera de retirer au Point son budget publicitaire…En plus de ces chroniques, Imbert me confie de grands reportages à travers la France : sur les hôpitaux, le monde rural, les handicapés, la vie ouvrière, l’immigration…puis, sur les Français au Brésil, les Français aux Etats-Unis… Par la suite, je publierai aussi – toujours au Point- de grands portraits-interviews d’artistes comme le chef d’orchestre Lorin Maazel, les peintres Leonor Fini, Vieira da Silva et Paul Delvaux.

1979-1985 Parallèlement, je réalise des portraits et des grandes enquêtes pour les revues Réalités, Connaissance des Arts, Vogue, Spectacle du Monde, Point de Vue et Reader’s Digest: reportage sur les monastères après le concile Vatican II, portraits du Pr de médecine Hubert Montagner, de l’artiste Jean-Pierre Reynaud, du couturier Yves Saint-Laurent, de l’écrivain Françoise Sagan.

1979 Sous la direction d’Eliane Victor, j’entame une collaboration avec le magazine Elle. Grands portraits et interviews de femmes – architecte comme Charlotte Perriand, responsable des musées nationaux comme Françoise Cachin, politique comme Marie-France Garaud ou Bernadette Chirac. Pour la première fois, en Corrèze où elle m’a invitée, Bernadette se « lâche » : elle me raconte comment elle a dit, deux mois plus tôt à son mari, à propos de ses conseillers Pierre Juillet et Marie-France Garaud : « Ces gens-là partiront. Ou bien c’est moi qui partirai ». Scandale dans le monde politique !

1981- 1995 Appelée par Louis Pauwels, j’entre au Figaro-Magazine.  A l’époque, le magazine est diabolisé pour ses prises de position droitières. Mais l’exploration du monde politique me tente. Or, dans ce journal qui vient de naître, je serai seule  pour faire des portraits d’hommes politiques : « Une journée avec… » François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, etc . Pauwels m’offre aussi de tenir une chronique hebdomadaire «  La semaine de Christine Clerc ». J’y relate mes rencontres avec des hommes politiques, des syndicalistes, des artistes, mais aussi une prof, des ouvrières ou une conductrice de bus. Je participe en outre, chaque dimanche, au Club de la Presse d’Europe 1 animé par Jean-Pierre Elkabbach. Là, j’interroge François Mitterrand sur la présence d’un clocher d’église sur ses affiches. Quelques semaines plus tard, le candidat socialiste me fait visiter sa chère basilique de Vézelay.

Avec Coluche, la rencontre( en 1987) est moins sympathique. Je viens l’interviewer dans son bureau d’Europe1. Il m’insulte «  ton sale journal bourgeois de m… », et me prend à la gorge en vociférant…jusqu’à ce que ses gardes du corps lui fassent lâcher prise. Je porte plainte. L’incident me vaut des milliers de témoignages de soutien, dont ceux de BHL, Yves Montand, Jacques Delors, etc. Coluche se tuera dans un accident de moto sans que j’aie pu découvrir son autre visage : celui du fondateur des Restos du cœur.

1982 Revenant sur les lieux de mes enquêtes à travers la France, revoyant, à quelques années de distance, les mêmes familles, je publie le récit d’un tour de France sous le titre «  Le Bonheur d’être Français » ( Grasset). Ce livre me vaut d’être le premier grand reporter qui ait exploré la France plutôt que l’Asie ou l’Afrique à recevoir le Prix Albert Londres.

1986 Patrice Duhamel m’engage à RMC pour interviewer, tous les matins à 7h45, au long de la première cohabitation Mitterrand-Chirac, une personnalité politique. Je prends goût au direct. Un matin, dans le studio de Marseille, Bernard Tapie lâche entre ses dents «  Ah, la salope… »

1995, Franz-Olivier Giesbert ayant pris la direction du Figaro, je le rejoins pour mener de grandes enquêtes sur des sujets de société : le renouveau religieux ( des bouddhistes aux musulmans ) La violence à l’école. L’immigration. La Corse. Un de mes articles me vaut, lors d’un séjour au dessus d’Ajaccio dans le village de Tolla, de retrouver ma voiture mitraillée.

1991-2006 Engagée par Philippe Labro à RTL , je remplace pendant ses vacances, dix semaines par an, l’éditorialiste maison ( Philippe Alexandre, puis Alain Duhamel) . Ma dernière chronique, datée du 26 mai 2006, porte sur les salaires et bonus extravagants de certains patrons du CAC 40. Ma conclusion «  Nous sommes en 1787 !». J’apprendrai par la presse que le successeur de Labro me remplace par Franz-Olivier Giesbert.

Cette année 2006 est pour moi une année de rupture : le Figaro ayant  été repris par le groupe Dassault, Nicolas Beytout succède à Franz-Olivier Giesbert à la direction de la rédaction. Les grands reportages, portraits et billets d’humeur que j’aimais faire sont supprimés. D’ailleurs, je ne suis plus en odeur de sainteté. Nicolas Sarkozy, si sympathique quand il était ministre et que je le suivais sur le terrain, n’a pas aimé que je l’interroge sur le nombre de voitures incendiées chaque année en France. Et puis, certains de  mes éditos publiés par Marianne ont déplu – en particulier, celui intitulé «  La fille de Tony et du Général »,  où je montrais comment Ségolène Royal s’était inspirée non seulement de François Mitterrand, mais de Charles de Gaulle…et du réformiste  britannique Tony Blair.

Et voilà que le quotidien Le Monde m’a classée, avec la chanteuse Diam’s, parmi «  les premiers soutiens éclectiques de Ségolène Royal » ! De fait, je suis séduite par Ségolène. Je trouve la campagne de Nicolas Sarkozy très brillante –  notamment grâce aux discours sur la France écrits par Henri Guaino  – mais il promet trop, il est trop exclusivement préoccupé de sa propre image. Je pressens qu’il nous décevra.
Quoi qu’il en soit, je préfère quitter Le Figaro pour retrouver ma liberté.

Après avoir participé à la Commission présidée par Blandine Kriégel sur « la violence et la pornographie à la télévision », après avoir enseigné pendant un an à la nouvelle école de journalisme de Sciences Po, je décide de me consacrer surtout à la rédaction de livres.

Cela ne m’empêche pas de continuer à tenir des chroniques régulières dans quelques journaux amis où je me sens libre, comme Le Télégramme de Brest ou j’officie depuis 25 ans chaque lundi, Midi Libre, où j’ai rendez-vous chaque dimanche avec mes lecteurs languedociens. Il m'arrive aussi de publier chroniques ou grands portraits dans Marianne, où j'ai commencé à travailler il y a une dizaine d'années à la demande de Jean-François Kahn et de Maurice Szafran.  En revanche, j'ai cessé, en janvier 2013, de collaborer à  Valeurs Actuelles et à Spectacle du Monde.  François d’Orcival et Guillaume Roquette, qui ne pensaient pas toujours la même chose que moi, respectaient ma liberté. Tout a changé avec l'arrivée , à la tête du groupe Valmonde, d'Yves de Kerdrel, qui a imposé un tournant idéologique radical " A droite toutes" ...

Ce changement me permet de consacrer un peu plus de temps au "Prix Aujourd'hui" dont j'étais jusqu'alors secrétaire générale. A la fin de 2013, les douze membres* du jury de ce prix prestigieux, créé il y a 52 ans pour couronner un ouvrage politique, historique, sociologique ou philosophique et désormais sponsorisé par le généreux mécène François Pinault, m'en ont en effet élue présidente , à la suite de Jacques Julliard.

* Christophe Barbier, Raphaëlle Bacqué, Albert Du Roy, Jean Boissonnat, Alain Duhamel, Franz-Olivier Giesbert, Claude Imbert, Jacques Julliard, Laurent Joffrin, Catherine Nay, Alain-Gérard Slama, Philippe Tesson - auxquels vont se joindre , en 2014, Bruno Frappat et Apolline de Malherbe.



Et n’oublions pas les livres, où je trouve un si grand espace de liberté !

J’en ai publié une vingtaine :
Le Bonheur d’être Français , Grasset, 1982 ( Prix Albert-Londres)
Dimanche 16 mars, 20h, Belfond, 1985
L’Arpeggione ( roman), Flammarion, 1987
Chronique d’un septennat, Stock, 1988
La guerre de Mitterrand – la dernière illusion ( avec Josette Alia) Olivier Orban, 1991
Les Amants de Maastricht, Robert Laffont, 1992
Rendez-Vous politiques, l’Archipel, 1993
Jacques, Edouard, Charles, Philippe et les autres, Albin Michel, 1994
Cent jours à l’Hôpital, Plon, 1994
Journal intime de Jacques Chirac, Albin Michel tome 1, 1995
Tome 2, 1996, tome 3, 1997, tome 4, 1998
Bérénice ( roman) Grasset, 2000
Les de Gaulle, une famille française, Nil, 2000
Lettre à un petit garçon, Plon, 2002
Le Bonheur d’être Français ( 2) Plon, 2004
Tigres et Tigresses, Plon, 2006
De Gaulle-Malraux – Une histoire d’amour, Nil, 2008
Carnets intimes de Nicolas Sarkozy Nil, 2009
Le Pape, la femme et l’éléphant, Flammarion, 2011
Les Conquérantes, Nil Editions, 2013
50 couples d'exception ( avec Blanche de Richemont) Les Editions du Palais, 2013