Et Marine Le Pen ? Elle n’a pas 43 ans, aucune expérience de la gestion d’une ville, d’une région ni d’un ministère, pas d’équipe de poids – même si son père laisse entendre que de hauts fonctionnaires travaillent pour elle dans l’ombre. Ajoutons un lourd héritage qui l’oblige à consacrer une bonne part de son énergie à la « dédiabolisation » du FN. Or, cela ne l’empêche pas de grimper dans les sondages jusqu’à provoquer cet électrochoc, enregistré par l’Institut Harris pour le Parisien-Aujourd’hui en France : 23% des sondés voteraient pour la candidate FN au premier tour de la présidentielle si Martine Aubry, à 21% comme Nicolas Sarkozy, portait les couleurs du PS. Et si c’était DSK, Marine le Pen serait encore en tête et Nicolas Sarkozy, éliminé ! Cauchemar de la droite : un 21 avril 2002 à l’envers ! Les Français feraient-ils donc confiance à la fille le Pen pour gouverner ? Evidemment non. Sa percée spectaculaire, je l’interprète comme une sorte de soulèvement de « la France d’en bas » - celle qui vota « Non » au référendum européen de 2005 et infligea de sévères revers à l’UMP et au PS lors des européennes de 2009. Comme un : « Vous ne voulez pas nous entendre ? Eh bien, nous allons crier ! » Crier quoi ? Que 6 millions de Français qui, pourtant, travaillent, gagnent moins de 1000 euros par mois et ne peuvent plus se loger ni mettre d’essence dans leur voiture, quand ils en ont une. Que la gauche est autiste lorsqu’elle se disperse dans la préparation d’hypothétiques « primaires » et qualifie d’ « ineptie » le débat sur l’Islam et la laïcité – question qui se pose moins, il est vrai, dans les quartiers bobos que dans les banlieues ouvrières. Que la droite ne l’est pas moins lorsqu’elle se vante d’avoir en Sarkozy un candidat « du terroir » et passe son temps à débattre de l’ISF ( une réforme certes nécessaire) alors que l’ urgence est de résoudre le problème de logement des modestes salariés. Bref, puisque personne à gauche ni à droite n’a essayé de le faire, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon dont on n’a entendu que les outrances, Marine Le Pen s’est glissée dans la peau de candidat de « la fracture sociale ».