Midi Libre

13 Mai 2012

Valérie Trierweiler et François Hollande à Tulle : en toute simplicité ?


Il a acheté sa baguette de pain chez le boulanger, tandis que sa compagne faisait ses courses à vélo. Puis, François Hollande et Valérie Trierweiler sont allés au Grand Palais admirer les reflets multicolores imaginés par l’artiste Daniel Buren. Et tout le monde – radios et télévisions en tête -s’est écrié « Quelle simplicité ! Voilà bien un président « normal » et proche du peuple ! »
C’est oublier que tous les nouveaux présidents, depuis de Gaulle, ont eu le même souci. Succédant au Général, qui vivait très simplement avec « Tante Yvonne » dans leur austère maison de Colombey- les- deux- Eglises mais imprimait une certaine « grandeur » à tous ses gestes, Georges Pompidou - dont François Mitterrand disait cruellement « Il descend du gaullisme par la banque Rothschild » - voulut, à peine élu, marquer un changement. Il se montra, avec sa femme Claude, en col roulé dans leur maison de Cajarc au milieu des moutons. C’était l’époque de l’essor du « Club Med » et de la libéralisation des mœurs : le couple présidentiel se laissa photographier à la plage. Il organisa à l’Elysée des séances de cinéma pour les amis et ne manqua pas une exposition d’art contemporain - son jardin secret, très utile pour envoyer ce message aux Français « Moi, Pompidou, l’enfant de Montboudif, je modernise notre pays… »
Après lui – après le président malade -, vint Giscard le jeune. Lui, si attaché à sa particule, afficha des goûts simples : il jouait au foot et émerveillait ses « fans » par ses talents d’accordéoniste ! Une fois président, il serait le « Kennedy français », arrivant à pied à l’Elysée… On connaît la suite…
François Mitterrand, lui, n’avait pas théorisé de rupture de style. Né pour être empereur, le premier président socialiste de la Vème République cultivait le voussoiement. Son engagement au côté du peuple, c’est par ses discours qu’il le marquait, en tonnant contre « l’argent, l’argent qui corrompt ! »…ce qui n’allait pas l’empêcher de savourer les croisières sur le Nil à bord du yacht de Moubarak…Mais, sur la cheminée de son bureau présidentiel, il montrait la photo de ses parents, en rappelant que son père avait été modeste chef de gare. Et à Latche, où il avait rangé ses livres de poche dans une ancienne bergerie, Mitterrand donnait volontiers à manger à son âne, surtout quand un photographe, convié à déguster le confit de canard préparé par Danielle, en faisait la demande….Admirable mélange de grandeur et de simplicité !
Comme Giscard, Sarkozy se rêva en « Kennedy français » allant jusqu’à se mettre en scène avec son plus jeune fils, Louis, dans son bureau de ministre de l’Intérieur avant de se montrer en short, retour d’un jogging matinal, sur le perron de l’Elysée… Là aussi, on connaît la suite…Entre temps, Chirac lui-même, qui demandait à ses amis de le tutoyer une fois président, attablé devant une bonne tête de veau, n’avait pas réussi à empêcher que la fonction présidentielle ne l’isole : dès 1997, le petit fils d’instituteur corrézien au flair d’animal politique ne sentait plus son « terrain ».
Comment échapper à cet enfermement du pouvoir ? Le pari est d’autant plus rude pour Hollande que s’ajoute désormais, aux contraintes de la sécurité et du protocole (même allégé) la pression grandissante des médias audiovisuels et de tous les moyens de communication instantanée. Adepte du « Twitt » sa compagne lance un appel « Merci à mes confrères de respecter notre vie et celle de nos voisins. Merci de ne pas camper devant notre domicile ! » Mais en vain : la machine à isoler le président est en marche. Il lui faudra autant d’autorité pour y résister que pour convaincre Angela Merkel.