Télégramme de Brest

7 Mai 2012

"Je suis fier d'avoir été capable de redonner espoir ! " a lancé François Hollande qui devient le deuxième président de gauche de la Vème République.


Autour de lui, certains espéraient un résultat encore meilleur : 54%. Son adversaire Nicolas Sarkozy - le « candidat sortant » comme il l’appelait - n’avait-il pas « raté sa sortie » lors de leur duel télévisé, après avoir mené une campagne trop agressive et droitière ?
Sur les pas de François Mitterrand
Pourtant, François Hollande peut se féliciter : 51, 8%, n’est-ce pas le score de François Mitterrand voilà 31 ans face à un président sortant non moins vilipendé, Valéry Giscard d’Estaing ? Rien n’est si facile pour un socialiste, dans une France qui a glissé à droite, comme la plupart des pays Européens. Hollande est habitué : Il lui a fallu des années pour être élu député de Corrèze, puis maire de Tulle et président du Conseil général. Quand son ex-compagne Ségolène Royal était nommée ministre en 1992, lui restait simple élu. Et quand il se porta candidat à l’Elysée, ses « chers camarades » le raillèrent, de même que Sarkozy qui ironisait sur l’élu corrézien allant « cueillir des champignons avec Dugenou, quand moi, je discute avec Obama… »
Ecrasante responsabilité
L’allégresse passée, le nouveau président sait quelles difficultés l’attendent : la réaction des marchés, les déficits, l’industrie française qui s’enfonce…et la nécessité de rassembler un peuple divisé. C’est tout cela qui donnait hier soir au discours du vainqueur, malgré la joie des foules immenses rassemblées pour lui à Tulle et, autour de son fils Thomas et de ses amis, à la Bastille, une gravité, et parfois même un côté appliqué. Déjà, l’on était loin du Bourget de son abandon, de son lyrisme. Un manteau de « responsabilité » tombait sur ses épaules. D’ailleurs, avant de « réconcilier » comme il y insiste tant, en répétant qu’il veut « être le président de tous les Français » y compris de ceux qui n’ont pas voté pour lui, ne lui faut-il pas livrer une nouvelle bataille – celle des législatives ? Bien entendu, le président Hollande ne voudra pas se conduire en chef de parti, lui qui a reproché à Sarkozy d’avoir convoqué régulièrement les élus UMP à l’Elysée.
Troisième tour
Mais la campagne législative, entamée hier soir par ses lieutenants, se mènera sur le thème « Il faut une majorité au président pour lui permettre de mettre son programme en œuvre. » Laurent Fabius le rappelait : « une tradition jamais démentie veut que les Français donnent au nouveau président une majorité parlementaire. » Ce fut le cas en 1981. Mais, si divisée soit-elle aujourd’hui entre libéraux, centristes, gaullistes… ou plus simplement « Fillonistes » et « Copéistes », l’UMP est déjà partie en guerre sur le thème : « Au secours, il faut sauver la démocratie ! La gauche a déjà les régions, les départements, le Sénat, bien des villes… ne lui donnez pas l’Assemblée nationale ! » … Rien, décidément, ne s’annonce facile pour François Hollande.