Télégramme de Brest

25 Juin 2012

La nouvelle Assemblée à peine élue, les nuages s'amoncellent de nouveau au dessus de François Hollande sur la scène intérieure comme sur la scène européenne.
C'est désormais l'impuissance politique que l'on redoute surtout chez celui qui fut longtemps caricaturé en homme " mou ".


Le bonheur, c’était il y a 155 jours- le 22 janvier au Bourget, quand le candidat socialiste François Hollande découvrait l’ivresse d’une « rencontre amoureuse » avec le « peuple de gauche ». C’était il y a 50 jours, le 6 mai à Tulle, quand le Président tout juste élu faisait monter en scène sa compagne Valérie Trierweiler et qu’elle faisait jouer à l’accordéon « La vie en rose ». Dix jours plus tard, lors de la passation de pouvoirs à l’Elysée, les nuages assombrissaient déjà le ciel : l’heureux élu se résignait à l’absence de ses enfants, solidaires de leur mère, Ségolène Royal. Surtout, la Chancelière allemande semblait rétive à son charme. Les plans sociaux dégringolaient. La croissance se dérobait…
Eclatant succès
C’était il y a 40 jours. Depuis, le président socialiste a remporté une victoire législative éclatante qui fait de lui le plus puissant des sept présidents de la Vème République. Mais 40 % de Français insatisfaits – soit 2% de plus que le mois dernier et ( selon le même sondage Ifop/JDD ) 6% de plus qu’ en juin 2007 pour Nicolas Sarkozy, lui disent que ce n’est pas l’ « état de grâce ». Comme si les électeurs qui se sont déplacés l’autre dimanche avaient voulu lui signifier « Tu voulais les pleins pouvoirs ? Les voici. Maintenant, à toi de jouer ! Et ne viens pas nous dire dans cinq ans que tu n’es pas responsable ! » Car rien ne semble venir à bout du pessimisme français : ni la baisse des salaires du Chef de l’Etat et des ministres, déjà oubliée, ni celle des grands patrons, ni même le coup de pouce au Smic, qui fait craindre une vague de fermetures de PME.
Soupçon d’impuissance
Les efforts du ministre du « Redressement productif », Arnaud Montebourg, pour relocaliser les milliers d’emplois des « call centers » installés au Maroc ? On rappelle les vaines tentatives de ses prédécesseurs. En revanche, on accorde foi au plan secret, révélé par Le Figaro, de non remplacement d’un fonctionnaire sur trois pour compenser les postes créés à l’Education Nationale. Cela pourrait altérer l’image du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Or, c’est vers le Président que se tournent les regards. A cause de sa vie privée ? On l’aurait, certes, voulue plus discrète. Mais c’est l’impuissance politique que l’on redoute surtout, chez celui qui fut longtemps caricaturé en « mou ». Certes, Hollande affiche sa fermeté face à Angela Merkel qu’il recevra mercredi avant le sommet européen. Son entourage se vante qu’il ait arraché à la Chancelière un plan de 120 milliards d’euros pour relancer la croissance européenne. Mais tout le monde connaît le prix à payer : une harmonisation des politiques économiques et fiscales européennes. Comme le veut l’Allemagne.