Pour son livre " Les somnambules. Eté 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre" ( Flammarion ) l'historien Christopher Clark est venu de Cambridge recevoir le Prix 2014 au Théâtre de Poche Montparnasse, en présence des membres du jury et de l'ancien ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, qui représentait le généreux donateur François Pinault .


De gauche à droite Jean-Jacques Aillagon, Christine Clerc et  le lauréat Christopher Clark

Au cours d'un déjeuner à la Closerie des Lilas, le jury, réuni sous ma présidence, a décerné le Prix Aujourd'hui 2014 à Christopher Clark, auteur de "Les Somnambules. Eté 2014: comment l'Europe a marché vers la guerre " ( Flammarion )


De gauche à droite: Raphaëlle Bacqué, Alain-Gérard Slama, Catherine Nay, Jean Boissonat, Bruno Frappat, Jacques Julliard, Christine Clerc, Albert du Ropy, Philippe Tesson, Alain Duhamel,Laurent Joffrin, Franz-Olivier Giesbert, Christophe Barbier

Impressions

25 Février 2014

Intellectuelle, théoricienne anti-Freud et anti-Beauvoir, mystérieuse, combative et protectrice, elle était devenue en quelque sorte notre mère à toutes.


Elle n’aimait pas parler d’elle – sauf pour évoquer son enfance marseillaise pauvre mais heureuse, entre un père simple pêcheur et une mère qui n’avait guère pu aller à l’école mais qui lui avait transmis un grand appétit de culture, sur le Vieux Port de Marseille où chantait encore ce savoureux accent provençal à la Pagnol qu’elle regrettait tant de voir disparaître. Elle n’aimait pas parler de sa maladie et il ne fallait pas l’aider, quand on la voyait saisir avec difficulté son téléphone portable ou sa tasse de café. Mais elle aimait parler de nous, les femmes de tous âges qui venions vers elle pour qu’elle nous raconte notre propre histoire, nous explique notre passé et nous dessine notre avenir. C’était il y a un mois. Ma dernière visite rue de Verneuil avant sa mort. Il y a des fleurs bleues et blanches dans les vases. Antoinette porte un chemisier émeraude qui fait vibrer le Mondrian vert et bleu accroché au mur clair. Toujours ce sens des couleurs et ce sens de l’observation. Je lui trouve la respiration plus aisée que la dernière fois. Viendra-t-elle à « l’Espace des Femmes » pour la conférence débat qu’elle m’a invitée à y donner le 13 février à propos de mon livre Les Conquérantes ? Je vais y convier à dialoguer la députée centriste européenne Sylvie Goulard, qui lance un mouvement transversal, « Eiffel », pour une Europe démocratique, et ma consoeur Odile Benyahia-Kouider, auteur d’un livre sur Angela Merkel et nous « L’Allemagne paiera » et nous intitulerons cette rencontre « Vivement une femme président ! »  Le sujet inspire Antoinette et elle veut me faire plaisir : elle va rester à Paris, dit-elle, pour nous recevoir personnellement à l’Espace des Femmes – ce lieu merveilleux, avec bibliothèque et piano, qu’elle a créé au bout d’une allée de camélias roses, à deux pas de l’église Saint Germain des Prés. Puis, nous évoquons les récentes aventures de François Hollande à scooter. Vraiment, la fonction pèse-t-elle tellement au président de la République ? Hollande et son rapport aux femmes. Valérie Trierweiler…Antoinette a tout lu à leur sujet : Closer et Match, mais aussi VSD ,Voici, Gala, Point de Vue…Devant moi, qui aurais honte d’avouer lire ces magazines people autrement que chez le coiffeur, elle trace une chronique à mi-chemin entre la Marquise de Sévigné et le sociologue Alain Touraine, son ami. « J’ai trouvé dans chacune de ces publications une information qui n’était pas chez les autres, un détail signifiant.. » Mais que n’aurait-on dit si Ségolène Royal, élue présidente, s’était retrouvée photographiée sur un scooter à trois cents mètres de l’Elysée ! Nous faisons le tour des « conquérantes ». De Simone Veil à Rama Yade et Najat Vallaud-Belkacem en passant par Ségolène Royal, toutes sont venues déjeuner ici et, parfois, voir Antoinette à Boullouris ou dans le golfe du Morbihan pour partager un moment d’amitié. Antoinette se souvient de Simone Veil à Los Angeles et dans le grand canyon du Colorado – il y a vingt, trente ans, une escapade entre femmes, loin de son mari, pour recevoir là-bas un prix décerné par les femmes. « Elle riait, elle aimait cette atmosphère de camaraderie : pendant quelques jours, elle a vécu là-bas l’adolescence qu’elle n’avait pas eue… » Antoinette a ses têtes : elle  supporte mal qu’Elisabeth Badinter se pose, telle Simone de Beauvoir, en icône du féminisme tout en laissant diffuser par le groupe Publicis dont elle est l’héritière des publicités parfois avilissantes pour les femmes… Dans l’immense majorité des cas, pourtant, et avec l’humour qui fait de sa conversation un régal, elle parle de chacune des femmes dont elle observe le parcours avec une tendresse qui n’exclut pas la lucidité. L’ancienne pensionnaire de Notre-Dame des Oiseaux que je suis croit l’entendre dire « mes filles » du même ton que la mère supérieure qui veillait sur nous comme sur autant de plantes et d’arbustes rares d’un jardin de l’Esprit. Gourou, Antoinette Fouque ? Un mystère flottait autour d’elle. Sa maladie et son énergie. Cette fortune. Toutes ces femmes dévouées et empressées… Je ne l’ai pas connue dans le rôle de féministe échevelée de mai 68, co-fondatrice du MLF. A l’époque, jeune mère de famille au foyer, je me méfiais de ces féministes qui semblaient faire la guerre aux hommes et qui, répétant après Simone de Beauvoir « On ne nait pas femme, on le devient », prétendaient nier toute différence entre les sexes . Mais avec le temps et l’expérience, tôt ou tard on devient toutes féministes. Surtout quand on découvre, grâce à des intellectuelles comme Antoinette Fouque, que l’on peut être à la fois différents et égaux, que la femme n’est pas vouée à souffrir, comme le voulait Freud, de « l’envie du pénis », que la maternité est une richesse et non une faiblesse et que ( Désolée encore, Monsieur Freud ! ) ce sont les hommes qui envient aux femmes le pouvoir de donner la vie. Quand je l’ai rencontrée, j’étais journaliste au Figaro et elle, qui allait se lancer en politique pour faire campagne successivement derrière le radical socialiste Bernard Tapie aux Européennes et auprès du socialiste Laurent Fabius, avait décelé en moi, sous des apparences conformes, ce qu’elle appelait en riant « une anarchiste de droite ». C’était il y a près de vingt ans. Nous nous sommes vues depuis, régulièrement, à l’occasion d’une conférence à l’Espace des Femmes, du lancement d’un livre publié par les « Editions des Femmes »ou d’un CD de sa « bibliothèque des voix », ou encore des manifestations qu’elle organisait dans le cadre de son « Alliance des Femmes » pour des femmes du monde entier – de la Birmanie à l’Amérique latine en passant par l’Afrique . Elle ouvrait généreusement l’Espace des Femmes à toutes sortes de rencontres artistiques et intellectuelles où il arrivait que les hommes fussent majoritaires, comme ce fut le cas lors de trois cérémonies de remise du Prix littéraire Aujourd’hui avec mes amis Jacques Julliard et Christophe Barbier. J’appelais de temps en temps Antoinette à Boullouris où elle cherchait le repos et le soleil, pour prendre de ses nouvelles et savoir ce qu’elle pensait de l’actualité. Son regard, toujours si vif, intelligent et original, m’aidait à distinguer l’essentiel sous les apparences. J’aimais ces échanges et sans doute ont-ils compté dans mon évolution intellectuelle et politique, entre droite et gauche. Mais je retiens surtout une bienveillante et fidèle attention. Malade mais si volontaire et protectrice, Antoinette Fouque était devenue, à sa façon, notre mère à toutes. On en oubliait sa fragilité. Pour ne retenir que la force de l’Esprit.

Impressions

10 Janvier 2014

Le plus grave, c'est que le public de Dieudonné prend des appels au crime pour de la "liberté d'expression". Pourquoi passe-t-on au prétendu "humoriste" ce qu'on ne tolérait pas de Jean-Marie Le Pen ? A cause de sa barbe noire qui plait aux Islamistes ? Ou parce que la France redevient perméable aux idéologies criminelles des années 1940 ? Pauvre Simone Veil, qui a œuvré toute sa vie pour nous réconcilier avec nous-mêmes ! Il est temps de se souvenir de son message.


Troubles à l’ordre public, troubles, plus encore, dans les esprits. Moi, ce qui me trouble le plus dans l’affaire Dieudonné, ce n’est pas, hélas, la dérive d’un enfant de banlieue, fils d’une Bretonne et d’un Camerounais, passé de l’extrême gauche à l’extrême droite et devenu l’ami de Jean-Marie Le Pen à qui il a demandé d’être le parrain de sa fille , alors qu’il se présentait, huit ans plus tôt, aux élections législatives de Dreux, en chevalier anti FN. Ce parcours est celui, connu, trop connu, d’un « collabo » tel Doriot, l’ouvrier métallurgiste communiste qui finit en fasciste, fondateur de la sinistre Légion des Volontaires Français. Faut-il en rechercher l’origine dans les humiliations ? Bien qu’il ait connu très jeune le succès en entamant une brillante carrière d’humoriste avec son copain Elie Semoun – aujourd’hui l’une de ses cibles - Dieudonné M’Bala M’Bala en a subi plusieurs. Il ressent très vivement, en particulier, le fait que le Centre National du Cinéma lui refuse en 2005 non pas une subvention mais une aide à l’écriture d’un film sur la traite négrière. D’autres, comme Toni Marshall, qui pouvaient mieux que lui prétendre à cette aide du CNC, se sont heurtés eux aussi, comme plus de 80% des candidats, à une réponse négative. Mais, alors même que Christiane Taubira, alors simple députée de Guyane, vient de faire voter par une Assemblée unanime sa proposition de loi déclarant l’esclavage « Crime contre l’Humanité », Dieudonné veut voir en chacun de ses petits échecs personnels un signe du mépris ancestral de la France envers la communauté noire. Un signe de plus de l’influence de la communauté juive, qui se prétendrait la seule « bénéficiaire » de tous les « grands malheurs » de l’Histoire et la seule détentrice du statut de victime. Il entre dans la surenchère victimaire. Il bascule dans la haine obsessionnelle. Contre le « système » des pouvoirs, un système de pensée simplificateur A dater de là, son explication du monde devient aussi simpliste que celle des nazis et de leurs sbires dans les années 1940 et que celle du négationniste Faurisson et du fanatique iranien Ahmaninedjad, dont il devient le grand ami : la crise économique et financière ? Les Juifs ! D’ailleurs, si les banquiers ont fait fortune, c’est que leurs grands pères s’étaient déjà enrichis dans le trafic d’esclaves… La corruption ? Les juifs ! Voir Madoff. L’attentat des Twin Towers, le 11 septembre 2001 à New-York ? Les Juifs ! Les viols, le harcèlement sexuel ? Les juifs ! Voir DSK…Et d’enchaîner , tout naturellement si l’on ose dire, sur les chambres à gaz, une invention des juifs pour se faire plaindre, et « dommage qu’elles n’existent plus » : Dieudonné n’y enverrait sûrement pas son allié Fofana, en prison à vie pour avoir torturé et assassiné le jeune juif Halimi, mais, déclare-t-il, Patrick Cohen et quelques dizaines de journalistes et politiques honnis ! Pour beaucoup moins que cela – une petite phrase sur les chambres à gaz, « détail de l’Histoire » de la Seconde guerre mondiale, prononcée en 1990 -, Jean-Marie Le Pen était devenu le diable officiel de la République française, montré du doigt par l’ensemble de la presse et de la classe politique, condamné plusieurs fois à l’inégibilité pour une durée d’un an et pas moins de dix-neuf fois pour propos racistes. Intouchable à cause de sa barbe ? Pourquoi son ami Dieudonné a-t-il pu, lui, se vautrer publiquement durant des années dans l’antisémitisme et le révisionnisme et faire de sa haine un « business » lucratif sans être inquiété ? Parce que sa barbe noire, qui fait penser aux Islamistes, fait peur ? Parce que sa « négritude », comme aurait dit Senghor, réveille en nous une éternelle culpabilité coloniale ? Quelques amendes, certes, lui ont été en principe infligées, mais il a pu aisément s’arranger pour ne pas les payer, et cela a fait rire aux dépens de l’Administration fiscale. Le rire serait-il donc la clé de l’énigme ? Un humoriste serait-il au dessus des lois et des interdits moraux ? Même si ses « shows » tournent aux meetings politiques et pire que cela, aux appels à exterminer une partie de la population de son propre pays ? Même s’il se présente lui-même à des élections avec ce programme criminel ? Deuxième question troublante : pourquoi a-t-on attendu si longtemps pour faire connaître la véritable nature de l’humour dieudonniste ? Par peur des réactions de ses puissants supporters ? Par calcul politique ? Par indifférence ? Je m’accuse, pour ma part, de n’avoir pas été plus tôt alertée par le phénomène Dieudonné. Car nous faisons face à un phénomène de grande ampleur, et c’est là le plus troublant : partout où il passe, Dieudonné fait salle pleine. Partout où il dit et répète « Les chambres à gaz, dommage qu’elles n’existent plus, ou qu’elles n’aient pas existé … » ses milliers de spectateurs – bourgeois de la vieille droite pétainiste ou représentants des classes moyennes déclassées et incultes, qui ne voient « pas de mal à ça », mais souvent aussi enfants perdus des banlieues et militants islamistes – se pressent pour l’acclamer. Et ils en redemandent ! Comme les fans de Coluche lui demandaient, me confia-t-il un jour, « du plus en plus dégueulasse ». C’est à qui se fera photographier, devant les affiches du barbu Dieudonné mais aussi devant les monuments à la mémoire de la Shoah, et même devant l’entrée du camp d’Auschwitz, parodiant le salut nazi que Dieudonné, dont on imagine le sort sous Hitler, a réinventé en « quenelle ». Liberté de tuer ? Tout cela après des années d’enseignement de la Shoah, après des dizaines de films comme « Le chagrin et la Pitié », des centaines de voyages organisés pour les élèves des collèges à Auschwitz, des milliers de conférences. Tout cela, vingt-cinq ans après le procès du tortionnaire nazi de Lyon, Barbie, dont les rares victimes survivantes, comme André Frossard, firent pleurer la France en racontant le supplice de l’ébouillantement subi par des camarades de détention morts au bout de longs jours dans des souffrances atroces. Tout cela, malgré des centaines, des milliers de livres bouleversants comme le journal d’Anne Franck ou « La Traversée de la nuit » de Geneviève de Gaulle, grande résistante déportée à Ravensbruck - où l’on voit une femme battue à mort au battoir pour avoir voulu laver son linge et des jeunes filles mutilées, sautillant comme « des petits lapins »avant de succomber car elle avaient été le jouet du Dr Gebhardt et de ses expériences ignobles… Tout cela quand, au sommet de l’Etat, par la bouche de Jacques Chirac en 1995, la responsabilité de l’Etat français a été reconnue dans la déportation de milliers de juifs français et dans l’entreprise, industrielle, d’avilissement des êtres humains et d’extermination que fut le nazisme. Ce travail de mémoire, ces tentatives pour comprendre l’origine du Mal et pour en prévenir à jamais le retour, auraient donc échoué ? Quand des milliers de spectateurs réservent leur place – chère - dans un Zénith de Nantes, de Bordeaux ou de Marseille pour rire des exterminations et des pires atteintes à la dignité humaine ; quand, à la sortie du chapiteau, ils disent qu’ils ne voient pas pourquoi on porterait atteinte à la « liberté d’expression » de Dieudonné, c’est un signe avant coureur, qu’il ne faut pas prendre à la légère : une épouvantable nouvelle tragédie, digne de la Syrie ou de la Centrafrique, se prépare peut-être chez nous. Le testament de Simone Veil Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, réveillez-vous ! Il n’est plus temps de faire joujou avec les rythmes scolaires ! C’est la survie de notre civilisation, de nos valeurs, de notre Humanité, de nos enfants, qui est en jeu. Chère Simone Veil, vous qui avez tant oeuvré, toute votre vie, alors que vous aviez connu Auschwitz et perdu votre mère, votre père et votre frère dans les camps, afin de nous convaincre que nos parents n’avaient pas été les collabos, les dénonciateurs de juifs, les salauds que l’on disait, mais souvent des « Justes » grâce auxquels nombre d’enfants juifs avaient survécu…chère, très chère Simone Veil, vous qui nous avez rendu notre honneur et nous avez réconciliés avec nous-mêmes, comme Mandela a tenté plus tard de réconcilier entre eux les sud-africains, mais vous qui avez dit un jour « J’ai commencé ma vie dans l’horreur, je la terminerai dans le désespoir »… N’écoutez plus la radio, ne regardez pas la télévision. N’ouvrez pas votre fenêtre. Cela vous ferait trop mal d’entendre ces rires. Mais nous vous le promettons : face aux chemises brunes qui voudraient, comme en 1940, défaire la France et la République et répandre la haine en Europe, nous nous souviendrons toujours de votre discours et de vos actes.

Certains, qui ne m'ont pas lue, se figurent que j'ai révélé le nom du père de Marion Le Pen. Selon eux, j'aurais commis une faute en relatant dans mon livre ce que Yann Le Pen, la sœur cadette de Marine, m'a raconté d'elle-même : comment, à la naissance de sa fille Marion, Marine lui a servi de père.


Quelques lignes de mon livre à paraître sur les femmes politiques « Les Conquérantes » me valent un flot de réactions de lecteurs apparemment pro- Le Pen « Si vous avez bavé le nom du père de Marion, c’est à vomir.. », « Choqué que vous diffusiez cette info, alors que vous vous étiez engagée à ne rien dire… » « Vendue… Mais bientôt elle sera au pouvoir et j’espère qu’elle va vous couler… »
Je coupe les fautes d’orthographe et les termes insultants de ces courriels adressés sur mon site et qui ne donnent pas une haute idée des partisans de Marine et Marion Le Pen. Mais il est vrai que ce genre de lettres, plus souvent anonymes, n’est pas la spécialité exclusive du FN. On rencontre partout des excités, en quête de gens à haïr.
Qu’ai-je donc écrit ? Qu’ai-je dévoilé au juste ?
En p 132 de mon livre, alors que je relate une rencontre, dans leur maison de Saint Cloud, avec Pierrette Lalanne-Le Pen ( la mère de Marine et Yann et la grand-mère de Marion ) et sa fille Yann, cette dernière me raconte spontanément, et sans que je l’aie interrogée sur le père de Marion, comment, mariée une première fois et séparée, en instance de divorce, elle a eu « une aventure avec un journaliste ». C’est ainsi qu’elle s’est trouvée enceinte de Marion :

« Marine, ma petite sœur, a été son papa à l’accouchement. Elle m’a aidée à l’élever. Cela tisse des liens très forts. Marine et moi, on est plus que des sœurs. Et Marion a pour sa tante un véritable amour filial. »

On l’a compris : il s’agissait avant tout des relations entre Marion et Marine. On dit souvent qu’elles sont rivales et que le père, Jean-Marie, attise cette rivalité. Yann m’expliquait le contraire. A aucun moment, me voyant prendre des notes, elle ne m’a demandé de ne pas la citer.
Pouvais-je relater les deux années qui ont tissé un lien particulier entre les deux soeurs sans relater les conditions de la naissance de Marion , sous la protection de Marine ? Ces cinq lignes desservent-elles les intéressées ou, au contraire, les servent-elles ? Mon éditeur -et plusieurs de mes lecteurs depuis – les ont jugées « très sympathiques ». D’autres, qui n’ont pas lu le livre ( à paraître le 18 novembre ) les trouvent scandaleuses… Je vous laisse juges.
En tout cas, j’ai volontairement omis de donner le nom du journaliste cité par Yann, bien que celui-ci fut connu de plusieurs de mes confrères. Mes confrères de l’Express ont décidé, eux, de le publier . A mes yeux, leur décision se défend aussi, à partir du moment où elle apporte, sur une femme politique d’avenir comme Marion Le Pen, une information révélatrice de son caractère : Marion a décidé de porter le nom de son père adoptif Samuel Maréchal, elle a décidé aussi de rencontrer son père « biologique »…Voilà une jeune fille qui « assume » !
Quoi qu’il en soit, ce livre, comme les 18 autres publiés depuis « Le Bonheur d’être Français » qui me valut, en 1982, le Prix Albert Londres, est avant tout un livre de portraits de la France. C’est une approche psychologique de celles qui vont diriger notre pays et qui sont déjà arrivées à de hauts postes de responsabilité. Pas, contrairement à ce que pensent les furieux qui m’écrivent sans l’avoir lu ( et pour cause : il n’est pas encore en librairie ! ) un livre de ragots.
A ceux qui s’interrogent, je conseille de regarder l’émission « Bibliothèque Medicis » sur « Public Sénat » vendredi 15 novembre. Jean-Pierre Elkabbach, qui me reçoit, en compagnie d’Anne Hidalgo et Valérie Pécresse, deux de mes personnages de « Conquérantes », ainsi qu’avec l’auteur d’un livre sur Germaine de Staël, Eric Egnell, nous fait évoquer bien des aspects du parcours des femmes à la conquête du pouvoir : la personnalité du père ( dans le cas de Martine Aubry, Ségolène Royal, Marine Le Pen, Nathalie Kosciusko-Morizet …) celle de la mère, celle des compagnons, les enfants… A aucun moment nous n’évoquons ce qui a fait « le buzz » depuis quelques jours à propos de ce livre. Tant d’autres choses ont paru plus intéressantes à Jean-Pierre Elkabbach et à mes premiers lecteurs !
Quant à moi, je reste fidèle à la devise de mon maître Albert Londres « Notre métier n’est pas de faire plaisir. Ni de porter tort. Il est de porter la plume dans la plaie. »



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30 Octobre 2013

Des porcs qui se prétendent chrétiens ont osé pousser en avant des enfants agitant des bananes sur le passage de la Ministre de la Justice comme pour la traiter de singe ! Et des élus de droite qui se prétendent gaullistes sont restés assis lorsque leurs collègues de l'Assemble nationale ont voulu exprimer leur solidarité à Christiane Taubira ! Que se lèvent enfin les hommes et les femmes d'honneur ! Que se lèvent les Religieux et les Républicains! C'est la France qu'on salit ainsi .


Pour Taubira

Je n’étais pas à l’Assemblée nationale ce mercredi après-midi et comme je le regrette ! J’aurais exprimé mon indignation à tous les députés de droite que j’aurais croisés, goguenards ou fanfarons, dans la salle des 4 Colonnes . Comment ? Ils prétendent défendre des valeurs chrétiennes, des valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité, des valeurs de respect et d’autorité, et ils ne se lèvent pas pour manifester leur solidarité lorsqu’une ministre de la République est insultée ? Cela s’est passé hier, lors d’une visite en province. Comme à leur habitude depuis des mois, des manifestants contre le « mariage pour tous » accueillaient la Garde des Sceaux par des vociférations.
Passe encore qu’on manifeste, même si la loi , une fois votée, devrait imposer un minimum de calme et de retenue et si ces bouches ouvertes et ces visages déformés par la haine - je les connais, je les ai croisés notamment lors d’une visite à Nantes, où j’accompagnais la Ministre des Droits de la femme, Najat Vallaud-Belkacem - ne donnent pas une belle image de ceux qui prétendent défendre la famille …tout en se moquant pas mal des milliers de femmes battues et des dizaines de milliers d’enfants martyrs…
Mais leurs propres enfants ! Que ces bons chrétiens poussent leurs enfants en avant, qu’ils leur enseignent, en guise de « valeurs », de foi et de charité, le mépris, la haine et le racisme le plus abject ! Qu’ils leur mettent entre les mains des bananes, pour signifier qu’à leurs yeux, la ministre de la Justice française est un singe – ou une guenon ! Nous voilà revenus aux pires caricatures fascistes des années 30 - à la « bête immonde » dont le visage est celui de la bêtise la plus épaisse. Savent-ils seulement, ces parents indignes, tout ce que leurs enfants gagneraient à apprendre de Christiane Taubira, cette amoureuse de l’Histoire et de la Littérature, cette femme de courage et de profonde culture ? L’ont-ils jamais entendue prononcer l’un de ses discours dignes de Malraux, où elle convoque tour à tour Victor Hugo, Aimé Césaire et Edouard Glissant ? Mais non : ils détestent Malraux, justement, et Victor Hugo, ces gauchistes, et Alexandre Dumas et Pouchkine, et Leopold Sedar Senghor, ces « nègres » comme Obama . Ils détestent le talent et la différence. Jusqu’où descendront-ils ? Et que vont devenir leurs enfants, après un tel « apprentissage » ? Je me retiens pour ne pas parler de nuques épaisses de bovins et de grouins de porcs : on ne répond pas à l’insulte par l’insulte et le forum ne doit pas devenir une auge. Mais que pas un, pas un seul des élus de droite dans l’hémicycle – dont plusieurs osent encore se prétendre gaullistes- ne se soit levé cet après-midi, quelle honte et quel chagrin !
« L’affaire Leonarda » m’avait, croyais-je, rejetée dans les bras de la droite , irritée que j‘étais par le faux « angélisme d’une gauche compassionnelle qui méprise le « petit blanc » au pied de chez elle mais qui se dit prête à enfreindre les lois de la République pour accueillir les bras ouverts, aux dépens des Français les plus modestes, une famille de faux Kosovars qui n’a cessé de mentir et qui nargue sur tous les écrans de TV le Président de la République. Mais « l’affaire Taubira » me rejette dans les bras de la gauche…ou dans le camp des abstentionnistes, dégoûtés de la politique et des politiciens. Que se lèvent, enfin, des hommes et des femmes d’honneur ! Que montent en chaire des évêques et des prêtres effrayés des dérives fascisantes des militants anti « mariage pour tous » et saisis d’une sainte colère !

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25 Octobre 2013

J'étais cet après-midi aux obsèques de Philippe Cohen. J'avais travaillé avec lui . Je l'appréciais énormément. Quelle stupide timidité - ou quelle vie trop accaparée pas mille petite choses qui m'empêchent de voir les plus importantes- m'ont amenée à passer à côté d'une amitié ? Comme je regrette maintenant le temps perdu, et qui ne reviendra plus.


La cérémonie des obsèques du journaliste écrivain Philippe Cohen avait lieu cet après-midi au cimetière du Père Lachaise, sous un ciel doux et gris, empreint de mélancolie. Il y avait là toute l’équipe de Marianne – à l’exception de Maurice Szafran, dont la colère contre son livre sur Le Pen, co-écrit avec Pierre Péan, provoqua le départ de Philippe – plus quelques personnalités de droite comme Nicolas Dupont-Aignan et Paul-Marie Coûteaux et de gauche comme Jean-Pierre Chevènement et Régis Debray. L’axe républicain Philippe Séguin/ Jean-Pierre Chevènement, en somme. Je me reconnais dans cette famille, moi qui me sens de droite avec les gens de gauche et de gauche avec les gens de droite. Philippe Cohen était-il pour autant un ami ? Je le connaissais peu, au fond, et nous n’avions, curieusement, pas parlé de nos convictions politiques , mais sa mort, dimanche, alors que je pensais à lui particulièrement depuis quelques jours, prenant de ses nouvelles par son ami Pierre Péan, m’a profondément émue.
Peut-être parce que j’avais vu en lui l’homme blessé.
Au cimetière, plusieurs témoignages – de jeunes journalistes ayant travaillé sous ses ordres, de ses enfants, de sa femme et, bien sûr, de Pierre Péan – dressent le portrait d’un passionné mais d’un rieur, d’un bourreau de travail parfois impérieux, ou donnant l’impression de l’être car il réfléchissait et travaillait si vite que les autres se sentaient toujours un peu dépassés, d’un homme d’intelligence et de culture mais aussi d’un farceur, d’un père tendre, attaché aux rites ( pas les rites religieux, les rites de la transmission de la connaissance, de la complicité ). Moi, je me souviens d’un homme fin, ironique, distancé, mais comme dévoré de l’intérieur. J’ignorais sa maladie, qui le poursuivait depuis des années, mais sa secrète inquiétude me l’avait rendu attachant. Nous nous étions connus lorsque j’avais commencé à travailler pour Marianne et que Maurice Szafran m’avait demandé si je pouvais contribuer de temps à autre à « Marianne 2 » le site Internet que Philippe avait créé .
Mon premier papier « en ligne » avait été écrit, à la demande du journal, pour la défense d’Anna Cabana, alors vivement attaquée par nos chers confrères à l’intérieur même de la rédaction ( j’allais apprendre que c’était chose courante dans ce journal ) pour un livre qu’elle venait de publier sur Cécilia Sarkozy. Ils trouvaient que c’était de la petite histoire de bonnes femmes, de la vie privée, etc… Je soutenais que cette histoire-là, quand elle remonte à Diane de Poitiers ou Marie-Antoinette, devient de la grande Histoire.. Alors ?
Philippe prenait toujours mes papiers, très vite, presque sans commentaire – mais avec juste ces quelques mots qui suffisent à un auteur inquiet pour se sentir en confiance. Nous nous croisions lors des conférences de rédaction de Marianne et échangions quelques mots, tantôt nous tutoyant, plus souvent nous vouvoyant. Je me souviens de son ironie à propos de mes portraits de femmes : il me trouvait un côté militant digne d’écrire dans « l’Huma » et j’en riais …De temps en temps, je le croisais aussi sur le terrain, par exemple à un diner d’anciens combattants du FN avec remise de « flammes » en bronze par le « patriarche », où nous étions tous deux comme des spectateurs de théâtre debout au fond de la salle.
Puis, je reçus son livre écrit avec Péan « Le Pen, une histoire française ». Une somme impressionnante, une enquête formidable – à la fois à décharge, puisque les deux auteurs n’avaient pas trouvé la preuve que Le Pen ait torturé en Algérie et le disaient – et à charge, car leurs informations sur la cupidité de Le Pen étaient écrasantes. Cet ouvrage à quatre mains était pour moi un modèle d’indépendance : « porter la plume dans la plaie », selon le précepte de notre maître Albert Londres. Je lui reprochais seulement un « manque de chair », un manque de sensualité, s’agissant d’un personnage aussi charnel, aussi violemment romanesque. Mais Szafran , aveuglé par la profonde blessure d’Auschwitz, voulut voir seulement que Cohen avait dédiabolisé Le Pen et trahi la bonne cause – oui, Cohen, dont certains membres de la famille étaient morts aussi là-bas… Je compris alors pourquoi le livre m’avait paru « trop froid » : par une volonté sourcilleuse de ne pas céder à la fascination du verbe, de la mise en scène, de la présence physique de l’acteur, par un souci extrême de garder ses distances plutôt que d’ « entrer à l’intérieur » du personnage comme le ferait un romancier.
Peu à peu, comme à mon insu, mon estime pour Philippe grandissait . Lorsque j’appris son départ de Marianne, je l’invitais à déjeuner. Avec beaucoup de pudeur et de dignité, il me joua celui qui est content qu’un « coup de pied au c… » l’oblige à se remettre en cause, à réinventer. Il avait des projets d’articles pour Le Point, des projets de livres…Mais je le sentais ravagé. Ce qui ne l’empêcha pas, avec beaucoup de gentillesse, de me donner plusieurs contacts pour m’aider à rencontrer les filles Le Pen en vue d’un livre sur les femmes politiques. De temps, en temps, nous étant promis de déjeuner ensemble régulièrement, nous nous appelions.
Mais un jour, Philippe me dit d’un ton détaché qu’il allait être hospitalisé .A dater de là, n’osant le déranger, j’appelais Pierre Péan pour prendre de ses nouvelles. Et c’est ainsi que j’appris que l’opération chirurgicale avait été un échec : il était trop tard pour sauver Philippe. La médecine ne pouvait plus que l’empêcher de trop souffrir et à lui permettre de passer ses derniers jours au milieu des siens. Péan était bouleversé de sa souffrance.
Sandrine, la femme de Philippe, a évoqué avec infiniment de tendresse cet après-midi son esprit de résistance, mais aussi son amour de la vie, des diners de copains, des livres partagés, des discussions politiques . Et je me suis dit : « quel dommage de ne pas l’avoir mieux connu ! » Quelle stupide timidité, peur de déranger, m’a donc empêchée d’aller davantage vers lui , de connaître plus tôt sa famille, de nouer une véritable amitié ?
On croit toujours qu’on a le temps. Mais le temps s’en va, nous laissant sur la rive. Désolés de n’avoir pas dit, pas compris, pas échangé plus tôt et mieux. Il ne faut jamais laisser passer une occasion d’amitié. Rien de plus triste que d’être « passé à côté . Merci, Philippe, de me l’avoir fait comprendre, avec votre délicatesse habituelle. Adieu, Philippe.

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25 Septembre 2013

Dans une lettre ouverte au prochain pape publiée en 2011 sous le titre " Le pape, la femme et l'éléphant " je demandais au futur successeur de Benoît XVI de revenir à l'Evangile et de tendre la main aux femmes, comme le faisait Jésus-Christ. Le Pape François aurait-il entendu mon appel ?


Très Saint Père, n’ayez pas peur !

« Imaginons que la papauté n’ait pas craint d’abandonner sa puissance temporelle. Imaginons qu’elle ait résisté à la tentation de proclamer, en 1870 dans des conditions politiques particulières, l’infaillibilité pontificale…
Imaginons que la hiérarchie catholique se soit dépouillée de ses vains honneurs …
Imaginons qu’elle renonce à s’appuyer sur de puissants réseaux de pouvoir pour se tourner vers « l’Eglise d’en bas ». Imaginons qu’elle soit assez universelle et assez jeune pour vous désigner, vous, le prochain Pape, parmi les pauvres d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie..
Imaginons qu’elle ose entamer une grande et profonde réforme à laquelle elle associe toutes les « religions sœurs » de la chrétienté pour un retour à l’Evangile.
Imaginons, enfin que, prenant conscience de sa faiblesse, qui est sa seule force, l’Eglise ne craigne plus d’entendre railler le christianisme comme une « religion féminine » et se décide à ouvrir les bras aux femmes.
Quel formidable signe d’espoir elle enverrait au monde !
Futur Saint Père…N’ayez pas peur ! »

Retour à l’Evangile

Cet appel au successeur de Benoît XVI, je le signai le 24 décembre 2010 en conclusion d’un livre publié au printemps 2011 « Le Pape, la femme et l’éléphant » où j’expliquai pourquoi, comme des millions de baptisées, je m’étais éloignée de la religion catholique de mon enfance. Non que je reproche à l’Eglise de ne pas s’adapter à la société moderne: je n’en peux plus de la violence de cette société, de son addiction au fric et à la pornographie. Tout à l’heure encore, au cinéma, j’ai failli sortir de la salle avant le film de Woody Allen ( Blue Jasmine, très fin tableau des ravages de l’argent au sein des familles ) tant les présentations de films à venir étaient sadiques et sanglantes .
Ce que je lui reproche, à cette Eglise, c’est de n’être pas restée fidèle au message de simplicité et d’amour de l’Evangile. C’est d’avoir confié à une assemblée d’hommes célibataires et âgés, pour la plupart très éloignés de la « vraie vie » mais hélas pas du luxe et du pouvoir, le privilège de « légiférer » pour des millions de fidèles et notamment pour des millions de femmes dont ils ignorent tout des conditions de vie. Alors que Jésus-Christ, lui, ne cessa pas de manifester sa sympathie, son respect, sa tendresse pour les femmes méprisées…
C’est dire que, lorsque le Pape François a débarqué d’Argentine avec ses vieilles chaussures noires et sa voiture modeste et s’est installé dans une petite chambre à l’Institution Sainte Marthe au pied des somptueux appartements du Palais du Vatican, j’ai pensé « Quelle leçon ! Quel camouflet pour Benoît XVI et les prélats de la Curie! Mais attendons la suite. Jean-Paul II, lui aussi, fut un as de la com’ – ce qui ne l’empêcha pas de s’allier, en 1994 au congrès mondial du Caire sur la population, aux ayatollahs d’Iran, du Soudan et d’Arabie Saoudite pour empêcher toute régulation des naissances par la contraception ni de s’appuyer sur de puissantes et riches organisations conservatrices telles que « l’Opus Dei » et « Les légionnaires du Christ ».
Donc, comme me le disait un ami Dominicain « Attendons de voir… »

De la tendresse, enfin !
Le deuxième pas s’est un peu fait attendre. Mais il est venu, avec cette longue interview à seize revues jésuites ( observons que les Jésuites , un temps marginalisés au profit de l’Opus Dei*, reprennent de l’influence, ce qui est tant mieux pour l’intelligence… ). Le Pape François n’y modifie pas le dogme, mais son approche de problèmes de société devenus absolument obsédants pour ses prédécesseurs – le divorce, l’avortement et la contraception, le célibat des prêtres, l’homosexualité, et la place des femmes dans l’Eglise- parait plus humaine. Car il sait trouver les mots pour exprimer la tendresse. Et rappeler que c’est un devoir, pour tous les prêtres, de plonger « dans la nuit » de chacun des hommes et des femmes qu’ils approchent. J’en connais, pourtant, qui ont été marginalisés, sinon sanctionnés pour cela. Nous voilà loin en tout cas, du langage de Jean Paul II et de celui de Benoît XVI, qui déclarait en survolant l’Afrique « le préservatif aggrave le problème » ou qui répondait, lorsqu’on l’interrogeait sur la place des femmes « Il y a aussi, à Rome par exemple, une église où l’on ne voit aucun homme, pas un seul, sur aucune peinture d’autel… »
Pourtant, le Pape allemand avait été, lorsqu’il s’appelait Josef Ratzinger, un théologien ouvert au mariage des prêtres. Mais, une fois Pontife, il avait dû en premier lieu de s’attaquer à l’ignoble dossier de la pédophilie, qu’il connaissait bien pour avoir alerté Jean-Paul II en vain depuis des années. Puis il découvrit l’ampleur de la corruption et des affaires de mœurs au sein même du Vatican. Le choc fut trop violent.
La mission qui incombe maintenant au Pape François est de remettre de l’ordre, de la probité et de la simplicité au Vatican. Mais aussi d’en finir avec un catéchisme dogmatique à l’excès et qui n’a plus grand-chose à voir avec l’enseignement de l’Evangile. Et de tendre la main aux femmes. N’ayez pas peur, Saint Père !
CC

A propos de l’Opus Dei

* A la suite d’un article récent dans Midi Libre ( Un nouvel Aggiornamento ?) où je citais le fondateur de l’Opus Dei, Escriva de Balaguer, un petit prêtre franquiste devenu Monseigneur et canonisé par Jean-Paul II, une responsable de la communication de cette puissante organisation m’ écrit pour me dire que le fondateur de l’Oeuvre et ses disciples n’ont jamais eu aucun engagement politique. Désolée, mais j’ai lu Camino et les autres œuvres d’Escriva de Balaguer : j’y ai retrouvé le style et les formules de l’Eglise d’Espagne de 1937 telle que la décrit, meurtri et indigné, Georges Bernanos dans « Les Grands Cimetières sous la lune ». J’ai lu aussi toutes les biographies de ce nouveau saint ; j’ai moi-même mené, pour l’hebdomadaire Le Point il y a une dizaine d’années, une grande enquête en France et en Espagne sur son organisation, dont les pratiques ont parfois approché celles d’une secte. Nul doute qu’elle a joué un rôle important- et bénéfique - dans le combat de Jean-Paul II pour Solidarnosc en Pologne et contre le communisme dans tout le bloc soviétique. Mais elle a été aussi le fer de lance des forces les plus réactionnaires, notamment en Amérique Latine , face à Dom Helder Cameron, « l’Evêque des pauvres » , dont on attend toujours la canonisatio

Impressions

3 Avril 2013

Mentir, ce n'est rien : c'est frauder pendant des années, qui est grave! Mais cela, les ex-amis de Jérôme Cahuzac, tout comme ses adversaires politques, préfèrent ne pas trop en parler . Cela réveillerait trop de souvenirs.


« Il a menti ! Il a menti ! » répètent en chœur le Président de la République, le Premier ministre , les ministres et les éminences socialistes, sur un ton outragé de femmes trompées. Mais enfin, à quoi s’attendaient-ils ? Connaissez-vous un cas de mari volage – ou de voleur – qui avoue spontanément son forfait sans y être obligé ? Pour ma part, j’ai toujours constaté que « l’accusé » niait spontanément, avec la plus grande énergie. Surtout, s’il est un « intouchable », habitué à être respecté, admiré et courtisé. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le mensonge de ces dernières semaines, le plus grave. C’est une fraude fiscale et morale qui remonte à plusieurs années.

Histoires de vins et de fraudes
Je me souviens de ma première expérience de ce phénomène de déni au plus haut niveau. C’était à Bordeaux, dans les années 1970. « L’affaire Cruse » Un énorme scandale qui avait secoué toute la haute société du Bordelais, et notamment la famille Cruse, une famille aristocratique du négoce et de la production de grands crus, réputée pour « faire » et « défaire » les maires comme Jacques Chaban Delmas …De quoi l’accusait-on ? D’avoir vendu sous l’appellation vin de Bordeaux un « Cruse » où l’on avait ajouté, pour le corser, un peu de vin d’Algérie… témoignages, contre-témoignages, fractures familiales, et même un suicide, quelle saga !
Le Point m’avait envoyée, enquêtrice débutante, rencontrer notamment le « patriarche » Lionel Cruse. Je me souviens de son bureau imposant, Quai des Chartrons, et de son ton outragé : on avait osé perquisitionner dans ses caves ! Assurément, le directeur de la police et le Préfet seraient déplacés ! Lionel Cruse allait être déclaré coupable, et pourtant je suis certaine aujourd’hui encore qu’il ne « se sentait pas » coupable : après tout, son vin n’était-il pas excellent ? Les habitués de la compagnie des wagons-lits se plaignaient-ils d’une baisse de qualité ? Sa famille et lui ne nous faisaient-ils pas un grand honneur – un grand cadeau- depuis des décennies, en produisant et vendant des vins de grande réputation et en apportant à la ville de Bordeaux leur goût des arts, des châteaux et des réceptions et la haute qualité personnelle de chacun d’entre eux ?

L’habitude de vivre comme ça
Plusieurs fois, par la suite, chez des hommes politiques, dirigeants ou célébrités du sport ou du showbiz, j’ai constaté ce sentiment – même pas d’impunité, mais de parfaite bonne conscience : ils sont convaincus d’apporter tellement à la société par leur intelligence, leur savoir faire ou leur beauté et leur élégance, que la société se doit, en retour, de leur procurer niveau de vie exceptionnel, services stylés et diligents, bien être et hommages. Pour n’en citer qu’un : Jean-Jacques Servan-Schreiber, à qui François Mitterrand avait attribué une sorte de commissariat à l’avenir en général et à l’informatique en particulier, ne pouvait se rendre à New-York – aux frais des contribuables – autrement qu’en jet privé…Comment se serait-il senti coupable ? Il avait l’habitude de vivre comme ça.
Mais revenons à Cahuzac : ce qui me paraît très grave, c’est moins le mensonge de quelques semaines que la fraude fiscale et peut-être les prébendes des laboratoires pharmaceutiques qui, ont duré des années, alors que ce séducteur arrogant choisissait de faire carrière politique du côté de la « gauche morale. »
Cet après-midi, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre avait choisi de riposter sur l’air de « Nous avons été trompés ! C’est bien la preuve que nous sommes honnêtes ! D’ailleurs, le cas Cahuzac est si exceptionnel que nous ne pouvions pas avoir de soupçons. Par-dessus le marché, le fait que la Justice ait pu enquêter sans entraves prouve bien que nous respectons son indépendance et que nous sommes de grands démocrates. Pas comme vous, la droite… »
« Hou, hou » répliquait la droite. Il faut choisir : ou vous êtes nuls, ou vous êtes compromis ! »

Linge sale et concours de vertu
En vérité, nos hommes politiques ne sont pas « tous pourris »,loin de là, même si je suis un peu interloquée de voir les maisons que certains d’entre eux ont pu s’offrir au bout de vingt ans de mandats, mais l’on attendrait d’eux tous , puisqu’on est dans le vocabulaire judéo-chrétien ( remords, pardon…) un examen de conscience.
La gauche n’a-t-elle pas à se reprocher bien des complaisances- par exemple envers le maire de Liévin, Kucheida, dans le Pas de Calais, envers Guérini à Marseille, Navarro à Montpellier et Ciot, le « tombeur » socialiste de la députée-Maire UMP d’Aix en Provence, tout récemment mis en examen ? La droite a-t-elle tout à fait la conscience tranquille sur les affaires Bettencourt et Karachi ? Et le président de l’UMP, Jean-François Copé, élu dans des conditions douteuses, ne devrait-il pas se faire plus modeste sur les questions d’argent, lui qui jugeait naturel il n’y a pas si longtemps d’être avocat d’affaires en même temps qu’élu ?
De façon générale, nos élus de l’Assemblée et du Sénat, qui votent nos impôts et le rabotage de nos allocations familiales et pensions de retraite, ne devraient-ils pas s’imposer une réduction de leur propre train de vie et surtout, une plus grande transparence sur leurs propres indemnités, avantages et frais divers ? A les voir accabler Cahuzac et se renvoyer la balle cet après midi au Palais Bourbon en protestant de leur innocence, on eut dit que tous se sentaient coupables et cherchaient à se décharger sur le camp adverse . Ou que tous refusaient de voir la vérité en face. Bref, une séance de déni collectif.

Surtout, ne dites pas à un élu vert que le métro parisien est infect et dangereux pour la santé et que vous préférez la pollution en surface...et en voiture. Il vous traitera de "populiste " !


Avec le froid qui dure et la pluie, le métro parisien est bondé à toute heure du jour. Impossible de trouver une place assise et parfois même, difficile , debout, entassés comme des sardines, de parvenir à agripper une barre de métal et d’éviter, quand le conducteur freine brutalement, d’être projeté contre ses voisins. Je plains les voyageurs avec de grosses valises, les mères de famille avec enfants et parfois poussette, les personnes âgées à qui personne ne cède plus sa place ( sauf, hier à Montparnasse, un jeune Américain qui a stupéfié tout le monde )… Ne parlons pas des handicapés : on dirait que les normes d’ « accessibilité » imposées aux moindres hôtels de 4 chambres ne s’appliquent ni à la SNCF ni à la RATP qui transportent chaque jour des millions de personnes…
Ne parlons pas non plus des quais, non seulement infects mais dangereux quand s’y pressent , dans des stations « carrefour » comme Etoile ou Châtelet, plusieurs centaines de voyageurs qui poussent les premiers vers les rails…Ne parlons pas de l’insécurité dans les wagons : pas un jour sans que l’on nous signale au micro un incident.

Bagarres de sorties de boîtes

L’autre matin, à 7h 05 sur la ligne 4 en direction Gare de l’Est- Porte de la Chapelle, des cris éclatent . Un groupe de jeunes « blacks » s’agite au bout de la rame. S’agit-il d’une bagarre ? D’un viol collectif ? Soudain, une femme en blouson rouge tire la sonnette d’alarme. Le métro s’immobilise à la station Saint Placide ( en plein cœur du quartier chic du 6ème arrondissement ) les portes sont bloquées . Tous les voyageurs semblent frappés de sidération tandis que les jeunes gens s’agitent de plus en plus en vociférant. Je parviens à desserrer des portières et à sortir quand je m’aperçois qu’une dizaine d’entre eux se bagarrent sur le quai. Trop tard ! Je m’échappe en courant pour me retrouver à l’air libre, face à une dizaine de pompiers et policiers qui arrivent au pas de charge…
C’était un samedi et je m’apprêtais à prendre un train pour Metz. J’allais rater mon TGV et apprendre que ces « incidents » sont assez courants le samedi et le dimanche à l’aube : à l’heure des premiers métros, les jeunes qui ont fait la fête le vendredi ou le samedi soir dans les boîtes de nuit de Montparnasse ou d’ailleurs repartent vers leurs quartiers…

France d’en bas méprisée

C’est dire que je suis assez remontée contre les dirigeants de la RATP mais surtout contre nos dirigeants politiques – et particulièrement les Verts - qui jugent bon d’entasser dans de pareilles conditions la « France d’en bas », sans faire aucun effort d’aménagement des escaliers du métro, sans inventer les petits bus électriques silencieux qui nous font rêver dans des villes comme Aix en Provence, mais en nous interdisant quasiment l’usage de notre voiture dans la capitale, fut-ce pour conduire une parente chez le médecin ou des enfants à leur cours de danse . Il parait que c’est par souci de notre santé, pour nous protéger de la pollution ! Mais a-t-on jamais mesuré la pollution du métro ? Sait-on combien de microbes , de bactéries et de virus y prospèrent ? Une chose est sûre Si « on » le savait, les chiffres ne seraient pas publiés…

Forcément populiste


Un déjeuner avec Jean-Vincent Placé, organisé au Café Tabac de l’Assemblée Nationale par mon ami Alberto Toscano, qui préside l’Association de la presse européenne, va être l’occasion d’interpeller le sénateur Vert. Très à l’aise comme à son habitude, Placé commence par nous dépeindre une France totalement repliée sur elle-même, conservatrice, réactionnaire et « colbertiste » - une France qui a peur de tout et qui s’accroche à ses vieilles industries au lieu d’ innover. Voyez nos industriels comme Peugeot « ils ne savent pas vendre des voitures ! » Je m’étonne : « Mais vous ? Savez-vous vraiment vendre votre programme politique ? Que dites-vous pour convaincre des gens comme moi ? » Placé est relancé : volubile, il parle nouvelles industries écologiques, recherche, innovation… Fort bien. Mais notre santé ? La pollution à Paris ? Le métro ? A mon tour, je sors ma tirade. Et lui, sans se démonter « Ca, c’est un raisonnement du Figaro-Magazine ! » « Parce que, selon vous, pour se plaindre des conditions de transports de la France d’en bas, il faudrait travailler pour un journal de droite ? Les gens de gauche, eux, devraient être plus soumis ? » Jamais pris au dépourvu, le cynique sénateur Vert m’explique alors que je n’ai pas le droit d’exprimer un quelconque mécontentement si je ne suis pas prête à « payer plus » ma carte mensuelle de métro pour obtenir de meilleures conditions de transport… « J’y suis prête ! Mais ce n’est pas le cas de tout le monde : de plus en plus de voyageurs sautent par dessus les barrières sans payer ! » « Ca, accuse-t-il, tout content, en pointant vers moi un doigt accusateur, c’est du populisme ! »

Forcément de gauche pour le peuple

Je sors alors ma question piège : « Comment êtes vous venu ici, M. le sénateur ? »Placé ne ment pas « En voiture » « En voiture avec chauffeur ? « « Oui… » Là, assez gêné, il commence à expliquer à mes confrères italiens, belges et allemands qu’il a refusé une voiture-chauffeur particulière pour s’adresser au « pool » de chauffeurs du Palais du Luxembourg. « Moi, voyez-vous, M. le sénateur, je suis venue en métro. » Mes confrères s’amusent bien « Ah, ces Français… »
La semaine prochaine, Alberto a invité à notre déjeuner Frigide Barjot, l’égérie dite « déjantée » de la droite anti mariage pour tous. On va bien s’amuser encore.

Ce mardi soir, recevant à l'Elysée, les "acteurs du livre et de la culture " le Président de la République semblait ailleurs: il venait d'accepter la démission de son ministre du Budget. Au cinéma, Juliette Binoche, elle, est vraiment " dans le sentiment" dans le rôle de Camille Claudel.Mais le film se gâche avecl'entrée en scène de son frère Paul Claudel, récitant des tirades insupportables...bien loin du "Pape François".


J’étais hier en fin d’après-midi à l’Elysée, parmi quelques dizaines d’auteurs, éditeurs, et « acteurs du monde culturel » de droite comme de gauche comme les anciens ministres UMP Jacques Toubon et Xavier Darcos et comme Jean-Louis Debré, tout content d’être là non en président du Conseil Constitutionnel mais en auteur d’un livre à succès sur « les femmes qui ont fait la France » : rompant avec la « rupture » Sarkozy, le président de la République, non content d’annoncer sa venue au Salon du Livre jeudi, avait souhaité nous offrir champagne, petits fours, et discours réconfortant sur la place irremplaçable du livre dans l’éducation et la culture et pour la liberté d’esprit. Nous avions été convoqués à 17h 30. Il était 18 h. Comme c’est devenu une habitude, François Hollande se fit attendre encore une bonne dizaine de minutes. Tout en se plaignant de la chaleur de cette salle des fêtes pourtant impossible à chauffer ( sous Giscard l’auvergnat économe, la température n’y dépassait jamais 19 °et encore ) on commençait à s’inquiéter : la mort d’un otage en Mauritanie ? D’un soldat au Mali ? D’un adolescent à Marseille ? Une nouvelle agression dans le RER ? Une dégringolade de l’Euro et un vent de panique sur les banques ?
Mais soudain, un huissier « M. le président de la République ». Au pied de la tribune, se rangent, debout, le Ministre de l’Economie Pierre Moscovici, l’air important qui convient, et la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, silhouette d’héroïne de tragédie antique prête à monter au supplice dans sa robe blanche et son étole noire. Hollande gravit les 2 marches qui conduisent au pupitre d’orateur à sa façon un peu empruntée, la main droite plaquée sur la poche de son veston comme par un vieux réflexe de piou piou entendant « Garde…à vous ! » ou comme s’il craignait que les pans de sa veste, en s’élargissant, lui donnent une silhouette encore plus « enveloppée ». De fait, il a grossi. A la télévision, je me demandais si c’était un gilet pare-balles qui l’engonçait ainsi. Mais non. Le cou est plus épais aussi, serré dans son col de chemise ciel et sa cravate bleue, toujours un peu de travers. Mais le visage, lui, commence à se creuser. Les yeux, petits, rapprochés et cernés, et lui donnent un drôle d’air de chien battu. Hollande lit son discours et, comme aurait dit Louis Jouvet, il « n’est pas dans le sentiment », sauf lorsqu’il évoque en riant ( et en faisant rire poliment l’assistance ) le souvenir d’un père qui demandait à table à son fils adolescent « As-tu lu ? » et ensuite « Mais qu’est-ce que tu as lu ? ». Pourtant, il tient son rôle d’amis des arts et lettres et descend faire un tour dans la salle avec sa jovialité habituelle. Je file discrètement à 18h 45 après avoir échangé deux mots et une poignée de mains avec le Président et remarqué l’absence , dans la salle, de la journaliste critique littéraire de Match, Valérie Trierweiler : son procès intenté aux auteurs du livre « La Frondeuse » s’ouvrant demain mercredi, peut-être les conseillers de l’Elysée ont-ils jugé que sa présence risquait de susciter des questions fâcheuses ?
J’ai rendez-vous au cinéma à Montparnasse pour voir « Camille Claudel, 1915 ». Très beaux plans de paysages, d’intérieurs et de visages. Admirable Juliette Binoche, d’une vérité, d’une force, d’une sensibilité…elle est vraiment « dans le sentiment » et l’atmosphère de la « maison de fous » provençale où l’a reléguée sa famille est saisissante. Mais le film se gâche dès l’entrée en scène de Paul Claudel, un acteur figé auquel on fait réciter des tirades grandiloquentes truffées de « bondieuseries » d’autant plus insupportables quand on a entendu ce matin le « Pape François » prêcher ce matin avec tant de simplicité la miséricorde et la « tendresse »… Je pars avant la fin du film. En rentrant chez moi, j’apprends la démission du ministre du Budget Jérôme Cahuzac. Elle est tombée à 19h , juste à la fin de la réception donnée aux « acteurs du monde du livre et de la culture ». C’était, tout comptes faits, du théâtre assez réussi. Hollande cache bien son jeu .

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11 Mars 2013

La pièce de théâtre "La vie de Galilée" de Bertolt Brecht - où l'on voit le savant génial confronté ( en 1633 )à la grande Inquisition et sommé d'abjurer ses thèses sous peine d'être torturé et brûlé vif - nous invite à une réflexion d'actualité sur les "religions meurtrières". Qu'attendons-nous de l'Eglise catholique et du futur Pape .. si nous en attendons quelque chose ?


Un drap rouge entortillé et relevé aux deux bouts pour figurer une gondole vénitienne, une caisse pour figurer tour à tour le bureau du savant et sa carriole… C’est du vrai théâtre, comme je l’aime – du théâtre plein d’insolence et d’invention comme le pratiquait Jérôme Savary, du théâtre avec trois bouts de ficelle mais des acteurs remarquables et des textes – quels textes ! qu’on voudrait relire et retenir par cœur - qui se donne chaque soir dans les trois salles du Lucernaire ( Paris 6ème ) pour notre plaisir chaque fois renouvelé. Cet après-midi, « La Vie de Galilée » de Bertolt Brecht. La pièce, écrite en 1939 par Brecht durant son exil au Danemark, et publiée en France en 1955, est présentée dans sa version courte – 1h 20 –ce qui fait que l’on reste sur sa faim. Tant mieux !
Menacé du bûcher
On connaît l’histoire : l’astronome, physicien et mathématicien florentin de génie, Galilée, ayant non seulement démontré que les corps chutaient tous à la même vitesse du haut de la tour de Pise, quel que fut leur poids , mais que la terre tournait autour du soleil et non le contraire , fut traduit devant le tribunal de l’Inquisition en 1633 et sommé, sous peine d’être brûlé vif comme le savant hérétique Giordano Bruno , d’abjurer ses thèses. Vieux, malade, quasi aveugle et redoutant « la douleur physique », il abjura. Mais grâce à lui, tout un peuple d’artisans et de paysans découvrit – du moins est-ce le propos de Brecht- que les puissants lui cachaient la vérité et le maintenaient volontairement dans l’ignorance, afin de mieux l’exploiter…
Quand religion et science se donnaient la main
On songe au monde capitaliste d’aujourd’hui, et au fossé abyssal entre les 180 000 super-riches de la planète et les centaines de millions de pauvres mais aussi, évidemment, à ce que Elie Barnavi appelle « les religions meurtrières » : en six siècles, selon l’ancien ambassadeur d’Israël en France, le monde musulman, dont le rayonnement culturel et scientifique fut si grand du temps du « médecin de Cordoue » Avicenne et de la fructueuse cohabitation entre juifs, chrétiens et musulmans, aurait produit moins de brevets scientifiques que l’Espagne d’aujourd’hui ( naguère la mère patrie de l’Inquisition ) en un an !
Un simple malentendu ?
Et l’Eglise catholique ? Elle a fini par faire amende honorable, mais du bout des lèvres : il a fallu attendre 1992 pour que Jean-Paul II, exprimant des « regrets » officiels , réhabilite enfin Galilée…en réduisant son procès à « une tragique et réciproque incompréhension » entre le savant et le Cardinal Roberto Bellarmin, grand Inquisiteur, béatifié au XXème siècle. En réalité, Galilée s’était rendu surtout coupable d’insolence envers ce cardinal …et envers le Pape Urbain VIII, qu’il avait ridiculisé en le dépeignant, dans ses « Dialogues » sous les traits d’un « Simplicio » récitant bêtement ses vieilles théories. Malheur aux insolents !
En rentrant chez moi, je retrouve le Pape – ou plutôt, le futur pape. Les journaux télévisés, avec leurs images envoyées de Rome sous la pluie, rivalisent d’or et de pourpre. Grandes interrogations sur le conclave et la fumée blanche ou noire : aurons-nous un pontife africain, asiatique , américain - ce qui passerait apparemment pour un gage de progrès - ou encore un Européen ? Un moderne ou un conservateur ? Je me méfie beaucoup de ces adjectifs et classifications. On a vu avec Jean-Paul II, le photogénique, charismatique et sportif champion de la com’, qu’on pouvait avoir l’air moderne et se comporter en réactionnaire. Pour ma part, j’ai du mal à pardonner au pontife polonais d’avoir couvert pendant tant d’années les scandales de la pédophilie touchant des dizaines de milliers de victimes et d’avoir laissé les coupables poursuivre tranquillement leurs méfaits. Je ne comprends pas non plus pourquoi il a fait une véritable « fixation » sur la pilule, allant jusqu’à la mettre pratiquement dans le même sac contraception et avortement.
Fini, le dogme de l’infaillibilté pontificale !
Malgré sa gaucherie, son air vieillot, sa démarche à petits pas et sa façon de tendre les mains avec une sorte d’effroi, comme pour dire non pas « Venez à moi » mais « Noli me tangere », son successeur Josef Ratzinger aura été finalement plus réformateur. En tout cas, Benoît XVI a eu le courage de prendre à bras le corps le terrible dossier de la pédophilie qui, disait-il, avait « atteint davantage l’Eglise que des siècles de persécution … »et d’intimer l’ordre aux coupables et à leur entourage de répondre aux convocations des tribunaux séculiers. En d’autres temps, il eut été condamné ! Et puis, en décidant de se retirer , d’abandonner de lui-même un pouvoir qu’il était censé tenir d’en haut, n’a-t-il pas du même coup reconnu qu’un Pape, même inspiré par Dieu, pouvait prendre de mauvaises décisions ? Un sacré coup porté au dogme de l’infaillibilité pontificale ! Si Galilée savait ça !
Retour à l’Evangile
Cependant, les commentateurs – ecclésiastiques compris – nous bassinent avec les mots « modernité » ou « adaptation à la société ». Comme s’il fallait s’adapter à cette société contemporaine où règnent le fric et la pornographie à tous les étages, et où l’être humain devient une marchandise ! Si j’attends encore quelque chose d’un Pape, moi qui fais partie des millions de baptisés qui ne vont plus à la messe, c’est, tout simplement, qu’il revienne à l’Evangile : une réelle simplicité de vie ( en dehors des moments de spectacle destinés à l’édification des foules télévisuelles ) , la proximité avec les plus pauvres, l’empathie avec les femmes les plus méprisées, bref non le dogmatisme et le goût des honneurs et du pouvoir, mais l’amour.

Hier encore, je la défendais. Mais Valérie Trierweiler , prisonnière de sa jalousie, a cru bon d'affirmer son indépendance d'une manière explosive: en tirant une balle dans le dos du Président de la République, son compagnon.


J’étais en train de lire la lettre d’un lecteur de Midi Libre me reprochant mon « corporatisme » et mon « féminisme » parce que j’avais intitulé ma dernière chronique dominicale « Il faut sauver le soldat Trierweiler » lorsque la nouvelle est tombée.
A l’heure même où Martine Aubry et Cécile Duflot débarquaient à La Rochelle pour apporter à Ségolène Royal le soutien de la majorité présidentielle et de François Hollande, Valérie Trierweiler envoyait son tweet ravageur de soutien au concurrent socialiste de Royal ! Cette fois, je renonce à essayer de la comprendre.
Lorsque, voilà un peu plus d’un an, le candidat Hollande apparut avec sa nouvelle compagne à la Une de Gala en déclarant « C’est la femme de ma vie », nous fûmes nombreuses, à gauche comme à droite à être choquées : « Et Ségolène Royal ? La mère de ses quatre enfants ? Il l’efface purement et simplement ? Quel mufle ! » Toute la semaine, le téléphone fonctionna. Cela reprit de plus belle en octobre, quand le candidat désigné aux primaires et investi à la Halle Freyssinet à Paris fit son entrée accompagné seulement de Martine Aubry et déploya des efforts visibles pour ne pas embrasser son ex-rivale Ségolène Royal, ralliée non sans panache ; puis, en Janvier au Bourget, quand le film projeté aux supporters sur l’histoire glorieuse du parti socialiste « oublia » tout simplement de signaler le combat de Ségolène candidate présidentielle en 2007 contre Nicolas Sarkozy ; puis en avril à Rennes, lors du premier – et du seul - meeting commun Hollande- Royal , lorsque, après un discours émouvant de la présidente du Poitou-Charentes ( « On me demande souvent : comment pouvez-vous faire campagne ? ») Hollande monta en scène et esquissa- en se gardant de lui effleurer la main - le geste de la congédier. Chaque fois, on devinait en coulisse ou l’on voyait au premier rang le visage tendu de la « compagne officielle » Valérie Trierweiler, et l’on restait stupéfait de son regard glaçant – à moins qu’elle n’exige publiquement de son compagnon, à la Bastille le 6 mai « Embrasse-moi sur la bouche ! » Chaque fois, on se téléphonait entre femmes, journalistes, élues ou simples spectatrices, pour échanger à mi-voix anecdotes piquantes et réflexions nâvrées.
Les confidences de plusieurs des propres compagnons de route de François Hollande ne faisaient que renforcer l’ image d’une Trierweiler possessive, exigeante, intervenant à tout propos – l’agenda, le titre d’un livre, l’organisation d’un meeting ou de la cérémonie de transmission des pouvoirs au palais de l’Elysée – mais refusant cependant d’entrer dans le rôle « désuet », disait-elle, « bénévole », soulignait-elle, de « Première dame » contrainte de consacrer une grande partie de son temps à répondre à une immense demande de compassion .
Oubliant le modèle choisi par Valérie Trierweiler – Danielle Mitterrand, ses croisades de « pasionaria des droits de l’Homme» de la Chine à Cuba, mais aussi ses sorties contre le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac ( sorties qui avaient contraint le président socialiste à désavouer sa femme en 1986, avant qu’il se rendit à Europe 1 pour exprimer son « admiration » envers sa « liberté de pensée et de parole et son action » ) on lui reprochait de n’être pas conforme au modèle Vème République. On pointait aussi un sourire arrogant et des lunettes noires qui faisaient penser à Cécilia Sarkozy - la première à avoir refusé d’entrer dans le rôle. On l’accusait enfin, comme le faisait vendredi la directrice adjointe de la rédaction de Libération, sous le titre « Non, Valérie Trierweiler n’est pas « normale », de prétendre continuer à exercer son métier de journaliste dans des conditions qui frôlaient le conflit d’intérêts : « On nous avait promis, juré, craché, qu’à aucun moment , la compagne de François Hollande ne s’occuperait de politique, fulminait la rédactrice de Libé…Tiens donc, la culture n’est pas politique ? Au lieu de rendre service à la profession, Valérie Trierweiler lui donne un coup de pied de l’âne… »
Je voyais dans cette virulente attaque, en des termes que n’aurait pas osé employer Le Figaro, une sorte de règlement de comptes interne à la gauche. Pour avoir étudié et raconté le parcours douloureux des « premières dames » ; pour avoir constaté la violence du « bizutage » envers de ces femmes qui ne sont pas élues et ne figurent même pas sur l’organigramme officiel, mais dont on attend tout, je pensais que Valérie Trierweiler était, en fait, terriblement angoissée. Il convenait donc, comme elle l’avait demandé par tweets à ses confrères, de lui « laisser un peu de temps ». Nous n’étions pas des bourreaux, tout de même ! Et nous pouvions comprendre le désarroi qui s’empare d’une consoeur passionnée par son métier lorsqu’on lui dit qu’elle devra y renoncer, et même renoncer à la possibilité de gagner sa vie pour élever ses enfants et garder son indépendance. Nous n’allions pas mêler notre voix à celle des machistes et réacs de tout poil. Mais, au contraire, tenter de « sauver le soldat Trierweiler ».
Mais voilà qu’elle se tire elle-même une balle dans le pied. Ou plutôt, qu’elle tire une balle dans le dos de son compagnon. Lui qui voulait tellement faire simple et « normal », proche des paysans de Corrèze, mais digne sur la scène internationale et en tout cas différent d’un Sarkozy affiché chaque semaine en couverture des magazines « people », le voilà tiré vers le bas, en pleine « pipolisation ». Comme s’il avait oublié la crise européenne et l’avalanche de plans sociaux ! Sous les risées de la droite et les pleurs de rage de la gauche, le couple Hollande et la rivalité Valérie-Ségolène font la Une. Après des mois, des années d’habile et patient travail pour faire oublier « Flanby » et « Hollande le mou » le président de la République se voit de nouveau caricaturé- aujourd’hui, par les Guignols, demain, par la presse étrangère -, en pauvre garçon indécis, incapable d’imposer son autorité.
On dira qu’il y a bien des raisons de défendre la cause d’Olivier Falorni, le candidat rochellais cruellement exclu du PS parce qu’il refusait de céder la place à la présidente du Poitou-Charentes. On dira aussi que Valérie Trierweiler est une citoyenne comme les autres : elle a le droit de s’exprimer, et qu’elle soit d’un avis contraire à celui du président et du PS démontre son indépendance d’esprit. L’ennui, c’est qu’elle aurait dû faire ce choix depuis longtemps. Elle aurait dû refuser, en conséquence, de se montrer sur le tapis rouge du Palais de l’Elysée le jour de la passation de pouvoirs, puis de gravir les marches de la Maison Blanche. On ne peut pas être tantôt « Première dame », tantôt journaliste d’opposition et toujours, femme jalouse, sans décevoir un peuple et déstabiliser gravement un compagnon Président.

Chère Eva Joly,

Souvent, je l’imagine, vous devez regretter de n’être pas restée là-bas, au bord de votre fjord ou de votre crique bretonne, quand vous avez disparu pendant cinq jours en novembre. Dans votre dos, vos amis Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé ( celui qui vous qualifiait gracieusement de « vieille éthique ») avaient tricoté un accord avec Martine Aubry : Vous étiez, déjà, passée par pertes et profits.
D’ailleurs, qui a jamais cru qu’un Vert – ou une Verte – pourrait obtenir à la présidentielle plus de 5,2% des voix- le score atteint en 2002 par Noël Mamère ? Seul Daniel Cohn-Bendit aurait pu rivaliser avec Jean-Luc Mélenchon. Quel match ç’aurait été ! Mais voilà : notre « national-présidentialisme », comme il dit, ennuie « Dany ». Alors, il salue votre « courage ». Cécile Duflot aussi, même si elle constate que vous n’êtes pas « un grand fauve de la politique ». Et les paris s’engagent entre eux : « jusqu’où Eva descendra-t-elle ? Jusqu’à 1% ? Faudrait tout de même pas qu’elle descende trop bas : les socialistes remettraient en cause notre accord pour les législatives…. »

Votre Panache

Cependant, vous faites mine de ne rien entendre. Vous irez « jusqu’au bout », répétez-vous. Ca ne manque pas de panache . Ca n’en manquait pas non plus d’aller assister, à Montauban, aux obsèques des trois soldats tués par Mohammed Merah, vous qui avez scandalisé tout ce que la France compte de soldats, officiers, admirateurs de l’armée et midinettes en remettant en cause le défilé militaire du 14 juillet. Et ça ne manquait pas de culot – à moins qu’il ne s’agisse d’une provocation ? – de relancer, aussitôt après le drame de Toulouse, la polémique sur la libéralisation du cannabis. Bien entendu, personne ne vous en aura aucune reconnaissance. Et cela ne vous fera pas remonter d’un point dans les sondages.
Plus tard, pourtant, on vous rendra justice. Et même, je vous le prédis, on vous regrettera. Pas seulement parce que vous faites, avec vos lunettes rouges et votre accent, la joie des humoristes . Mais pour ce que vous nous apprenez sur nous-mêmes : sur nos contradictions franco-françaises. A votre manière, vous jouez le rôle du Persan de Montesquieu.

Nos contradictions

- Nous prétendons adorer l’Egalité et d’ailleurs, tous nos candidats ont signé un pacte pour la parité Hommes/femmes. Mais le comportement de la classe politique et médiatique à l’égard de la candidate que vous êtes me rappelle terriblement celui dont souffrirent Edith Cresson, Ségolène Royal et même Simone Veil - pourtant la femme politique la plus aimée des Français . Caricature, mépris, grossièreté… Rien n’a vraiment changé, au pays de la misogynie.
- Nous prétendons aimer la Justice, mais nous détestons les juges intègres et rigoureux, que nous appelons les « Justiciers ». Personne, ni à gauche, ni à droite, n’a soutenu le Procureur Eric de Montgolfier qui s’est mis à dos successivement la bande à Tapie et les frères de la Côte pour avoir voulu faire appliquer les lois de la République ( quelle idée, aussi, pour un aristo ! ) Quant à vous, personne ne vous écoute quand vous rappelez qu’un juge – et non le ministre de l’Intérieur – aurait dû , pour respecter le code de procédure pénale, superviser les opérations du Raid à Toulouse . Evoque-t-on votre carrière dans l’administration judiciaire ? Ce n’est pas pour saluer votre combat contre les fraudeurs et leurs chers paradis fiscaux, mais pour vous surnommer « Cruella » et vous mettre en scène , comme dans le film joué par Isabelle Huppert, en « juge aux gants rouges ».
- Nous sommes de grands défenseurs de la Laïcité. C’est, avec République, le slogan commun à tous nos candidats. Mais que vous vous interrogiez sur le bien fondé des fêtes religieuses chômées de l ’Ascension, de la Pentecôte ou de l’Assomption - ou du moins que vous proposiez, dans un souci d’Egalité, d’accorder des jours fériés aux pratiquants d’autres religions que la seule religion catholique, la condamnation est unanime ! La CGT elle-même, dont on ignorait l’attachement au dogme de l’élévation au ciel de la Vierge Marie (édicté par le Pape Pie XII en 1950) défendra le week-end du 15 août. En vérité, ces fêtes sont inscrites dans notre Histoire depuis des siècles. Autant vous le confesser : nos racines sont judéo-chrétiennes. Mais cela, nous nous interdisons de le dire et surtout, de l’écrire
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Drôle d’amitié franco-allemande

- J’ai gardé pour la fin le sujet le plus délicat : l’Allemagne. A longueur de journées, nous conjuguons « le couple franco-allemand », « l’amitié franco-allemande ». Or, il est temps de vous l’avouer : nous n’aimons pas les Allemands. Nous les envions. Nous admirons leurs performances économiques et leur discipline, Mais, 68 ans bientôt après la Libération de Paris, nous n’arrivons pas à les aimer. D’ailleurs, et malgré tout le mal que nous disons des Américains, nous envoyons nos enfants en Amérique plutôt qu’en République fédérale . Le souvenir de la Collaboration nous fait honte. La Shoah nous obsède. Les livres, les films, les documents TV sur les deux guerres mondiales et sur l’occupation nazie nous passionnent. Et il nous arrive de sursauter en entendant une voix à l’accent allemand, comme si un officier SS était entré dans notre salon .
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La faute à Voltaire et Rousseau

- Je sais : vous êtes franco -norvégienne et l’accent d’Oslo, qui vous est resté de vos jeunes années de Miss Norvège, est différent de celui de Berlin. Mais c’est plus fort que nous, bien plus fort que tous nos principes. Daniel Cohn-Bendit aurait dû vous prévenir, lui que Georges Marchais traita , en mai 68,de « juif allemand ». Malgré tout, il fait désormais partie de notre patrimoine. Vous aussi ! Mais nous ne le savons pas encore. Un jour, nous vous rendrons justice. Nous découvrirons que vous êtes l’ héritière, très française au fond, d’une longue tradition nationale qui remonte à Voltaire et Rousseau . Mais aimons-nous vraiment Voltaire et Rousseau ?

Après le meeting géant de Sarkozy à Villepinte et sa remontée dans les sondages, on attendait la riposte du candidat socialiste. Il a choisi l'atmosphère bon enfant d'une réunion en plein air pour fustiger un "mauvais président".


C’est une de ces places de province d’autrefois où l’on allait s’ennuyer le dimanche. Avec son kiosque à musique, qui jouait « Il est revenu, le temps du muguet… », ses bancs de jardin où l’on s’asseyait au soleil pour contempler la vue sur la montagne en surveillant les enfants du coin de l’œil, ses arbustes bien taillés….Des gens vont, viennent, à pied ou à vélo, un peu nonchalants, comme étourdis par les premières chaleurs de printemps. On s’étonne qu’ils ne portent pas de canotiers. Mais trois dames, debout sur un banc, se partagent un parasol. Sous le kiosque, en attendant l’orateur et son escorte, un groupe de rap chante, bon enfant « Quand on a une soluce, il faut la saisir… ». Un peu plus loin, dans les jardins, un homme passe et repasse, avec une pancarte « Jésus t’aime » et l’on cherche du regard les amoureux. Où sont donc les amoureux ? A l’usine ou au bureau. C’est trop tôt pour eux. Ou trop tard : 13h 15, c’est plutôt l’heure des retraités, avant la sieste.
Kiosque à musique
C’est celle qu’a choisie, pourtant, François Hollande ( à 45 minutes près, dûes au retard de la Sncf ), ce mardi 13 mars à Valence, pour répondre à la fois au meeting géant de Villepinte et à l’offensive médiatique et sondagière de Nicolas Sarkozy - dont on sait qu’une enquête Ifop, à paraître dans Paris-Match jeudi, le place pour la première fois en tête du premier tour avec 28% des intentions de vote. Personne ne l’a lue, cette enquête, mais les chiffres sont déjà sur toutes les lèvres depuis le matin. Dans le TGV, dès le départ de Paris, les journalistes n’ont cessé d’essayer d’approcher le candidat socialiste pour l’interroger à ce sujet. Ils se sont heurtés au visage sévère de Manuel Valls venu en renfort et au sourire de Najat Vallaud-Belkacem : les deux porte-paroles citaient plutôt l’ enquête Sofres à paraître le soir même et expliquaient, avec le même détachement de vieilles troupes, qu’un sondage suit l’autre et le contredit….
Récréation
Cependant, François Hollande se préparait à un moment de récréation. Ce meeting en plein air, comme en avait tenu François Mitterrand en 1981, il en rêvait depuis longtemps. Il le voulait en plein jour, au soleil. Le soleil est au rendez-vous. Heureux présage. D’ailleurs, les élus de la région l’assurent : la place du Champ de Mars est pleine – 3000 personnes disent-ils, même si les photographes ( déçus, peut-être, que le candidat ne parle pas sur fond de montagne du Cressol, mais le dos aux immeubles proches) n’en comptent, comme la police que 1300.
L’essentiel, n’est-ce pas l’ambiance ? « Tu as devant toi, clame le sénateur Didier Guillaume, président du conseil Général de la Drôme qui s’avance sur la tribune dressée devant le kiosque, la France de l’enthousiasme et non la France du dénigrement ! » Suivent des applaudissements modérés, même si, au dessus des têtes, on aperçoit les deux mains de François Hollande. Celui-ci salue son public. « Le vent se lève, annonce-t-il. Il va nous porter ! Est-ce que la France veut un président sortant dont la politique a échoué ? Ou est-ce qu’elle veut changer de destin ? »
Un mauvais président !
Au loin, on entend des motos rugir. Sur la route en contrebas, ça xlaxonne. Une contre-manif UMP ? Non, les bruits de la ville, à l’heure où les provinciaux reviennent de déjeuner. Mais bientôt, le calme revient. « Mon devoir, s’écrie le candidat, est de redresser l’industrie du pays, son agriculture… J’agirai… Je porterai un nouvel acte de décentralisation…Oui, je veux vous apporter le changement ! » Sa voix s’enraye un peu. Le pollen, peut-être. Ou la poussière qui volète. Mais il reprend avec force : « Il n’y a pas plusieurs pays de France dans la France, il y a seulement des Français qui veulent vivre ensemble ! Le candidat sortant a entamé une course à bride abattue… Il nous a fait une confidence : il a appris que la tâche était lourde ! Et nous, nous avons appris que c’était un mauvais président ! »
A côté de moi, deux retraitées applaudissent. La première, ancien prof, a toujours voté socialiste. L’autre, non. Veuve d’un petit commerçant, elle est venue là dans l’espoir d’entendre le candidat socialiste parler des pensions de reversion , « réduites à presque rien »…Elle paraît déçue. Mais un peu plus loin, adossés à une barrière, trois étudiants rient de bon cœur quand Hollande enchaîne « Il nous disait ( Sarkozy ) qu’avec lui tout allait devenir possible ! Et voilà qu’il nous dit qu’il n’est responsable de rien ! Les responsables de son bilan, ce sont ses prédécesseurs – y compris ceux dont il a été le ministre. Je me demande si ce n’est pas aussi la responsabilité de son successeur !(…) Et le voilà qui, touché par la grâce après avoir laissé grand ouvertes les portes de l’Europe, découvre avec horreur la mondialisation ! Voilà qu’après nous avoir dénié le droit de remettre en cause un traité qui n’est pas encore appliqué, il se dit prêt à se retirer de tous les traités signés par la France et qui ont fait avancer l’Europe ! »
Constance et harmonie
Les applaudissements éclatent enfin. C’est le moment de porter l’estocade finale, pour la plus grande joie des rieurs « Il prétend même aller chercher les riches dans leur exil ! Je veux les rassurer : c’est un leurre ! » Mais Hollande s’était promis de finir en douceur. « Les Français sont épuisés par ces cinq dernières années. Ils veulent de la constance, de l’harmonie, du calme… »
Au premier rang, deux militantes tendent leurs affiches à dédicacer. Elles recevront un baiser sur la joue. « C’est bien, mais une signature, ça serait resté… » Déjà, tout le monde s’égaie vers le parc Javent, les terrasses de café et les boulangeries pâtisseries. C’est un mardi de campagne qui ressemble à un dimanche à Valence.

C'est un truc connu des "populistes": Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et parfois François Bayrou , ont souvent cherché à se faire de la pub en prenant à partie les journalistes.Nicolas Sarkozy les traite grossièrement et s'amuse à les balader ou à les transformer en courtisans. L'ennui, c'est que ces mauvaises manières finissent par contaminer François Hollande lui-même. A son tour, le candidat socialiste, réputé courtois, pose des lapins à la presse...


Le rendez-vous était à 8h30 à la Porte de Versailles. Mais dès 7h30, samedi, nous apprenions que le président candidat était attablé devant un reblochon-jus d’orange après avoir assisté à la traite des vaches : il s’était fait ouvrir les grilles du Salon de l’Agriculture deux heures avant l’arrivée du peuple des visiteurs. Ce n’était pas la première fois : traumatisé, sans doute, par le souvenir du scandale provoqué par son « Casse-toi, pov’con » au salon 2008, Nicolas Sarkozy président avait pris l’habitude, depuis 2009, d’arriver au salon avant l’ouverture ou après la fermeture.
Mais là, il est candidat et « candidat du peuple ». Il est vrai qu’il nous a annoncé aussi « une surprise par jour ». Drôle de surprise, tout de même, que de semer les journalistes ou de les surprendre au réveil. Mardi, c’est à 5h15 qu’un courriel du QG de campagne nous avertissait à l’improviste : une demi-heure plus tard, le candidat en col roulé serait aux Halles de Rungis pour déguster du saucisson et déclarer que la polémique sur l’abattage de la viande halal n’avait « pas lieu d’être ». Mais qui peut rejoindre Rungis en une demi-heure ? Et qui se trouve devant son ordinateur à 5h15 pour saisir au vol les messages du palais ? Seules quelques agences de photos et chaînes de télévision privilégiées avaient été prévenues la veille au soir. Quant aux autres medias… sans doute auraient-ils dû guetter jour et nuit l’arrivée de l’époux comme les vierges de l’Evangile, « veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure »…

Sarkozy a toujours aimé se jouer des journalistes. Tantôt les cajoler, tantôt les ignorer, tantôt les mépriser ouvertement, tantôt encore leur faire l’aumône d’une déclaration, d’une fausse confidence voire, comme en Guyane, d’une longue confession très calculée. Parce qu’il a appris, comme le répétait à Jacques Chirac Jacques Pilhan ( le célèbre communicant de François Mitterrand ) que « la parole du roi » doit être – du moins par moments- assez rare pour être entendue, mais aussi pour le plaisir de nous voir accourir, le visage inquiet, l’oreille tendue afin ne pas en perdre une miette : « Quoi ? Qu’a-t-il dit ? » Dans une usine, dans une ferme, dans le train, nous nous pressons derrière les perches et les caméras, bousculant tout sur notre passage pour un mot, un geste, un sourire, une saillie du roi-candidat.

L’esprit courtisan nous habiterait-il ? Non : simplement, nos rédactions attendent de nous le « scoop ». Imaginez la honte du reporter qui rentrerait bredouille quand ses confrères ont recueilli une citation ! Le 3 janvier, à Lanvéoc-Poulmic, un Finistère du bout du monde où il avait décidé d’organiser la cérémonie des vœux aux armées ( ce qui avait obligé les journalistes à se lever à 4h30 pour prendre à Villacoublay un avion militaire - coût facturé par le service Voyages de l’Elysée :177€ ) le président presque candidat lâchait, au moment de remonter dans sa voiture, cette déclaration martiale, à propos de Sea France « Quand il y a une chance de sauver une entreprise, c’est le devoir du président de la République de s’impliquer. Je ne crois pas à la fatalité. Je ne renoncerai jamais !». Seule une caméra de France 2 put enregistrer cet évènement historique. Comme le veut l’usage, l’envoyé de France 2 s’apprêtait à transmettre images et son à son collègue de TF1. Mais celui-ci, se croyant exclu, entra dans une colère telle que l’on crut que les deux garçons allaient en venir aux mains !

On imagine les courtisans de Louis XIV apprenant qu’ils ne pourraient pas assister au lever du Roi ou voyant se refermer devant eux (« avec un bruit d’étiquette », écrivait Saint-Simon), la porte de la chapelle royale, alors que d’autres, pourtant moins titrés, avaient été sélectionnés d’un geste ou d’un regard pour assister à l’office derrière Sa Majesté. Quelle humiliation ! Et, à la fin, quel ressentiment !

L’ennui, c’est que ces mauvaises manières sont contagieuses. L’autre mercredi, je m’étais inscrite auprès du service de presse du QG de François Hollande pour suivre son déplacement à Rouen. Le rendez-vous était à 14h30 devant l’Hôtel de Ville. Là, nous ( une cinquantaine de journalistes et photographes) devions attendre le candidat socialiste pour le suivre ensuite dans « une « déambulation » à travers le vieux Rouen avec sa compagne Valérie Trierweiler et découvrir sa maison natale.
Pour être sûrs de ne pas le rater, nous avions pris le train de 12h46 à la gare Saint-Lazare et étions arrivés dans la capitale normande à 14h02 . Le temps de descendre jusqu’à la mairie, il était 14h20.
A 15h, nantis de nos badges, nous battons la semelle sous le porche, en relevant nos cols contre la bise et le crachin normands. A 15h 15, nous commençons à nous inquiéter pour de bon : le car qui doit nous conduire au Zénith pour le meeting ne part-il pas à 16h 15 ? C’est alors qu’un porte-parole du candidat, Bernard Cazeneuve, un peu gêné, vient nous annoncer que la « déambulation » avec arrêt à la maison natale du candidat, est annulée. Déception. Mais sage décision, pensons-nous aussitôt : le pèlerinage à la maison natale du chef, avant son élection, aurait eu un petit air de chef d’Etat africain, voire nord coréen, assez fâcheux… Seulement voilà : la « déambulation » et la visite n’ont pas été annulées. C’est nous, les journalistes accrédités, qui avons été rayés du programme à la dernière minute. Seuls quelques photographes triés sur le volet ont été autorisés à suivre le couple et à capter l’image, que nous découvrirons le surlendemain, du candidat socialiste heureux de se faire délivrer par le maire de Rouen son certificat de naissance devant sa maison natale !
On comprend le souci de ne pas importuner les passants par la présence d’une « horde » de journalistes. C’est pour cela que sont organisés des « pools » , en principe tirés au sort, avec un seul représentant de la presse magazine, un seul pour la presse régionale, etc. Ces règles, définies à l’avance, sont acceptées de tous. Mais la désinvolture voire le mépris le sont moins facilement .

Je me souviens d’un temps- 2002- où François Hollande passait bavarder quelques minutes, après chaque meeting, avec les journalistes parqués dans leur hangar éclairé au néon. « C’est gentil, lui disais-je, de venir voir le petit peuple ! »Sa visite, après ce rendez-vous manqué de Rouen, eut été la bienvenue. Mais il est loin, le temps où le Premier secrétaire du PS tentait de réparer les « ratés » de la campagne de Lionel Jospin. Désormais, c’est lui le candidat du « peuple de gauche ». Comme Nicolas Sarkozy est le candidat du « peuple de droite ». Et chacun se vante d’avoir un « rapport direct » avec son peuple. Par-dessus la tête des journalistes.

Impressions

22 Février 2012

Qu'attend le peuple des meetings de gauche? Tout. Et le peuple des meetings de droite? Rien d'autre que préserver ce qui existe.


Dès 18h, la salle du Zénith était comble et ils continuaient d’arriver en rangs serrés-en blouson de cuir, parka, doudoune, casquette ou bonnet de laine- « le métro à 18h » comme aurait dit Malraux : employés, enseignants, fonctionnaires mais aussi artisans et médecins, jeunes blacks-blancs-beurs étudiants ou chômeurs, tous très impatients . C’était l’autre mercredi à Rouen, pour le meeting de François Hollande. Une attente immense. Patrick, 40 ans prof d’histoire-géo non titularisé dans un collège du Havre « Chaque année, je dois rechercher un nouveau poste, dans le cadre du système « Mouvement éclair ». Et ce matin, Nicolas Sarkozy a annoncé une modification du statut des fonctionnaires ! On n’arrête pas de reculer ! »

Faut arrêter tout ça !

Ce qu’il attend ? Des garanties pour les fonctionnaires, mais aussi le développement des énergies renouvelables, un secteur dans lequel il cherche à se reconvertir. Sophie, 38 ans, chômeuse ( elle était employée dans un « call center qui a été délocalisé) : « On me propose un emploi dans la banlieue parisienne, mais c’est quatre heures de transports par jour et là bas, je ne serais pas logée. Ici, je suis hébergée gratuitement dans ma famille. » Elle votera Mélenchon. « Sur les marchés, les gens nous disent : si on ne vote pas Mélenchon, on votera le Pen ! Alors il faut tout faire pour que Mélenchon monte : le 6 mars, il vient à Rouen et il remplira une salle de 6000 personnes». Pourquoi est-elle venue ce soir ? « Pour voir si Hollande écoute l’autre gauche » .Maryvonne, femme de ménage, 47 ans, regard bleu timide, vient pour la première fois à un meeting et reste dans le fond de la salle. « Je n’aurais pas cru qu’il y aurait tant de monde ! Oh oui, j’attends du changement ». Elle dit cela d’une voix douce et quasi triste. « Beaucoup de changement. On en a marre… les petits salaires, les difficultés de transports, le mépris… » Jean-Pierre, 64 ans, retraité, assiste aussi à son premier meeting « J’étais artisan maçon-carreleur et je ne pouvais pas m’engager vis-à-vis de mes clients. Mais maintenant, je vais le faire. Il faut que ça change : vous avez vu la hausse du prix du gaz ? Et de l’électricité ? C’est la folie ! Faut arrêter tout ça ! » Nicole, 52 ans, chômeuse ( « Les assurances maritimes licencient beaucoup » ) espère que le candidat va parler des seniors « Moi, je suis encore vaillante, je serais fière de travailler au moins dix ans encore ! »
Ma valeur, c’est le Travail !
Justement, Hollande va reprendre à son compte, avec force, le thème supposé sarkozyste du Travail. Après avoir fustigé « une politique dure aux faibles et douce pour les possédants » et déchaîné applaudissements et « Hou-hou ! » en lançant que le candidat-président ( qui doit annoncer sa candidature le soir même sur TF1) aurait dû « plutôt présenter ses excuses, car son bilan, ce n’est pas un bilan, c’est un fiasco ! », il énumère ses propres « valeurs ». Il y a d’abord le respect « Je serai le président qui s’adresse à ce qu’il y a de meilleur en chacun… » Mais « la deuxième valeur que je porte, c’est le travail ! Où est le respect du travail quand on approche des 4 millions de chômeurs ? Et quand les patrons du CAC 40 se relèvent de 34% et considèrent impossible de relever le Smic ? » Après cela, viendront « Progrès », « République », Justice » et toujours, « Rassembler » : « Je vous le dis ici, je veux rassembler toute la gauche- communistes, écologistes, tous… » Quand il finit par « J’ai besoin de vous ! » lui répond une immense ovation « Fran-çois-pré-si-dent ! » Alors le candidat, rejoint sur scène par une centaine de jeunes, n’entonne la Marseillaise.

On est quand même mieux en France !

Changement de décor. Dès 13h, sous le soleil retrouvé de la Méditerranée, ils arrivent en car ou en voiture au Parc Chanot. A 14h30 la ligne de métro menant au Rond Point du Prado tout proche est bondée comme un jour de match de l’OM. C’était dimanche à Marseille, la foule sarkozyste de 2007. Différente de celle de Rouen ? Mêmes jeunes en tee-shirt blanc pour distribuer des tracts et agiter des drapeaux. Mêmes couples de retraités. Mêmes silhouettes d’ouvriers à blouson de cuir. A peine si quelques blazers-écharpes cachemire signalent, ici ou là, un électeur bourgeois. L’impatience est là aussi : d’applaudir « François Fillon l’inoxydable », comme le dit Jean-Claude Gaudin. Mais surtout « Nicolas Sarkozy et son amour de la France ». « La France est un pays merveilleux ! s’exclame Gloria, 52 ans, gardienne d’immeuble. Il faudrait remercier Dieu et Nicolas ! Je vais souvent en Espagne, où j’ai de la famille. Quand je vois la misère là-bas ! » Et Aimé, 20 ans, étudiant en droit originaire des Antilles, parents « de gauche » : « On est très injuste avec Sarkozy. Moi, je suis pour le travail et la promotion au mérite. » Telma, 19 ans, en première année de droit elle aussi, parents « plutôt de droite », arbore un tee-shirt « La France Forte » « C’est vrai qu’on a trop encouragé l’assistance, renchérit-elle. Elle en connaît, de ces femmes divorcées qui, pour ne pas se voir privées de l’allocation « parent isolé », ne déclarent pas qu’elles vivent en concubinage. « On ne peut pas leur jeter la pierre. Mais il faut admettre que des lois sont détournées… » Alexandre, 35 ans, a fait trois heures de route pour venir de son village de l’arrière-pays, où il tient un bar-restaurant « Je suis d’origine italienne. Voyez ce qui se passe en Italie ! On est quand même mieux en France ! Sarkozy défend les gens comme moi et moi, je le défends ». Gérard, 65 ans, ancien directeur de société sur le port de Marseille ( « des copains dockers de la CGT », affirme-t-il, et deux enfants à gauche sur quatre) trouve la partie passionnante : « S’il gagne, Nicolas, on ira mettre un cierge là-haut » ( il désigne Notre Dame de la Garde). Ses arguments pour défendre son champion ? « En pleine crise, on ne peut pas se permettre une ou deux années d’ajustements, voire de contre-pieds. Les socialistes sèment trop d’illusions. Il y a trop de contradictions dans le discours de Hollande… »

Quand on aime la France…

Justement, Sarkozy s’emploie à les stigmatiser. « Quand on oublie la France, martèle-t-il à la tribune, on tolère l’absentéisme et on s’offusque de supprimer les allocations familiales ! Quand on oublie la France, on oublie que la dette de l’Etat, c’est la dette des Français ! « Ni-co-las ! Ni-co-las ! » scandent les jeunes en tee-shirt blanc . « Quand on aime la France, on ne peut pas dire dans les yeux à un ouvrier dont on a bradé le travail en échange de quelques voix qu’on fermera la centrale de Fessenheim !... Où est la vérité quand on dit tout et son contraire ? Quand on fait semblant d’être Thatcher à Londres et Mitterrand à Paris ? » Ginette, 76 ans, ancienne infirmière anesthésiste à l’hôpital, est enchantée : « Moi j’ai dû travailler très dur. Les 35 heures, je ne les ai jamais connues ! Quand je vois ce qu’ils ont fait de l’hôpital, les socialistes, quand je vois ce qu’ils réclament maintenant, ça me met hors de moi ! »
Alors, quand le candidat UMP s’écrie « Aidez-moi ! » elle répond « Oui ! » à pleins poumons. Et quand il salue, la main sur le cœur, à l’américaine, presque triste, avant d’entonner, seul en scène la Marseillaise, elle la reprend d’une voix fervente.

Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient plus


Quelques jours plus tard, Philippe le Rouennais, retraité d’un groupe de pétrochimie, me rappelle. Il sort d’une réunion de section du PS et s’apprête à aller distribuer dans les boîtes aux lettres des centaines de programmes du candidat socialiste. « Franchement, au départ, j’aurais préféré Fabius. Mais j’ai découvert un autre Hollande, plus combatif . Depuis ce meeting, on est tous remontés à bloc : le changement, on y croit ! »
Gérard, le cadre supérieur marseillais me rappelle aussi. Il a vu beaucoup de monde depuis dimanche. Des rapatriés qui votent à droite comme lui, mais aussi « des socialistes qui sont embêtés : Vous avez vu DSK et ses parties libertines ? Vous croyez vraiment que ses amis ignoraient tout ? Nous, on en avait assez de subir leurs attaques sans répondre ! Assez qu’on nous ressorte tous les matins le Fouquet’s et le yacht de Bolloré ! Ca nous a remonté le moral de voir que notre champion rendait coup pour coup ! »
Et maintenant ? Ses amis et lui croient-ils encore qu’avec Sarkozy, « tout redevient possible » ?
On dirait que le « peuple de gauche » attend tout et le peuple de droite, plus rien . « C’est vrai , convient-il. A droite, on ne se fait plus d’illusions. Mais on regarde autour de nous - l’Espagne, l’Italie, la Grèce…- et l’on se dit qu’on a encore de la chance : ça pourrait être bien pire.. »


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5 Février 2012
Jean-Marie le Pen et Daniel Cohn-Bendit, d’accord sur un point

« On sent un courant sous-marin, invisible à ceux qui regardent la surface de la rivière… » Au parlement européen de Bruxelles où il est venu dire son opposition au nouveau traité européen et participer à la commission sur la pêche, Jean-Marie le Pen, convaincu que le courant continue de porter sa fille en dépit des sondages, cultive la métaphore de pêcheur à la ligne. On l’imagine, ce pré-retraité en col roulé bleu, amaigri et un peu voûté, vice-doyen de l’Assemblée en âge ( 83 ans) et en élection ( 26 ans de mandat) assis sur son pliant et devisant sur les poissons, qui se rassemblent « à la sortie des deltas aux alluvions nourricières et absorbent de plus en plus de toxines ».
Rencontre au restaurant des parlementaires, au sixième étage de l’immense bâtiment de verre où se croisent quelques 732 élus dont une poignée seulement de Français, en ces temps de présidentielles qui retiennent dans l’hexagone Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et même Marielle de Sarnez. Passe Daniel Cohn-Bendit, toujours environné de micros. Survient Bruno Gollnish, en veste autrichienne. L’occasion de faire admirer les souvenirs du voyage à Vienne. Sur son téléphone portable, Le Pen montre fièrement sa photo en habit, au côté de Marine en robe du soir « C’est un gigantesque bal des fraternités étudiantes, un superbe témoignage de la grandeur passée de Vienne … » Quelle provocation, tout de même ! Encore un signal envoyé à l’extrême droite dure ? « Les partis européens amis qui ont tenté de se rapprocher des partis au pouvoir ont été absorbés, observe-t-il, comme en avertissement à Marine - laquelle, « dans le cadre de la dédiabolisation, souhaiterait se rapprocher des partis classiques.. »
Il croit cependant qu’elle passera la barre du premier tour – « mais je ne souhaite pas qu’elle caracole en tête, car alors, les attaques contre elle redoubleraient ». Voyez cette histoire de signatures. « C’est très déplaisant d’entendre répéter : Marine bluffe comme son père ! En réalité, ça a toujours été très difficile : il faudrait envoyer des gens partout, revoir les maires trois, quatre fois. Mais les maires en ont assez : leur femme leur dit « Albert ! Tu vas pas encore te mettre ça sur le dos ! » Leurs enfants se font insulter à l’école. Et les membres du conseil municipal : « M. le Maire, on a été élus sur la même liste que vous… » D’ailleurs, constate-t-il, les municipalités sont « de plus en plus colorées ». Colorées ? « L’intercommunalité a obligé les petites bourgades à se rattacher aux grandes agglomérations, toutes gérées par un des deux camps. Dans les Alpes Maritimes dont je suis l’élu, tout gravite autour de Nice et Cannes – deux villes UMP. »
Le Pen compte beaucoup sur la décision, le 22 février, du Conseil Constitutionnel. Mais il compte aussi sur Sarkozy : « Il a eu quand même une curieuse réaction ! Bien sûr, ce n’est pas à lui d’aider Marine, en tant que candidat. Mais en tant que président de la République, il doit faire respecter les droits de tous les Français ! A chaque présidentielle, on dit que ce système – mêlant scrutin public et scrutin secret – est détestable. Mais on ne change rien ! »
Pour finir, un souvenir dont il se délecte : « En 1981, je n’avais pas pu me présenter car, au dernier moment, une centaine de maires qui m’avaient promis leur signature, l’ont retirée. Entre les deux tours, j’ai reçu à Montretout la visite du trésorier de campagne de Giscard, Victor Chapot : « le Président demande si vous pourriez appeler à voter pour lui… » - « Vous lui direz que je ferai voter Jeanne d’Arc ! » Et Giscard ne fut pas réélu… »
Le Pen se serait-il attendu à trouver en Daniel Cohn-Bendit un défenseur ? Du député européen, élu depuis 17 ans et bientôt retraité, auquel il s’est si souvent opposé – récemment encore à propos du Premier ministre hongrois, Viktor Orban - il dit avec une pointe d’admiration « Ce n’est pas un Vert. Plutôt un anarchiste. Mais il a du talent et du mordant ! »
Huitième étage du parlement de Bruxelles, au bout d’un couloir tapissé d’affiches- arbres calcinés, humains décharnés – de fin du monde. Devant la porte, une oursonne géante en peluche vert pomme. Mais, franchi le seuil du bureau de ses deux assistantes, changement de décor : malle-cabine transportée depuis Strasbourg, cartons empilés, livres, bouteilles de rouge. Par la porte entr’ouverte, on entend Dany donner des interviews en allemand et en anglais. Il surgit, en pantalon de velours côtelé noir, chemise bleu ciel, le cheveu en bataille. Et, sans préambule sur les poissons ou le nucléaire : « Vous avez vu Le Pen ? Qu’est-ce que vous en pensez, de ces signatures ? Vous croyez que Marine ne les a pas ? » J’avoue ma perplexité. « Ce système est aberrant ! Pourquoi pas des signatures de citoyens ? Si un nombre significatif d’entre eux – mettons un million – se prononçait pour que Untel se présente, eh bien, Untel pourrait se présenter, que ça plaise ou non ! C’est comme ça ! C’est la vie ! Moi, vous le savez, je suis pour la proportionnelle. D’ailleurs, j’ai horreur de ces polémiques où les uns se posent en victimes, les autres en donneurs de leçons. Elle est tellement convenue, cette élection française. C’est la démonstration de ce que j’appelle le « national présidentialisme ». Toujours le même mécanisme mental : la France est un grand pays, donc elle va élire un grand président. En fait, il faudrait tout re-dimensionner : montrer que l’Europe peut faire plus que la France… » ( il ouvre les bras ) En attendant, le jeu de Sarkozy - candidat sans l’être - est infantile. Il est toujours persuadé qu’il est le meilleur, mais il commence à comprendre qu’il a sous-estimé Hollande. Ce qu’il a sous-estimé aussi, c’est que les sociétés ont parfois besoin de souffler. Après Schöder, l’Allemagne a choisi Merkel. Après l’excitation de Sarkozy, les Français aspirent à une pause. S’il voulait vraiment être crédible, voilà ce que Sarkozy dirait : « il faut augmenter la TVA de 3% et baisser les charges patronales. Pour vous montrer que je suis sûr que c’est bon pour le pays, je le fais tout de suite. Mais je ne serai pas candidat ! »
Et Eva Joly ? « Nicolas Hulot aurait eu les mêmes problèmes qu’elle : le candidat -ou la candidate- à cette élection présidentielle doit être très politique. Il doit pouvoir répondre sans trève à toutes les questions. Elle, elle croit qu’il suffit de dire la vérité. De toutes façons, notre électorat a une stratégie : il veut battre Sarkozy. »

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3 Février 2012
Pour un Premier ministre finissant, qui a « duré et enduré « ( selon la formule de son modèle Raymond Barre) pendant presque 5 ans, François Fillon est en pleine forme. Il l’a montré ce jeudi soir sur France 2 dans « Des paroles et des actes ». Pugnace mais souriant, acharné à défendre le bilan de Nicolas Sarkozy – qui est aussi le sien – sans jamais se montrer blessant à l’égard de Martine Aubry ni même du candidat socialiste François Hollande, évitant tous les pièges où auraient voulu le faire tomber les journalistes – sur ses relations avec le président de la République, sur ses ambitions personnelles…- il s’est montré un bien meilleur défenseur du président sortant que ne l’avait été, l’autre jeudi dans la même émission ( mais il est vrai, pas dans le même rôle ), Alain Juppé, tour à tour trop agressif ( « votre arrogance ») et si fragile face à François Hollande.
Parfois, le débat avec Martine Aubry est devenu trop technique, mais cela faisait sérieux et compétent, c’était bon pour les deux. On se disait qu’elle ferait un bon Premier ministre pour Hollande. Quant à lui, Fillon, ne ferait-il pas un meilleur candidat pour la droite que Sarkozy ? Sa proximité passée avec Philippe Séguin – qu’il ne manque jamais de citer – lui donne une coloration « gaulliste sociale » et le met à l’abri de tout soupçon de compromission avec le FN. Avec lui, la majorité présidentielle, que Sarkozy et Copé ont « tirée » à droite, serait recentrée. L’espace ouvert à François Bayrou se rétrécirait.
Bien sûr, on lui fait toujours ce reproche : pourquoi Fillon, dont on salue la clairvoyance et le courage pour avoir, dès septembre 2007, déclaré « Je suis à la tête d’un Etat en faillite », n’en tira-t-il pas les conclusions et n’alla-t-il pas jusqu’à mettre sa démission dans la balance ? Pendant deux ans, Sarkozy continua d’augmenter les dépenses et il se contenta de marquer que le Président n’était pas son « mentor » et que lui, Fillon, était « chef du gouvernement » et non « collaborateur » de l’Elysée. Il aurait dû provoquer un électrochoc, pour nous faire prendre conscience plus tôt des enjeux… A quoi ses amis rétorquent qu’il fallait bien qu’il reste pour « garder la maison » et que les déficits eussent été pires sans lui.
Quoiqu’il en soit, Fillon, père de famille tranquille comme Bayrou, connaissant son terroir comme le candidat du Modem et comme l’élu corrézien Hollande, est le genre d’homme auquel les électeurs aspirent après cinq années de marathon ou d’ « agitation » sarkozyste.
La preuve en est que sa cote de popularité reste élevée. D’ailleurs, il se prépare : il voyage beaucoup à l’étranger ( ce que Rachida Dati lui reproche ! ) mais il multiplie aussi les déplacements en France : ce vendredi à Bordeaux, chez Alain Juppé. Tous deux ont pour mission d’occuper le terrain en attendant que le candidat Sarkozy se déclare. Mais si, pour Juppé, c’est probablement le dernier tour de piste, Fillon rôde sa future campagne : il n’a que 57 ans – à peine quelques mois de plus que Sarkozy, a-t-il souligné en souriant – et , s’il n’a pas voulu répondre aux questions sur ses projets, il a tout de même laissé tomber en passant, à sa façon, qu’il laissait « toutes les options ouvertes ». Personnellement , je crois à ses chances en 2017.

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3 Février 2012
En sortant de l’Elysée, mardi soir, nous étions presque attendries, ma consoeur Michèle Cotta et moi. Sur le mode « Je vous aimais, vous m’avez déçu, mais c’est la vie … j’aurais dû le savoir, l’herbe est toujours plus verte ailleurs… » le président de la République avait été brillant et – ce qui n’est pas souvent le cas – plein d’humour et presque, de tendresse blessée.
Oubliées, la façon humiliante dont il avait repoussé jusqu’au dernier jour de janvier la traditionnelle cérémonie des vœux à la Presse, pour bien marquer que nous étions, dans l’ordre de sa considération, les derniers, ainsi que la consigne donnée au président de notre association ( presse présidentielle) de lui épargner son petit discours rituel. Oubliée, même, l’ultime petite vexation : nous faire avertir au dernier moment que la cérémonie, prévue à 11h ( arrivée 10h 15, indiquait le carton gravé ) n’aurait lieu, finalement, qu’à 17 heures, le président-roi s’étant éveillé ce matin là avec une ardente envie de recevoir sur le champ les parlementaires de sa majorité pour leur remonter les bretelles…
« Il y a trop de haine contre lui, nous disions-nous, Michèle et moi. Cet homme ne mérite quand même pas ça ! » Et nous évoquions Giscard, auquel il faudra rendre justice un jour d’avoir présenté, avec le concours de Barre, le dernier budget français en équilibre – Giscard, qui avait tant rêvé d’être le « bien aimé »comme son prétendu ancêtre Louis XV, et qui finit si mal aimé.
Je me souviens d’avoir, le 21 mai 1981 sur le perron du palais de l’Elysée, assisté à cette scène indigne : Mitterrand, en état de grâce, raccompagne son prédécesseur sur le tapis rouge. Ayant descendu deux marches, il ouvre les bras d’un geste auguste, comme pour ouvrir à Giscard un chemin à travers la foule qu’on a laissée, pour la première et dernière fois, entrer dans la cour. Giscard descend. Et là, la foule se referme sur lui en l’insultant. Des huées et, me semble-t-il aussi, quelques crachats l’accompagnent jusqu’à la rue du Faubourg Saint Honoré où son fils Henri l’attend au volant de sa voiture.
Ce jour-là, qui aurait dû être un jour de fierté et de joie, j’ai eu honte. On dira que Giscard n’avait qu’à faire venir sa voiture officielle jusqu’au pied du perron, comme le ferait, 14 ans plus tard, Mitterrand raccompagné jusqu’à l’extrémité du tapis rouge par un Chirac très respectueux. C’était bien de lui,Giscard, cette mise en scène de fausse simplicité : « j’étais arrivé à pied en simple citoyen, je repars à pied.. »
Sarkozy ne commettra pas la même erreur. N’empêche : le rejet de sa personne paraît tel – à gauche, bien sûr, mais aussi dans une partie de la droite qui lui reproche ses revirements – qu’il court le risque de sortir lui aussi sous les huées.
S’en rend-il bien compte ? Apparemment, à en croire ses récentes confidences ( «Si je suis battu… vous n’entendrez plus jamais parler de moi ! » affirmait –il en Guyane) il commence à percevoir le désamour. Mais Mitterrand lui aussi ne fut-il pas l’objet de dizaines de livres accablants ? Je me souviens avec quel humour il racontait que des badauds lui avaient même demandé un autographe sur un livre de Jean Montaldo l’accusant carrément de corruption : « Mitterrand et les 40 voleurs » ! Seulement, le vieux président socialiste avait peut-être le cuir plus coriace …
A moins que tout cela – ce dépit amoureux, ce chagrin – ne relève d’une mise en scène, prélude à un démarrage de campagne sur le thème « J’ai changé », comme en 2007. Car Sarkozy nous surprend toujours. Ainsi, alors que nous allions presque nous attendrir sur son sort , nous apprenons que, le matin même, recevant les parlementaires UMP, le Président leur a passé un sacré savon pour leur manque d’enthousiasme à défendre la TVA sociale dite « TVA Sarkozy » et leur a ordonné de monter à l’assaut plus vaillamment contre les socialistes et pour ses réformes de dernière heure - comme si, insoucieux des pertes prévisibles dans leurs rangs ( puisque le même projet de hausse de TVA fit perdre 50 sièges à la majorité présidentielle en juin 2007) le président sortant ne se souciait que de sa propre image : sortir en beauté, les armes à la main.
Deux visages de Sarkozy parmi d’autres. J’ai songé au mot de Sacha Guitry sur les femmes : « Elles passent, disait-il, par des sincérités successives ».

PS Un lecteur m’envoie le discours que pourrait prononcer Sarkozy s’il décidait de ne pas se représenter car … « ras le bol de vous tous, ras le bol en particulier des journalistes que je promène aux frais du contribuable ! » Justement, je viens de recevoir la facture de la société qui gère les voyages présidentiels : pour un aller-retour dans le Finistère, au départ de l’aérodrome militaire de Villacoublay ( Coût du taxi : 50,00 euros) transport par avion militaire très bruyant et inconfortable, où nous sommes entassés comme des paras, elle se monte à 177,00 euros. Que les lecteurs et contribuables se rassurent : la compagnie Carlson Wagonlit Voyages, qui sous-traite pour la presse présidentielle les déplacements de la suite présidentielle, ne les met pas à contribution !

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3 Janvier 2012

A Lanvéoc-Poulmic avec Sarkozy


Mardi 3 janvier 22h50. Retour de Lanvéoc-Poulmic ( Finistère) où le Président de la République présentait ses vœux aux Armées. Franchement, était-il nécessaire de se rendre à la pointe de la Bretagne et de mobiliser marins, soldats, aviateurs pour une telle mise en scène – sans compter le coût , la fatigue et la perte de temps infligés aux malheureux journalistes comme moi, qui ont dû se lever à 4h1/2 du matin pour être sûrs d’arriver à la base aérienne militaire de Villacoublay ( Yvelines) avant 6h 30, embarquer entassés dans un Transaal inconfortable pour gagner Brest en deux heures de vol au milieu des bourrasques de vent et de pluie, monter alors dans un autocar pour rejoindre en une bonne heure de route l’Ecole navale où devait avoir lieu la cérémonie, attendre une bonne heure l’arrivée du Président, assister de loin, sous une pluie battante, au passage en revue des troupes et aux démonstrations de sauvetage en mer par hélicoptère, puis écouter debout le discours présidentiel dans un gymnase, attendre de nouveau deux heures avant de regagner Paris fourbus ce soir après un voyage retour dans les mêmes conditions ?
A 11h ce matin, je me disais « Non, ça ne vaut pas la peine. Tout cela coûte très cher et c’est du cinéma, qui finit par énerver les téléspectateurs ».
Ce soir, malgré la fatigue du voyage, je suis d’avis contraire : ces images de jeunes matelots, de marins et d’officiers ( beaucoup de femmes) alignés impeccablement sur fond de mer et de ciel de tempête tandis que le Chef des Armées s’avance d’un pas lent, c’était magnifique ! On dira que je suis « trop bon public » ou « midinette »…Mais j’ai beau « décrypter », voir clairement les intentions de la mise en scène ( Nicolas Sarkozy adore jouer « moi au milieu du film « et de préférence au milieu d’un film épique avec soldats, drapeaux, évocations de Jeanne d’Arc ou des Résistants du maquis…) J’ai beau , aussi, trouver qu’il en fait un peu trop en répétant pas moins de 35 fois « La France ! » d’un ton pénétré dans son discours et surtout, en nous ressortant, à propos de l’engagement de notre armée en Afghanistan où deux soldats viennent encore de mourir, l’argument « Ils sont morts pour que des petites filles qui n’étaient pas les leurs puissent tout simplement aller à l’école et ne soient pas mariées de force à 12 ans » ( Comme si la Patrie des droits de l’Homme devait envoyer ses soldats se faire tuer partout dans le monde où des fillettes sont maltraitées !) Bref, j’ai beau râler, je dois reconnaître qu’il y a là, au-delà de la vanité affichée, un grand professionnalisme de l’image, et qu’il en reste quelque chose : l’ affirmation du président sortant- et du candidat Sarkozy- de conserver une Défense nationale forte, une puissance nucléaire et des rituels sacrés comme le défilé militaire du 14 juillet.
En rentrant, je lis la presse et mes 89 courriels quotidiens. Lettre de François Hollande dans « Libé ». Qu’en retenir ? Que le candidat socialiste est pour la Vérité, la Volonté et la Justice. Mais ce n’est pas là la décision-clé, l’image forte qu’on attendait. Pas une phrase, d’ailleurs, qui s’imprime dans les mémoires. Vœux de François Bayrou : le candidat centriste a une belle formule « les mauvais jours finiront ». Il creuse son sillon sur le thème « réindustrialiser la France en prenant exemple sur l’Allemagne ». Mais comment traduire cela en images ? Carte de Vœux de Marine le Pen : superbe ! La candidate FN, en pull marine marchant, cheveux au vent, dans les hautes herbes blondes de ce que l’on devine être une dune de sable en bord de mer. Gadget ? Mise en scène trompeuse comme celles de Sarko ? Sans doute. Mais si cette image fait passer avec efficacité un sentiment de liberté ? Elle me rappelle un peu Georgina Dufoix au galop sur un cheval de Camargue. On a oublié le slogan « Mon cœur sera toujours à gauche », mais pas la photo…
Il ne faut pas être dupes, bien sûr, et nous sommes maintenant des téléspectateurs assez expérimentés pour ne pas nous laisser ( trop ) manipuler par les images. Mais, faute de mots forts, de mots qui se gravent dans les esprits et déclenchent à la fois nos émotions, nos réflexions et notre imagination collective, ce sont les images qui l’emporteront.
Or, sur ce chapitre –là, l’équipe du candidat socialiste ( qui n’a même pas été capable de mettre au point un sigle convenable, l’actuel en-tête rose et bleu layette de tous ses communiqués ressemblant à une enseigne de supermarché pour enfants ! ) manque singulièrement de professionnalisme. C’est dérisoire ? C’est justement ce dont nous ne voulons plus, toutes ces images ? Alors, n’en faites pas du tout ! Mais si vous en faites, que le cinéma soit de qualité et qu’il ait un sens !