Midi Libre

27 Mai 2012

Cherche chef capable de "cheffer" selon l'expression de Chirac


« On va perdre tranquillement » me dit le député UMP « Droite populaire » des Alpes Maritimes, Lionnel Luca, habituellement réputé pour sa « grande gueule », après avoir lu, dans le Figaro Magazine la déclaration de François Fillon « depuis le départ de Nicolas Sarkozy il n’y a plus, à l’UMP, de leader naturel ». « Ce duel de coqs, c’est devenu insupportable ! » Comme nombre de ses collègues, Luca espère encore, pourtant, qu’Alain Juppé pourra servir d’arbitre. « Après les législatives, quand on aura beaucoup de temps libre ». En attendant, ce provocateur né, très apprécié de ses électeurs et régulièrement réélu avec des scores élevés, fait campagne sans afficher le sigle UMP !

L’UMP a gardé le culte du chef

Voilà qui en dit long sur le moral, à droite, des candidats aux législatives. Jean-François Copé, qui s’imposait comme « le chef de guerre » par son énergie, son sens de l’organisation et son appétit à la Sarkozy ? Il a commis une énorme gaffe en prônant à la fois une campagne agressive contre François Hollande et son gouvernement et…une cohabitation, dont il se verrait bien le Premier ministre ! C’était ajouter à la peur de la crise économique celle de la crise politique ! En entendant cela, plus d’un électeur de droite s’est dit qu’il n’irait pas voter les 10 et 17 juin. Copé l’a compris : il n’a plus parlé de cohabitation…mais le mal était fait. François Fillon, le sage Premier ministre qui fut le premier à parler de « faillite de l’Etat », l’émule de Raymond Barre en qui beaucoup d’adeptes d’une droite modérée auraient aimé voir un candidat à la présidentielle ? Lui qu’on connut si patient, endurant en silence les humiliations infligées par Nicolas Sarkozy, a été poussé par ses amis à sortir du bois : « Si tu ne te déclares pas maintenant, Rachida Dati va reprendre ses attaques injurieuses. Et Copé, qui la protège, va prendre l’avantage. Il sera trop tard pour toi ! » Certes, les mêmes amis espèrent bien que l’actuel secrétaire général de l’UMP se fera battre à Meaux, où il est en situation difficile. Mais Fillon devait brandir le poing, sous peine d’être considéré comme un peureux, une Sainte Nitouche, bref, pas un vrai chef. Héritière du RPR et du parti bonapartiste, l’UMP a gardé en effet le culte du chef capable, disait Jacques Chirac, « de cheffer ». Elle est donc condamnée à accepter le combat de coqs, même si ses électeurs, contrairement à ceux de gauche qui raffolent des batailles de courants entre leurs éléphants, ont en horreur les divisions.
L’étonnante mobilisation des sarkozystes dans les dernières semaines, le désir de revanche qu’ils ont manifesté au lendemain d’une défaite « honorable », tout cela ne changerait donc rien à une histoire écrite d’avance selon laquelle les Français, cohérents dans leur choix, donneront au nouveau président socialiste tous les moyens de mettre en œuvre sa politique ?

Le vote des immigrés et la suppression des tribunaux pour mineurs

Comme toujours, c’est du camp d’en face que vient, pour la droite, l’ultime espoir. Deux mesures phares annoncées par le nouveau gouvernement ont pour effet non seulement de remobiliser l’électorat UMP, mais de jeter le trouble dans les rangs socialistes. Il s’agit du vote des immigrés, qui ne « passe pas », même dans les circonscriptions qui ont donné une majorité à Hollande. Et de la suppression des tribunaux pour mineurs annoncée par la nouvelle Garde des Sceaux Christiane Taubira. « Comme si, soupire un avocat socialiste de Marseille, déjà inquiet des dégâts de l’affaire Guérini, les adolescents n’avaient pas changé depuis 1945 ! » Retour à la naïveté reprochée à Lionel Jospin, quand il parlait du « sentiment d’insécurité »! Là encore, François Hollande va devoir montrer qu’il nest pas celui qu’on croyait.