Impressions

3 Février 2012
Pour un Premier ministre finissant, qui a « duré et enduré « ( selon la formule de son modèle Raymond Barre) pendant presque 5 ans, François Fillon est en pleine forme. Il l’a montré ce jeudi soir sur France 2 dans « Des paroles et des actes ». Pugnace mais souriant, acharné à défendre le bilan de Nicolas Sarkozy – qui est aussi le sien – sans jamais se montrer blessant à l’égard de Martine Aubry ni même du candidat socialiste François Hollande, évitant tous les pièges où auraient voulu le faire tomber les journalistes – sur ses relations avec le président de la République, sur ses ambitions personnelles…- il s’est montré un bien meilleur défenseur du président sortant que ne l’avait été, l’autre jeudi dans la même émission ( mais il est vrai, pas dans le même rôle ), Alain Juppé, tour à tour trop agressif ( « votre arrogance ») et si fragile face à François Hollande.
Parfois, le débat avec Martine Aubry est devenu trop technique, mais cela faisait sérieux et compétent, c’était bon pour les deux. On se disait qu’elle ferait un bon Premier ministre pour Hollande. Quant à lui, Fillon, ne ferait-il pas un meilleur candidat pour la droite que Sarkozy ? Sa proximité passée avec Philippe Séguin – qu’il ne manque jamais de citer – lui donne une coloration « gaulliste sociale » et le met à l’abri de tout soupçon de compromission avec le FN. Avec lui, la majorité présidentielle, que Sarkozy et Copé ont « tirée » à droite, serait recentrée. L’espace ouvert à François Bayrou se rétrécirait.
Bien sûr, on lui fait toujours ce reproche : pourquoi Fillon, dont on salue la clairvoyance et le courage pour avoir, dès septembre 2007, déclaré « Je suis à la tête d’un Etat en faillite », n’en tira-t-il pas les conclusions et n’alla-t-il pas jusqu’à mettre sa démission dans la balance ? Pendant deux ans, Sarkozy continua d’augmenter les dépenses et il se contenta de marquer que le Président n’était pas son « mentor » et que lui, Fillon, était « chef du gouvernement » et non « collaborateur » de l’Elysée. Il aurait dû provoquer un électrochoc, pour nous faire prendre conscience plus tôt des enjeux… A quoi ses amis rétorquent qu’il fallait bien qu’il reste pour « garder la maison » et que les déficits eussent été pires sans lui.
Quoiqu’il en soit, Fillon, père de famille tranquille comme Bayrou, connaissant son terroir comme le candidat du Modem et comme l’élu corrézien Hollande, est le genre d’homme auquel les électeurs aspirent après cinq années de marathon ou d’ « agitation » sarkozyste.
La preuve en est que sa cote de popularité reste élevée. D’ailleurs, il se prépare : il voyage beaucoup à l’étranger ( ce que Rachida Dati lui reproche ! ) mais il multiplie aussi les déplacements en France : ce vendredi à Bordeaux, chez Alain Juppé. Tous deux ont pour mission d’occuper le terrain en attendant que le candidat Sarkozy se déclare. Mais si, pour Juppé, c’est probablement le dernier tour de piste, Fillon rôde sa future campagne : il n’a que 57 ans – à peine quelques mois de plus que Sarkozy, a-t-il souligné en souriant – et , s’il n’a pas voulu répondre aux questions sur ses projets, il a tout de même laissé tomber en passant, à sa façon, qu’il laissait « toutes les options ouvertes ». Personnellement , je crois à ses chances en 2017.