Midi Libre

1 Juillet 2012

Malgré un air calme et doux, le Premier ministre sait user d'autorité


Il n’est pas du genre sentimental, même s’il manifeste un goût sincère pour la musique et les arts et s’il est amoureux de sa femme, Brigitte . Ce n’est pas lui, Jean-Marc Ayrault, le fils d’ouvrier agricole et de couturière vendéens, qui nous fera vibrer mardi, lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, comme aurait su le faire son prédécesseur socialiste, le fils d’ouvrier du Nord Pierre Mauroy, dont les envolées lyriques ressemblaient tant à celles de François Mitterrand.
Avec son air calme et doux, sa silhouette mince et ses cheveux gris blonds sagement peignés sur le côté, l’ancien maire de Nantes, nommé à Matignon par François Hollande pour marquer le changement par rapport à l’ère sarkozyste, aurait plutôt l ’air - lui qui fut prof d’allemand et parle couramment la langue de Goethe - d’un François Fillon du Nord ou de l’Est ou encore d’un technocrate européen comme Mario Monti, le président du Conseil italien, ou Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne. Comme eux, d’ailleurs, Ayrault s’apprête à nous annoncer une cure d’austérité – impôts en hausse et nombre de fonctionnaires en baisse -, même si, pour faire passer la pilule, le gouvernement a d’abord annoncé un « coup de pouce » symbolique au Smic et la création de quelques centaines de postes dès la rentrée dans l’Education nationale.
Et pourtant, on l’aime ! Ce Premier ministre pour temps de crise et de rigueur n’est pas rejeté – ou pas encore – comme le furent d’illustres prédécesseurs tels que Raymond Barre pour leur discours trop rude et leur refus de nous faire rêver. Avec une cote de popularité en hausse de 6% en un mois pour atteindre 61% à 69 % fin juin, Ayrault a battu tous les records …jusqu’à ce qu’un sondage CSA( jeudi dans Les Echos ) amorce une baisse. Paradoxalement, et alors que François Hollande a souhaité revenir avec lui à la pratique traditionnelle des institutions de la Vème République – un chef de gouvernement « qui détermine et conduit la politique de la Nation », tandis que le Président de la République prend de la hauteur - Ayrault ne joue pas les « fusibles ». Il ne protège pas vraiment le Président -lequel accusait une baisse sensible, à la veille de l’accord arraché à Bruxelles. Comme si, à nouveau, les Français cherchaient ainsi à envoyer au couple exécutif à la tête de l’Etat ce message : « Ne laissez pas étaler votre vie privée comme Sarkozy ! Soyez sobre et apaisant ! » Certes François Hollande n’a négligé aucun effort dans le sens de cette « normalité » attendue. Mais « l’affaire Tweetweiler », puis la résistance de la Chancelière allemande aux propositions du Président français ont jeté le doute sur son autorité. Tous les soirs, à nouveau, les Guignols ne le caricaturent-ils pas en « Flanby » ?
Tandis qu’Ayrault, lui, a su retourner à son profit les quelques actes ou déclarations d’indépendance de ses ministres qui auraient pu passer pour des « couacs ». Cécile Duflot se présente-t-elle en jean au Conseil des ministres ? On l’y verra désormais dans un ensemble bleu marine. Vincent Peillon et Najat Valaud-Belkacem font-ils le « buzz » en annonçant, l’un l’allongement des vacances de la Toussaint, l’autre l’interdiction de la prostitution ? Les voici rappelés à la discipline et à la « discrétion »…comme la propre « Première compagne du Président ». Enfin, la ministre de l’Ecologie, Nicole Bricq, croit-elle pouvoir s’opposer à des forages du groupe Shell ? Elle se voit promptement « déplacée » et priée de se taire. Cela pourrait déplaire. Or, cet autoritarisme- là nous plaît ! A François Hollande d’en tirer la conclusion : Faites-vous obéir, M. le Président !