Télégramme de Brest

23 Avril 2012

Premier président sortant à ne pas être en tête au soir du premier tour, Nicolas Sarkozy a-t-il eu tort de mettre la barre à droite pendant sa première partie de campagne? Il va en tout cas devoir désormais séduire au centre .


« Vous allez voir ça, quand il va entrer en campagne ! prévenait, en janvier à Domrémy ( le village de Jeanne d’Arc) un communicant sarkozyste. Le pauvre Hollande, il n’en fera qu’une bouchée ! » On allait voir, en effet. En février, un président qui s’était dit « heureux d’aller à la rencontre des Français » partir en guerre à Annecy contre un candidat socialiste « qui ment matin, midi et soir » et l’accuser, à Marseille devant une foule enthousiaste, de « ne pas aimer la France », tandis que le « conseiller noir » de l’Elysée, Patrick Buisson, déclarait « Hollande rassemblera moins de voix que Ségolène Royal en 2007 ». En mars, à Villepinte, une foule considérable ovationner, en agitant 50 000 drapeaux tricolores, un partisan du « Oui » à Maastricht mué en « candidat du peuple » et porte parole de la « France du Non », menaçant de pratiquer, tel de Gaulle, la « politique de la chaise vide » si Bruxelles refusait de rétablir un contrôle de l’immigration aux frontières….
La droite avait retrouvé son chef. La tragédie de Toulouse allait la fois « représidentialiser » le président-candidat et renforcer le mot d’ordre de Buisson, l’inspirateur de la victoire de 2007« d’abord, récupérer les électeurs FN ». L’autre lundi, dans la Manche, le patron de l’UMP, Jean-François Copé ( qui joue dans cette campagne sa place de chef de la droite et candidat en 2017 ) ne se faisait-il pas applaudir par un parterre de ruraux en dénonçant la burqa ?
Et puis, soudain, mi avril, premiers craquements : Hollande remonte ! Du coup, les voix de l’autre aile de l’électorat de droite – gaullistes sociaux, humanistes, centristes - se font entendre : dans son discours de la Concorde, Sarkozy insère trois lignes soufflées par Jean-Louis Borloo, le candidat radical finalement rentré dans le rang, sur les familles endettées. Dans celui de Nice, Vendredi, il promet de mettre « tous les moyens » pour que plus un enfant n’entre en sixième sans savoir lire. Est-il trop tard ? En croyant rassurer les Français comme un « protecteur » contre une situation à la Grecque, Sarkozy n’aurait-il fait qu’accroître leur angoisse ? Dans son propre camp, les regrets, murmurés à voix basse depuis la défaite des régionales ( mars 2011) montent à voix haute « Ah , si Juppé avait pu être notre candidat ! Si Fillon… » Le fatalisme s’installe « Après tout, c’est le tour de la gauche. Il faut bien qu’elle se confronte à la crise » A tous ces démons du doute, quelle réponse Sarkozy va-t-il apporter ? Tendre la main aux électeurs de Marine Le Pen ? Il n’a cessé de le faire, sans renouveler le succès de 2007. Passer un contrat avec Bayrou ? C’est peut-être pour cela qu’il a mis en avant-hier soir à la TV l’UMP plus proche du président du Modem : Alain Juppé…