Ni son échec à la présidentielle de 2007 ni sa défaite à la primaire duj PS n'ont entamé son enthousiasme. La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes bat la campagne pour son ancien compagnon
« On ne va pas refaire le film ! » disait-elle quelques heures avant, dans le TGV qui la ramenait de Poitiers. Et voilà que, soudain emportée par la foule de la rue de Solferino qui crie sa joie -« Sé-go-lène ! Ségo-lène ! »- elle se laisse submerger par la vague, comme au soir du 6 mai 2007, quand elle confondait sa défaite avec une victoire : « L’ordre juste ! lance-t-elle aux micros … Le désir d’avenir ! »
Dimanche 22 avril, 22h 30 devant le siège du PS. Toute la soirée, dans sa veste bleu vif et ses escarpins rouges, Ségolène Royal a couru les télévisions. France 2, TF1, BFM… Portières de voitures qui claquent, hôtesses minces en robe noire, agents de sécurité, cohue des photographes, buffets ( mais elle n’accepte même pas un verre d’eau ) loges de maquillage où l’on croise un Alain Juppé blême… Auparavant, à 18h 30, elle avait rejoint, au QG de l’avenue de Ségur, tous les « importants » du PS. Sans s’attarder : elle n’a « pas besoin d’être coordonnée ». Ses « éléments de langage », c’est elle qui les « crée ». Elle saluera « avec un grand bonheur » son ancien compagnon, François Hollande : « son score dépasse celui que j’avais fait ». Elle rayonne, d’ailleurs, de voir défait Nicolas Sarkozy, « le président du vrai chômage », qui l’a humiliée, et de montrer à toute la France quelle « valeur ajoutée » elle apporte au candidat socialiste. Songez qu’au grand rassemblement du Bourget, Hollande a laissé « zapper » du film les 17 millions de Français qui votèrent pour elle en 2007 ! Et qu’à Rennes, l’autre mercredi, où ils tenaient meeting ensemble pour la première fois depuis cinq ans sous le regard de Valérie Trierweiler, il lui a indiqué la sortie de tribune d’un geste qui a choqué les centaines de femmes présentes ! L’instant d’avant, pourtant, avec quelle émotion Ségolène préparait l’entrée en scène de « François » ! « On me demande : Comment faites-vous pour faire campagne ? Je réponds qu’il n’y a pas de façon plus noble de faire l’Histoire que d’aider celui qui est en situation de l’emporter ! »
« On me dit : comment faites-vous ? »
Je réponds qu’il n’y a pas de façon plus noble de faire l’Histoire que d’aider celui qui est en situation de l’emporter ! »
. Elle sait trouver les mots pour les centristes « humanistes » avec lesquels elle a une alliance en Poitou-Charentes. Elle salue la « belle déclaration, à l’image de sa belle campagne », d’un Jean-Luc Mélenchon qui n’hésita pas, lui, à parler à son sujet de « concours de beauté ». Elle n’a pas son pareil, enfin, elle qui sut « ramener le FN à moins de 10% », pour exprimer « la souffrance » des électeurs de Marine Le Pen, « des gens à qui on a tout pris : leur travail, leur santé, leur dignité… » On raillait, en 2007, son discours sur la nation, l’autorité et la famille ? Elle avait seulement, constate-t-elle « quelques années d’avance » !Aujourd’hui, François Hollande, empêtré dans sa promesse d’accorder le droit de vote aux étrangers pour les municipales, l’envoie en première ligne affirmer avec aplomb que cela « n’a jamais été une priorité » et témoigner de son empathie avec « les paysans paupérisés par la crise de l’élevage… les ouvriers contraints de quitter des centres villes pour les zones péri-urbaines… les femmes seules avec leurs enfants, davantage victimes de l’insécurité et tous ces citoyens qui se sentent abandonnés ». Une très grande dame. Rappelant à l’ordre Jean-François Copé, lorsqu’il répète « Hollande est un planqué qui refuse le débat », d’un « Les Français attendent un autre niveau ! ». N’oubliant ni les railleries dont on l’accabla lors de sa propre campagne présidentielle ( « Aurait-on fait cela à un homme ? ») ni le congrès de Reims ( 2008) où Martine Aubry lui « vola » la direction du PS, mais ne voulant retenir, de son cuisant échec aux primaires, que les messages de sympathie suscités par ses larmes. Et refusant d’évoquer la jalousie de la nouvelle compagne de Hollande. Son visage, alors, se ferme. Il s’illumine, en revanche, si l’on évoque la ferveur d’un meeting du printemps 2007 à Marseille, où elle fit chanter la Marseillaise à une foule sentimentale socialo-communiste, après avoir fait acclamer son projet d’encadrement militaire pour les jeunes délinquants. Mais « on ne va pas refaire le film ».
Tisser des réseaux
D’où tire-t-elle cette force intérieure ? De son éducation : le « sens du service » enseigné chez les sœurs et dans la famille nombreuse du colonel Royal. Des épreuves, « qui vous rendront plus forte », disait François Mitterrand, citant Nietzsche. Et de son caractère, « très exigeant avec les autres, mais plus encore avec elle-même » témoignent avec admiration ses quelques fidèles, membres de son cabinet de présidence de région ou de son association « Désirs d’Avenir », et qui la retrouvent à Paris, dans son modeste bureau vert pomme près de la gare Montparnasse. Et puis, suggère-t-elle, « l’âge » – 59 ans bientôt…
Est-ce ce côté « mamma » ou « femme qui a souffert » qui attire vers elle, ce dimanche matin où elle vote à la Rochelle dans une chapelle romane désaffectée, les électrices ? Arrivée dans une voiture électrique Heuliez ( la firme sauvée par la région Poitou-Charentes) après avoir acheté au marché un rosier « Samba », « Madame Royal fait son cinéma », râle un électeur de droite. Elle se prête aux photos en caressant la joue d’une fillette. Elle pense à ses télés du soir et du lendemain – « pas pour me pousser du coude », mais pour retrouver une audience nationale. Elle songe aussi qu’ « une femme doit toujours refaire ses preuves » : ayant laissé à sa suppléante Delphine Batho sa circonscription des Deux Sèvres, sera-t-elle élue en Charente Maritime, où elle fit moins de 17% aux primaires ? Le député maire socialiste sortant, Maxime Bono, n’en doute pas. Redevenue députée, Ségolène Royal devrait emporter, avec le soutien de Hollande qui lui doit bien ça, la présidence de l’Assemblée. Là, déployant ses charmes, elle pourrait tisser des réseaux et même rêver, suggère sa fille Flora dans Gala , « à 2017 »… Mais voilà : pour imposer sa candidature, il lui a fallu oublier sa « démocratie participative ». « Ne croyez-vous pas, argue-t-elle, que si Lionel Jospin avait voulu se présenter, on lui aurait trouvé une circonscription sans le soumettre au vote des militants ? » Sans doute. Mais une grande dame comme elle…
Dimanche 22 avril, 22h 30 devant le siège du PS. Toute la soirée, dans sa veste bleu vif et ses escarpins rouges, Ségolène Royal a couru les télévisions. France 2, TF1, BFM… Portières de voitures qui claquent, hôtesses minces en robe noire, agents de sécurité, cohue des photographes, buffets ( mais elle n’accepte même pas un verre d’eau ) loges de maquillage où l’on croise un Alain Juppé blême… Auparavant, à 18h 30, elle avait rejoint, au QG de l’avenue de Ségur, tous les « importants » du PS. Sans s’attarder : elle n’a « pas besoin d’être coordonnée ». Ses « éléments de langage », c’est elle qui les « crée ». Elle saluera « avec un grand bonheur » son ancien compagnon, François Hollande : « son score dépasse celui que j’avais fait ». Elle rayonne, d’ailleurs, de voir défait Nicolas Sarkozy, « le président du vrai chômage », qui l’a humiliée, et de montrer à toute la France quelle « valeur ajoutée » elle apporte au candidat socialiste. Songez qu’au grand rassemblement du Bourget, Hollande a laissé « zapper » du film les 17 millions de Français qui votèrent pour elle en 2007 ! Et qu’à Rennes, l’autre mercredi, où ils tenaient meeting ensemble pour la première fois depuis cinq ans sous le regard de Valérie Trierweiler, il lui a indiqué la sortie de tribune d’un geste qui a choqué les centaines de femmes présentes ! L’instant d’avant, pourtant, avec quelle émotion Ségolène préparait l’entrée en scène de « François » ! « On me demande : Comment faites-vous pour faire campagne ? Je réponds qu’il n’y a pas de façon plus noble de faire l’Histoire que d’aider celui qui est en situation de l’emporter ! »
« On me dit : comment faites-vous ? »
Je réponds qu’il n’y a pas de façon plus noble de faire l’Histoire que d’aider celui qui est en situation de l’emporter ! »
. Elle sait trouver les mots pour les centristes « humanistes » avec lesquels elle a une alliance en Poitou-Charentes. Elle salue la « belle déclaration, à l’image de sa belle campagne », d’un Jean-Luc Mélenchon qui n’hésita pas, lui, à parler à son sujet de « concours de beauté ». Elle n’a pas son pareil, enfin, elle qui sut « ramener le FN à moins de 10% », pour exprimer « la souffrance » des électeurs de Marine Le Pen, « des gens à qui on a tout pris : leur travail, leur santé, leur dignité… » On raillait, en 2007, son discours sur la nation, l’autorité et la famille ? Elle avait seulement, constate-t-elle « quelques années d’avance » !Aujourd’hui, François Hollande, empêtré dans sa promesse d’accorder le droit de vote aux étrangers pour les municipales, l’envoie en première ligne affirmer avec aplomb que cela « n’a jamais été une priorité » et témoigner de son empathie avec « les paysans paupérisés par la crise de l’élevage… les ouvriers contraints de quitter des centres villes pour les zones péri-urbaines… les femmes seules avec leurs enfants, davantage victimes de l’insécurité et tous ces citoyens qui se sentent abandonnés ». Une très grande dame. Rappelant à l’ordre Jean-François Copé, lorsqu’il répète « Hollande est un planqué qui refuse le débat », d’un « Les Français attendent un autre niveau ! ». N’oubliant ni les railleries dont on l’accabla lors de sa propre campagne présidentielle ( « Aurait-on fait cela à un homme ? ») ni le congrès de Reims ( 2008) où Martine Aubry lui « vola » la direction du PS, mais ne voulant retenir, de son cuisant échec aux primaires, que les messages de sympathie suscités par ses larmes. Et refusant d’évoquer la jalousie de la nouvelle compagne de Hollande. Son visage, alors, se ferme. Il s’illumine, en revanche, si l’on évoque la ferveur d’un meeting du printemps 2007 à Marseille, où elle fit chanter la Marseillaise à une foule sentimentale socialo-communiste, après avoir fait acclamer son projet d’encadrement militaire pour les jeunes délinquants. Mais « on ne va pas refaire le film ».
Tisser des réseaux
D’où tire-t-elle cette force intérieure ? De son éducation : le « sens du service » enseigné chez les sœurs et dans la famille nombreuse du colonel Royal. Des épreuves, « qui vous rendront plus forte », disait François Mitterrand, citant Nietzsche. Et de son caractère, « très exigeant avec les autres, mais plus encore avec elle-même » témoignent avec admiration ses quelques fidèles, membres de son cabinet de présidence de région ou de son association « Désirs d’Avenir », et qui la retrouvent à Paris, dans son modeste bureau vert pomme près de la gare Montparnasse. Et puis, suggère-t-elle, « l’âge » – 59 ans bientôt…
Est-ce ce côté « mamma » ou « femme qui a souffert » qui attire vers elle, ce dimanche matin où elle vote à la Rochelle dans une chapelle romane désaffectée, les électrices ? Arrivée dans une voiture électrique Heuliez ( la firme sauvée par la région Poitou-Charentes) après avoir acheté au marché un rosier « Samba », « Madame Royal fait son cinéma », râle un électeur de droite. Elle se prête aux photos en caressant la joue d’une fillette. Elle pense à ses télés du soir et du lendemain – « pas pour me pousser du coude », mais pour retrouver une audience nationale. Elle songe aussi qu’ « une femme doit toujours refaire ses preuves » : ayant laissé à sa suppléante Delphine Batho sa circonscription des Deux Sèvres, sera-t-elle élue en Charente Maritime, où elle fit moins de 17% aux primaires ? Le député maire socialiste sortant, Maxime Bono, n’en doute pas. Redevenue députée, Ségolène Royal devrait emporter, avec le soutien de Hollande qui lui doit bien ça, la présidence de l’Assemblée. Là, déployant ses charmes, elle pourrait tisser des réseaux et même rêver, suggère sa fille Flora dans Gala , « à 2017 »… Mais voilà : pour imposer sa candidature, il lui a fallu oublier sa « démocratie participative ». « Ne croyez-vous pas, argue-t-elle, que si Lionel Jospin avait voulu se présenter, on lui aurait trouvé une circonscription sans le soumettre au vote des militants ? » Sans doute. Mais une grande dame comme elle…
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