Valeurs Actuelles

28 Juin 2012

La société a fait le choix d'abandonner une partie de ses concitoyens à la malbouffe intellectuelle et sociale


Le pire, c’est que l’on finit par s’habituer. La victime et l’assassin, tous deux adolescents, portent des prénoms de séries télévisées. Leur collège, en revanche, témoigne encore d’une prestigieuse, bouleversante et poétique Histoire de France : il s’appelle Marguerite de Navarre, Jean Moulin… Leur village, leur forêt sonnent bon aussi la « doulce France » : Florensac, Chambon sur Lignon, Beauvoir en Lyons, Cleunay… La victime, âgée de 15 ou 13 ans comme Kyllian, le collégien étranglé par un camarade l’autre vendredi à Rennes, était très aimée, même si personne ne s’est avisé à temps de la protéger. Mais le ou les assassins étaient « gentils » aussi : des garçons « sans histoire », juste un peu introvertis. Jamais « on n’aurait cru ça » d’eux. Alors, pour exorciser le mal, on va déposer des fleurs blanches à l’emplacement où le jeune camarade est tombé, puis l’on organise une « marche blanche silencieuse », nouveau rituel vu à la TV, et même un lâcher de ballons… A l’heure du dîner, la France entière voit défiler sur son petit écran un procureur, un préfet, des policiers, des parents en larmes, des camarades angéliques, un principal de collège qui ne comprend pas, un maire, parfois un curé , et un ministre qui parle « émotion, respect » et « valeurs de la République.. »
Ca suffit ! Il serait temps qu’on sorte de cette comédie de l’attendrissement général, vraie tragédie de l’indifférence, pour s’interroger, sérieusement, sur les effets de nos « moyens de communication modernes » sur le cerveau et le corps humain. Quand je lis qu’un enfant sur deux, à 11 ans, a déjà regardé des films pornos, je me souviens de la commission qui plancha durant plusieurs mois, avec la participation de médecins, philosophes et sociologues, sur la violence et la pornographie à la TV. Notre rapport, remis solennellement il y a dix ans au ministre de la Culture, concluait aux effets nocifs, sur les jeunes cerveaux, d’ images ignobles mais très rentables pour leurs producteurs, visionnées en boucle. Il ne fut suivi d’aucun effet. Ou plutôt, si : la présidente de notre commission, Blandine Kriégel, se vit accuser de vouloir rétablir la censure !

Une suggestion, puisque l’opposition prétend se reconstruire sur des « valeurs » : ne pourrait-elle ouvrir une grande réflexion sur « Nos enfants en danger », en évitant la solution simpliste et inefficace de propositions de lois répressives à répétition ?

Avignon, soir de « Fête de la musique ». Tout au long de l’avenue de la République qui monte vers le Palais des Papes, des papiers gras, des emballages polyester, des canettes de bière… et puis, traînant ses baskets sous le flot de décibels des orchestres de rue (dont le bruit ressemble à celui de mon batteur-mixeur amplifié un million de fois ), une foule somnambule : familles en short, dont les enfants obèses mâchonnent des sandwichs, ados en jean « couche-culottes » laissant voir le bord d’un caleçon imprimé de mickeys, jeunes filles innocemment provocantes en nuisette, loubards à chaîne et piercings, tout ce monde enjambant avec indifférence les SDF allongés à même le trottoir avec leurs chiens. Dans ces moments-là, je me demande si notre société n’a pas fait le choix délibéré, génialement décrit par Aldous Huxley voilà 80 ans dans Le Meilleur des mondes, d’abandonner une grande partie de ses « citoyens » à la « malbouffe » physique, intellectuelle et sociale, car les élever coûterait trop cher. « Un système totalitaire efficient », expliquait d’ailleurs Huxley, repose sur « une population d’esclaves qu’il est inutile de contraindre » : grâce aux jeux et aux drogues, ils finissent par avoir « l’amour de leur servitude ».
L’ennui, c’est que ce système n’est pas parfait : dans la vraie vie, quelques sujets finissent par suivre un « tribun populiste ». En tout cas, il est douteux que l’on recrute parmi eux les inventeurs géniaux, les techniciens hautement qualifiés et les créateurs d’entreprise dont le pays aurait besoin pour ne pas sombrer.

On l’appelait « le Petit Prince du Vélodrome ». Sacré « meilleur joueur français de football de l’année 2010 », il était le mieux payé en 2011 ( avec 10, 7 millions d’Euros par an, soit plus de dix fois plus qu’un Pdg d’entreprise nationale ) Ca n’a pas empêché Samir Nasri, qui a réalisé, me dit-on, l’exploit inouï de « marquer un but égalisateur le 11 juin face à l’Angleterre » d’être, avec Franck Ribéry et Karim Benzema, responsable de l’humiliation des Bleus et de la nôtre. On aurait pu leur pardonner une défaite de plus ( encore que, pour ce prix-là…) Mais on ne leur pardonne pas de nous faire honte. Quand Samir Nasri insulte un journaliste ( « Enculé ! Fils de pute ! Nique ta mère ! » ) c’est nous tous qu’il insulte et ce sont tous ses jeunes émules des « cités » qu’il condamne à l’exclusion. Quand cessera-t-on de les élever dans le culte du foot ?