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Textes Littéraires
Les enfants des ténèbres -1-
Roman - 1° épisode
"Nicolas acquit la conviction que sa femme était devenue folle le jour où il découvrit le pyjama de leur fils découpé en fines bandes et reconstitué comme un puzzle. Le vêtement était déposé dans le petit lit qu'elle berçait en chantonnant. "
RÉSUMÉ:
Des milliers d'enfants mutants apparaissent et disparaissent. Personne ne les réclame. Leur hymne, "Merci mon Dieu, merci Marie, Joseph n'est pas ce que l'on dit", résonne comme une menace.
Flics, techniciens, avocats figurent parmi leurs géniteurs. Orphelins, ils cherchent dans l'enfantement un ailleurs fait de lumière.
Le sang coule à flots. Les corps sont démembrés, les têtes arrachées : le passage s’effectue dans une souffrance infinie. Ce rite sacrificiel semble être le prix à payer…
L'histoire se met en place comme un puzzle. Un thriller de 200 pages dont les personnages naviguent entre vie et néant. Ce récit fantastique aborde le questionnement identitaire face à une société en pleine mutation : est-il possible de se soustraire à la dure réalité? Que veulent donc ces bâtards: réinventer un monde de lumière ou mourir pour se réinventer soi-même?
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
La tasse de café fit PLOC! sur le carrelage. Elle s'inclina telle un bateau ivre et son anse s'en détacha. Le liquide brûlant se répandit, formant une tache aux reflets bleus. Peu à peu, elle éclata en une multitude de ruisseaux. Ce n'est pas du sang observa Laurence, après s'être penchée pour s'en assurer. Ce sang, elle le pressentait, l'attendait, il ne l'aurait pas surprise.
Péniblement, grimaçante sous la douleur, elle se redressa, caressa son ventre arrondi.
Les mots magiques jaillirent de son coeur, franchissant ses lèvres avant même qu'elle en prît conscience:
Mon bébé! "
Laurence était heureuse d'avoir épousé Fabien Deguers dont elle sentait l'amour et la tendresse infinie.
Aujourd'hui, son mari l'avait quittée tôt pour se rendre, comme tous les jours, à son cabinet d'avocat; sans omettre cependant de lui faire les recommandations qu'il ne cessait de réitérer depuis le début: "surtout pas de voiture, disait-il d'un ton doctoral, pas de stress, pas de..." Oui, elle était heureuse.
Il y avait bien des ombres enfouies quelque part en elle. Occasionnellement, elles ressurgissaient, lui comprimant la poitrine. Des larmes froides se mettaient alors à couler, des larmes qui ne lui appartenaient pas, sans pleurs ni chagrin. Et ce sang qui ne venait pas!
La veille encore, cela lui était arrivé. Lorsqu’elle avait surpris le chat tenant un moineau à la gueule. Assis, il secouait sa grosse tête noire; l'oiseau agitait silencieusement les ailes. Curieusement, elle avait trouvé cela non pas cruel mais grotesque. Du sang souillait le carrelage. Mais ce sang là n'était pas le sien! Son regard l'avait terrorisée, si distant de la vie se dit elle, si étranger à moi-même, "un regard que je sens mais qui ne m'appartient pas".
Finalement le chat avait abandonné sa proie. De sa petite langue, il s'était affairé à une toilette aussi intime qu'indifférente. Laurence avait poussé du pied le cadavre dans un coin du balcon. Ce matin encore, il s'y desséchait lentement au soleil éclatant de lumière.
De cet instant et de tant d'autres, Laurence ne parlera pas à Fabien. Pourtant, elle aurait pu tout dire, certaine qu'elle était qu'il comprendrait, qu'il accepterait. Il voulait tant cet enfant.
Et ce poids qui lui comprimait la poitrine quand son miroir réfléchissait l'image si insistante dans laquelle elle ne se retrouvait pas! Etait ce une maladie qui avait déformé ses traits, les rendant angulaires, d'une épaisseur ingrate? Si c'était le cas, songea t elle, Fabien en aurait parlé ou bien alors Louis, son ami de toujours. Mais ce reflet, n'était elle pas seule à le percevoir? C'était avant sa grossesse qu'elle aurait pu en parler, plus maintenant.
Mon bébé!"
Les enfants ne peuvent pas naître si on ne les appelle pas. Aussi laissa t elle l'appel l'envahir, la glisser dans le bien-être de l'assurance. Comme il était doux d'attendre, de rêver:
Tu verras mon chéri, nous aurons une belle maison pleine de soleil. Tu grandiras à l'ombre d'un grand figuier. "
Il était bon d'obéir, de ne pas prendre de risques... Mais cette maison que Fabien avait achetée sans qu'elle ait pu la visiter... Aller la voir, en toucher les murs, en humer l'odeur! Ce n'était certainement pas un risque. Les papas ont toujours peur. Fabien plus que tous les autres.
C'était une jolie maison dont Laurence avait observé les photos. Mais ce n'était que des photos! Elle sentait que cette petite maison perdue dans la garrigue peuplée de platanes... Non, la maison n'était pas perdue! C'était même le contraire: elle était plantée comme seuls savent l'être les vieux arbres aux racines centenaires. Une main soutenant son ventre, elle quitta son fauteuil anglais pour prendre le cadre sur la commode. Elle vit bien que la vieille bâtisse provençale avait quelque chose de plus.
La maison avait une âme, elle semblait vivre, lancer un appel que le papier de la photographie se refusait à transmettre.
Parfois, Laurence la voyait en rêve, ses murs flottant dans un océan de brume. Puis l'image brusquement se brouillait, se dilatait jusqu'à l'envelopper et l'emporter quelque part d'où elle avait le sentiment qu'elle ne reviendrait plus. C'était si doux, si apaisant...
Il lui fallut cinq minutes pour se préparer et se retrouver au volant de sa Golf dans la circulation. Le bébé bougea en elle, elle eut mal, très mal. Ce fut seulement à ce moment qu'elle se demanda pourquoi la tasse ne s'était pas brisée. Elle ressentit une discrète brûlure à ses orteils. Le café les avait tuméfiés.
Quittant la ville, Laurence s'engagea dans un petit chemin de terre. Selon les indications de son mari, il devait la conduire dans une clairière où se trouvait la maison.
Des milliers d'enfants mutants apparaissent et disparaissent. Personne ne les réclame. Leur hymne, "Merci mon Dieu, merci Marie, Joseph n'est pas ce que l'on dit", résonne comme une menace.
Flics, techniciens, avocats figurent parmi leurs géniteurs. Orphelins, ils cherchent dans l'enfantement un ailleurs fait de lumière.
Le sang coule à flots. Les corps sont démembrés, les têtes arrachées : le passage s’effectue dans une souffrance infinie. Ce rite sacrificiel semble être le prix à payer…
L'histoire se met en place comme un puzzle. Un thriller de 200 pages dont les personnages naviguent entre vie et néant. Ce récit fantastique aborde le questionnement identitaire face à une société en pleine mutation : est-il possible de se soustraire à la dure réalité? Que veulent donc ces bâtards: réinventer un monde de lumière ou mourir pour se réinventer soi-même?
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
La tasse de café fit PLOC! sur le carrelage. Elle s'inclina telle un bateau ivre et son anse s'en détacha. Le liquide brûlant se répandit, formant une tache aux reflets bleus. Peu à peu, elle éclata en une multitude de ruisseaux. Ce n'est pas du sang observa Laurence, après s'être penchée pour s'en assurer. Ce sang, elle le pressentait, l'attendait, il ne l'aurait pas surprise.
Péniblement, grimaçante sous la douleur, elle se redressa, caressa son ventre arrondi.
Les mots magiques jaillirent de son coeur, franchissant ses lèvres avant même qu'elle en prît conscience:
Mon bébé! "
Laurence était heureuse d'avoir épousé Fabien Deguers dont elle sentait l'amour et la tendresse infinie.
Aujourd'hui, son mari l'avait quittée tôt pour se rendre, comme tous les jours, à son cabinet d'avocat; sans omettre cependant de lui faire les recommandations qu'il ne cessait de réitérer depuis le début: "surtout pas de voiture, disait-il d'un ton doctoral, pas de stress, pas de..." Oui, elle était heureuse.
Il y avait bien des ombres enfouies quelque part en elle. Occasionnellement, elles ressurgissaient, lui comprimant la poitrine. Des larmes froides se mettaient alors à couler, des larmes qui ne lui appartenaient pas, sans pleurs ni chagrin. Et ce sang qui ne venait pas!
La veille encore, cela lui était arrivé. Lorsqu’elle avait surpris le chat tenant un moineau à la gueule. Assis, il secouait sa grosse tête noire; l'oiseau agitait silencieusement les ailes. Curieusement, elle avait trouvé cela non pas cruel mais grotesque. Du sang souillait le carrelage. Mais ce sang là n'était pas le sien! Son regard l'avait terrorisée, si distant de la vie se dit elle, si étranger à moi-même, "un regard que je sens mais qui ne m'appartient pas".
Finalement le chat avait abandonné sa proie. De sa petite langue, il s'était affairé à une toilette aussi intime qu'indifférente. Laurence avait poussé du pied le cadavre dans un coin du balcon. Ce matin encore, il s'y desséchait lentement au soleil éclatant de lumière.
De cet instant et de tant d'autres, Laurence ne parlera pas à Fabien. Pourtant, elle aurait pu tout dire, certaine qu'elle était qu'il comprendrait, qu'il accepterait. Il voulait tant cet enfant.
Et ce poids qui lui comprimait la poitrine quand son miroir réfléchissait l'image si insistante dans laquelle elle ne se retrouvait pas! Etait ce une maladie qui avait déformé ses traits, les rendant angulaires, d'une épaisseur ingrate? Si c'était le cas, songea t elle, Fabien en aurait parlé ou bien alors Louis, son ami de toujours. Mais ce reflet, n'était elle pas seule à le percevoir? C'était avant sa grossesse qu'elle aurait pu en parler, plus maintenant.
Mon bébé!"
Les enfants ne peuvent pas naître si on ne les appelle pas. Aussi laissa t elle l'appel l'envahir, la glisser dans le bien-être de l'assurance. Comme il était doux d'attendre, de rêver:
Tu verras mon chéri, nous aurons une belle maison pleine de soleil. Tu grandiras à l'ombre d'un grand figuier. "
Il était bon d'obéir, de ne pas prendre de risques... Mais cette maison que Fabien avait achetée sans qu'elle ait pu la visiter... Aller la voir, en toucher les murs, en humer l'odeur! Ce n'était certainement pas un risque. Les papas ont toujours peur. Fabien plus que tous les autres.
C'était une jolie maison dont Laurence avait observé les photos. Mais ce n'était que des photos! Elle sentait que cette petite maison perdue dans la garrigue peuplée de platanes... Non, la maison n'était pas perdue! C'était même le contraire: elle était plantée comme seuls savent l'être les vieux arbres aux racines centenaires. Une main soutenant son ventre, elle quitta son fauteuil anglais pour prendre le cadre sur la commode. Elle vit bien que la vieille bâtisse provençale avait quelque chose de plus.
La maison avait une âme, elle semblait vivre, lancer un appel que le papier de la photographie se refusait à transmettre.
Parfois, Laurence la voyait en rêve, ses murs flottant dans un océan de brume. Puis l'image brusquement se brouillait, se dilatait jusqu'à l'envelopper et l'emporter quelque part d'où elle avait le sentiment qu'elle ne reviendrait plus. C'était si doux, si apaisant...
Il lui fallut cinq minutes pour se préparer et se retrouver au volant de sa Golf dans la circulation. Le bébé bougea en elle, elle eut mal, très mal. Ce fut seulement à ce moment qu'elle se demanda pourquoi la tasse ne s'était pas brisée. Elle ressentit une discrète brûlure à ses orteils. Le café les avait tuméfiés.
Quittant la ville, Laurence s'engagea dans un petit chemin de terre. Selon les indications de son mari, il devait la conduire dans une clairière où se trouvait la maison.
Vendredi 14 Octobre 2005 - 23:27
Henri Vario
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