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Textes Littéraires
Les enfants des ténèbres -4-
Roman - Chapitre 3
Fabien Deguers se leva, vint vers sa femme pour la prendre par la taille. Dehors, déchirant les ténèbres, des hurlements retentirent.
Ils se précipitèrent pour ouvrir la fenêtre. Leurs mains s'emmêlèrent sur la poignée.
Dans la pénombre organisée de leur petit salon, Laurence regardait la télévision. Il alluma toutes les lumières. Elle sentit le bonheur de son mari envahir l'appartement, lui sauta au cou:
‑ Oh, Fabien, Fabien... "
Elle se serra contre lui, murmura:
‑ Merci pour les fleurs, mais pourquoi les gâteaux? "
Fabien affecta un air contrit:
‑ Tu ne te souviens pas comme cela nous manquait là-bas? "
Là-bas, ce torrent de misère et de sang. Fabien ne formula pas sa pensée, ses yeux devinrent jaunes, se perdirent en lui.
‑ N'y pense plus ... Pas aujourd'hui, pas maintenant. Tu sais d'ailleurs que les sucreries sont dangereuses pour nous trois, fit Laurence, cherchant son regard, celui qu'elle lui connaissait, bleu comme la mer, limpide comme une source.
Il l'entraîna vers le canapé. Ils s'assirent. Laurence voulut parler mais il lui plaqua tendrement la main sur la bouche:
‑ Tais‑toi, mon amour. Notre bébé sera le plus beau! "
Dans un élan de tendresse qui le fit ressembler à un enfant joyeux, il s'agenouilla devant sa femme:
‑ Nous serons trois... Pour la vie. Pourquoi veux-tu que notre enfant se désolidarise de notre diabète? "
‑ Fabien, nous devons tout faire pour qu'il ne le soit pas. "
‑ Bien sûr, mais je veux que tous trois nous mangions ces gâteaux. Il éclata d'un rire juvénile. Laurence voulut un jus de fruit. Il se mit à presser les quartiers d'orange entre ses mains osseuses. Elle le tenait par la taille, appuyait son ventre contre ses reins:
‑ Tu le sens, dis, tu le sens "
Il s'interrompit, les mains suspendues, souillées par le jus d'orange. Il trouva sa posture ridicule. Il aurait dû utiliser le presse-agrumes. Les pelures d'orange seraient maintenant polies, nettes, ses mains seraient propres. Mais le chat l'avait brisé, traîné par le fil électrique jusqu'au balcon. Laurence en avait ri.
Plus tard dans la nuit, Laurence se leva pour ouvrir les fenêtres de la chambre. Le grincement des volets réveilla Fabien:
‑ Ca va? lança‑t‑il, d'une voix ensommeillée.
‑ Oh oui, je veux regarder le ciel. "
‑ C'est quoi cette musique, Chérie? "
‑ Quelle musique? "
‑ Attends... Laisse moi écouter! "
‑ Quelle musique? insista Laurence.
Il ne répondit pas. Les paupières mi-closes, il semblait se concentrer.
Lorsqu'il parla, sa femme avait fermé la fenêtre. Elle l'observait.
‑ C'est l'Ave Maria, dit‑il.
‑ Je dois te dire quelque chose... Quelque chose d'important! Cet après-midi, je... "
‑ C'est celle de Schubert, attends un peu, interrompit‑il.
Laurence s'irrita.
‑ Je n'entends rien! ... Je dois te parler Fabien. "
Fabien Deguers se leva, vint vers sa femme pour la prendre par la taille. Dehors, déchirant les ténèbres, des hurlements retentirent.
Ils se précipitèrent pour ouvrir la fenêtre. Leurs mains s'emmêlèrent sur la poignée. Laurence, s'écartant brutalement, renversa le vase de roses. Les hurlements continuaient de monter. Fabien sentit la peur pénétrer son ventre. Il se pencha dehors, se demanda vaguement pourquoi sa femme s'était ... dérobée? Non, ce n'était pas le mot. La vérité est qu'elle le protège... Cette pensée le rendit heureux.
‑ Tu piétines les roses, Fabien" s'exclama sa femme.
" Mais qui avait renversé le vase, qui? Et cette eau, répandue sur les fleurs rouges, et mes pieds nus sur les tiges épineuses! "
Alors que la lune et tous les astres lançaient leurs lueurs blafardes à l'assaut de l'obscurité, au milieu de la chaussée, là où l'ombre des réverbères s'étiolait, Fabien aperçut l'homme.
Ils étaient une douzaine à l'avoir cerné. Il était tombé sous leurs coups. Les enfants frappaient, leurs bras s'abattant rythmiquement sur le corps de leur victime. Et ce rythme était celui de l'Ave Maria qu'en choeur ils chantaient.
‑ Oh, Fabien, Fabien... "
Elle se serra contre lui, murmura:
‑ Merci pour les fleurs, mais pourquoi les gâteaux? "
Fabien affecta un air contrit:
‑ Tu ne te souviens pas comme cela nous manquait là-bas? "
Là-bas, ce torrent de misère et de sang. Fabien ne formula pas sa pensée, ses yeux devinrent jaunes, se perdirent en lui.
‑ N'y pense plus ... Pas aujourd'hui, pas maintenant. Tu sais d'ailleurs que les sucreries sont dangereuses pour nous trois, fit Laurence, cherchant son regard, celui qu'elle lui connaissait, bleu comme la mer, limpide comme une source.
Il l'entraîna vers le canapé. Ils s'assirent. Laurence voulut parler mais il lui plaqua tendrement la main sur la bouche:
‑ Tais‑toi, mon amour. Notre bébé sera le plus beau! "
Dans un élan de tendresse qui le fit ressembler à un enfant joyeux, il s'agenouilla devant sa femme:
‑ Nous serons trois... Pour la vie. Pourquoi veux-tu que notre enfant se désolidarise de notre diabète? "
‑ Fabien, nous devons tout faire pour qu'il ne le soit pas. "
‑ Bien sûr, mais je veux que tous trois nous mangions ces gâteaux. Il éclata d'un rire juvénile. Laurence voulut un jus de fruit. Il se mit à presser les quartiers d'orange entre ses mains osseuses. Elle le tenait par la taille, appuyait son ventre contre ses reins:
‑ Tu le sens, dis, tu le sens "
Il s'interrompit, les mains suspendues, souillées par le jus d'orange. Il trouva sa posture ridicule. Il aurait dû utiliser le presse-agrumes. Les pelures d'orange seraient maintenant polies, nettes, ses mains seraient propres. Mais le chat l'avait brisé, traîné par le fil électrique jusqu'au balcon. Laurence en avait ri.
Plus tard dans la nuit, Laurence se leva pour ouvrir les fenêtres de la chambre. Le grincement des volets réveilla Fabien:
‑ Ca va? lança‑t‑il, d'une voix ensommeillée.
‑ Oh oui, je veux regarder le ciel. "
‑ C'est quoi cette musique, Chérie? "
‑ Quelle musique? "
‑ Attends... Laisse moi écouter! "
‑ Quelle musique? insista Laurence.
Il ne répondit pas. Les paupières mi-closes, il semblait se concentrer.
Lorsqu'il parla, sa femme avait fermé la fenêtre. Elle l'observait.
‑ C'est l'Ave Maria, dit‑il.
‑ Je dois te dire quelque chose... Quelque chose d'important! Cet après-midi, je... "
‑ C'est celle de Schubert, attends un peu, interrompit‑il.
Laurence s'irrita.
‑ Je n'entends rien! ... Je dois te parler Fabien. "
Fabien Deguers se leva, vint vers sa femme pour la prendre par la taille. Dehors, déchirant les ténèbres, des hurlements retentirent.
Ils se précipitèrent pour ouvrir la fenêtre. Leurs mains s'emmêlèrent sur la poignée. Laurence, s'écartant brutalement, renversa le vase de roses. Les hurlements continuaient de monter. Fabien sentit la peur pénétrer son ventre. Il se pencha dehors, se demanda vaguement pourquoi sa femme s'était ... dérobée? Non, ce n'était pas le mot. La vérité est qu'elle le protège... Cette pensée le rendit heureux.
‑ Tu piétines les roses, Fabien" s'exclama sa femme.
" Mais qui avait renversé le vase, qui? Et cette eau, répandue sur les fleurs rouges, et mes pieds nus sur les tiges épineuses! "
Alors que la lune et tous les astres lançaient leurs lueurs blafardes à l'assaut de l'obscurité, au milieu de la chaussée, là où l'ombre des réverbères s'étiolait, Fabien aperçut l'homme.
Ils étaient une douzaine à l'avoir cerné. Il était tombé sous leurs coups. Les enfants frappaient, leurs bras s'abattant rythmiquement sur le corps de leur victime. Et ce rythme était celui de l'Ave Maria qu'en choeur ils chantaient.
Mardi 08 Novembre 2005 - 01:04
Henri Vario
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