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Textes Littéraires
Les enfants des ténèbres -8-
Roman - Chapitre 9
Depuis l'aménagement des Deguers à la Bastide, doc l'ermite avait fortifié portes et fenêtres en fixant aux murs de pierres de taille durcies par les ans d'épaisses plaques d'acier. Il n'était pas sûr ... Mais c'était mieux que rien! On peut connaître les voies se disait il, mais l'aboutissement de toute chose n'est que ténèbres. Pourquoi leur dirait il? Les hommes ne comprennent pas. Ils interprètent.
Doc se sentait fatigué, il songeait à ce qui l'avait amené sur ce chemin, dans ce cauchemar où il fallait rassurer les autres. Ses membres lui faisaient mal, la vieillesse ... Toute une vie consacrée à la recherche! Et maintenant qu'il pensait avoir trouvé, il percevait, même si ce n'était que confusément, que la voie ne serait peut-être pas la bonne et il ne pouvait s'empêcher d'espérer en une autre route, qui permettrait aux siens de rester, pour le cas où. ...
"Qu'espères tu, vieille carcasse", fit une voix en lui. Doc, pour se fuir, se mit à contempler les murs de l'Eguière, ceux de la peur et de sa honte.
"Que feras tu si les enfants viennent?" Doc ne le savait pas; seul le temps pouvait lui apporter la réponse.
Certains jours, il pensait que Bébé devrait prendre l'air. Pourtant, l'enfant n'était pas pâle, loin de là. Il était beau, très beau. De cette beauté qu'on ne peut décrire parce qu'à la limite du naturel et de l'ignoble.
Seules la violence et l'horreur pouvaient le faire rire, le rendre heureux. Comme le jour où il brisa d'un coup de tête la mâchoire de doc qui ne voulait pas se méfier. Bébé avait ri aux éclats. Un bon rire de ... bébé!
Laurence n'avait pas peur: "ça se commande pas" disait elle. Raison pour laquelle elle ne possédait pas de double de la clef de la cage. Lorsqu'il arrivait que Bébé soit au soleil du dehors, il hurlait de douleur en voulant briser ses chaînes. Puis, résigné à la lumière, il tournait son petit visage vers le soleil, le défiant du regard. Bébé enchaîné, Bébé bâillonné ... au soleil!
A ces moments-là, Fabien et Laurence en profitaient pour, chacun son tour, lui prendre et se donner un peu de tendresse, un peu d'humanité. Bébé comprenait. Il abandonnait son petit corps paré de chaînes, pleurait contre une épaule, un visage. Ces pleurs, ceux du soleil et de l'amour, n'étaient pas les mêmes. Ils ne résonnaient pas, ne provoquaient pas l'écho du vide. Ils étaient doux et paisibles. Comme ceux d'un enfant malheureux ... normalement malheureux!
Laurence en criait de chagrin, ne cessant de lancer à l'univers tout entier son appel chargé de haine et de rancoeur:
- Mon bébé, rendez-moi mon bébé!
Ainsi le temps s'écoulait-il, dans la terrible lenteur de l'attente. Chargés de leur cortège de prudence, de méfiance et d'amour insalubre, les jours, les semaines et les mois s'égrenaient.
Bébé grandissait ... Dans sa maison! Maison ceinturée de hauts murs eux-mêmes surmontés de barbelés électrifiés, protégée de pièges à feu. Au delà de l'enceinte, là où la garrigue s'étendait, l'ermite avait posé des pièges à loups.
Des renards s'y prenaient parfois, et toute la nuit, hurlaient à la mort!
Laurence n'aimait pas penser que les enfants pouvaient devenir dangereux. Elle se demandait comment il se pouvait que le vieil homme, tout en se prétendant leur allié, ait pu prendre autant de précautions. A moins, comme le disait Fabien, qu'il y eut autre chose ...
"Il n'y a rien, personne ne nous enlèvera Bébé. Et ces enfants sont des nôtres."
Vendredi 09 Décembre 2005 - 00:05
Henri Vario
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