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Textes Littéraires
Marseille 2057: 2° épisode
Le jardinier ne viendra plus ... Henri Vario
Et trois mecs entrent aussi.
Trois archers de la section spéciale, des traqueurs.
Le tenancier, en signe de défiance, redresse la tête.
- Hé, les gars vous ne devez pas entrer ici ! »
L’un d’eux, du nom de Xylem, je crois, me toise :
- On traque pour toi, Decker... Parle lui ! »
Avec des gestes lents, j’enroule mon chèche en veillant à protéger mes narines :
- J’peux rien les Mecs ! »
Je sors et quelque chose claque derrière moi. La porte sans doute. Ou bien est-ce le sifflement d’une flèche ? Les traqueurs se battaient souvent. Peut-être le nabot leur a-il servi un verre pour trois ?
Ce bistrot devrait être rebaptisé Zizanie.
Le « Cloporte » est mon relais sanitaire préféré. Son barman n’est pas trop à cheval sur les quotas et moi, j’ai terriblement besoin de boire.
Il n’y a pas grand monde dans la rue. Un black non homologué me désigne du doigt sa minerve électronique. Je lui fais signe de passer son chemin. D’un pas lourd il marche vers le camion benne de la compagnie des salins déjà plein de ses semblables.
Je m’approche, un métisse le contre-maître sans doute me toise
- Alors tu veux te joindre à tes demi-frères ?
- C’est le service de nuit ?
Il s’esclaffe, fait volte face et monte dans la cabine du camion.
A quelques mètres, de l’autre coté de la chaussée, un immeuble brûle et des cul-de-jatte s’enfuient. Les roues de leurs planches crissent sur le bitume brûlant. La poussière, une fusion de latérite et de sable fin, réduit la visibilité ; elle roule en tourbillons ascendants puis s’abat. Je réajuste mon chèche et prends la direction du port. Je longe le caniveau; la chaleur des fûts enflammés sur le trottoir me gêne, une fournaise ! Les sauterelles ne sont plus sensibles à la fumée. Des types agitent des lambeaux de vêtements.
Les sauterelles ne fuient pas ; elles s’accrochent. Un mec en cueille une pleine poignée et l’empoche. Il me sourit.
Peu à peu, les sons des salves de l’artillerie de la Défense Côtière se rapprochent. Je connais un autre bouge, quelques centaines de mètres, plus au sud, mais il se fait tard et mon affectateur m’attend. J’ai soif, très soif. Saloperie de quota, de ville, de monde.
Et cette douleur qui toujours me vrille la tête.
« Après s’être dévissé le bras, le type n’était pas parti. Pas tout de suite. Il voulait boire et je n’avais rien à boire. Il voulait manger de la viande et c’était interdit, alors il s’était endormi. A même le sol, au pied de mon lit, comme l’aurait fait un chien. Seulement voilà, ce n’était pas un chien. C’était un nègre sans minerve et c’était moi qu’il avait choisi. »
Le bouge est là, tout près, à ma droite. Une sorte de Cloporte bis, mais des Blancs font la queue et en obstruent l’entrée. Certains hurlent de douleur sans pour autant cesser de se mordiller, qui la main, qui le bras. Flory est parmi eux, elle me gueule dessus :
-Putain de sale bâtard ! C’est ta faute. Tu n’as qu’à nous chopper des Nègres !
Aller au début
Lire le 3° épisode
Trois archers de la section spéciale, des traqueurs.
Le tenancier, en signe de défiance, redresse la tête.
- Hé, les gars vous ne devez pas entrer ici ! »
L’un d’eux, du nom de Xylem, je crois, me toise :
- On traque pour toi, Decker... Parle lui ! »
Avec des gestes lents, j’enroule mon chèche en veillant à protéger mes narines :
- J’peux rien les Mecs ! »
Je sors et quelque chose claque derrière moi. La porte sans doute. Ou bien est-ce le sifflement d’une flèche ? Les traqueurs se battaient souvent. Peut-être le nabot leur a-il servi un verre pour trois ?
Ce bistrot devrait être rebaptisé Zizanie.
Le « Cloporte » est mon relais sanitaire préféré. Son barman n’est pas trop à cheval sur les quotas et moi, j’ai terriblement besoin de boire.
Il n’y a pas grand monde dans la rue. Un black non homologué me désigne du doigt sa minerve électronique. Je lui fais signe de passer son chemin. D’un pas lourd il marche vers le camion benne de la compagnie des salins déjà plein de ses semblables.
Je m’approche, un métisse le contre-maître sans doute me toise
- Alors tu veux te joindre à tes demi-frères ?
- C’est le service de nuit ?
Il s’esclaffe, fait volte face et monte dans la cabine du camion.
A quelques mètres, de l’autre coté de la chaussée, un immeuble brûle et des cul-de-jatte s’enfuient. Les roues de leurs planches crissent sur le bitume brûlant. La poussière, une fusion de latérite et de sable fin, réduit la visibilité ; elle roule en tourbillons ascendants puis s’abat. Je réajuste mon chèche et prends la direction du port. Je longe le caniveau; la chaleur des fûts enflammés sur le trottoir me gêne, une fournaise ! Les sauterelles ne sont plus sensibles à la fumée. Des types agitent des lambeaux de vêtements.
Les sauterelles ne fuient pas ; elles s’accrochent. Un mec en cueille une pleine poignée et l’empoche. Il me sourit.
Peu à peu, les sons des salves de l’artillerie de la Défense Côtière se rapprochent. Je connais un autre bouge, quelques centaines de mètres, plus au sud, mais il se fait tard et mon affectateur m’attend. J’ai soif, très soif. Saloperie de quota, de ville, de monde.
Et cette douleur qui toujours me vrille la tête.
« Après s’être dévissé le bras, le type n’était pas parti. Pas tout de suite. Il voulait boire et je n’avais rien à boire. Il voulait manger de la viande et c’était interdit, alors il s’était endormi. A même le sol, au pied de mon lit, comme l’aurait fait un chien. Seulement voilà, ce n’était pas un chien. C’était un nègre sans minerve et c’était moi qu’il avait choisi. »
Le bouge est là, tout près, à ma droite. Une sorte de Cloporte bis, mais des Blancs font la queue et en obstruent l’entrée. Certains hurlent de douleur sans pour autant cesser de se mordiller, qui la main, qui le bras. Flory est parmi eux, elle me gueule dessus :
-Putain de sale bâtard ! C’est ta faute. Tu n’as qu’à nous chopper des Nègres !
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Lundi 22 Août 2005 - 23:26
Henri Vario
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