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  <title>Norbert Croûton</title>
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  <language>fr</language>
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   <title>Avertissement de l'auteur</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Ce n’est pas un ouvrage rédigé par des islamistes à l’attention des « infidèles ».  
  
 Ce n’est pas non plus un ouvrage démarqué du fameux « Français, encore un effort » dans lequel le Marquis de Sade préconisait que la révolution politique de 1789 soit accompagnée d’une révolution sexuelle.  
  
 C’est la réaction épidermique suscitée chez un homme nourri au lait de la morale laïque et républicaine par les références que le président américain et ses acolytes font à tout bout de champ à Dieu et aux enseignements de la Bible, comme si ces références allaient de soi et étaient unanimement acceptées.     <div>
      INCROYANTS, ENCORE UN EFFORT       <br />
              <br />
       	 « Incroyants, encore un effort… » Cet ouvrage peut  être consulté ou téléchargé en cliquant sur le lien figurant en colonne de droite. Son titre ne doit pas prêter à confusion. Ce n’est pas un ouvrage rédigé par des islamistes à l’attention des « infidèles ». Ce n’est pas non plus un ouvrage démarqué du fameux « Français, encore un effort » dans lequel le Marquis de Sade préconisait que la révolution politique de 1789 soit accompagnée d’une révolution sexuelle.        <br />
       C’est la réaction épidermique suscitée chez un homme nourri au lait de la morale laïque et républicaine par les références que le président américain et ses acolytes font à tout bout de champ à Dieu et aux enseignements de la Bible, comme si ces références allaient de soi et étaient unanimement acceptées.        <br />
       Cette réaction est d’autant plus justifiée que la maladie est contagieuse en raison de l’attraction exercée par la puissance américaine et de l’esprit moutonnier de beaucoup de nos contemporains. L’objet de cet ouvrage est de faire prendre conscience aux croyants de la fragilité de leurs convictions ou, à tout le moins, de les aider à comprendre le doute qu’elles peuvent susciter chez d’autres. Il est aussi d’inciter les incroyants à se manifester, non de façon agressive mais de façon que l’accord si nécessaire entre les hommes cesse d’être entravé par des croyances religieuses inconciliables mais puisse s’établir au contraire sur des bases rationnelles, naturelles, durables et acceptées par tous.        <br />
              <br />
       Cette querelle qu’on dirait d’un autre age a des antécédents fameux.. Elle a au fil de l’histoire agité les meilleurs esprits. Parmi ceux-ci, celui dont l’œuvre a le mieux résisté au temps parce qu’il est  probablement l’un des esprits les plus profonds, les plus brillants et les plus honnêtes que la terre ait porté est Denis Diderot (1713-1784). Diderot a exprimé sa pensée sur les religions dans un court essai en forme de dialogue intitulé “  Entretien d’un philosophe avec la Maréchale de *** ”.. Cet essai, qui n’a pas pris une ride, traite avec élégance du sujet qui touche l’homme à son point le plus sensible puisqu’il s’agît du sort de son « âme » après la mort. Le phénomène de la conscience ( équivalent « laïque » de l’âme) et la physique qui le sous-tend, sont donc longuement évoqués par l’auteur à la lumière des derniers progrès scientifiques connus. Cette excursion n’est pas le moindre intérêt de l’ouvrage, car les faits et les idées qui y sont mentionnés ne laisseront pas d’en étonner plus d’un.        <br />
              <br />
       Reprenant ensuite la démarche de Diderot l’auteur enrichit  le texte original (qui est également reproduit) des remarques que le progrès général des connaissances, l’élargissement des points de vue, l’expérience historique accumulée depuis sa parution et l’application des théories de Darwin peuvent suggérer.        <br />
       L’ouvrage se termine par un inventaire des problèmes cruciaux auxquels l’humanité se trouve confrontée aujourd’hui de façon pressante et de quelques solutions qu’il est possible de trouver une fois qu’ont été évacués les obstacles inutiles suscités par les religions.        <br />
              <br />
       Le lecteur est invité à critiquer et compléter ces remarques et ces propositions. Il sera ainsi conduit à s’interroger lui-même sur ce qu’il pense authentiquement de ces questions fondamentales. Ce peut être pour lui, et sans bourse délier, l’équivalent d’une analyse.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/Avertissement-de-l-auteur_a3.html</link>
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   <title>1. Avant propos</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:46:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      1. AVANT PROPOS        <br />
       		       <br />
              <br />
              <br />
       		Incroyants, encore un effort si vous ne voulez pas voir se réaliser cette prédiction de Malraux qui vous met mal à l’aise : “ le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas ”.       <br />
       	     	Vous avez pu croire jusqu’à une époque récente que la cause était entendue, que le doute ou au moins la prudence à l’égard des religions s’étaient établis dans tous les esprits et que la laïcité allait irrésistiblement s’imposer dans la vie publique sur tous les continents. Depuis la fin de l’empire soviétique, il semble que ce ne soit plus le cas. En Russie même Poutine, le czar élu, un ancien du KGB se réfère à Dieu dans ses discours ! Toutes les républiques et les satellites de l’ex Union Soviétique ont retrouvé leurs divinités favorites. En Turquie un régime fondé naguère sur la laïcité tend désormais à s’en écarter. En Irak ce serait une bonne surprise que feu le régime baasiste, d’essence laïque, ne soit pas remplacé par un régime théocratique assaisonné d’une guerre de religion. L’Afghanistan fragile n’est pas à l’abri d’une rechute. L’Iran a basculé il y a déjà un moment. Les conflits au Rwanda, au Soudan, dans l’ex Yougoslavie, en Irlande du Nord, en Palestine, à Chypre, entre l’Inde et le Pakistan, et dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique ont une origine religieuse, même si ce n’est pas leur seul aspect. Beaucoup d’états privilégient une religion et lui donnent un statut officiel. Aujourd’hui les partisans de la neutralité de la puissance publique en matière religieuse ont à faire face à une triple agression due aux intégrismes musulman, israélite et chrétien. Or il faut bien voir que l’intégrisme est une conséquence logique de la religion. Qu’est-ce en effet que l’intégrisme, sinon la croyance religieuse prise au sérieux ? Si vous avez l’intime et absolue conviction, et le but de la pratique religieuse est de vous la faire acquérir, que votre voisin se voue à la damnation éternelle en ne partageant pas la croyance qui vous habite, ce serait une véritable non-assistance à personne en danger que de ne pas lui imposer votre croyance par tous les moyens. De fait, lorsque les religions ont été en position de le faire, elles n’ont pas hésité à forcer les consciences par les plus extrêmes violences. Les croyants qui acceptent le pluralisme religieux ou l’irréligion, et qui sont heureusement la majorité, sont des tièdes et Dieu a paraît-il horreur des tièdes !       <br />
       		 Les Français qui l’ont vécue ont gardé de la deuxième guerre mondiale le souvenir d’un clergé catholique tout gonflé d’une importance retrouvée, porté qu’il était par le désarroi général et par la “ Révolution Nationale ” du Maréchal Pétain. Qu’en serait-il advenu si cette situation avait perduré ? Ce clergé aurait-il retrouvé, quelque peu atténuées, ses vieilles habitudes inquisitrices et contraignantes ? Poser la question, c’est presque déjà donner la réponse. Que l’épiscopat français n’ait pas fermement attiré l’attention du vieux Maréchal, de qui il n’avait à coup sûr rien à craindre, sur le caractère totalement scandaleux des lois anti-juives, mais qu’il en ait au contraire accepté le principe, ne peut être attribué qu’à un fonds tenace d’antisémitisme. Il est difficile de croire qu’il ait agi ainsi sans l’aval du Vatican. Tous ces braves gens attendaient de connaître le sort des armes pour se découvrir, conformément à une vieille tradition de l’Eglise. On imagine aisément les Te Deum fervents qui auraient salué une victoire de l’Axe du Pire. Risquons-nous d’assister aujourd’hui à pareil réveil à la suite d’une défaite non plus militaire mais politique et culturelle ?       <br />
       	   	Des trois intégrismes, le musulman, l’israélite et le chrétien, le dernier est le plus insupportable parce qu’il paraît le moins nécessaire. L’intégrisme musulman peut se comprendre en raison de la situation des pays islamiques qui ne cessent d’être humiliés depuis plus d’un siècle et qui ne parviennent pas à se débarrasser de cette écharde qu’ils portent en leur flanc et qui s’appelle Israël. Même si leur dieu les aide bien peu en la circonstance, leur religion leur sert à maintenir leur identité et à leur faire espérer que leurs malheurs finiront un jour... Les Israélites ont été, ô combien ! , martyrisés par l’histoire. La conviction de faire partie du peuple élu leur a certainement donné cette formidable détermination qui a permis à quelques uns de survivre et de surmonter toutes les épreuves. Victimes comme tous leurs coreligionnaires de la plus monstrueuse des injustices, ceux qui ont choisi de s’installer en Palestine ne s’aperçoivent pas qu’ils sont en train d’en commettre une autre qui n’est pas négligeable non plus. Il est bien évident que celui qui s’empare progressivement mais inexorablement, par de menues acquisitions, par la ruse et par la violence de toutes les pièces d’un appartement en prétextant que c’est Dieu qui les lui a attribuées et que ses arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents y ont peut-être habité ne doit pas s’attendre à de grandes démonstrations d’amitié de la part de son occupant légitime ! Même si, grâce à son entregent et à l’appui d’un puissant protecteur, il fait taire les protestations des voisins et les fait se dresser les uns contre les autres en leur tendant des pièges dans lesquels ils  se font prendre à tout coup. Même s’il entretient la confusion entre antisionisme et antisémitisme. Même si, à la suite de deux millénaires passés au milieu de populations étrangères, son sang ne contient plus que quelques gouttes du sang originel. Imaginez un instant (que nos amis québécois me pardonnent cette hypothèse saugrenue) que des canadiens français lassés de leurs difficultés avec leurs compatriotes anglophones décident de revenir au pays. Ils y sont d’abord bien accueillis, achètent quelques fermes, en Bretagne par exemple, puis de plus en plus nombreux, s’attaquent par des actions terroristes aux structures politiques existantes et les supplantent. Imaginez que les Bretons se révoltent, qu’ils soient vaincus, que certains perdent leurs biens, qu’ils soient relégués sur les terres les moins fertiles ou internés dans des camps, qu’ils soient contraints dans leurs activités quotidiennes, rendus dépendants de la charité internationale et soumis continuellement à des bombardements et à des incursions armées. Qui ne comprendrait l’énorme frustration des Bretons placés dans ces conditions ? Pourtant ces Canadiens ont quitté la France beaucoup plus récemment que les Juifs n’ont quitté la Palestine. Chacun peut constater que la protestation internationale contre le sort réservé aux palestiniens reste sans effet. Les palestiniens ont raison sur le fond car il est naturel et légitime de repousser des intrus. Les israéliens de leur côté disposent de la force et peuvent ainsi se permettre d’ignorer délibérément les résolutions des Nations Unies quand d’autres pour des violations moindres voient leurs infrastructures non seulement militaires, mais également économiques, administratives et culturelles, pulvérisées par des bombardements. Selon que vous serez puissant ou misérable…        <br />
       	   	Il peut paraître “ ringard ” de s’attaquer aux religions en ressuscitant des querelles que l’on croyait dépassées, et j’en veux à ceux qui poussent à pratiquer ce jeu de massacre. Dans une assemblée il y a souvent un rigolo pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas mais taisent par crainte ou par bienséance. J’accepte pour un moment de jouer ce rôle, ayant le sentiment de participer ainsi à une œuvre de salut public. Il s’agit d’éviter un retour en force de l’obscurantisme qui n’est d’ailleurs souhaité ni par la plupart des chrétiens et des adeptes des religions orientales, ni par bon nombre de juifs et de musulmans.        <br />
       	   	Les religions sont l’espoir et la consolation de beaucoup. Pourquoi les attaquer ? Pourquoi vouloir, selon la formule consacrée, tirer sur des ambulances ? La raison en est que certains ambulanciers recommencent maintenant à tirer sur nous ! Un détail qui peut sembler mineur, mais qui est révélateur de l’évolution actuelle : certains athlètes ou joueurs se signent à la suite d’un exploit personnel  ou avant d’entrer sur le terrain, et portent autour du cou croix et médailles pieuses, toutes choses qui ne se voyaient jamais auparavant. Si ces rites et ces talismans ont une quelconque efficacité, doivent-ils être assimilés à des produits dopants ? Les instances sportives devraient se prononcer à ce sujet, avant que ces pratiques ne s’étendent à d’autres religions. Sans aller peut-être jusqu’à les interdire, elles devraient les déconseiller comme contraires à l’esprit olympique qui s’efforce de gommer toutes les différences de race, de culture ou de croyance entre les athlètes. Les institutions religieuses de leur côté devraient prodiguer discrètement le conseil de ne pas mêler Dieu à ces rites profanes, ne serait-ce que pour ne pas voir sa représentation associée à de possibles défaites. Sentant le vent tourner et craignant sans doute d’être en retard d’une mode, des croix en nombre se sont à nouveau glissées entre de jolis seins ou exposées sur des poitrails musculeux ! Devrons-nous un jour, nous les incroyants, nous les agnostiques, arborer au revers de notre veste un point d’interrogation pour ne pas laisser s’afficher seules les convictions à caractère religieux ?        <br />
       	     C’est bien sûr aux Etats-Unis que le phénomène est le plus préoccupant. Chacun peut s’étonner de ce que le pays le plus avancé scientifiquement et industriellement donne l’exemple de cette régression. L’esprit religieux le plus rétrograde, profitant de la paranoïa ambiante et y participant, prend le convoi de l’anti-terrorisme. Le terrorisme, qu’on ne saurait bien entendu négliger, est devenu l’alpha et l’oméga de la politique américaine. Or, ce n’est qu’une infime partie des dangers qui nous menacent. La destruction des tours jumelles du Centre Mondial du Commerce a été sans nul doute très spectaculaire et elle a frappé les imaginations mais l’ampleur des dégâts a probablement dépassé les attentes des auteurs des attentats eux-mêmes. Ne commence-t-on pas à dire en effet que la ruine totale des deux ouvrages s’expliquerait par des choix discutables dans la conception des planchers des différents étages et par des malfaçons dans la protection au feu des dits planchers ? Quoiqu’il en soit les quelques milliers de victimes du terrorisme répertoriées depuis quatre ans sont malheureusement presque dérisoires par rapport aux dizaines de millions d’autres victimes à déplorer durant cette même période ; victimes de maladies aisément évitables, victimes de maladies aisément curables, victimes de la malnutrition, victimes de guerres d’agression, victimes de guerres ethniques ou religieuses, victimes de guerres pour le pouvoir ou la richesse, victimes de la drogue, de l’alcoolisme, du tabagisme, du crime, de la pollution de l’air et des eaux, victimes de catastrophes naturelles prévisibles, victimes d’accidents dus à la sottise, à l’ignorance, à l’étourderie, à la négligence, à la présomption. Et ces dizaines de millions de victimes seront peut-être considérées par l’histoire comme anecdotiques par rapport aux dangers que représentent le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles ou un conflit généralisé à propos du Moyen-Orient et de son pétrole. Si l’on met à part les dérives de quelques irréductibles défendant des droits plus ou moins folkloriques et les menées de quelques mafieux aux intentions inavouables, le terrorisme n’a qu’une seule cause directe qui est le mépris du droit des gens et le désespoir que ce mépris engendre chez ceux qui en sont les victimes. Désespoir qui peut conduire à des actes aussi contre nature que de s’attacher autour de la taille une ceinture d’explosifs et d’en déclencher la mise à feu au milieu de la foule. L’éradication du terrorisme passe d’abord  par le respect du droit des peuples aujourd’hui maltraités et, à titre de précaution complémentaire, par la prise en charge des jeunes désespérés, par une bonne police et la suppression des paradis fiscaux propices aux financements criminels. Il est nécessaire d’y ajouter un contrôle efficace des matériaux, des outillages et des technologies susceptibles d’être utilisés dans la fabrication des engins nucléaires et autres armes de destruction massive. Faut-il encore faire en sorte que les moyens mis en œuvre à cet effet ne soient pas hors de proportion avec le but poursuivi. La disproportion de ces moyens et l’occultation des vrais problèmes constituent en effet la première et probablement la seule victoire que les terroristes peuvent ambitionner. Une bonne pratique serait de parler le moins possible du terrorisme, sauf pour inciter à la vigilance et à la prudence, car la publicité accordée à ce phénomène par les pouvoirs publics et par les différents moyens d’information ne peut qu’encourager les vocations existantes et en susciter de nouvelles chez ceux qui n’ont plus rien à perdre. Pourquoi le terrorisme a-t-il été ainsi monté en épingle aux Etats-Unis et, par contagion, dans le reste du monde ? La réponse est à peu près évidente : après le cataclysme qu’a représenté pour les lobbies politico-militaro-industriels, américains en particulier, la fin de la guerre froide, l’avènement du terrorisme a constitué pour eux une divine surprise en fournissant un prétexte à la poursuite et à l’amplification de l’effort militaire. 	       <br />
       		Car le surarmement offensif et défensif auquel se livre la puissance américaine a aussi de quoi inquiéter. Que ou qui redoute-t-elle ? Est-ce qu’on lutte contre le terrorisme en préparant la guerre des étoiles ? Qui ne se demande avec inquiétude si ce surarmement n’est pas destiné à lui assurer la possibilité d’imposer impunément sa volonté, présentée quasiment comme la volonté du Dieu de la Bible, à tous les peuples de la terre, amis comme ennemis ? Dans leurs déclarations publiques les représentants américains font profession de protéger leurs intérêts nationaux et restent muets sur ceux des autres nations.  Le décompte des victimes de leurs agissements n’a pas l’air de les préoccuper le moins du monde. Ils s’inquiètent des états d’âme de leurs soldats qui sont au départ des coups mais se désintéressent du massacre de ceux qui sont à l’arrivée. Trois mille soldats américains tués, c’est une tragédie épouvantable, mais six cents mille irakiens au tapis, chiffre annoncé par la seule étude un peu scientifique faite sur le sujet, c’est un détail de l’histoire ! Les irakiens ne sont pourtant pas des untermensch, pas plus que les palestiniens et tant d’autres ! Le “ God bless America ” sortant de la bouche de l’actuel président des Etats-Unis (on ne sait si c’est une supplique, un souhait ou une constatation, car la langue anglaise permet cette ambiguïté) et le “ Gott mit uns ” qui était gravé sur le ceinturon des soldats du troisième Reich sont des formules qui sortent du même tonneau. C’est, chez ceux qui ne se connaissent plus de rival, l’expression orgueilleuse de la force, et de la conviction que tout doit céder devant la force. Jean-Paul II avait bien compris le danger pour les chrétiens de cet abus de position dominante. Il s’est certainement dit in petto, en faisant ses remontrances : “ Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ! ». Que des personnalités officielles utilisent les religions comme références culturelles ou morales est une chose. Qu’elles les présentent comme des vérités historiques ou scientifiques opposables à tous en est une autre. Il existe une ligne jaune à ne pas franchir.       <br />
       	     « Qui n’est pas avec moi est contre moi &quot; et “ les Etats-Unis ne cherchent pas à être aimés mais à être craints ” sont deux échantillons de la pensée de l’administration américaine actuelle. Presque deux mille ans après, la “ pax americana ” semble vouloir prendre le relais de la “ pax romana ” dont on sait qu ‘elle a été chaque fois imposée sans douceur. Pour la première fois depuis la fondation de l’ONU des démocraties ont pris l’initiative de déclencher une guerre non indispensable, pour des raisons avouées qui se sont avérées fausses. Fausses parce que résultant d’une manipulation. Pour la première fois un éminent représentant du gouvernement des Etats-Unis est venu, parce que c’est un soldat discipliné, débiter sur ordre des calembredaines devant les nations assemblées. Américains aux cervelles lessivées par un demi-siècle de publicité télévisée et intoxiquées par la Bible, on vous bourre le mou ! De quels appuis a bénéficié l’occupant actuel de la Maison Blanche pour parvenir au pouvoir et pouvait-il se montrer ingrat à leur égard? Il est presque évident que la raison véritable de cette guerre d’agression doit être recherchée du côté de ce qui fait rouler les autos et voler les avions et dont certains entendent se réserver les dernières gouttes. Ce but de guerre est désormais atteint. Il ne faut donc pas parler à ce propos d’un échec. Les désordres persistants au Moyen-Orient, en fournissant un prétexte pour y maintenir des troupes, donnent tout le temps nécessaire à la puissance américaine pour consolider sa position et s’établir durablement au centre de gravité de la zone pétrolifère. Aurait-elle quitté le Vietnam si ce pays avait été aussi stratégique de ce point de vue ? La promotion de la démocratie dans les pays pauvres, prétexte aujourd’hui invoqué, est en tout cas une réelle nouveauté pour la politique américaine qui s’est toujours fort bien accommodée de régimes dictatoriaux amis ou clients, quand elle n’a pas favorisé leur installation. Son intervention n’a fait qu’empirer pour beaucoup de ces pays une situation déjà détestable. Avec sa bénédiction le Liban a été écrasé sous les bombes. Quelle tristesse pour tous ceux qui, ayant vécu l’occupation nazie, se rappellent la fascination qu’ils éprouvaient pour les avions alliés qui traversaient le ciel poursuivis par les flocons de fumée noire de la flak, ou la joie intense qu’ils ont ressentie quand les premiers véhicules blindés libérateurs ont parcouru sous les acclamations la grand-rue de leur village !       <br />
       	     L’objet du présent opuscule est de faire prendre conscience aux croyants de la fragilité de leurs convictions ou au moins de les aider à comprendre le doute qu’elles peuvent susciter chez d’autres, et de les inciter ainsi à mettre plus de retenue dans l’expression publique de ces convictions. Il est aussi d’inciter les incroyants à se manifester, non de façon agressive mais de façon que l’accord si nécessaire entre les hommes cesse d’être entravé par des croyances religieuses inconciliables, dont personne ne sait d’ailleurs si elles sont sincères ou si elles sont le fait de Tartuffes manipulateurs, ambitieux et cyniques, mais puisse s’établir sur des bases rationnelles, naturelles, durables et acceptées par tous.       <br />
            	Cette querelle qu’on dirait d’un autre age a des antécédents fameux. Les mêmes questions se sont posées de tout temps, et avec une particulière acuité à l’age classique. Elles ont été alors débattues dans les cercles les plus élégants et les plus savants. Elles ont agité les meilleurs esprits de l’époque. Parmi ceux-ci, celui dont l’œuvre a le mieux résisté au temps parce qu’il est  probablement l’un des esprits les plus profonds, les plus brillants et les plus honnêtes que la terre ait porté est Denis Diderot. Je dis honnête car il fit sien ce précepte de Montaigne qu’on doit rendre les armes à la vérité du plus loin qu’on l’aperçoit. Diderot est doté d’un esprit prolétaire, au sens que le philosophe Alain donnait à ce terme, c’est à dire d’un esprit propre à affronter des réalités têtues comme les propriétés de la matière ou les concepts mathématiques, car il est guidé avant tout par la logique. Il a le goût des sciences dures et des tâches manuelles comme en témoigne la part prépondérante qu’il a prise dans l’élaboration de la Grande Encyclopédie. Il n’est pas loin de trouver immoral l’esprit bourgeois qui sait manier la pâte humaine avec une habileté suspecte. Diderot a exprimé sa pensée sur la religion dans un court essai en forme de dialogue intitulé “  Entretien d’un philosophe avec la Maréchale de *** ”. Cet essai qui met à mal bien des dogmes est paru après sa mort, ce qui a probablement épargné à son auteur un sort atroce, car le fanatisme a toujours sévi sur ces questions. Il n’a jamais été réfuté, car lorsqu’un homme de religion rencontre sur son chemin un raisonneur de la trempe de Diderot, il ne s’arrête pas pour discuter, il change de trottoir ! Presque trois siècles après sa rédaction, cet essai n’a rien perdu de sa modernité ni de sa force explosive. Il présente de plus sur les écrits des autres penseurs agités des mêmes préoccupations, qu’ils soient ou non ses contemporains,  le très grand avantage de traiter avec clarté, esprit et légèreté d’un sujet grave et même tragique. Cette grâce a disparu corps et biens dans les tourmentes révolutionnaires et napoléoniennes. Je ne prétends pas la ressusciter.        <br />
       		L’entretien de Diderot avec cette aristocrate de la naissance et du cœur qu’est la Maréchale de ***  traite d’un sujet qui touche l’homme au plus profond de lui-même puisqu’il s’agît du sort de son « âme » après la mort. Le phénomène de la conscience, équivalent « laïque » de l’âme, et la physique qui le sous-tend, seront donc assez longuement évoqués par le présent essai à la lumière des nombreuses études et spéculations qui leur ont été récemment consacrées. Je propose ainsi à l’honorable lecteur de se régaler à nouveau à la lecture du texte de Diderot s’il l’a oublié et de l’utiliser comme base de sa réflexion. J’essaierai ensuite de l’enrichir des remarques que le progrès général des connaissances, l’élargissement des points de vue, l’expérience historique accumulée depuis sa parution et l’application des théories de Darwin pourraient suggérer. Pour goûter ce texte il faut  le lire d’une traite. Il figure donc in extenso ci-après, en conformité avec l’édition Assézat-Tourneux de 1877. Il sera ensuite découpé en quelques sections accompagnées des remarques que chacune de ces sections inspire à votre serviteur. Chaque lecteur est invité à critiquer ces remarques et à y ajouter les siennes. Peut-être retirera-t-il de cet exercice un bénéfice comparable à celui d’une analyse. C’est du moins la grâce que je lui souhaite. Voici donc d’abord ce texte dans son intégralité :       <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/1-Avant-propos_a4.html</link>
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   <title>2. Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de ***</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:44:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
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      2. ENTRETIEN D’UN PHILOSOPHE AVEC LA MARECHALE DE ***       <br />
              <br />
       J'avais je ne sais quelle affaire à traiter avec le maréchal de *** ; j'allais à son hôtel un matin ; il était absent ; je me fis annoncer à madame la maréchale. C'est une femme charmante ; elle est belle et dévote comme un ange ; elle a la douceur peinte sur son visage ; et puis un son de voix et une naïveté de discours tout à fait avenants à sa physionomie. Elle était à sa toilette. On m'approche un fauteuil ; je m'assieds, et nous causons. Sur quelques propos de ma part, qui l'édifièrent et qui la surprirent (car elle était dans l'opinion que celui qui nie la très sainte Trinité est un homme de sac et de corde, qui finira par être pendu), elle me dit :        <br />
       La Maréchale. - N'êtes-vous pas monsieur Crudeli ?        <br />
       Crudeli. - Oui, madame.        <br />
       La Maréchale. - C'est donc vous qui ne croyez à rien ?        <br />
       Crudeli. - Moi-même.        <br />
       La Maréchale. - Cependant votre morale est celle d'un croyant.        <br />
       Crudeli. - Pourquoi non, quand il est honnête homme.        <br />
       La Maréchale. - Et cette morale, vous la pratiquez ?        <br />
       Crudeli. - De mon mieux.        <br />
       La Maréchale. - Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?        <br />
       Crudeli. - Très rarement.        <br />
       La Maréchale. - Que gagnez-vous à ne pas croire ?        <br />
       Crudeli. - Rien du tout, madame la maréchale. Est-ce qu'on croit parce qu'il y a quelque chose à gagner ?        <br />
       La Maréchale. - Je ne sais ; mais la raison d'intérêt ne gâte rien aux affaires de ce monde ni de l'autre.        <br />
       Crudeli. - J'en suis un peu fâché pour notre pauvre espèce humaine. Nous n'en valons pas mieux.        <br />
       La Maréchale. - Quoi ! vous ne volez point ?        <br />
       Crudeli. - Non, d'honneur.        <br />
       La Maréchale. - Si vous n'êtes ni voleur ni assassin, convenez du moins que vous n'êtes pas conséquent.        <br />
       Crudeli. - Pourquoi donc ?        <br />
       La Maréchale. - C'est qu'il me semble que si je n'avais rien à espérer ni à craindre quand je n'y serais plus, il y a bien des petites douceurs dont je ne me sèvrerais pas, à présent que j'y suis. J'avoue que je prête à Dieu à la petite semaine.        <br />
       Crudeli. - Vous l'imaginez ?        <br />
       La Maréchale. - Ce n'est point une imagination, c'est un fait.        <br />
       Crudeli. - Et pourrait-on vous demander quelles sont ces choses que vous vous permettriez si vous étiez incrédule ?        <br />
       La Maréchale. - Non pas, s'il vous plaît ; c'est un article de ma confession.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, je mets à fonds perdu.        <br />
       La Maréchale. - C'est la ressource des gueux.        <br />
       Crudeli. - M'aimeriez-vous mieux usurier ?        <br />
       La Maréchale. - Mais oui : on peut faire de l'usure avec Dieu tant qu'on veut ; on ne le ruine pas. Je sais bien que cela n'est pas délicat, mais qu'importe ? Comme le point est d'attraper le ciel, ou d'adresse ou de force, il faut tout porter en ligne de compte, ne négliger aucun profit. Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons. Et vous n'attendez rien, vous ?        <br />
       Crudeli. - Rien.        <br />
       La Maréchale. - Cela est triste. Convenez donc que vous êtes méchant ou bien fou !        <br />
       Crudeli. - En vérité, je ne saurais, madame la maréchale.        <br />
       La Maréchale. - Quel motif peut avoir un incrédule d'être bon, s'il n'est pas fou ? Je voudrais bien le savoir.        <br />
       Crudeli. - Et je vais vous le dire.        <br />
       La Maréchale. - Vous m'obligerez.        <br />
       Crudeli. - Ne pensez-vous pas qu'on peut être si heureusement né qu'on trouve un grand plaisir à faire le bien ?        <br />
       La Maréchale. - Je le pense.        <br />
       Crudeli. - Qu'on peut avoir reçu une excellente éducation qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ?        <br />
       La Maréchale. - Assurément.        <br />
       Crudeli. - Et que, dans un âge plus avancé, l'expérience nous ait convaincu qu'à tout prendre il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu'un coquin ?        <br />
       La Maréchale. - Oui-da ; mais comment est-on un honnête homme, lorsque de mauvais principes se joignent aux passions pour entraîner au mal ?        <br />
       Crudeli. - On est inconséquent ; et y a-t-il rien de plus commun que d'être inconséquent ?        <br />
       La Maréchale. - Hélas ! malheureusement non ; on croit, et tous les jours, on se conduit comme si l'on ne croyait pas.        <br />
       Crudeli. - Et sans croire, on se conduit à peu près comme si l'on croyait.        <br />
       La Maréchale. - A la bonne heure ; mais quel inconvénient y aurait-il à avoir une raison de plus, la religion, pour faire le bien, et une raison de moins, l'incrédulité, pour mal faire.        <br />
       Crudeli. - Aucun, si la religion était un motif de faire le bien, et l'incrédulité un moyen de faire le mal.        <br />
       La Maréchale. - Est-ce qu'il y a quelque doute là-dessus ? Est-ce que l'esprit de religion n'est pas de contrarier cette vilaine nature corrompue, et celui de l'incrédulité, de l'abandonner à sa malice, en l'affranchissant de la crainte ?        <br />
       Crudeli. - Ceci, madame la maréchale, va nous jeter dans une longue discussion ;        <br />
       La Maréchale. - Qu'est-ce que cela fait ? Le maréchal ne rentrera pas sitôt ; et il vaut mieux que nous parlions raison, que de médire de notre prochain.        <br />
       Crudeli. - Il faudra que je reprenne les choses d'un peu plus haut.        <br />
       La Maréchale. - De si haut que vous voudrez, pourvu que je vous entende.        <br />
       Crudeli. - Si vous ne m'entendiez pas, ce serait bien ma faute.        <br />
       La Maréchale. - Cela est poli ; mais il faut que vous sachiez que je n'ai jamais lu que mes Heures, et que je ne suis guère occupée qu'à pratiquer l'Évangile et à faire des enfants.        <br />
       Crudeli. - Ce sont deux devoirs dont vous vous êtes bien acquittée.        <br />
       La Maréchale. - Oui, pour les enfants. J'en ai six tout venus et un septième qui frappe à la porte ; mais commencez.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, y a-t-il quelque bien, dans ce monde-ci, qui soit sans inconvénient ?        <br />
       La Maréchale. - Aucun.        <br />
       Crudeli. - Et quelque mal qui soit sans avantage ?        <br />
       La Maréchale. - Aucun.        <br />
       Crudeli. - Qu'appelez-vous donc mal ou bien ?        <br />
       La Maréchale. - Le mal, ce sera ce qui a le plus d'inconvénients que d'avantages ; et le bien, au contraire, ce qui a plus d'avantages que d'inconvénients.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale aura-t-elle la bonté de se souvenir de sa définition du bien et du mal ?        <br />
       La Maréchale. - Je m'en souviendrai. Appelez-vous cela une définition ?        <br />
       Crudeli. - Oui.        <br />
       La Maréchale. - C'est donc de la philosophie ?        <br />
       Crudeli. - Excellente.        <br />
       La Maréchale. - Et j'ai fait de la philosophie !        <br />
       Crudeli. - Ainsi, vous êtes persuadée que la religion a plus d'avantages que d'inconvénients ; et c'est pour cela que vous l'appelez un bien ?        <br />
       La Maréchale. - Oui.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, je ne doute point que votre intendant ne vous vole un peu moins la veille de Pâques que le lendemain des fêtes, et que de temps en temps la religion n'empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens.        <br />
       La Maréchale. - Petit à petit, cela fait somme.        <br />
       Crudeli. - Mais croyez-vous que les terribles ravages qu'elle a causés dans les temps passés, et qu'elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n'y a pas un musulman qui n'imaginât faire une action agréable à Dieu et au saint Prophète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et de trop funestes exemples. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la société entre les citoyens, et dans la famille entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu'il était venu pour séparer l'époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de la sœur, l'ami de l'ami ; et sa prédiction ne s'est que trop fidèlement accomplie.        <br />
       La Maréchale. - Voilà bien les abus ; mais ce n'est pas la chose.        <br />
       Crudeli. - C'est la chose, si les abus en sont inséparables.        <br />
       La Maréchale. - Et comment me montrerez-vous que les abus de la religion sont inséparables de la religion ?        <br />
       Crudeli. - Très aisément ; dites-moi, si un misanthrope s'était proposé de faire le malheur du genre humain, qu'aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible sur lequel les hommes n'auraient jamais pu s'entendre, et auquel ils auraient attaché plus d'importance qu'à leur vie ? Or, est-il possible de séparer de la notion d'une divinité l'incompréhensibilité la plus profonde et l'importance la plus grande ?        <br />
       La Maréchale. - Non.        <br />
       Crudeli. - Concluez donc.        <br />
       La Maréchale. - Je conclus que c'est une idée qui n'est pas sans conséquence dans la tête des fous.        <br />
       Crudeli. - Et ajoutez que les fous ont toujours été et seront toujours le plus grand nombre ; et que les plus dangereux sont ceux que la religion fait, et dont les perturbateurs de la société savent tirer bon parti dans l'occasion.        <br />
       La Maréchale. - Mais il faut quelque chose qui effraie les hommes sur les mauvaises actions qui échappent à la sévérité des lois ; et si vous détruisez la religion, que lui substituerez-vous ?        <br />
       Crudeli. - Quand je n'aurais rien à mettre à la place, ce serait toujours un terrible préjugé de moins ; sans compter que, dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n'ont servi de base aux mœurs nationales. Les dieux qu'adoraient ces vieux Grecs et ces vieux Romains, les plus honnêtes gens de la terre, étaient la canaille la plus dissolue : un Jupiter, à brûler tout vif ; une Vénus, à enfermer à l'Hôpital ; un Mercure, à mettre à Bicêtre.        <br />
       La Maréchale. - Et vous pensez qu'il est tout à fait indifférent que nous soyons chrétiens ou païens ; que païens nous n'en vaudrions pas moins ; et que chrétiens nous n'en valons pas mieux.        <br />
       Crudeli. - Ma foi, j'en suis convaincu, à cela près que nous serions un peu plus gais.        <br />
       La Maréchale. - Cela ne se peut.        <br />
       Crudeli. - Mais, madame la maréchale, est-ce qu'il y a des chrétiens ? Je n'en ai jamais vu.        <br />
       La Maréchale. - Et c'est à moi que vous dites cela, à moi ?        <br />
       Crudeli. - Non, madame, ce n'est pas à vous ; c'est à une de mes voisines qui est honnête et pieuse comme vous l'êtes, et qui se croyait chrétienne de la meilleure foi du monde, comme vous le croyez.        <br />
       La Maréchale. - Et vous lui fîtes voir qu'elle avait tort ?        <br />
       Crudeli. - En un instant.        <br />
       La Maréchale. - Comment vous y prîtes-vous ?        <br />
       Crudeli. - J'ouvris un Nouveau Testament, dont elle s'était beaucoup servie, car il était fort usé. Je lui lus le sermon sur la montagne, et à chaque article je lui demandai : “Faites-vous cela ? et cela donc ? et cela encore ?” J'allai plus loin. Elle est belle, et quoiqu'elle soit très sage et très dévote, elle ne l'ignore pas ; elle a la peau très blanche, et quoiqu'elle n'attache pas un grand prix à ce frêle avantage, elle n'est pas fâchée qu'on en fasse l'éloge ; elle a la gorge aussi bien qu'il est possible de l'avoir, et, quoiqu'elle soit très modeste, elle trouve bon qu'on s'en aperçoive.        <br />
       La Maréchale. - Pourvu qu'il n'y ait qu'elle et son mari qui le sachent.        <br />
       Crudeli. - Je crois que son mari le sait mieux qu'un autre ; mais pour une femme qui se pique de grand christianisme, cela ne suffit pas. Je lui dis : “N'est-il pas écrit dans l'Évangile que celui qui a convoité la femme de son prochain a commis l'adultère dans son cœur ?”        <br />
       La Maréchale. - Elle vous répondit qu'oui ?        <br />
       Crudeli. - Je lui dis : “Et l'adultère commis dans le cœur ne damne-t-il pas aussi sûrement que l'adultère le mieux conditionné ?”        <br />
       La Maréchale. - Elle vous répondit qu'oui ?        <br />
       Crudeli. - Je lui dis : “Et si l'homme est damné pour l'adultère qu'il a commis dans son cœur, quel sera le sort de la femme qui invite tous ceux qui l'approchent à commettre ce crime ?” Cette dernière question l'embarrassa.        <br />
       La Maréchale. - Je comprends ; c'est qu'elle ne voilait pas fort exactement cette gorge, qu'elle avait aussi bien qu'il est possible de l'avoir.        <br />
       Crudeli. - Il est vrai. Elle me répondit que c'était une chose d'usage ; comme si rien n'était plus d'usage que de s'appeler chrétien et de ne l'être pas ; qu'il ne fallait pas se vêtir ridiculement, comme s'il y avait quelque comparaison à faire entre un misérable petit ridicule, sa damnation éternelle et celle de son prochain ; qu'elle se laissait habiller par sa couturière, comme s'il ne valait pas mieux changer de couturière que renoncer à sa religion ; que c'était la fantaisie de son mari, comme si un époux était assez insensé pour exiger de sa femme l'oubli de la décence et de ses devoirs, et qu'une véritable chrétienne dût pousser l'obéissance pour un époux extravagant, jusqu'au sacrifice de la volonté de son Dieu et au mépris des menaces de son rédempteur.        <br />
       La Maréchale. - Je savais d'avance toutes ces puérilités-là ; je vous les aurais peut-être dites comme votre voisine ; mais elle et moi aurions été toutes deux de mauvaise foi. Mais quel parti prit-elle d'après votre remontrance ?        <br />
       Crudeli. - Le lendemain de cette conversation (c'était un jour de fête), je remontais chez moi, et ma dévote et belle voisine descendait de chez elle pour aller à la messe.        <br />
       La Maréchale. - Vêtue comme de coutume ?        <br />
       Crudeli. - Vêtue comme de coutume. Je souris, elle sourit ; et nous passâmes l'un à côté de l'autre sans nous parler. Madame la maréchale, une honnête femme ! une chrétienne ! une dévote ! Après cet exemple, et cent mille autres de la même espèce, quelle influence réelle puis-je accorder à la religion sur les mœurs ? Presque aucune, et tant mieux.        <br />
       La Maréchale. - Comment, tant mieux ?        <br />
       Crudeli. - Oui, madame : s'il prenait fantaisie à vingt mille habitants de Paris de conformer strictement leur conduite au sermon sur la montagne...        <br />
       La Maréchale. - Eh bien ! il y aurait quelques belles gorges plus couvertes.        <br />
       Crudeli. - Et tant de fous que le lieutenant de police ne saurait qu'en faire ; car nos petites-maisons n'y suffiraient pas. Il y a dans les livres inspirés deux morales : l'une générale et commune à toutes les nations, à tous les cultes, et qu'on suit à peu près ; une autre, propre à chaque nation et à chaque culte, à laquelle on croit, qu'on prêche dans les temples, qu'on préconise dans les maisons, et qu'on ne suit point du tout.        <br />
       La Maréchale. - Et d'où vient cette bizarrerie ?        <br />
       Crudeli. - De ce qu'il est impossible d'assujettir un peuple à une règle qui ne convient qu'à quelques hommes mélancoliques, qui l'ont calquée sur leur caractère. Il en est des religions comme des constitutions monastiques, qui toutes se relâchent avec le temps. Ce sont des folies qui ne peuvent tenir contre l'impulsion constante de la nature, qui nous ramène sous sa loi ; Et faites que le bien des particuliers soit si étroitement lié avec le bien général, qu'un citoyen ne puisse presque pas nuire à la société sans se nuire à lui-même ; assurez à la vertu sa récompense, comme vous avez assuré à la méchanceté son châtiment ; que sans aucune distinction de culte, dans quelque condition que le mérite se trouve, il conduise aux grandes places de l'État ; et ne comptez plus sur d'autres méchants que sur un petit nombre d'hommes, qu'une nature perverse que rien ne peut corriger entraîne au vice. Madame la maréchale, la tentation est trop proche ; et l'enfer est trop loin ; n'attendez rien qui vaille la peine qu'un sage législateur s'en occupe, d'un système d'opinions bizarres qui n'en impose qu'aux enfants ; qui encourage au crime par la commodité des expiations ; qui envoie le coupable demander pardon à Dieu de l'injure faite à l'homme, et qui avilit l'ordre des devoirs naturels et moraux, en le subordonnant à un ordre de devoirs chimériques.        <br />
       La Maréchale. - Je ne vous comprends pas.        <br />
       Crudeli. - Je m'explique ; mais il me semble que voilà le carrosse de M. le maréchal, qui rentre fort à propos pour m'empêcher de dire des sottises.        <br />
       La Maréchale. - Dites, dites votre sottise, je ne l'entendrai pas ; je suis accoutumée à n'entendre que ce qui me plaît.        <br />
       Je m'approchai de son oreille et je lui dis tout bas :        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes, pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d'une femme honnête, quel est le plus atroce ? Il frémira d'horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu'elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits.        <br />
       La Maréchale. - Je connais plus d'une femme qui se ferait un scrupule de manger gras le vendredi, et qui... j'allais dire aussi ma sottise. Continuez.        <br />
       Crudeli. - Mais, madame, il faut absolument que je parle à M. le maréchal.        <br />
       La Maréchale. - Encore un moment, et puis nous l'irons voir ensemble. Je ne sais trop que vous répondre, et cependant vous ne me persuadez pas.        <br />
       Crudeli. - Je ne me suis pas proposé de vous persuader. Il en est de la religion comme du mariage. Le mariage, qui fait le malheur de tant d'autres, a fait votre bonheur et celui de M. le maréchal ; vous avez bien fait de vous marier tous les deux. La religion, qui a fait, qui fait et qui fera tant de méchants, vous a rendue meilleure encore ; vous faites bien de la garder. Il vous est doux d'imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas. Continuez, madame, à jouir de ce garant auguste de vos pensées, de ce spectateur, de ce modèle sublime de vos actions.        <br />
       La Maréchale. - Vous n'avez pas, à ce que je vois, la manie du prosélytisme.        <br />
       Crudeli. - Aucunement.        <br />
       La Maréchale. - Je vous en estime davantage.        <br />
       Crudeli. - Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne ; et puis, ceux qui sont faits pour se délivrer de ces préjugés n'ont guère besoin qu'on les catéchise.        <br />
       La Maréchale. - Croyez-vous que l'homme puisse se passer de superstition ?        <br />
       Crudeli. - Non, tant qu'il restera ignorant et peureux.        <br />
       La Maréchale. - Eh bien ! superstition pour superstition, autant la nôtre qu'une autre.        <br />
       Crudeli. - Je ne le pense pas.        <br />
       La Maréchale. - Parlez-moi vrai, ne vous répugne-t-il point de n'être plus rien après votre mort ?        <br />
       Crudeli. - J'aimerais mieux exister, bien que je ne sache pas pourquoi un être, qui a pu me rendre malheureux sans raison, ne s'en amuserait pas deux fois.        <br />
       La Maréchale. - Si, malgré cet inconvénient, l'espoir d'une vie à venir vous paraît consolant et doux, pourquoi vous l'arracher ?        <br />
       Crudeli. - Je n'ai pas cet espoir, parce que le désir ne m'en a point dérobé la vanité ; mais je ne l'ôte à personne. Si l'on peut croire qu'on verra, quand on n'aura plus d'yeux ; qu'on entendra, quand on n'aura plus d'oreilles ; qu'on pensera, quand on n'aura plus de tête ; qu'on sentira, quand on n'aura plus de sens ; qu'on aimera, quand on n'aura plus de cœur ; qu'on existera, quand on sera nulle part ; qu'on sera quelque chose, sans étendue et sans lieu, j'y consens.        <br />
       La Maréchale. - Mais ce monde-ci, qui l'a fait ?        <br />
       Crudeli. - Je vous le demande.        <br />
       La Maréchale. - C'est Dieu.        <br />
       Crudeli. - Et qu'est-ce que Dieu ?        <br />
       La Maréchale. - Un esprit.        <br />
       Crudeli. - Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas un esprit ?        <br />
       La Maréchale. - Et pourquoi le ferait-elle ?        <br />
       Crudeli. - C'est que je lui en vois faire tous les jours. Croyez-vous que les bêtes aient des âmes ?        <br />
       La Maréchale. - Certainement, je le crois.        <br />
       Crudeli. - Et pourriez-vous me dire ce que devient, par exemple, l'âme du serpent du Pérou, pendant qu'il se dessèche, suspendu à une cheminée, et exposé à la fumée un ou deux ans de suite ?        <br />
       La Maréchale. - Qu'elle devienne ce qu'elle voudra, qu'est-ce que cela me fait ?        <br />
       Crudeli. - C'est que madame la maréchale ne sait pas que ce serpent enfumé, desséché, ressuscite et renaît.        <br />
       La Maréchale. - Je n'en crois rien.        <br />
       Crudeli. - C'est pourtant un habile homme, c'est Bouguer qui l'assure.        <br />
       La Maréchale. - Votre habile homme en a menti.        <br />
       Crudeli. - S'il avait dit vrai ?        <br />
       La Maréchale. - J'en serais quitte pour croire que les animaux sont des machines.        <br />
       Crudeli. - Et l'homme qui n'est qu'un animal un peu plus parfait qu'un autre... Mais, M. le maréchal...        <br />
       La Maréchale. - Encore une question, et c'est la dernière. Etes-vous bien tranquille dans votre incrédulité ?        <br />
       Crudeli. - On ne saurait davantage.        <br />
       La Maréchale. - Pourtant, si vous vous trompiez ?        <br />
       Crudeli. - Quand je me tromperais ?        <br />
       La Maréchale. - Tout ce que vous croyez faux serait vrai, et vous seriez damné. Monsieur Crudeli, c'est une terrible chose que d'être damné ; brûler toute une éternité, c'est bien long.        <br />
       Crudeli. - La Fontaine croyait que nous y serions comme le poisson dans l'eau.        <br />
       La Maréchale. - Oui, oui ; mais votre La Fontaine devint bien sérieux au dernier moment ; et c'est là que je vous attends.        <br />
       Crudeli. - Je ne réponds de rien, quand ma tête n'y sera plus ; mais si je finis par une de ces maladies qui laissent à l'homme agonisant toute sa raison, je ne serai pas plus troublé au moment où vous m'attendez qu'au moment où vous me voyez.        <br />
       La Maréchale. - Cette intrépidité me confond.        <br />
       Crudeli. - J'en trouve bien davantage au moribond qui croit en un juge sévère qui pèse jusqu'à nos plus secrètes pensées, et dans la balance duquel l'homme le plus juste se perdrait par sa vanité, s'il ne tremblait de se trouver trop léger ; si ce moribond avait alors à son choix, ou d'être anéanti, ou de se présenter à ce tribunal, son intrépidité me confondrait bien autrement, s'il balançait à prendre le premier parti, à moins qu'il ne fût plus insensé que le compagnon de saint Bruno ou plus ivre de son mérite que Bohola.        <br />
       La Maréchale. - J'ai lu l'histoire de l'associé de saint Bruno ; mais je n'ai jamais entendu parler de votre Bohola.        <br />
       Crudeli. - C'est un jésuite du collège de Pinsk, en Lithuanie, qui laissa en mourant une cassette pleine d'argent, avec un billet écrit et signé de sa main.        <br />
       La Maréchale. - Et ce billet ?        <br />
       Crudeli. - Était conçu en ces termes : “ Je prie mon cher confrère, dépositaire de cette cassette, de l'ouvrir quand j'aurai fait des miracles. L'argent qu'elle contient servira aux frais du procès de ma béatification. J'y ai ajouté quelques mémoires authentiques pour la confirmation de mes vertus, et qui pourront servir utilement à ceux qui entreprendront d'écrire ma vie.”        <br />
       La Maréchale. - Cela est à mourir de rire.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, madame la maréchale ; mais pour vous, votre Dieu n'entend pas raillerie.        <br />
       La Maréchale. - Vous avez raison.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, il est bien facile de pécher grièvement contre votre loi.        <br />
       La Maréchale. - J'en conviens.        <br />
       Crudeli. - La justice qui décidera de votre sort est bien rigoureuse.        <br />
       La Maréchale. - Il est vrai.        <br />
       Crudeli. - Et si vous en croyez les oracles de votre religion sur le nombre des élus, il est bien petit.        <br />
       La Maréchale. - Oh ! c'est que je ne suis pas janséniste ; je ne vois la médaille que par son revers consolant ; le sang de Jésus-Christ couvre un grand espace à mes yeux ; et il me semblerait très singulier que le diable, qui n'a pas livré son fils à la mort, eût pourtant la meilleure part.        <br />
       Crudeli. - Damnez-vous Socrate, Phocion, Aristide, Caton, Trajan, Marc-Aurèle ?        <br />
       La Maréchale. - Fi donc ! Il n'y a que les bêtes féroces qui puissent le penser. Saint Paul a dit que chacun sera jugé par la loi qu'il a connue ; et saint Paul a raison.        <br />
       Crudeli. - Et par quelle loi l'incrédule sera-t-il jugé ?        <br />
       La Maréchale. - Votre cas est un peu différent. Vous êtes un de ces habitants maudits de Corozaïn et de Betzaïda, qui fermèrent leurs yeux à la lumière qui les éclairait, et qui étoupèrent leurs oreilles pour ne pas entendre la voix de la vérité qui leur parlait.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale,, ces Corozaïnois et ces Betzaïdains furent des hommes comme il n'y en eut jamais que là, s'ils furent maîtres de croire ou de ne pas croire.        <br />
       La Maréchale. - Ils virent des prodiges qui auraient mis l'enchère aux sacs et à la cendre, s'ils avaient été faits à Tyr et à Sidon.        <br />
       Crudeli. - C'est que les habitants de Tyr et de Sidon étaient des gens d'esprit, et que ceux de Corozaïn et de Betzaïda n'étaient que des sots. Mais, est-ce que celui qui fit les sots les punira pour avoir été sots ? Je vous ai fait tout à l'heure une histoire, et il me prend envie de vous faire un conte. Un jeune Mexicain... Mais, M. le maréchal ?        <br />
       La Maréchale. - Je vais envoyer savoir s'il est visible. Eh bien ! votre jeune Mexicain ?        <br />
       Crudeli. - Las de son travail, se promenait un jour au bord de la mer. Il voit une planche qui trempait d'un bout dans les eaux, et qui de l'autre posait sur le rivage. Il s'assied sur cette planche, et là, prolongeant ses regards sur la vaste étendue qui se déployait devant lui, il se disait : rien n'est plus vrai que ma grand'mère radote avec son histoire de je ne sais quels habitants qui, dans je ne sais quel temps, abordèrent ici de je ne sais où, d'une contrée au-delà de nos mers. Il n'y a pas le sens commun : ne vois-je pas la mer confiner avec le ciel ? Et puis-je croire, contre le témoignage de mes sens, une vieille fable dont on ignore la date, que chacun arrange à sa manière, et qui n'est qu'un tissu de circonstances absurdes, sur lesquelles ils se mangent le cœur et s'arrachent le blanc des yeux ? Tandis qu'il raisonnait ainsi, les eaux agitées le berçaient sur sa planche, et il s'endormit. Pendant qu'il dort, le vent s'accroît, le flot soulève la planche sur laquelle il est étendu, et voilà notre jeune raisonneur embarqué.        <br />
       La Maréchale. - Hélas ! c'est bien là notre image : nous sommes chacun sur notre planche ; le vent souffle, et le flot nous emporte.        <br />
       Crudeli. - Il était déjà loin du continent lorsqu'il s'éveilla. Qui fut bien surpris de se trouver en pleine mer ? ce fut notre Mexicain. Qui le fut encore bien davantage ? ce fut encore lui, lorsqu'ayant perdu de vue le rivage sur lequel il se promenait il n'y a pas un instant, la mer lui parut confiner avec le ciel de tous côtés. Alors il soupçonna qu'il pouvait bien s'être trompé ; et que, si le vent restait au même point, peut-être serait-il porté sur la rive, et parmi ces habitants dont sa grand'mère l'avait si souvent entretenu.        <br />
       La Maréchale. - Et de son souci, vous ne m'en dites mot.        <br />
       Crudeli. - Il n'en eut point. Il se dit : Qu'est-ce que cela me fait, pourvu que j'aborde ? J'ai raisonné comme un étourdi, soit ; mais j'ai été sincère avec moi-même ; et c'est tout ce qu'on peut exiger de moi. Si ce n'est pas une vertu que d'avoir de l'esprit, ce n'est pas un crime que d'en manquer. Cependant le vent continuait, l'homme et la planche voguaient, et la rive inconnue commençait à paraître : il y touche, et l'y voilà.        <br />
       La Maréchale. - Nous nous y reverrons un jour, monsieur Crudeli.        <br />
       Crudeli. - Je le souhaite, madame la maréchale ; en quelque endroit que ce soit, je serai toujours très flatté de vous faire ma cour. A peine eut-il quitté sa planche, et mis le pied sur le sable, qu'il aperçut un vieillard vénérable, debout à ses côtés. Il lui demanda où il était, et à qui il avait l'honneur de parler. “Je suis le souverain de la contrée,” lui répondit le vieillard. A l'instant le jeune homme se prosterne. “Relevez-vous, lui dit le vieillard. Vous avez nié mon existence ? Il est vrai. Et celle de mon empire ? Il est vrai. Je vous pardonne, parce que je suis celui qui voit au fond des cœurs, et que j'ai lu au fond du vôtre que vous étiez de bonne foi ; mais le reste de vos pensées et de vos actions n'est pas également innocent.” Alors le vieillard, qui le tenait par l'oreille, lui rappelait toutes les erreurs de sa vie ; et, à chaque article, le jeune Mexicain s'inclinait, se frappait la poitrine, et demandait pardon... Là, madame la maréchale, mettez-vous pour un moment à la place du vieillard, et dites-moi ce que vous auriez fait ? Auriez-vous pris ce jeune insensé par les cheveux ; et vous seriez-vous complu à le traîner à toute éternité sur le rivage ?        <br />
       La Maréchale. - En vérité, non.        <br />
       Crudeli. - Si un de ces six jolis enfants que vous avez, après s'être échappé de la maison paternelle et avoir fait force sottises, y revenait bien repentant ?        <br />
       La Maréchale. - Moi, je courrais à sa rencontre ; je le serrerais entre mes bras, et je l'arroserais de mes larmes ; mais M. le maréchal son père ne prendrait pas la chose si doucement.        <br />
       Crudeli. - M. le maréchal n'est pas un tigre.        <br />
       La Maréchale. - Il s'en faut bien.        <br />
       Crudeli. - Il se ferait peut-être un peu tirailler, mais il pardonnerait.        <br />
       La Maréchale. - Certainement.        <br />
       Crudeli. - Surtout s'il venait à considérer qu'avant de donner la naissance à cet enfant, il en savait toute la vie, et que le châtiment de ses fautes serait sans aucune utilité ni pour lui-même, ni pour le coupable, ni pour ses frères.        <br />
       La Maréchale. - Le vieillard et M. le maréchal sont deux.        <br />
       Crudeli. - Voulez-vous dire que M. le maréchal est meilleur que le vieillard ?        <br />
       La Maréchale. - Dieu m'en garde ! Je veux dire que, si ma justice n'est pas celle de M. le maréchal, la justice de M. le maréchal pourrait bien n'être pas celle du vieillard.        <br />
       Crudeli. - Ah ! madame ! vous ne sentez pas les suites de cette réponse. Ou la définition générale convient également à vous, à M. le maréchal, à moi, au jeune Mexicain et au vieillard ; ou je ne sais plus ce que c'est, et j'ignore comment on plaît ou l'on déplaît à ce dernier.        <br />
       Nous en étions là lorsqu'on nous avertit que M. le maréchal nous attendait. Je donnai la main à Mme la maréchale, qui me disait : “ C'est à faire tourner la tête, n'est-ce pas ?”        <br />
       Crudeli. –Pourquoi donc quand on l’a bonne ?       <br />
       La Maréchale. - Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait...        <br />
       Crudeli. - Même quand on n'y croit pas.        <br />
       La Maréchale. - Et quand on y croit, de ne pas compter sur sa bonté.       <br />
       Crudeli. – Si ce n’est pas le plus poli, c'est du moins le plus sûr...        <br />
       La Maréchale. - A propos, si vous aviez à rendre compte de vos principes à nos magistrats, les avoueriez-vous ?        <br />
       Crudeli. - Je ferais de mon mieux pour leur épargner une action atroce.        <br />
       La Maréchale. - Ah ! le lâche ! Et si vous touchiez à votre dernière heure, vous soumettriez-vous aux cérémonies de l'Église ?        <br />
       Crudeli. - Je n'y manquerais pas.        <br />
       La Maréchale. - Fi ! le vilain hypocrite.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/2-Entretien-d-un-philosophe-avec-la-Marechale-de-_a5.html</link>
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   <title>3. La conscience</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:42:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      3. LA CONSCIENCE       <br />
              <br />
              <br />
       Juger, décider, agir, voilà la fonction de l’âme ». Alain, Propos       <br />
              <br />
       « Un point vivant… Non, je me trompe. Rien d’abord, puis un point vivant… A ce point vivant, il s’en applique un autre, encore un autre ; et par ces applications successives il résulte un être un, car je suis bien un, je n’en saurais douter… Mais comment cette unité s’est-elle faite ? Tenez, philosophe, je vois bien un agrégat, un tissu de petits êtres sensibles, mais un animal !... un tout ! Un système un, lui, ayant la conscience de son unité ! Je ne le vois pas, non, je ne le vois pas… » Diderot, Rêve de d’Alembert.			       <br />
       	       <br />
       		   Même s’il adopte le ton de la comédie - Molière et Marivaux ne sont pas loin – le dialogue que vous venez de lire traite du sujet réputé le plus grave et le plus tragique qui soit puisqu’il s’agit du sort de l’âme après la mort. Qu’est-il possible de dire de plus au sujet de l’âme que ce que les auteurs classiques nous en ont dit, à la lumière des progrès scientifiques récents ?        <br />
       		Revenant à l’origine du concept d’âme il faut remarquer qu’en français et dans d’autres langues latines le mot animal et le mot animé, c’est à dire doué de mouvement, sont issus de la même racine : anima : l’âme. Dans la conception populaire, l’animal est donc doué d’une âme, ce qui lui permet d’avoir un comportement autonome se traduisant en particulier par le fait qu’il est capable de se mouvoir, qu’il est animé. La loi reconnaît une âme aux animaux, au moins à certains d’entre eux, puisqu’il est fort heureusement interdit de les maltraiter. Dans la conception traditionnelle qui est celle de la plupart des philosophies classiques et celle de presque toutes les religions l’âme, en particulier l’âme humaine, et le corps sont de natures différentes. L’âme appartient à un monde spirituel, éternel et immuable, situé en dehors de l’espace matériel dans lequel les corps évoluent. Les corps appartiennent eux, sans ambiguïté à l’espace matériel, périssable et changeant. D’une manière générale les hommes de science rejettent cette conception “ dualiste ” qui impose une barrière infranchissable à leurs investigations. Ils ne comprennent pas comment deux domaines étrangers l’un à l’autre peuvent mutuellement s’influencer. Malgré tous les moyens techniques dont ils disposent, ils ne trouvent pas trace de manière évidente, dans le cerveau ou ailleurs, d’une antenne émettrice et réceptrice qui permettrait de faire communiquer ces deux espaces qui ne s’intersectent pas et qui, pourtant, si l’on inclut le contenu changeant de l’âme, partagent le temps comme dimension commune. Consciente de cette difficulté, la doctrine chrétienne, pour rendre plausible la survie éternelle de l’âme, parle d’une “ résurrection de la chair ”. Le bouddhisme qui, selon de bons esprits, est une philosophie proche de la sagesse antique associée à des rites et à une pratique spirituelle plutôt qu’une religion, parle de réincarnations successives de la même âme. Aucune de ces traditions ne s’aventure d’ailleurs à décrire le détail des  processus correspondants    																																					PlutôtleshommesàchacunverslequelconvergentlesPlutôtquePlutôtquePlutôtqued’âme,leshommesdesciencede Plutôt 	Plutôt que d’âme, les hommes de science préfèrent parler de conscience, monde intérieur propre à chacun vers lequel convergent les informations principales fournies par les sens et où paraissent s’effectuer les choix stratégiques entre les diverses actions physiquement possibles Ils peinent cependant à expliquer le rapport qui existe entre le monde extérieur sur lequel leurs différents sens leur transmettent des informations, sur lequel il leur est possible d’agir par l’intermédiaire de leur corps, et leur propre monde intérieur dont ils supposent assez raisonnablement qu’il est plus ou moins identique à celui des autres représentants de leur espèce. Sur la question du rapport entre le corps et l’âme, les hommes de religion ne s’aventurent guère, mais font comme s’ils savaient. Les hommes de science confessent pour la plupart leurs incertitudes ou leur ignorance, dans l’incapacité où ils se trouvent de transformer ce problème de métaphysique en problème de physique. Comprendre le fonctionnement du cerveau, automate de chair auto-programmable, est concevable en dépit de sa folle complexité. Mais qui va attribuer spontanément une conscience à un automate ? Comprendre le phénomène de la conscience comporte une difficulté conceptuelle que la science n’a pas encore surmontée. La tentation est alors grande de renvoyer dos à dos religieux et savants sur cette question fondamentale. Chacun serait libre dés lors de choisir à sa guise l’explication qui lui paraît la plus plausible, la plus confortable, la plus rassurante ou bien encore de se reposer sur le mol oreiller du doute. Pour aller dans le sens de mon propos je vais, après avoir résumé l’état actuel de la réflexion scientifique,  proposer avec d’autres une solution à cette difficulté réputée insoluble, solution dont il me semble qu’elle est logique et cohérente, même si elle n’est pas exempte d’hypothèses et d’extrapolations que certains trouveront certainement discutables.								       <br />
       	 	La conscience a un aspect objectif, observable par tous avec les moyens usuels de la science et de la technologie, et un aspect subjectif et personnel auquel seule l’introspection donne accès. Les techniques modernes d’imagerie médicale appliquées à l’encéphale permettent d’établir une corrélation entre l’aspect objectif (les circuits neuronaux dont l’excitation est révélée par les images) et l’aspect subjectif qui est rapporté verbalement par les sujets soumis à l’expérimentation. Des hommes de science comme Jean-Pierre Changeux en France, Francis Crick ou Christoff Koch aux Etats-Unis, donnent du phénomène objectif une description que je m’autorise à résumer ainsi :       <br />
       		La fonction de la conscience est d’assurer la survie de l’individu et de l’espèce à laquelle il appartient en exerçant les meilleurs choix possibles, et en déclenchant leur mise en œuvre. La sélection naturelle éliminerait en effet l’individu dépourvu de conscience, garante de l’unité d’action de l’individu, pour les mêmes raisons qu’une armée sans commandant en chef ne saurait remporter durablement de victoires. Cette image guerrière traduit la situation de l’homme ou de l’animal dans la nature, placés constamment en situation d’agresseur ou d’agressé. La sélection naturelle éliminerait également les espèces où les individus qui la composent seraient incapables de faire au profit de leur propre espèce les sacrifices nécessaires. Pourquoi avons-nous subjectivement conscience des états successifs de notre conscience objective ? L’origine de cette particularité est mystérieuse au point qu’on  a pu l’attribuer à une péripétie non nécessaire de l’évolution, à une facétie du Créateur ou à son désir de compagnie. Il est plausible que le comportement d’un automate inconscient suffisamment perfectionné ne puisse être distingué de celui d’un être conscient. Pour jouer aux échecs, pour calculer, pour effectuer des opérations logiques ou pour réaliser certaines tâches matérielles très précises et très rapides, c’est déjà le cas. D’où le terme d’épiphénomène, phénomène surajouté, presque superfétatoire, souvent associé à celui de conscience.        <br />
       	Un autre mystère de choix est l’incroyable complexité et perfection des êtres vivants. Celui qui a essayé de construire un dispositif destiné à assurer un service ou une fonction quelconque, aussi simples soient-ils, sait bien que rien ne peut être laissé au hasard. Le darwinisme explique cette complexité et cette perfection par des variations génétiques spontanées et aléatoires et la survie et la reproduction préférentielle des individus possédant les gênes les plus performants. Faut-il croire que la fonction copier utilisée dans le volume de tous les océans et sur toute la surface de la terre pendant quelques milliards d’années est assez puissante à elle seule, et à cause de ses erreurs, pour expliquer cette réussite ? Les êtres vivants ne sont-ils que des cristaux d’un genre particulier, apparus et se perpétuant là où les conditions nécessaires sont réunies pendant un temps suffisant ? Comme la chimie organique est beaucoup plus complexe que la chimie minérale, on conçoit que ces cristaux organiques soient beaucoup plus nombreux et diversifiés que les cristaux minéraux et qu’ils possèdent quelques propriétés nouvelles, comme celle de se reproduire. Comment des systèmes aussi fantastiquement improbables que des êtres vivants peuvent-ils n’être que les fruits du hasard passés au crible de la nécessité ? La nécessité inclut du reste non seulement la capacité à survivre dans un monde hostile, mais également la capacité à séduire ou à forcer les partenaires du sexe opposé. Peut-on dire sérieusement que si les femmes courent en général moins vite que ceux qui les poursuivent, c’est parce que celles qui courraient aussi vite n’ont pas eu de descendance !? Qui peut croire qu’une jeune beauté suédoise soit une lointaine cousine d’une femelle Bonobo sans qu’il y’ait eu application obstinée de critères esthétiques dans la lignée qui nous en a fait cadeau ? Mais est-ce toute l’explication, et Mr. Bonobo est-il du même avis ? Prenez une statue médiocre et copiez la en autant d’exemplaires que nécessaire. Donnez à chacune de ces copies un coup de ciseau au hasard. Retenez celle qui paraît la plus réussie après cette opération et répétez sur elle copies et coups de ciseaux. Combien faudra-t-il de coups de ciseaux et de statues cassées avant de produire un chef d’œuvre de la sculpture ? Or, la complexité d’une statue est inférieure par plusieurs ordres de grandeur à celle d’un organisme vivant. L’observateur non prévenu ne peut se défendre d’une certaine perplexité. Même en « aidant » le hasard, nul n’a été, pour le moment, capable de synthétiser un organisme vivant à partir de ses composants atomiques élémentaires, encore moins un organisme pensant et conscient. Hasard et nécessité jouent un rôle à n’en pas douter. Faut-il en plus, comme le pensent les neocréationnistes, invoquer l’intervention d’une main divine donnant les coups de pouce nécessaires ou, comme le pensent certains scientifiques, celle d’une loi naturelle, source d’entropie négative génératrice d’ordre, ayant échappé jusqu’ici à leur sagacité? Aucun calcul ni aucune expérience ne semble pouvoir apporter la réponse dans un avenir prévisible. Seule l’exploration spatiale détaillée de notre galaxie peut nous mettre sur la voie en nous permettant, du moins pouvons-nous l’espérer, d’examiner de près différents stades de l’évolution. Autant dire que la réponse n’est pas pour demain, à moins que quelque savant inspiré ne fasse surgir un jour la vie de ses cornues en répétant un processus qui a pu se dérouler jadis dans la nature ! Sur cette planète, un poisson sort de l’élément liquide et commence à ramper sur la terre. Nous voyons ses nageoires devenir pattes et ses branchies devenir poumons. Devenu fringant quadrupède il se laisse glisser dans l’eau qui a du lui sembler bonne. Ses pattes redeviennent nageoires et son corps redevient poisson. Peut-être découvrirons nous à la fin que notre perplexité n’était due qu’à une illusion d’optique et que Darwin n’avait pas besoin d’auxiliaire. Il est difficile d’assurer que le développement du monde vivant est dorénavant expliqué de façon totalement complète et satisfaisante. Cependant l’explication fournie par les néocréationnistes n’en est pas une. C’est encore expliquer le mouvement et la chaleur du soleil par l’activité du Dieu Phébus. Dans l’histoire du genre humain, beaucoup d’inventions importantes ont été le fait du hasard. La recherche scientifique n’a fait que multiplier les occasions de mettre au jour quelque chose d’intéressant. Il s’agit d’identifier les différentes étapes conduisant à l’apparition de la vie et de montrer que le passage d’une étape à la suivante selon le processus imaginé dispose d’une probabilité non nulle.  L’étude reste à faire des propriétés d’auto organisation spontanée des systèmes complexes, qu’ils soient minéraux ou organiques. La surface lisse d’un étang se couvre d’un ensemble organisé de vaguelettes lorsqu’elle est parcourue par la brise. Du magma, substance homogène, lorsqu’il est lentement refroidi, donne naissance au granit, ensemble de cristaux juxtaposés de compositions différentes. Une société livrée à l’anarchie finit toujours par se réorganiser.           <br />
       		Comme chacun peut l’observer pour son propre compte, les représentations mentales qui se succèdent dans la conscience peuvent correspondre aux données fournies par les différents sens, vue, ouie, odorat, goût, toucher, sensibilité interne, après un traitement de ces données qui en précise la signification. Lorsqu’une table est visuellement perçue par l’esprit conscient, sa forme et sa couleur sont en effet interprétées et associées au concept de table avant que l’ensemble de ces éléments n’accède à la conscience. Le lien existant entre ces éléments hétérogènes est matérialisé par la synchronisation et le renforcement des oscillations électriques des différents groupements neuronaux qui représentent dans le cerveau chacun de ces éléments de façon explicite. Ce renforcement, obtenu par effet feed-back entre neurones (l’augmentation progressive du niveau sonore d’une discussion entre deux personnes de caractère difficile donne une image de l’effet feed-back), et cette synchronisation prennent un certain temps pour s’établir, de l’ordre de la demi-seconde. Pour cette raison, toute action nécessitant que la conscience joue un rôle actif est nécessairement ralentie. Le cerveau réalise ainsi à chaque instant une véritable modélisation d’une fraction du monde extérieur, ce monde extérieur incluant du reste le corps de l’individu dont ce cerveau fait partie. C’est de la même façon qu’un ordinateur programmé à cet effet modélise un processus physique quelconque. Le langage associe des phonèmes à ces groupements neuronaux et permet les échanges verbaux d’informations entre individus. Utilisé dans le monologue intérieur, il permet de suivre à la trace sa propre pensée. Tous les habitants de la planète ont un neurone dédié à Georges Bush, qui s’illumine chaque fois qu’il est question de ce président. Le renforcement et la synchronisation des oscillations (d’une fréquence de l’ordre de 40 cycles par seconde) sont provoqués, selon des mécanismes à élucider, par l’attention que l’esprit porte à cet instant à cette fraction du monde extérieur que constitue la table. Des substances chimiques produites par l’organisme, ou introduites par diverses voies influencent tous ces processus, pour les exciter ou les modérer. Admirons au passage la prescience du langage populaire qui parle depuis toujours de bonne ou de mauvaise humeur. Conviendrait-il mieux de dire de bonne ou de mauvaise hormone ? D’autres circuits nerveux situés dans l’inconscient, ceux de la mémoire en particulier, bénéficient de l’information prioritaire que contient la modélisation. Rien ne serait dans la mémoire qui n’ait été auparavant dans la conscience. A l’arrière plan, toutes les idées, souvenirs et sensations qui peuvent être associés à la table modélisée sont pour ainsi dire présélectionnés de façon à pouvoir être utilisés rapidement si nécessaire. Les performances intellectuelles d’un individu sont certainement grandement liées à ces associations permanentes en même temps qu’à l’ampleur et la fidélité de la mémoire et à la vitesse de traitement des informations. Diderot, faisant preuve d’une remarquable capacité d’introspection  et d’une admirable intuition, écrit ainsi :       <br />
       	 	« Je le pense; ce qui m´a fait quelquefois comparer les fibres de nos organes à des cordes vibrantes sensibles. La corde vibrante sensible oscille, résonne longtemps encore après qu´on l´a pincée. C´est cette oscillation, cette espèce de résonance nécessaire qui tient l´objet présent, tandis que l´entendement s´occupe de la qualité qui lui convient. Mais les cordes vibrantes ont encore une autre propriété, c´est d´en faire frémir d´autres; et c´est ainsi qu´une première idée en rappelle une seconde, ces deux-là une troisième, toutes les trois une quatrième, et ainsi de suite, sans qu´on puisse fixer la limite des idées réveillées, enchaînées, du philosophe qui médite ou qui s´écoute dans le silence et l´obscurité. Cet instrument a des sauts étonnants, et une idée réveillée va faire quelquefois frémir une harmonique qui en est à un intervalle incompréhensible. Si le phénomène s´observe entre des cordes sonores, inertes et séparées, comment n´aurait-il pas lieu entre des points vivants et liés, entre des fibres continues et sensibles ? » (Entretien entre d’Alembert et Diderot).       <br />
       		Ces associations peuvent demeurer longtemps ignorées et se manifester de manière soudaine et inattendue comme l’atteste l’exemple célèbre de la madeleine de Proust. Croquez une châtaigne et vous convoquez du même coup la forêt, l’automne, la rentrée des classes, l’odeur d’un cartable neuf, et toute votre enfance. Une bonne poésie enfile adroitement des mots simples et des locutions usuelles, car, représentés par des groupements neuronaux richement connectés, ceux-ci vont pouvoir activer une grande partie du cerveau. Des mots plus recherchés et des locutions rares peuvent être utilisés pour obtenir un effet de contraste, de la même manière que, dans les comtes et les histoires saintes, des évènements prodigieux peuvent alterner avec les faits les plus prosaïques. Si les circuits neuronaux d’un individu se mettent à osciller de manière incontrôlée, c’est que ce malheureux est en proie à une crise d’épilepsie. Quand des chirurgiens, pour des raisons thérapeutiques, ont sectionné par le milieu le cerveau de patients épileptiques, ils ont constaté un dédoublement de la conscience des patients, seule celle correspondant au demi-cerveau gauche ayant droit à la parole, car c’est dans cet hémisphère que se situe le centre du langage. Descartes situait l’âme dans la « glande pinéale », car il n’y en a qu’une seule située à la base du cerveau, comme il n’y a généralement qu’une seule conscience, et non pas une dans la moitié gauche et une autre dans la moitié droite. Son intuition n’était apparemment pas la bonne ; ou du moins n’était-elle pas suffisamment précise. Dr Jeckill et Mr Hide sont peut-être représentatifs d’une lutte indécise des deux hémisphères pour le pouvoir. Chez un individu normal les deux consciences doivent se synchroniser et se confondre.       <br />
       		 En plus des modélisations déduites des données fournies par les différents sens les représentations mentales peuvent correspondre à des modélisations élaborées à partir des données stockées en mémoire. Elles peuvent correspondre également, au moins dans notre espèce, à des fragments de discours, intérieur ou prononcé. Dans ce cas, la conscience à accès au discours, mais en aucune manière aux processus d’élaboration de ce discours. Comment voudriez-vous suivre pas à pas et en temps réel l’épouvantable complexité d’un processus qui consiste à aller chercher dans un vaste dictionnaire les mots qui conviennent à l’idée, de les assembler suivant les règles de la grammaire et de la syntaxe, et de transformer le tout en mouvements coordonnés de la mâchoire, des lèvres, de la langue, des poumons, du larynx ? Et je ne parle pas de l’élaboration de l’idée elle-même, tâche d’une difficulté qui dépasserait l’imagination si nous devions l’effectuer avec des machines. Comme les représentations mentales d’origine visuelle paraissent chez l’homme les plus omniprésentes, on peut donner le nom d’images à toutes les représentations mentales conscientes quelle que soit la catégorie à laquelle ces représentations appartiennent. Ces images sont fixes et se succèdent à une cadence élevée, voisine de la cadence des images du cinématographe. Les mouvements font l’objet d’indications portées lorsqu’il y a lieu sur ces images fixes (un peu à la manière des bandes dessinées). Les zones de couleurs ou de luminosités différentes font l’objet d’un traitement particulier qui identifie le dessin des lignes séparant ces différentes zones. C’est probablement pourquoi les dessins et les caricatures sont si évocateurs pour nous.  L’ennui naît lorsque les images se répètent trop souvent identiques à elles-mêmes. Ces images sont en 2D1/2 au moins puisque nous percevons la profondeur de champ. Elles ne semblent pas être en 3D puisque nous sommes obligés de faire un effort de réflexion pour faire tourner mentalement une figure géométrique dans l’espace.       <br />
       	   	Le travail d’introspection est difficile car, comme dans d’autres domaines de la science, l’observation modifie la chose observée. Il semble portant qu’à un instant donné une image ne puisse contenir simultanément plus de deux catégories de représentations mentales, peut-être trois (perception visuelle ou sonore ou olfactive, discours, etc.&amp;#61628;), l’une dans la zone ou se concentre l’attention, l’autre ou les deux autres à l’arrière plan. Les autres catégories sont exclues, provisoirement. Pendant que vous lisez vous ne vous rendez pas compte de la pression que votre main exerce sur votre livre ou sur votre souris. N’est-il pas exact que vous venez juste d’en prendre conscience ? C’est le même écran, comportant donc deux ou trois zones, qui reçoit toutes les informations dont l’individu est conscient à l’instant t. Chaque zone est susceptible de recevoir toutes les catégories de représentations mentales qui se trouvent ainsi placées dans une situation permanente de compétition. Les images qui sortent victorieuses de la compétition, celles qui montent sur le podium de la conscience, sont normalement désignées par l’inconscient, à moins qu’une variation rapide des données fournies par l’un des sens n’appelle l’attention sur le phénomène responsable de cette variation. Les images conscientes qui ne sont pas fréquemment sur la première marche du podium sont des images d’humeur ou d’ambiance. Elles ne participent pas directement aux décisions. Se concentrer, c’est refuser de voir les images qui ne sont pas sur la première marche.       <br />
       		Observez par exemple un virtuose : si vous vous intéressez à l’alliance qu’il porte au doigt, la ligne mélodique s’estompe et si vous vous intéressez à la ligne mélodique, l’image du musicien devient floue (ce qui est la façon normale d’écouter de la musique). Si vous avez trop chaud ou si vous étés mal assis, vous oubliez la musique le temps de cette constatation. Un mathématicien ami de Diderot pris de maux d’oreille épouvantables s’abîma pour oublier la douleur dans un difficile problème. Le problème résolu sa douleur le rattrapa avec une violence redoublée. Installez-vous près d’un torrent : le roulement de l’eau sur les cailloux, pourtant parfaitement audible, disparaîtra rapidement de votre conscience au bénéfice de vos fantaisies et vous vous endormirez comme jamais. On peut multiplier les exemples de ce type.        <br />
       		Une image peut également contenir une proposition d’action, une volition,  formulée par l’inconscient, associée à des grandeurs positives traduisant les différents désirs qu’elle inspire et des grandeurs négatives traduisant les différentes répulsions qu’elle suscite. Ne sont retenues et mises en œuvre que les volitions ou la grandeur résultante est suffisamment positive. Lorsqu’elle est voisine de zéro, il faut prévoir de nombreux et pénibles allers et retours entre conscient et inconscient. Lorsque la décision prise modifie la grandeur résultante dans le mauvais sens le système devient instable. L’homme est un irrésolu. La conscience n’a cependant aucun accès au processus d’élaboration de la notation et prend sa décision de confiance.       <br />
       	 	Suivant cette description il apparaît que la conscience est essentiellement passive et que le gros du travail s’effectue dans l’inconscient. Prenons trois exemples, du reste fort éloignés les uns des autres, pour illustrer ce propos :       <br />
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       -	Quand un joueur de tennis de haut niveau vient au filet et tente d’intercepter le passing-shot de son adversaire, il dispose d’environ une demie seconde pour (a) reconstituer la trajectoire de la balle qui vient vers lui en utilisant les informations données par sa vision binoculaire et les informations spatiales concernant la position et l’orientation de sa propre tète, pour (b) déterminer la trajectoire qu’il veut donner à cette balle, pour (c) se déplacer et placer sa raquette au bon endroit en bonne position et au bon moment en agissant (d) sur un système compliqué de leviers osseux et de vérins musculaires, tout en tenant compte (e) de la position initiale de ses principaux segments et en maintenant si possible (f) l’équilibre de l’ensemble. La puissance de calcul nécessaire pour mener cette tâche à bien est tout à fait impressionnante et serait très difficile à égaler par les meilleurs automates actuels, pourtant spécialisés, qui ont du mal à aller cueillir une pomme dans un arbre. Or ce calcul désigné du nom de réflexe se déroule entièrement en dehors de la conscience qui ne fait qu’observer le résultat de sa mise en œuvre. Pour le joueur débutant qui essaie de “ réfléchir ”, la balle est passée depuis longtemps avant que sa raquette ait esquissé le moindre mouvement. Il apparaît donc sur cet exemple que les tâches requérant une grande habileté ou une grande célérité d’exécution sont déléguées à des automatismes acquis par l’entraînement. Ces automatismes sont, dans une large mesure, inconscients. Ils ne nécessitent pas, et c’est un de leurs intérêts, d’effort de volonté. Lorsqu’une automobile que vous dépassez sur l’autoroute fait un écart imprévu, vous vous retrouvez  frôlant la glissière de sécurité avec le pied sur le frein avant de réaliser exactement ce qui s’est passé. Cette réaction réflexe a consommé paradoxalement beaucoup de votre énergie mentale, et il peut ne plus vous en rester suffisamment pour faire connaître votre façon de penser au conducteur fautif. L’analyse de la succession de nos actions journalières montre que notre corps est le plus souvent en pilotage automatique sous le contrôle de la conscience prête à reprendre les commandes en cas de problème. La conscience hérite ainsi de tous les problèmes qui n’ont pu être traités efficacement par les automatismes existants. Même lorsqu’un mouvement est volontaire, la volonté consciente n’agit pas sur chaque muscle individuellement, mais les commande par l’intermédiaire d’un système d’interprétation et de coordination inconscient.       <br />
       -	Si vous n’arrivez pas à retrouver un nom, ce qui avec l’age vous arrivera de plus en plus fréquemment, le processus selon lequel s’effectue la recherche, quelquefois fructueuse, vous échappe complètement. S’il vous vient spontanément à l’esprit, vous n’en savez d’ailleurs pas davantage la raison. Les mécanismes de recherche et de reconnaissance sont très largement, sinon totalement, inconscients.       <br />
       -	La plupart des récits de découvertes font état d’un long et pénible travail de rassemblement des données et de tentatives d’explication avortées. Un jour la solution surgit de façon tout à fait inopinée et comme miraculeuse. Pendant toute cette période d’incubation l’inconscient a tourné et retourné le problème dans tous les sens jusqu’à ce que les données pertinentes se raccrochent entre elles et avec les structures d’explication existantes de façon à constituer une extension logique et cohérente de ces structures. Archimède a pu pousser son fameux eurêka à propos de la poussée hydrostatique parce que les notions géométriques concernant les volumes, les notions physiques concernant le poids et la densité avaient été préalablement éclaircies. Il apparaît donc sur cet exemple que les tâches requérant le plus haut niveau d’abstraction, les opérations logiques les plus compliquées peuvent se dérouler sans que la conscience soit tenue au courant en temps réel. L’inconscient, c’est l’état-major auquel la conscience - commandant en chef fait passer toutes les informations dont elle dispose. L’inconscient- état-major (et non pas l’état-major inconscient) réalise toutes les simulations nécessaires à la préparation des décisions. C’est également lui qui écrit les discours du commandant en chef qui se surprend ensuite à les prononcer. La conscience ignore tout du détail du travail de son état-major et n’a accès qu’aux résultats de ses analyses. Le travail de fermentation de l’inconscient produit pour ainsi dire les bulles de pensées qui éclatent de temps en temps à la surface de la conscience. Si vous ne notez pas les plus intéressantes d’entre elles vous risquez de ne jamais les revoir tant elles sont fugaces ! S’il arrive que l’une se soit égarée, votre seule chance de la retrouver est de cesser de la chercher. Elle se situe en effet trop loin dans la file d’attente des idées qui veulent accéder à votre conscience. Il faut attendre que celles qui crient plus fort qu’elle, ou d’une voix plus aigue, soient passées. La chercher en essayant de retrouver les chemins qui vous y ont conduit ne fait généralement qu’immobiliser la file. J’ai pour ma part la nette impression que mon inconscient est plus intelligent que moi, qu’il galope plus vite et plus loin quand il a la bride sur le cou que lorsque ma conscience reprend les rênes. Les meilleures idées se récoltent au petit matin, comme les œufs des poules ! Qui ne s’est endormi avec un problème et réveillé avec une solution ? C’est ainsi que les employeurs peuvent bénéficier d’un travail directement productif effectué en heures supplémentaires de nuit non rémunérées !       <br />
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          	Et le monde intérieur dans tout ça, me direz-vous, il n’en a pas été question ! Vous n’avez encore rien dit de l’aspect subjectif de la conscience ! Pourtant c’est lui que vous avez, avec beaucoup de présomption,  proposé d’expliquer. J’y viens et pour essayer de tenir cette gageure, il est nécessaire de quitter le domaine de la science respectable et d’entrer dans le domaine de la spéculation. Avant d’entrer dans ce domaine il faut rappeler les postulats suivants :       <br />
       -	 L’état du cerveau est une image significative de l’état d’une fraction du monde extérieur       <br />
       -	 L’état de la conscience est une image significative de l’état du cerveau       <br />
       -	 Il existe une pluralité de consciences        <br />
       -	 Le même monde extérieur est commun à toutes les consciences       <br />
       	La vision qui est proposée est suggérée par le fait que le cerveau est le siège d’une intense activité électrique dont témoignent entre autres les électroencéphalogrammes enregistrant les différences de potentiel à l’extérieur de la boite crânienne, et également par le fait que des excitations électriques ou magnétiques appliquées au cortex ou même à l’ensemble du cerveau peuvent induire des sensations conscientes, alors que le cerveau est dépourvu de récepteurs sensoriels. Cette vision est la suivante : la conscience subjective, entité essentiellement passive semble assister à un spectacle. La salle de spectacle, c’est l’écran où défilent les images, un espace particulier situé à un instant donné dans une certaine partie de mon cerveau, celle où se situent les circuits neuronaux oscillants dont il a été question plus haut. Dans cet espace des particules électrisées en mouvement engendrent un champ électromagnétique qui contient des signaux selon un code déterminé. Ce dont je suis conscient à un instant donné est, selon la vision proposée, en rapport direct avec l’état à cet instant du champ électromagnétique diffusé à partir de l’écran. On ne voit pas bien la nécessité qu’il y aurait de renforcer les signaux correspondant aux sensations conscientes si les traitements effectués sur ces signaux étaient de logique pure. Ce renforcement et cette synchronisation prennent un sens si ces signaux doivent provoquer l’émission d’un champ électromagnétique. Les différentes catégories de perception sont différenciées sans ambiguïté par les codes utilisés pour les représenter. Une dérive dans cette codification peut produire la confusion des sens qui est parfois observée. Certains voient un son comme une couleur : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu » (Arthur Rimbaud, « Voyelles »). De nombreuses objections peuvent être formulées à l’encontre de cette hypothèse : le transformateur d’un poste électrique a-t-il conscience de tous les défauts qui se produisent sur les réseaux auxquels il est connecté, même s’il n’a bien entendu aucun moyen de faire part de ses impressions ? Si la fréquence du courant industriel était de 40 Hz et non de 50 Hz comme en Europe ou 60 Hz comme en Amérique, la communication avec un cerveau humain serait-elle facilitée ? 400 000 Volts, ça doit faire mal ! À moins que cela ne procure un sentiment de puissance hautement jouissif ! Néanmoins l’hypothèse rend compte de cette constatation essentielle qu’est l’unicité du flot de la conscience, car manifestement les états successifs de la conscience, les différentes « images » passent dans un seul et même canal dont l’imagerie cérébrale n’a révélé jusqu’à présent ni l’existence ni l’emplacement. Or le champ électromagnétique a la propriété d’être quasi insensible à l’emplacement des différents circuits élémentaires qui le génèrent, les distances mutuelles de ces différents circuits (quelques centimètres) ne pouvant créer de décalages temporels importants eu égard à la vitesse de propagation de 300.000 kilomètres par seconde du champ électromagnétique. L’information portée par le champ est indépendante de la distance à la source, sans aucun décalage temporel, pour un observateur se déplaçant à la même vitesse que les ondes. La montre au poignet de cet observateur marque en effet la même heure au moment où l’onde est émise et au moment où elle est absorbée, quelle que soit la distance entre les points où ces évènements se sont produits. Le champ électromagnétique constitue donc une entité authentiquement indivisible. Ainsi est préservée l’unité de la conscience, fonction qui ne dépend que du temps C = C(t), tout comme la musique. Ainsi est préservé également le caractère traditionnellement immatériel de “ l’âme ”, car les champs ne sont que des modifications des propriétés d’un espace qui pourrait être vide. Vu de l’extérieur, ce champ possède toutes les propriétés usuelles d’un champ électromagnétique. Eprouvé pour ainsi dire de l’intérieur, c’est ce dont j’ai conscience à cet instant. Ma douleur et mon plaisir sont des états particuliers  du champ en question que l’évolution poursuivie pendant quelques milliards d’années a rendus tels que les sensations plaisantes ou douloureuses correspondent respectivement à des situations favorables ou défavorables à ma personne ou à l’espèce à laquelle j’appartiens. Le plaisir peut être vu comme une harmonie de la variation du champ électromagnétique et la douleur comme une dissonance. D’ailleurs l’homme, le plus souvent, ne recherche pas vraiment le plaisir, mais un état neutre. Le plaisir pour lui n’est que la disparition d’une douleur ou d’une tension. Le plaisir de manger est celui de faire cesser la faim et celui de se gratter, de supprimer la démangeaison. Cet état d’équilibre s’appelle le bonheur. Il signifie que toutes les fonctions physiques et mentales s’effectuent harmonieusement sous le contrôle de la conscience. Les récompenses et les punitions liées à des sensations plaisantes ou douloureuses incitent l’individu porteur de la conscience à se maintenir dans des conditions qui préservent son intégrité. C’est la seconde vertu de la conscience qui s’ajoute à celle de garantir l’unité d’action de l’individu. L’aspect subjectif de la conscience doit donc avoir des conséquences objectives. Il faut pour cela que les variations du champ émis, caractéristiques du plaisir ou de la douleur, puissent être détectées par des récepteurs appropriés et amplifiées pour que ces informations soient réintégrées dans l’ensemble des circuits neuronaux. Une autre possibilité d’interaction entre champ et circuits neuronaux est que ce qui exprime la force de ma volonté, quand elle s’exerce, soit l’intensité d’une certaine fraction de ce champ engendrée par les charges électriques matérialisant les volitions de l’inconscient. Cette fraction du champ agirait sur d’autres charges électriques qui initient les actions du système neuromusculaire, traduisant ainsi les volitions en actions. L’intensité de cette fraction du champ peut être ressentie comme douloureuse quand ma volonté est tendue à l’extrême. Si la douleur et le plaisir ne sont que l’excitation de circuits nerveux spécialisés prenant leur origine dans les diverses parties du corps, comment expliquer la douleur morale ou le plaisir intellectuel ? Comment expliquer que le plaisir donné soit souvent plus gratifiant que le plaisir reçu ? Au-delà des interactions qu’occasionnent douleur et volonté, certains ont proposé que les populations neuronales vivent dans une sorte de symbiose avec le champ électromagnétique qu’elles émettent. C’est la théorie du « cemi field ». Elle professe que les automates fabriqués par l’homme seront toujours beaucoup moins performants que les cerveaux des êtres vivants car il leur manque une conscience capable de faire la synthèse de leur activité continue de traitement de l’information et, à l’aide de cette synthèse, orienter l’activité elle-même. A la question « objets inanimés, avez-vous donc une âme ?», elle répond non sans hésitation.       <br />
       	Remarquons que le double aspect qu’il a fallu attribuer au champ électromagnétique, selon qu’on le considère de l’extérieur  ou de l’intérieur constitue une sorte de dualisme dont il paraît impossible de faire l’économie. Ce dualisme matérialiste, ou pour mieux dire naturaliste ou physicaliste, consiste à attribuer une dimension supplémentaire, la sensibilité, à des entités physiques, les champs ou à la modulation de ces champs. Le dualisme de l’esprit et de la matière des philosophes serait donc en relation directe avec le dualisme des champs et des particules des physiciens. Cependant, les champs n’ont pas moins de réalité physique que les particules qui constituent la matière. Dame Nature qui n’en est pas avare aurait ainsi un tour de plus dans son sac. Chassez le dualisme par la porte, il revient par la fenêtre… Comment pourrait-il en être autrement ? Nul ne peut nier l’existence de sa propre conscience, et l’existence d’un monde extérieur indépendant de la conscience subjective que l’on en a semble par ailleurs un pari raisonnable. Nier ce dernier conduit en tout cas à bien des déboires. Diderot a eu nettement l’intuition d’une explication de cette nature (Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas un esprit ?), mais les connaissances disponibles à son époque ne lui ont pas permis d’expliciter davantage sa pensée. Dans ces conditions la conscience, dans son aspect subjectif est bien, pour l’essentiel, un épiphénomène, encore que la détection de la douleur et du plaisir éprouvés ou l’action de la volonté ou l’alimentation de la mémoire par exemple puissent lui conserver un rôle actif, mais cet épiphénomène est la conséquence nécessaire de l’utilisation de processus de nature électrique ou électromagnétique dans le fonctionnement du cerveau, à la façon dont le bruit d’un moteur accompagne nécessairement son fonctionnement. Une oreille un tant soit peu exercée y décèle aisément un bruit anormal s’il y a quelque chose qui cloche... Quant à la conscience dans son aspect objectif, elle peut être considérée comme le système d’exploitation de l’automate très particulier que constitue un cerveau. C’est elle qui met de l’ordre, lorsque le sujet est éveillé, dans le fonctionnement des cent milliards de neurones qui le constituent, sachant que chaque neurone entretient des liaisons avec des milliers d’autres neurones proches ou lointains par l’intermédiaire d’axones et de synapses selon une structure de communication hiérarchisée. Cet automate de chair comporte donc comme un ordinateur une unité centrale. Bien que cet automate fonctionne par pas successifs, au rythme des ondes qui le parcourent, il est donc organisé de façon très différente de celle des ordinateurs de silicium fabriqués par l’ingénieux bipède. C’est un automate qu’on peut dire analogique, c'est-à-dire manipulant des quantités exprimées physiquement en vraie grandeur et non issues d’une combinatoire d’unités. Pour les opérations logiques, il est très lent et facilement fautif, mais il excelle par contre dans les jugements synthétiques et intuitifs, les raisonnements flous. Ordinateur de chair et ordinateur de silicium se complètent donc admirablement. Le sommeil est réservé à la maintenance du système. La conscience subjective aurait de son côté un statut analogue à celui d’une émission de télévision (« enrichie » toutefois au point de vue sensoriel et conceptuel), qui serait émise dans la boite crânienne et qui diffuserait le reportage des évènements les plus importants et les plus significatifs pour l’individu. Différentes émissions peuvent coexister sans s’influencer mutuellement, dans la mesure où leurs codifications sont suffisamment distinctes. Des exceptions peuvent exister dans les cas de transmission de pensée, très rares assurément, mais peut-être possibles selon mon expérience, entre personnes très proches génétiquement ou affectivement. Ne dit on pas  de deux personnes qui s’entendent bien qu’elles sont sur la même longueur d’onde ? J’ai même cru déceler certaines connivences que j’aurais avec mon PC ainsi qu’avec mon téléphone portable utilisé comme réveille-matin ! Le seul véritable téléspectateur, le seul conscient en tout cas, serait cependant l’émission elle-même. La musique qui peut faire rire ou pleurer, aimer ou combattre a, dit-on, des vertus curatives, elle « adoucit les mœurs ». Elle serait  le plus émouvant de tous les arts et le plus fréquemment mis à contribution, en dépit de son caractère éminemment abstrait, parce que sa codification serait pour ainsi dire en prise directe avec la codification des sentiments et des émotions utilisée par l’esprit conscient (Cf. l’importance des chants et de la musique dans les cérémonies religieuses, Cf. également la place de la musique de film, rarement sur la première marche du podium, parfois ignorée, mais pourtant indispensable).        <br />
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          	La conscience dans ses aspects subjectifs et objectifs est ainsi expliquée avec des notions de la physique du 19éme siècle. D’autres comme l’Anglais Roger Penrose qui a renouvelé l’intérêt pour le sujet l’ont expliquée avec des notions de la physique du 20éme siècle. L’explication définitive résidera peut-être dans la physique du 21éme siècle. Les théories physiques actuelles, pour être formulées avec simplicité, font appel aux nombres complexes comportant une partie réelle et une partie imaginaire et suggèrent ainsi que quelque chose qui aujourd’hui nous échappe, se passe derrière le rideau, dans une autre dimension, et dont nous devons nous contenter de mesurer les effets. C’est ainsi également que les destinées de deux photons d’origine commune demeurent indissolublement liées alors que leur distance mutuelle peut se compter en années-lumière (c’est l’intrigant phénomène d’intrication). Il paraît raisonnable d’en conclure que le monde physique comporte plus de dimensions que les dimensions usuelles de l’espace et du temps et que c’est dans une ou plusieurs de ces dimensions que les deux photons sont restés liés. Certaines de ces dimensions pourraient-elles être spirituelles, de sorte qu’on pourrait dire, sans que ce soit un abus de langage que tel objet, tel lieu, tel événement, ont une dimension spirituelle ? Existerait-t-il parmi tous les univers possibles un univers platonicien où les sensations et les sentiments susceptibles de faire vibrer les esprits à l’unisson se promèneraient dans des Idées de rues en se tenant par des Idées de main ? Si l’existence de tels univers pouvait être prouvée, les esprits religieux y trouveraient certainement une forme de revanche ! La théorie du tout à laquelle travaillent les physiciens avec tant d’ardeur et qui doit rendre compte de tous les aspects de la réalité observée, se doit d’expliquer aussi le phénomène de la conscience. Les bonnes idées sont rares, malheureusement. Ce ne sont pas des chiennes bien dressées qui viennent quand on les siffle ! L’explication attendue, quelle qu’elle soit, ne devra-t-elle pas suivre un cheminement voisin de celui qu’après d’autres je viens d’esquisser ? Ne devra-t-elle pas identifier le contenu de la conscience tel que chacun peut l’éprouver pour son propre compte avec un phénomène physique déterminé vu de l’intérieur, quelle que soit la nature de ce phénomène ?       <br />
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       	Si la réponse est oui, cette vision des choses a de nombreuses conséquences :       <br />
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       -	La conscience subjective ou l’âme si vous préférez n’est pas immortelle. Comment survivrait-elle à la disparition totale du processus matériel qui l’engendre, l’oscillation des circuits neuronaux, alors que le sommeil, diverses substances chimiques, une vive douleur, une vive émotion, un malaise ou un coup sur la tête un peu appuyé suffisent à la faire disparaître ?        <br />
       -	Du point de vue de la logique, rien ne s’oppose à ce que deux personnes se mettent d’accord pour dire que telle étoffe est rouge même si les sensations subjectives qu’elles ont l’une et l’autre de cette couleur sont totalement différentes. Telle qu’elle a été décrite,  la manière dont ces sensations sont élaborées par des processus universels et invariants à partir d’une même réalité physique objective écarte cette éventualité, sauf dysfonctionnement toujours possible. La communication entre les personnes présente de ce fait une certaine garantie d’authenticité.       <br />
       -	 La conscience subjective est en rapport direct avec la conscience objective (les circuits neuronaux oscillants). Elle évolue donc comme elle au fil du temps et elle est malheureusement soumise aux mêmes vicissitudes.       <br />
       -	La pondération associée aux différentes volitions acheminées jusqu’à la conscience constitue une sorte de monnaie de la conscience puisqu’elle permet de rendre comparables des motivations complètement hétérogènes, de la même façon que la monnaie usuelle permet d’acheter toute espèce de bien ou de service. De sérieuses difficultés éthiques surviennent quand on commence à confondre les deux monnaies, quand on achète les consciences ou qu’on vend son âme ! A titre d’illustration, voyez comment se décide la part de vos revenus que vous choisissez d’affecter à des œuvres caritatives. Aucun raisonnement ne conduit à la fixer. Elle résulte d’un équilibre entre votre désir d’aider et celui de ne pas vous appauvrir. La façon dont s’effectue cet arbitrage vous échappe entièrement. Une fois que la pesée des différentes motivations a été faite, la motivation gagnante, même d’une courte majorité, rafle toute la mise. Ceci démontre que la démocratie est un mécanisme extraordinairement efficace, puisque ce mécanisme a été retenu par la sélection naturelle ! La Nature a reconnu bien longtemps avant le vieux Winston que ce mécanisme était le pire à l’exclusion de tous les autres et ce n’est probablement pas un hasard si l’esprit scientifique est né dans les premières cités à avoir adopté un régime s’inspirant de principes authentiquement démocratiques. Les idées fleurissent dés que les mâles dominants cessent d’exercer leur dictature ! Les populations neuronales votent en quelque sorte au scrutin uninominal à un tour. La proposition victorieuse est renforcée par effet feed-back et c’est à ce moment qu’elle devient décision consciente. Une légère brèche dans une digue en terre laisse passer un filet d’eau, mais l’érosion agrandit la brèche et le filet d’eau devient torrent. Quand la crue est terminée, le lit du torrent en perpétue la mémoire.        <br />
       -	Une monnaie analogue permet de sélectionner les données accédant à la conscience parmi un nombre quasi infini de possibilités. C’est l’idée qui a crié le plus fort qui s’empare du micro. La valeur dans cette monnaie d’un sujet qui a capté l’attention à un certain moment s’érode au fil du temps.       <br />
       -	Le libre-arbitre est une illusion puisque la conscience n’intervient pas dans le processus qui fixe la valeur des différentes motivations, se borne à faire les additions et entérine leurs résultats. Il a d’ailleurs été prouvé expérimentalement (expériences de Benjamin Libet) que les décisions ne sont pas initiées par la conscience subjective. La décision objective précède de quelques dixièmes de seconde la prise de conscience subjective de cette décision. La science semble ainsi donner raison aux jansénistes tenants de la prédestination, c’est à dire au fond du déterminisme de nos pensées et de nos conduites, contre les jésuites tenants du libre arbitre. Le chat choisit d’aller vers son coussin ou vers son écuelle. S’il a plus faim que sommeil il ira vers l’écuelle et vers le coussin dans le cas contraire. Au nom de quel libre-arbitre irait-il ce vers quoi il a le moins d’inclination ? Certes il peut calculer que, bien qu’ayant plus sommeil que faim, il pourrait rapidement manger un morceau pour être débarrassé de sa faim avant d’aller dormir. Dans ce cas son inclination prépondérante est la combinaison casse-croûte rapide et sommeil. Ce calcul d’optimisation a-t-il un rapport quelconque avec le libre-arbitre ? Bien sûr, dans sa fierté de chat, il peut proclamer qu’il est lui aussi doté de libre arbitre et, pour le prouver, faire un choix apparemment contraire à son inclination la plus immédiate, mais c’est qu’alors son inclination à la fierté se sera révélée plus forte qu’aucune des deux autres. Il n’y a pas d’effet sans cause… On peut regretter après coup un geste déplacé ou une parole malheureuse mais, au moment où ils ont été faits ou prononcés, ces gestes ou ces paroles étaient ressentis comme s’imposant majoritairement, c'est-à-dire absolument selon le mode de fonctionnement du cerveau. La liberté d’un individu, c’est autre chose. Elle consiste pour lui dans la possibilité de satisfaire ses aspirations les plus profondes sans avoir à souffrir de contraintes inutiles ou arbitraires. Mon professeur de philosophie, homme excellent et qui se disait bon catholique, augurait déjà il y a un demi-siècle que l’existentialisme alors à la mode, qui proclame que l’homme construit librement son destin, se casserait les dents sur les enseignements de la science…C’est le même qui demandait à ses élèves pourquoi il était très invraisemblable qu’il assassine tel ou tel d’entre eux et ses élèves répliquaient en invoquant la crainte du gendarme, celle d’un châtiment éternel, l’opprobre publique, ou le remords. Il leur faisait voir qu’ils étaient dans l’erreur la plus complète et que leur principale garantie résidait dans sa conscience à lui, entité intangible. De fait, l’idée que je pourrais prendre une décision qui ne découle pas de ma propre personnalité et des circonstances dans lesquelles je dois la prendre ne parvient pas jusqu’à mon cortex. Or je ne me suis pas choisi, comme vous vous en doutiez, pas plus que je n’ai choisi les circonstances où j’ai à prendre cette décision. Même si, pure hypothèse, le moi d’aujourd’hui choisit le moi de demain, qui choisit le moi d’après demain etc.… le dernier moi de la série dépendra encore des inclinations du moi d’aujourd’hui et de circonstances fortuites. Penser autrement est faire fi du principe de causalité. Bien entendu, parmi mes motivations, certaines sont altruistes et d’autres sont égoïstes, mais leurs forces relatives sont inscrites dans les replis de mon cerveau au moment où j’ai à décider, et vais-je décider contre la motivation la plus forte, que celle-ci soit égoïste ou altruiste, peureuse ou courageuse, prudente ou audacieuse, morale ou immorale, louable ou condamnable, raisonnable ou déraisonnable ? le vrai de l’existentialisme est que la personnalité d’un individu se construit progressivement par ces choix successifs mais contraints et qu’un souffle peut faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Un homme frais et un homme fatigué ne prendront pas forcément la même décision. Une décision a des conséquences immédiates, mais aussi des conséquences à long terme en modifiant la réponse future de l’instrument. Chaque événement laisse une trace, un chemin préférentiel pour l’influx nerveux invitant à la répétition des mêmes comportements. Si je trace un sillon dans le sable dans un sens ou dans un autre, les écoulements futurs en seront influencés. Le bouddhiste parle d’impermanence et le sage antique assure qu’on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, ce qui est vrai aussi. Le seul correctif concevable à ce déterminisme absolu serait l’introduction dans le circuit de ma décision d’un élément aléatoire, mais ceci est fort éloigné de ce que l’on veut signifier quand on parle de libre arbitre. Certains ont imaginé que le caractère aléatoire de la physique quantique pouvait introduire, sinon le libre-arbitre du moins une indétermination dans le processus de décision, mais ce ne peut être à priori que très marginal compte tenu que les processus mentaux semblent mettre en œuvre des collections importantes d’atomes et non des atomes individuels.  Deux coups tirés avec la même bouche à feu, la même munition, la même charge de poudre et les mêmes angles ne font pas le même trou près de l’objectif visé. Parlera-t-on pour autant du libre arbitre du canon ? Un obus de mortier a explosé au dessus de la porte du local où se tenait le philosophe. Eut-il été plus court de quelques décimètres qu’il entrait directement dans la pièce et que c’en était fait du philosophe et de sa philosophie. Le philosophe sait cependant que l’exacte trajectoire du projectile a été déterminée par une myriade de facteurs physiques tels que la température de la poudre, la densité de l’air, la direction et la force du vent aux différentes altitudes, etc. Ces différents facteurs n’avaient aucune intention bonne ou mauvaise à son égard. Il se trouve qu’à la fin du processus le philosophe est toujours vivant, ce qui doit lui suffire et ne mérite pas d’autres commentaires de sa part. Placé dans les mêmes circonstances un esprit religieux remercierait les dieux d’avoir été épargné et le philosophe a quelque difficulté à se défendre contre cette même pensée. C’est pendant l’été 1944 dans un village d’Ile de France. L’occupant qui se replie est furieux parce que des résistants mal inspirés ont kidnappé quelques uns de ses soldats. Il  ordonne que personne dans le village ne sorte de sa maison. Ceux qui le peuvent courent se cacher. Le philosophe en herbe, inconscient du danger, joue dans le jardin de ses parents avec une bicyclette empruntée à sa grande sœur. Un coup de feu claque et des feuilles tombent du pommier qui se trouve à quelques mètres de lui. Il file se mettre à l’abri sans demander son reste, vous pensez bien. L’héritier de ces deux anecdotes préfère croire aujourd’hui qu’il ne doit pas la vie à la maladresse du soldat qui l’a visé depuis la rue mais plutôt à un sentiment humain et responsable de sa part qui aurait pris le pas sur la consigne militaire. L’obus et le soldat ont tous deux épargné le philosophe (Alléluia !) mais contrairement aux apparences le soldat n’en pensait pas plus long que l’obus. il n’avait que quelques secondes pour se décider, peut-être moins. La machinerie de son cerveau s’est mise en route et sa conscience objective a rendu son verdict : « vise un peu à gauche ! ». St Augustin lui-même est obligé d’invoquer la grâce divine pour faire une place au libre-arbitre. Toutes les créatures ne bénéficient pas de cette grâce de la même façon. Dieu a ses têtes, il faut le savoir ! Il s’est déplacé en personne pour le petit peuple juif mais il a abandonné à des imposteurs la multitude innombrable des autres peuples d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie !! « Cornet de rois, cornet de catins », les sorts sont distribués selon sa fantaisie. Remplacer l’incompris par l’incompréhensible et l’arbitraire comme le fait St Augustin est toutefois le contraire d’un progrès du point de vue de la connaissance et de l’éthique. St Augustin a supposé le problème résolu et il en a conclu que le problème était résolu ! Or, le problème ne sera jamais résolu car c’est typiquement un faux problème. Personne n’est capable de dire au juste ce qu’il entend par libre arbitre. Comme un juge du siège, la conscience se détermine en fonction des dossiers qu’on lui présente et de ses dispositions du moment. Il y a de bonnes et de méchantes gens (bonnes gens ayant des passions mauvaises) comme il y a de bonnes et de mauvaises voitures (bonnes voitures ayant un défaut de fabrication, ou accidentées ou usées à l’excès), ni plus, ni moins. Tous les travaux psychologiques et psychanalytiques sont implicitement fondés sur l’hypothèse d’un déterminisme de nos conduites. Les grands auteurs de leur côté ont toujours invoqué ou illustré la force du destin, leurs héros allant irrésistiblement vers leur salut ou vers leur perte selon leurs ressorts intérieurs et les circonstances qu’ils rencontraient. Le titre d’un des romans de Diderot n’est-il pas « Jacques le Fataliste » ? De la sensation physique à l’action physique, en passant par le traitement de l’information dans le cerveau, aucun hiatus ne semble exister par lequel pourrait s’introduire quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin au libre arbitre. « Madame la maréchale, ces Corozaïnois et ces Betzaïdains furent des hommes comme il n'y en eut jamais que là, s'ils furent maîtres de croire ou de ne pas croire ».  La contradiction entre ce fatalisme affiché et le volontarisme qu’exprime le titre du présent essai n’est qu’apparente, comme le montreront des développements ultérieurs selon lesquels, étant programmés pour se préoccuper du sort de leur espèce, les hommes déroulent leur programme et s’en préoccupent effectivement       <br />
       -	Il est absurde en soi de faire souffrir un délinquant, on ne fait qu’ajouter un nouveau malheur au malheur existant. Le responsable n’est pas le corps du délinquant. Il n’a été que l’instrument du forfait ; inutile de lui couper la main. C’est la conscience du délinquant qui souffre  du châtiment. Or, elle n’a fait qu’apprécier correctement les sollicitations auxquelles elle était soumise, elle n’est qu’un instrument de mesure. Va-t-on punir un thermomètre pour avoir indiqué la bonne température ? Le responsable, car il en faut bien un, c’est l’inconscient qui a pondéré les volitions. Or l’inconscient lui-même résulte de l’interaction d’un système génétiquement programmé avec un environnement physique, économique et social déterminé, toutes données sur lesquelles l’inconscient est évidemment dépourvu de moyens d’action. L’inconscient est donc responsable mais pas coupable. L’acceptation de ce mécanisme exclut toute condamnation morale. Entre comprendre et condamner, il faut choisir. Les raisons objectives des châtiments infligés sont la protection de la société par mise à l’écart du délinquant, l’effet dissuasif sur lui-même et sur ses émules, si possible le traitement et la guérison (?) de son inconscient malade avant qu’il ne sorte de prison et, ce n’est pas le plus joli, la satisfaction donnée à la victime, à ses proches et à la société d’avoir été vengés. Le criminel le plus endurci se comporte comme vous et moi la plupart du temps : il laisse passer les dames et dit bonjour à sa concierge. Landru, bon époux et bon père était, paraît-il, d’une exquise urbanité. La soi-disant responsabilité du délinquant n’est autre chose que le prétexte commode invoqué pour exercer sur lui, en toute bonne conscience, une vengeance. La suppression de la peine de mort est un premier pas important vers la reconnaissance de cette réalité. Tout crime est la manifestation d’un désordre mental qui peut être selon les cas durable ou momentané et je ne voudrais pas être à la place des experts qui ont à décider de la catégorie à laquelle appartient un désordre particulier. Il semble curieux que la démence soit une circonstance atténuante : la justice punit celui qui a des crises passagères et elle épargne celui chez qui ces crises sont permanentes. Les sommes consacrées à traiter tous les délinquants comme des malades et non comme des coupables afin de ne pas les laisser dans une  désespérance amère et revancharde ne seraient-elles pas inférieures aux coûts de toute nature des récidives et du renforcement sans limites des systèmes policier, judiciaire et carcéral ? Une conclusion qui se dégagerait d’une telle entreprise serait probablement qu’il faut commencer par soigner la société. Les investissements à réaliser dans cette hypothèse en matière de répartition des richesses et d’éducation sont-ils hors de portée d’une société moderne ? Il est certain que les investissements les plus rentables dans ce domaine sont ceux qui sont effectués très tôt. C’est avec une fermeté empreinte de douceur et d’affection que les enfants doivent être maintenus sur le bon chemin. Il faut bien entendu ne leur fournir que de bons principes et de bons exemples. Le rôle des parents, des grands-parents et des éducateurs est à cet égard essentiel. Dans un age plus avancé ce rôle incombera aux dirigeants…        <br />
       -	La conscience ne comprend pas, elle n’a que le sentiment d’avoir compris. La compréhension consiste dans l’établissement de liaisons nouvelles et permanentes entre certains neurones libres, de façon à créer de nouveaux concepts et de relier ces concepts avec les concepts préexistants. Ces liaisons respectent les règles de la logique. Est-ce simplement parce qu’elles sont de nature physique et que le monde physique est logique, ou bien s’agit-il d’un apprentissage de l’enfant qui généralise les leçons de l’expérience, ou bien d’un instinct déjà programmé à la naissance, ou bien d’un peu de tout cela ? Beau débat en perspective ! Sa nature physique implique en tout cas que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans le processus de compréhension, le seul rôle de la conscience est de valider la proposition de l’inconscient de se mettre au travail et de le stimuler tant que le sentiment d’avoir compris n’est pas atteint.       <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/3-La-conscience_a6.html</link>
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   <title>3. La conscience - suite</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:41:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      avantage évolutif dés que ceux-ci ont bénéficié d’un certain choix des actions qu’ils exercent sur leur environnement. Il est néanmoins naturel de penser que la conscience d’un mammifère évolué contient plus de “ pixels ” que celle d’un vermisseau       <br />
       -	La conscience d’un chien ou celle d’un cheval ne doivent pas être fondamentalement différentes de celle d’un représentant de l’espèce humaine, pas plus que ne le sont par exemple leurs sens visuels ou auditifs respectifs car, sur l’arbre de l’évolution, les branches sur lesquelles ces différents êtres vivants sont perchés sont voisines. On reconnaît trop bien chez un chien la faim, la soif, le froid, le chaud, la peur, la douleur, la colère, la honte mais aussi la joie, l’affection, le sens du jeu pour qu’il n’en soit pas ainsi. Quand le lion s’approche de la lionne, les coups de patte et les feulements de cette dernière ne signifient-ils pas clairement à son compagnon : “ Dis donc, grand fainéant, tu crois que je n’ai que ça à faire ? On voit bien que ça n’est pas toi qui t’occupes des enfants ! ”. Ce qui  distingue la conscience d’un homme qui discourre de celle d’un âne, c’est ce qui la traverse et qui dépend de ce qui se situe en amont, dans l’inconscient. La conscience d’un âne  associée à un inconscient d’homme pourrait se mettre à parler, justifiant ainsi les inventions des fabulistes. Verrait-t-on même la différence ? Est-ce que le cri nocturne de la chouette ne s’adresse pas à l’homme également ? Le chien n’ignore pas le concept de chat puisqu’il poursuit indifféremment chat persan et chat de gouttière. L’aboiement qui traduit son état émotionnel est une forme élémentaire de langage. Ce qui se passe dans le cerveau d’un lion poursuivant une antilope ne doit pas être très différent de ce qui se passe dans le cerveau d’un joueur de rugby essayant de rattraper et de plaquer au sol son adversaire. Dans les deux cas, il s’agit d’un comportement non verbalisé. N’est-ce pas d’ailleurs la caractéristique de tout sport de reposer le pratiquant d’une verbalisation envahissante qui ne pourrait que nuire à la qualité de son jeu ? Je soupçonne que les pensées de l’homme de science, du peintre ou du musicien sont principalement non verbales quand ils exercent leurs activités à leur plus haut niveau. Si leur monologue intérieur s’enclenche, je crois que c’est plus celui du commentateur que celui du créateur. Il n’est pas rare d’éprouver de l’affection pour un animal domestique qui est très généralement un mammifère. C’est  beaucoup plus inhabituel à l’égard d’un insecte. Pourtant, de la matière inanimée à l’homme, la mouche a peut-être déjà, en matière « d’inventions », effectué 90% du chemin. Le programme de fabrication d’un homme est très proche de celui d’un rat d’égout. Quel est l’homme contemporain qui serait capable de survivre dans la jungle ? Pourtant le chimpanzé y vit à l’aise sachant s’y défendre, s’y nourrir et s’y soigner. La différenciation de l’homme actuel par rapport aux autres primates n’a pris que quelques pour mille de la durée totale qui s’est écoulée depuis l’apparition de la vie. Il n’est donc pas étonnant que ces espèces soient encore si proches. A supposer que tous les « brevets » concernant la fabrication des animaux soient tombés dans le domaine public, quel est le brevet que l’inventeur supposé de l’homme pourrait déposer qui ne puisse être contesté ? Un tel brevet ne pourrait couvrir ni l’outillage ni le langage, ni le symbolisme si on se réfère aux dernières expérimentations effectuées sur les animaux les plus évolués. L’augmentation de la masse du cerveau à elle seule ne saurait faire l’objet d’un brevet car l’idée est à la portée de n’importe quel ingénieur. Il n’y a donc aucune discontinuité de l’animal à l’homme, à ceci près qu’un beau jour la masse du cerveau de ce dernier a atteint la valeur critique et que la divergence des savoirs et des savoir-faire commencée à petit bruit, mais de caractère exponentiel, continue de se produire actuellement à une vitesse accélérée. Une telle réaction en chaîne ne s’achève que par l’épuisement du combustible (le connaissable et le faisable) ou sa dispersion par suite d’une explosion. L’option entre ces deux futurs reste aujourd’hui ouverte. Laissez à certaines espèces le temps et l’espace vital nécessaire et elles pourront éventuellement s’aventurer sur le même chemin, au cas où l’humanité disparaitrait. Certains mammifères marins semblent disposer de moyens intellectuels comparables à ceux de l’homme, mais la vie des habitants des eaux est trop facile. Ils n’ont pas besoin de membres pour lutter contre la pesanteur, ni de mains pour grimper aux arbres et se soustraire aux prédateurs. Les plus favorisés d’entre eux jouissent tranquillement de l’existence sans donner un coup de nageoire de trop.       <br />
       -	Les bonnes âmes veulent que la vie humaine soit considérée comme une valeur absolue. C’est louable, mais inapplicable dans la pratique, car les sommes à dépenser pour la préserver n’auraient pas de limite. Un chant nait, se prolonge un moment et s’éteint. Seule la musique est éternelle. Qu’importe qu’une mémoire soit détruite s’il en existe une copie. Compte tenu de la relative facilité avec laquelle on peut le fabriquer, l’être humain n’a que la valeur qu’on veut bien lui reconnaître par contrat. D’où, pour les individus et pour la société toute entière, l’extraordinaire importance que de tels contrats existent et qu’ils soient respectés scrupuleusement. Ces contrats devraient stipuler que tout homme a droit au bonheur et qu’il a le devoir de concourir au bonheur de ses semblables. De tels contrats devraient être signés lors des principales étapes de la vie d’un individu ainsi que lors de l’acceptation de certaines fonctions, et préciser à chaque fois les nouveaux droits et les nouveaux devoirs, les récompenses et les sanctions prévues. Il s’agit au fond de l’application à la vie des citoyens des principes de l’Assurance Qualité. Cependant, si l’individu n’a qu’une valeur contractuelle, l’espèce humaine doit avoir pour nous une valeur intrinsèque supérieure à toute autre tant que n’aura pas été décelée dans l’univers la trace d’une espèce équivalente. Préserver la vie quoi qu’il arrive est une responsabilité qu’on aimerait pouvoir partager, mais ça n’est pas d’actualité.       <br />
               <br />
       -	Nous pourrions imaginer que, profitant de la présence simultanée en un même lieu des informations et des décisions, un système voisin de l’écran dont nous avons parlé exerce un contrôle sommaire de cohérence, comme le fait un commandant en chef sur les propositions de son état-major et qu’un contrôle satisfaisant suscite le sentiment d’évidence, mais c’est une pure hypothèse.       <br />
              <br />
       	Certains objecteront que l’utilisation de l’expression « vu de l’intérieur » ne constitue pas une explication satisfaisante dans la mesure où elle ne fait que déplacer le problème si la signification physique de cette expression n’est pas précisée. L’identification de l’entité physique qui est vue de l’intérieur permet toutefois de franchir une étape importante. Certains comme le professeur Koch déjà nommé soupçonnent qu’il ne sera pas possible d’aller plus loin. De façon analogue, on peut observer que Newton explique la pesanteur  par une force d’attraction dont il ignore l’origine. Einstein fait un pas de plus en l’expliquant par une déformation de l’espace-temps due aux masses qui y sont présentes, mais sait on vraiment ce que sont et l’espace et la masse et le temps ? Comprend-on vraiment comment un champ agit sur une particule ? A un moment ou à un autre, on bute sur un constat qu’il est impossible de dépasser. Rien ne prouve que le cerveau humain soit apte à tout comprendre et nul n’a jamais vu sans artifices le fond de son œil, ni un contenu contenir son contenant. La compréhension est un processus logique qui peut être modélisé informatiquement. Or il existe des programmes informatiques dont on constate que l’exécution, qui est un processus physique, ne se termine jamais sans qu’on soit capable ni de le prévoir avec certitude, ni de dire pourquoi. La raison raisonnante comporte donc des limitations. Il n’est pas impossible que l’homme, par construction, soit pour toujours dans l’incapacité de se comprendre lui-même et de comprendre la raison ultime de ce qui l’entoure.        <br />
       	Après cette belle explication de l’aspect subjectif du phénomène de la conscience dont le seul but était de montrer qu’une telle explication dans un cadre rationnel n’est pas plus impossible par principe que celle d’autres phénomènes considérés comme élucidés, nous pouvons entreprendre l’examen du texte de Diderot, section par section.        <br />
       
     </div>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/3-La-conscience-suite_a19.html</link>
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   <title>4. Préambule</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:40:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      4. PREAMBULE       <br />
              <br />
       était absent ; je me fis annoncer à madame la maréchale. C'est une femme charmante ; elle est belle et dévote comme un ange ; elle a la douceur peinte sur son visage ; et puis un son de voix et une naïveté de discours tout à fait avenants à sa physionomie. Elle était à sa toilette. On m'approche un fauteuil ; je m'assieds, et nous causons. Sur quelques propos de ma part, qui l'édifièrent et qui la surprirent (car elle était dans l'opinion que celui qui nie la très sainte Trinité est un homme de sac et de corde, qui finira par être pendu), elle me dit :        <br />
       La Maréchale. - N'êtes-vous pas monsieur Crudeli ?        <br />
       Crudeli. - Oui, madame.        <br />
       La Maréchale. - C'est donc vous qui ne croyez à rien ?        <br />
       Crudeli. - Moi-même.        <br />
              <br />
            Il convient d’admirer la concision de ce préambule qui campe en quelques phrases courtes la situation et les personnages. Diderot est impatient d’entamer son propos, les mots lui brûlent les lèvres. Pourquoi évoque-t-il d’emblée le sujet de la Trinité  ? C’est probablement parce que c’est un des premiers sujets abordé par la doctrine et qu’à ses yeux le fait d’obliger tous les croyants à confesser que un égale trois et que trois égalent un est la meilleure illustration de l’abandon de tout esprit critique qu’exige l’adhésion sans réserves aux thèses de la doctrine catholique. Voici comment les docteurs de la foi s'expriment au sujet de la Trinité :        <br />
        &quot; Dieu le Père, étant l'Être infiniment intelligent et actif, n'a jamais été un seul instant sans se connaître. Or cette connaissance infinie, parfaite, égale à Dieu, quoique distincte de lui, c'est sa Sagesse ou son Verbe, qui, possédant nécessairement une réalité à part, s'appelle le Fils. —Mais Dieu le Père se connaissant tel qu'il est, et connaissant son Fils, qui est l'image de sa personne, avec ses infinies perfections ne peut ne pas l'aimer. Et ce Fils, pareillement connaissant son Père, ne peut non plus ne le point aimer d'un amour éternel et infini, or cet amour réciproque du Père et du Fils, réalité nécessairement subsistante, s'appelle la troisième personne, ou le Saint-Esprit. Il procède à la fois du Père et du Fils, et il est Dieu aussi, étant infini et éternel comme eux. ».       <br />
       Une fois qu’il a avalé l’existence de ce syndicat d’admiration mutuelle, le croyant est en situation de tout avaler. Cette difficulté gratuite vient du fait que les initiateurs du dogme trinitaire en ont rajouté en voulant faire du Christ un dieu, ce qu’il n’a jamais revendiqué expressément lui-même, si l’on en croit Saint-Paul et les évangélistes. Quand ils disent « Notre Père », les chrétiens se considèrent-ils comme engendrés par Dieu au sens le plus physique du terme et dieux eux-mêmes ? Platon qualifiait Socrate d’homme divin. Est-ce que ceci en faisait un dieu pour autant ? Pour faire bonne mesure, ces fondateurs ont inventé la théorie du « Rachat » qui dispute à la Trinité la palme de l’absurdité. De quoi l’enfant qui vient de naître peut-il bien être coupable, lui qui est l’image même de l’innocence ? Ni le judaïsme, ni l’islam ne s’embarrassent de dogmes aussi alambiqués et improbables. Par ces défis au bon sens les premiers théologiens chrétiens entendaient peut-être administrer la preuve de leur aptitude à faire surgir par la magie des mots une pseudo réalité, mais leur objectif principal en promulguant ces dogmes et quelques autres de même farine, était surtout de désorienter, culpabiliser et terroriser leurs catéchumènes afin de les rendre plus malléables et de leur faire croire que des intercesseurs, c'est-à-dire eux-mêmes, étaient indispensables à leur salut. Il s’agit bel et bien d’un lavage de cerveau, d’un labourage de crâne destiné à permettre la germination de nouvelles graines. C’est le pendant des cérémonies d’initiation pour les adolescents des sociétés primitives, des bizutages pour les étudiants des écoles et des classes d’instruction pour les conscrits. Une table à deux pieds est par nature instable, une table à quatre pieds est souvent boiteuse, seul un trépied est parfaitement stable en toutes circonstances, vertu enviable et enviée. Le dogme trinitaire est ainsi un bel hommage rendu par le christianisme et par d’autres religions qui l’ont précédé à la statique des corps indéformables.        <br />
       Et puis, sous couvert de Trinité, quelle image donne-t-il de la famille ce père qui engrosse la femme d’un de ses plus fidèles serviteurs et envoie au casse-pipe le fils issu de cette coupable union ? Et ce fils bien-aimé il omet de le secourir, on ne sait trop pourquoi,  alors qu’il est dans la plus extrême détresse. Depuis, sans doute fatigué par la Création et perturbé par toute cette histoire, il fait faire tout le boulot par le Saint-Esprit ! Notons au passage que la doctrine chrétienne récupère à son profit l’une des recettes les plus éculées de la mythologie classique : la naissance d’un héros comme résultat des amours d’un dieu et d’une mortelle. Avec cette particularité, qui n’est pas rare dans la mythologie, que ces amours ont un caractère incestueux, le Fils étant inséparable dans la Trinité du Père et du Saint-Esprit fécondateur. Le Fils est ainsi l’amant de sa mère et de ce fait son propre père… J’avoue avoir confondu un certain temps, ayant sans doute raté quelque cours de catéchisme, la Sainte Mère et le Saint-Esprit, Toujours est-il que cette confusion conférait à la Sainte Famille ainsi recomposée un caractère plus conventionnel, j’oserais dire plus moral, fondait à mon seul usage une théologie qui n’est pas sans mérites et anticipait peut-être sur l’évolution naturelle du culte marial…       <br />
       Je prie les chrétiens sincères d’excuser ces propos qui ne cherchent nullement à les choquer ou les offenser, mais seulement à leur faire toucher du doigt ce que leur théologie peut avoir d’absurde pour un esprit indépendant et épris de logique. Je leur accorde bien volontiers toute licence de brocarder en retour l’incroyance et les incroyants. Si la caricature est réussie, je rirai de bon cœur avec eux. A ceux qui feraient mine de se fâcher, je dirai que leur susceptibilité ne fait que souligner la fragilité de leurs convictions, et qu’ils n’ont pas vraiment confiance dans leurs raisons puisqu’ils ne trouvent pas d’autre argument pour les soutenir que la violence, verbale dans le meilleur des cas, le plus souvent, hélas, physique. Les religions n’ont jamais manqué en effet lorsqu’elles en avaient le pouvoir, d’écorcher vifs, d’empaler ou d’ébouillanter tous ceux qui refusaient de se soumettre. Je leur rappellerai également que les malheureuses femmes accusées naguère de sorcellerie auraient bien aimé que les sévices exercés sur elles, sévices que l’Eglise a suscités et cautionnés, se limitent à d’innocentes plaisanteries. Chacun peut d’ailleurs se demander quelle est la valeur d’un enseignement qui a conduit à pareilles abominations. Avec des antécédents aussi flamboyants et aussi fumants, il ne sied pas bien à l’Eglise de jouer les vierges effarouchées à la première égratignure. Fort heureusement, si la liste de ses méfaits paraît close, c’est que l’Eglise a fait retour à des sources qu’il lui était naguère arrivé d’oublier. Elle est ainsi en harmonie avec la morale naturelle, avec la philosophie des Lumières et avec les choix de vie des hippies : Love and Peace. Si donc elle se contente de dire que les propos iconoclastes l’attristent, mais ne met nullement en cause le droit, pour tout un chacun, de les tenir, je suis persuadé que les anticléricaux les plus virulents sauront mettre une sourdine à leurs persiflages.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/4-Preambule_a7.html</link>
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   <title>5. L'éthique de la Maréchale et celle du philosophe</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:38:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div>
      5. L’ETHIQUE DE LA MARECHALE ET CELLE DU PHILOSOPHE       <br />
              <br />
       La Maréchale. - Cependant votre morale est celle d'un croyant.        <br />
       Crudeli. - Pourquoi non, quand il est honnête homme.        <br />
       La Maréchale. - Et cette morale, vous la pratiquez ?        <br />
       Crudeli. - De mon mieux.        <br />
       La Maréchale. - Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?        <br />
       Crudeli. - Très rarement.        <br />
       La Maréchale. - Que gagnez-vous à ne pas croire ?        <br />
       Crudeli. - Rien du tout, madame la maréchale. Est-ce qu'on croit parce qu'il y a quelque chose à gagner ?        <br />
       La Maréchale. - Je ne sais ; mais la raison d'intérêt ne gâte rien aux affaires de ce monde ni de l'autre.        <br />
       Crudeli. - J'en suis un peu fâché pour notre pauvre espèce humaine. Nous n'en valons pas mieux.        <br />
       La Maréchale. - Quoi ! vous ne volez point ?        <br />
       Crudeli. - Non, d'honneur.        <br />
       La Maréchale. - Si vous n'êtes ni voleur ni assassin, convenez du moins que vous n'êtes pas conséquent.        <br />
       Crudeli. - Pourquoi donc ?        <br />
       La Maréchale. - C'est qu'il me semble que si je n'avais rien à espérer ni à craindre quand je n'y serais plus, il y a bien des petites douceurs dont je ne me sèvrerais pas, à présent que j'y suis. J'avoue que je prête à Dieu à la petite semaine.        <br />
       Crudeli. - Vous l'imaginez ?        <br />
       La Maréchale. - Ce n'est point une imagination, c'est un fait.        <br />
       Crudeli. - Et pourrait-on vous demander quelles sont ces choses que vous vous permettriez si vous étiez incrédule ?        <br />
       La Maréchale. - Non pas, s'il vous plaît ; c'est un article de ma confession.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, je mets à fonds perdu.        <br />
       La Maréchale. - C'est la ressource des gueux.        <br />
       Crudeli. - M'aimeriez-vous mieux usurier ?        <br />
       La Maréchale. - Mais oui : on peut faire de l'usure avec Dieu tant qu'on veut ; on ne le ruine pas. Je sais bien que cela n'est pas délicat, mais qu'importe ? Comme le point est d'attraper le ciel, ou d'adresse ou de force, il faut tout porter en ligne de compte, ne négliger aucun profit. Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons. Et vous n'attendez rien, vous ?        <br />
       Crudeli. - Rien.        <br />
       La Maréchale. - Cela est triste. Convenez donc que vous êtes méchant ou bien fou !        <br />
       Crudeli. - En vérité, je ne saurais, madame la maréchale.        <br />
       La Maréchale. - Quel motif peut avoir un incrédule d'être bon, s'il n'est pas fou ? Je voudrais bien le savoir.        <br />
       Crudeli. - Et je vais vous le dire.        <br />
       La Maréchale. - Vous m'obligerez.        <br />
       Crudeli. - Ne pensez-vous pas qu'on peut être si heureusement né qu'on trouve un grand plaisir à faire le bien ?        <br />
       La Maréchale. - Je le pense.        <br />
       Crudeli. - Qu'on peut avoir reçu une excellente éducation qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ?        <br />
       La Maréchale. - Assurément.        <br />
       Crudeli. - Et que, dans un âge plus avancé, l'expérience nous ait convaincu qu'à tout prendre il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu'un coquin ?        <br />
       La Maréchale. - Oui-da ; mais comment est-on un honnête homme, lorsque de mauvais principes se joignent aux passions pour entraîner au mal ?        <br />
       Crudeli. - On est inconséquent ; et y a-t-il rien de plus commun que d'être inconséquent ?        <br />
       La Maréchale. - Hélas ! malheureusement non ; on croit, et tous les jours, on se conduit comme si l'on ne croyait pas.        <br />
       Crudeli. - Et sans croire, on se conduit à peu près comme si l'on croyait.        <br />
              <br />
       	La Maréchale et le philosophe viennent de donner l’un et l’autre les raisons qu’ils ont de se bien conduire. Si le philosophe se fait le porte-parole d’une morale fondée sur la nature et la raison, la Maréchale proclame avec innocence qu’elle ne fait le bien que par intérêt personnel ! La naïveté réelle ou feinte de la Maréchale est d’une grande cocasserie, car une telle motivation est évidemment aux antipodes de ce qu’on considère généralement comme une motivation d’ordre moral ! Nous sommes pourtant là au cœur de la contradiction interne de la doctrine catholique relative au Salut qui ravale la générosité au rang de l’intérêt bien compris et les braves gens au rang de rentiers prévoyants. De ce point de vue, une doctrine qui propose de vous emprunter une somme relativement modique, dont elle vous assure qu’elle ne vous appauvrit pas car il y a des compensations, et promet de vous servir des intérêts extraordinairement élevés et qui courent éternellement a sur toutes les autres un avantage évident. Tel de mes proches me disait un jour n’avoir eu dans sa vie que des avantages à pratiquer la religion. Je n’ai pas eu l’esprit de lui répondre que je me serais très bien accommodé qu’il n’y eut que des inconvénients si j’y avais reconnu l’amorce d’un chemin vers la vérité. Si, dans l’au-delà, les bons étaient punis et les méchants récompensés c’est là qu’il serait beau d’être vertueux ici-bas ! Pourquoi d’ailleurs n’en irait-il pas ainsi, si la terre et le Ciel ont quelque cousinage ? Les tortionnaires, le plus souvent, meurent dans leur lit.        <br />
            	Pour en revenir à la Maréchale, je ne la blâme pourtant pas, car je sais bien que c’est une excellente femme qui ne fait qu’obéir à son cœur qui est bon et que sa tête lui fournit le prétexte et non la vraie raison de sa conduite. C’est qu’en effet l’homme et la femme sont naturellement bons et pourquoi le sont-ils ? Il ne faut pas chercher la raison dans un commandement divin, ou alors seulement de façon allégorique, car le sens moral vient de la nature et d’elle seule. Aucun groupe humain, famille, clan, tribu, entreprise ou nation ne peut survivre si ses membres ne respectent pas entre eux certaines règles éthiques. Les groupes où les individus ne se sont pas conformés majoritairement à ces règles ont été éliminés par la sélection naturelle. Aussi, avec le temps, le sens moral est-il devenu aussi commun parmi les hommes que le sens de l’orientation chez les oiseaux migrateurs. Les oiseaux dépourvus de ce sens se sont perdus et ont été perdus pour leur espèce. Ne dit-on pas d’un homme dépourvu de sens moral que c’est un homme perdu ? S’il n’a rien à craindre, l’homme est naturellement bienveillant. Voyez son attitude à l’égard des enfants, des vieillards ou des animaux familiers qui ne sauraient le menacer ni entrer en concurrence avec lui. Ceux qui, étant en bonne santé, ne s’offrent pas spontanément à pousser une voiture en panne sont une petite minorité composée sans doute de gens esquintés par la vie. Le sens moral n’est pas propre à la seule espèce humaine, mais il intervient dans toutes les espèces où la mère et souvent le père s’occupent d’élever et de nourrir leurs petits. Le soin des petits, avec le désintéressement qu’il suppose, est le prototype et le fondement de toute conduite morale. Toute femme est sainte qui a mis au monde et élevé ses enfants de son mieux. Les animaux qui vivent en groupes comme les loups et les éléphants savent à l’occasion faire preuve de générosité à l’égard de leurs congénères. C’est le même instinct moral qui pousse les pères et les mères à se saigner aux quatre veines pour élever leur progéniture et qui pousse les saumons à remonter les cours d’eau jusqu’aux zones de frai où ils meurent d’épuisement, leurs dépouilles pouvant servir alors de nourriture aux futurs alevins. Les comportements asociaux s’éliminent d’eux-mêmes car ils sont un handicap pour la survie et la perpétuation du groupe tout entier. Les truands et les maffieux ont été dévoyés dans leur enfance d’une manière ou d’une autre, mais ils ont leur propre code d’honneur. Tout manquement à ce code est par eux cruellement réprimé, ce qui fait que les espèces parasites que sont truanderies et maffias peuvent perdurer… La morale est ainsi l’ensemble des règles de comportement que doivent respecter les membres d’une espèce pour que celle-ci se perpétue. Ces règles dont une partie au moins est innée se manifestent de façons similaires quels que soient les fondements religieux, philosophiques ou contractuels qu’on leur suppose. Les galaxies présentent les mêmes formes typiques aux quatre coins de l’univers, car les forces qui sont à l’œuvre pour leur donner naissance et les façonner sont identiques. Les vallées de toutes les rivières se ressemblent, y compris sur Mars.        <br />
       	L’instinct moral a commencé par régenter la cellule familiale puis, à mesure que les pouvoirs de l’homme s’accroissaient et que la société se compliquait, il s’est étendu au clan, à la tribu, à la nation, à l’humanité toute entière. Avec l’écologie il s’étend désormais à l’ensemble du monde vivant et à ses conditions d’existence. L’instinct moral et l’instinct sexuel que l’on a tendance à opposer sont peut-être au contraire étroitement associés dans les structures les plus archaïques du cerveau des êtres évolués. Je serais prêt à parier que les dinosaures il y a cent millions d’années avaient déjà une conscience et une morale, peut-être légèrement fascisantes l’une et l’autre ! Si Dieu n’existe pas, tout est permis, y compris de suivre spontanément son inclination au bien. N’ayez donc pas honte d’être bons, vous ne faites que vous conformer à l’ordre naturel des choses. Si la Maréchale choisit de faire le bien, ce n’est pas en considération de récompenses ou de châtiments futurs, c’est parce qu’il lui est viscéralement insupportable de faire le mal, et qu’elle n’est pas masochiste ! De plus, comme l’indique Diderot, les raisons objectives d’être vertueux ne manquent pas. L’homme prudent qui gravit une pente raide et glissante fait des lacets en assurant chacun de ses pas. Le voyou veut gagner du temps en montant tout droit, mais il trébuche, dérape et se retrouve plus bas que l’endroit d’où il était parti.	       <br />
       		On peut s’étonner que dans cette partie de l’Entretien, Diderot ne prenne pas la peine de réfuter le « pari de Pascal » alors que la Maréchale, sans toutefois le citer explicitement, en reprend l’argumentation. Ce pari consiste à dire que la somme d’efforts de toute nature dont vous faites l’avance en adorant Dieu et en respectant ses prescriptions est finie, alors que le rendement espéré de ce placement est infini ; que vous avez donc intérêt à croire selon le calcul des probabilités appliqué aux jeux de hasard. C’est une martingale infaillible qui vous est proposée. Argument apparemment irréfutable. Tentons pourtant d’énumérer les différentes formes de réfutation possibles :        <br />
       -	Mon professeur de littérature, homme aussi éminent que libertin, objectait que sa vie présente étant tout ce dont il disposait, il était obligé d’y attacher une importance tout aussi infinie que celle qu’il attachait à une éternité sujette à caution.        <br />
       -	Les dogmes sur lesquels ce pari est fondé sont infiniment improbables. Quel est le résultat du quotient de deux infinis ?       <br />
       -	« Ou la définition générale (de la justice) convient également à vous, à M. le maréchal, à moi, au jeune Mexicain et au vieillard ; ou je ne sais plus ce que c'est, et j'ignore comment on plaît ou l'on déplaît à ce dernier ». Il ne suffit pas en effet que Dieu existe pour que le croyant soit récompensé, il faut en plus que les différents dogmes enseignés par l’Eglise se révèlent exacts.       <br />
       -	Si le dieu qui est proposé à votre adoration n’est pas le bon, le dieu véritable peut se sentir offensé que vous lui ayez préféré un imposteur et vous en tenir rigueur.       <br />
       -	Ce dieu est bien le bon, mais il déteste la flagornerie et les faux-semblants. Il tient pour contre-productive toute démarche dictée par l’intérêt. A un homme pieux mais intéressé il préfère un brave type, indifférent en matière de religion, mais qui essaie avec abnégation, à la place qui est la sienne, de faire fonctionner le système, et il se soucie comme d’une guigne de son adoration.       <br />
       -	Dieu est prêt à pardonner à tous, sauf à ceux qui se parent de son autorité et prétendent juger à sa place       <br />
       -	Pour Dieu, punir une créature qu’il a façonnée de toutes pièces et qui plus est, à son image, c’est comme s’il se tirait une balle dans le pied.       <br />
       -	Contrairement à ce qu’un vain peuple pense, ce sont dans l’au-delà les bons qui sont punis et les méchants qui sont récompensés. Dieu a bien jadis professé le contraire, mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Voilà une solution que les docteurs de la foi n’ont pas envisagée, eux qui se débattent depuis toujours avec les problèmes insolubles posés à leur doctrine par l’existence du mal. Le mal existe pour que la plupart d’entre nous puissent jouir d’un bonheur éternel !       <br />
       Rappelez-vous ce poème de Prévert intitulé « Les Paris Stupides » et qui comporte ce seul hémistiche : « Un certain Blaise Pascal … ».        <br />
       		Je serais toutefois disposé à accepter une forme atténuée du pari de Pascal qui serait la suivante :       <br />
       -	 S’il y a un au-delà, les croyants sauront un jour qu’ils ont eu raison et les incroyants sauront un jour qu’ils ont eu tort, s’ils se sont hasardés à nier la possibilité d’un au-delà.        <br />
       -	 S’il n’y a pas d’au-delà, les incroyants ignoreront pour toujours qu’ils ont eu raison et les croyants ignoreront pour toujours qu’ils ont eu tort.       <br />
       Cette inégalité de traitement serait le prix à payer par l’incroyant  attaché avant tout à la vérité. A moins que l’au-delà, enfin dévoilé, ne stupéfie tout autant le croyant que l’incroyant !       <br />
        Croyez en Dieu tant qu’il vous plaira, mais ne vous en servez jamais pour justifier quoi que ce soit qui soit contraire à la morale commune sur laquelle l’accord de tous se fait aisément et qui est institutionnalisée par un certain nombre de textes fondamentaux. « Sur les raisons d’être vertueux, les hommes disputent, mais sur la vertu elle-même, non » (Alain). Qu’importent au reste les raisons de faire le bien pourvu qu’on le fasse !        <br />
       	     Les hommes sont naturellement bons, mais ils ont des passions dont certaines sont potentiellement dangereuses : amour de l’argent, du pouvoir, de la renommée, du sexe, du jeu, des drogues, haine et jalousie, orgueil aveugle et vanité. Ces passions ne peuvent jamais être assouvies chez un individu de tempérament passionné (celui qui aime l’argent ne s’arrête pas au premier million), et pour une raison quasi mécanique. Considérons que le degré de satisfaction d’une passion va du déplaisir au plaisir en passant par zéro. Lorsque le degré de satisfaction de cet individu s’est établi durablement à une valeur positive ou négative, et sous réserve que les altérations subies ne soient pas irréversibles, l’étalonnage de son “ satisfactionomètre ” est automatiquement modifié, comme c’est le cas pour une quelconque addiction, de telle façon que son indication revienne à zéro (l’étendue de mesure de cet instrument est beaucoup plus grande au dessous de zéro qu’au dessus, comme certains l’expérimentent encore trop souvent). Cet équilibre correspond en effet au maximum de réactivité de l’individu, ce qu’à part quelques pervers tout un chacun inconsciemment recherche. Sachant cela, le point est de rendre les passions suffisamment maniables par gymnastique du corps et de l’esprit. Hitler était un être acceptable pour ses proches et un bon maître pour son chien. Mais il n’a pas suffisamment pratiqué cette gymnastique-là. Il faut dire qu’il était atteint au dernier degré d’une passion maladive fort répandue alors en Europe : l’antisémitisme. Supprimez les passions et il ne restera plus entre les hommes que des conflits d’intérêt. Or, comme l’a dit Alain, les intérêts transigent toujours, les passions jamais.        <br />
       On ne peut conclure cette courte réflexion sur les fondements de l’éthique sans relever dans la pratique quotidienne le caractère éminemment relatif de ses prescriptions : le résistant héroïque est aisément affublé du nom de terroriste… la jeune kamikaze est une sainte pour ses frères opprimés, et une terroriste abominable pour ses oppresseurs…un homicide volontaire vous vaut selon les circonstances décoration ou cour d’assises… les homosexuels étaient naguère pourchassés et mis à mort ; aujourd’hui, ils paradent fièrement dans les rues… Les choses s’arrangent comme elles le peuvent, par l’enchaînement des causes et des conséquences. Il n’y a ni bien ni mal en soi, mais seulement des causes ayant des conséquences que nous jugeons favorables ou défavorables pour notre espèce, pour nous, pour nos proches parents, ou pour nos amis selon des cercles égocentriques. La femme qui commet un larcin pour nourrir ses enfants est coupable aux yeux de la loi, mais le seul châtiment qu’elle mérite est d’être aidée et secourue car, en toutes choses, il faut considérer la fin. Pour surmonter ces contradictions il faut reprendre les choses de plus haut et considérer l’intérêt du monde vivant dans son ensemble. Il ne faut pas se cacher cependant que certains choix sont délicats et que l’arbitraire de certaines décisions est difficile à éviter. La lionne qui chasse est une bonne mère pour ses lionceaux et un monstre assoiffé de sang pour les malheureux herbivores  qui en sont les victimes.  Il y a dans toute société humaine des herbivores et des carnivores. Les ouvriers du bas de l’échelle, les paysans pauvres, les techniciens obscurs et les savants modestes comptent parmi les herbivores. Ceux qu’on appelle des « tueurs » en politique ou dans les affaires, les dictateurs et les escrocs sont des carnivores. Les carnivores échangent quelquefois coups de dents et coups de griffes, mais ils se dévorent rarement entre eux. Dans les positions intermédiaires, on rencontre surtout beaucoup d’omnivores. L’enseignement attribué au Christ voudrait faire de nous tous des herbivores, les seuls prédateurs demeurant dans ce cas Dieu, le Prince, et ceux qui les servent.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>6. Avantages, inconvénients et origine des religions</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:36:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div>
      6. AVANTAGES, INCONVENIENTS ET ORIGINE DES RELIGIONS       <br />
              <br />
       La Maréchale. - A la bonne heure ; mais quel inconvénient y aurait-il à avoir une raison de plus, la religion, pour faire le bien, et une raison de moins, l'incrédulité, pour mal faire.        <br />
       Crudeli. - Aucun, si la religion était un motif de faire le bien, et l'incrédulité un moyen de faire le mal.        <br />
       La Maréchale. - Est-ce qu'il y a quelque doute là-dessus ? Est-ce que l'esprit de religion n'est pas de contrarier cette vilaine nature corrompue, et celui de l'incrédulité, de l'abandonner à sa malice, en l'affranchissant de la crainte ?        <br />
       Crudeli. - Ceci, madame la maréchale, va nous jeter dans une longue discussion ;        <br />
       La Maréchale. - Qu'est-ce que cela fait ? Le maréchal ne rentrera pas sitôt ; et il vaut mieux que nous parlions raison, que de médire de notre prochain.        <br />
       Crudeli. - Il faudra que je reprenne les choses d'un peu plus haut.        <br />
       La Maréchale. - De si haut que vous voudrez, pourvu que je vous entende.        <br />
       Crudeli. - Si vous ne m'entendiez pas, ce serait bien ma faute.        <br />
       La Maréchale. - Cela est poli ; mais il faut que vous sachiez que je n'ai jamais lu que mes Heures, et que je ne suis guère occupée qu'à pratiquer l'Évangile et à faire des enfants.        <br />
       Crudeli. - Ce sont deux devoirs dont vous vous êtes bien acquittée.        <br />
       La Maréchale. - Oui, pour les enfants. J'en ai six tout venus et un septième qui frappe à la porte ; mais commencez.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, y a-t-il quelque bien, dans ce monde-ci, qui soit sans inconvénient ?        <br />
       La Maréchale. - Aucun.        <br />
       Crudeli. - Et quelque mal qui soit sans avantage ?        <br />
       La Maréchale. - Aucun.        <br />
       Crudeli. - Qu'appelez-vous donc mal ou bien ?        <br />
       La Maréchale. - Le mal, ce sera ce qui a le plus d'inconvénients que d'avantages ; et le bien, au contraire, ce qui a plus d'avantages que d'inconvénients.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale aura-t-elle la bonté de se souvenir de sa définition du bien et du mal ?        <br />
       La Maréchale. - Je m'en souviendrai. Appelez-vous cela une définition ?        <br />
       Crudeli. - Oui.        <br />
       La Maréchale. - C'est donc de la philosophie ?        <br />
       Crudeli. - Excellente.        <br />
       La Maréchale. - Et j'ai fait de la philosophie !        <br />
       Crudeli. - Ainsi, vous êtes persuadée que la religion a plus d'avantages que d'inconvénients ; et c'est pour cela que vous l'appelez un bien ?        <br />
       La Maréchale. - Oui.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, je ne doute point que votre intendant ne vous vole un peu moins la veille de Pâques que le lendemain des fêtes, et que de temps en temps la religion n'empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens.        <br />
       La Maréchale. - Petit à petit, cela fait somme.        <br />
       Crudeli. - Mais croyez-vous que les terribles ravages qu'elle a causés dans les temps passés, et qu'elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n'y a pas un musulman qui n'imaginât faire une action agréable à Dieu et au saint Prophète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et de trop funestes exemples. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la société entre les citoyens, et dans la famille entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu'il était venu pour séparer l'époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de la sœur, l'ami de l'ami ; et sa prédiction ne s'est que trop fidèlement accomplie.        <br />
       La Maréchale. - Voilà bien les abus ; mais ce n'est pas la chose.        <br />
       Crudeli. - C'est la chose, si les abus en sont inséparables.        <br />
              <br />
       		La Maréchale et le philosophe viennent d’exprimer leurs points de vue respectifs sur les avantages et les inconvénients des religions. Pour la Maréchale, elles sont garantes de la moralité publique et produisent nombre de petits biens qui à la fin font somme. Pour le philosophe elles entraînent à cause de leurs conflits des drames effroyables, entre les nations comme dans les familles. Le croyant se sent agressé par une croyance différente de la sienne, ou par l’incroyance, et réagit d’autant plus violemment qu’il n’est pas vraiment en mesure de justifier son parti-pris. Quand il a fini d’épuiser ses mauvaises raisons, il en vient facilement à la colère, ayant le sentiment qu’on refuse de l’écouter et de le comprendre. Ces querelles sont du même ordre que les querelles politiques : c’est intuition contre intuition, préjugé contre préjugé. Cependant, la Maréchale et le philosophe ne se sont pas interrogés sur l’origine des religions. Essayons de réparer cet oubli.       <br />
       	 Qu'est-ce qui peut bien expliquer la fortune de l’idée religieuse, présente en tous lieux et à toutes les époques ? La réponse usuelle est que l’homme est un animal religieux. Il est vrai que l’homme a tout adoré, le soleil, la lune, la vache, le taureau et jusqu’à l’escargot. Encore aujourd’hui, si vous vous amusez à comparer les prévisions de différents horoscopes avec ce qui advient véritablement, vous en conclurez que de telles prévisions sont invendables puis, renseignements pris, que la crédulité n’a pas de limites. L’homme est ainsi fait qu’une affirmation douteuse est plus facile à lui vendre qu’une bonne question. Il est tellement avide d’explications qu’un mythe improbable sera toujours mieux accepté qu’un aveu d’ignorance. On peut en conclure que son ennemi le plus redoutable, c’est l’indécision, d’où les présages et les augures chargés de les interpréter. Les augures avaient souvent recours en matière de présage au vol des oiseaux, sans doute parce qu’un oiseau qui s’envole avertit le chasseur de l’approche d’un danger et, sans doute aussi, parce qu’ils ont la vue perçante et qu’ils sont capables de parcourir de longues distances sans s’égarer. Dans les temps anciens deux augures qui se rencontraient étaient obligés dit-on de se cacher pour rire à leur aise. Et quand deux cardinaux aujourd’hui se rencontrent ? Des personnes aussi intelligentes peuvent-elles ignorer le doute, même si elles n’ont aucun doute sur la grandeur de leur fonction ? Les astrologues, les gourous fondateurs de sectes, les hommes d’église couvrant sciemment des supercheries, les publicitaires sans scrupules, les organisateurs de jeux de hasard, les escrocs et les démagogues exploitent sans vergogne le filon jamais épuisé de la crédulité humaine. Celui qui se voit déjà riche à millions achète un billet de loterie. Il y a des religions parce que la crédulité et le désir d’échapper à la dure réalité créent un marché pour les idées religieuses.       <br />
       	Pour essayer d’aller plus loin, il faut observer tout d’abord que les hommes occupent dans la nature un domaine restreint où s’exercent leurs activités quotidiennes, où le comportement immédiat de ce qui les entoure est dans une large mesure prévisible. Aux frontières de ce domaine se tiennent trois types de personnages :       <br />
       -	Les hommes de science qui travaillent à agrandir le domaine       <br />
       -	Les philosophes qui, regardant par-dessus l’épaule des savants, font l’inventaire des territoires récemment conquis, essaient d’en extraire une sagesse utile et tentent de deviner ce qui peut se situer encore au-delà. N’ayant pas comme les savants « le nez dans le guidon », ils sont éventuellement mieux à même de tirer parti de ces nouveaux territoires       <br />
       -	Les hommes de religion qui se font les propagateurs de diverses traditions mythiques décrivant ce qui est censé exister au-delà de la frontière. Ce sont eux qui déroulent devant leurs fidèles des toiles sur lesquelles ils ont peint les paysages lointains et embrumés imaginés par leurs traditions. Protégés de l’angoisse de l’inconnu par ces rideaux aux couleurs apaisantes (les enfers sont cachés opportunément aujourd’hui par un pli du rideau), les hommes peuvent vaquer tranquillement à leurs occupations.	       <br />
       Les religions auraient donc d’abord un intérêt utilitaire en dissuadant les hommes de perdre leur temps à ratiociner sur ce qui se situe en dehors de leur domaine normal d’activité et en les invitant à se concentrer ce sur quoi ils peuvent effectivement agir. Elles les aideraient également à prendre des risques en leur fournissant une sorte d’assurance tous risques sur l’éternité. Elles seraient un refuge pour les individus qui se sentent mal à l’aise dans un monde gouverné par la science et la technologie.       <br />
       « Est-il en notre temps       <br />
       Rien de plus odieux       <br />
       De plus désespérant       <br />
       Que de n’pas croire en Dieu »       <br />
       (Brassens)       <br />
        Dans les situations désespérées elles offriraient le refuge de l’imaginaire, d’où le réveil de la foi dans ces circonstances. Entre les pattes du lion la gazelle doit recommander son âme au dieu des gazelles. Croire qu’il est encore possible de faire quelque chose lorsqu’il n’y a plus rien à faire permet d’alléger quelque peu une angoisse bien compréhensible. L’homme emprisonné dans sa condition mortelle comme une guêpe dans un bocal est prêt à suivre quiconque se flatte de connaître la sortie. Il est possible que la croyance en un au-delà soit pour certains la seule façon de rendre tolérable la perspective de leur inéluctable disparition. Les amours contrariées ne suscitent-elles pas spontanément le désir d’une éternité compensatoire ? Les religions fourniraient par ailleurs aux hommes  un horizon commun et des valeurs communes contribuant ainsi à la cohésion sociale. La religion est d’après l’étymologie ce qui relie les hommes entre eux, et pour les relier, il faut d’abord les rallier. D’où la nécessité, pour des raisons pratiques, d’appliquer l’adage  à chaque région sa religion “ cujus regio, ejus religio ”. Le bon sens ne trouve pas son compte dans cette régionalisation de la vérité. La paix non plus. Certains vont même jusqu’à considérer que les religions sont des fictions commodes destinées à faire en sorte que le bon peuple se tienne tranquille, c’est le fameux « opium du peuple ». Le pouvoir politique protègerait la religion qui renverrait l’ascenseur en rassurant le peuple sur ses fins dernières et en prêchant la soumission. Aujourd’hui on vous dore la pilule. Demain, on vous rasera gratis ! Politiciens et religieux seraient complices du même mensonge, et comme ce mensonge est animé des meilleures intentions, ces deux corporations le ressentiraient comme un pieux mensonge.        <br />
       « Vous recevrez des coups de pied au cul       <br />
       Vous ferez des heures supplémentaires       <br />
       Qui vous seront comptées dans le royaume de mon Père »       <br />
       (Jacques Prévert, Paroles)       <br />
       Si la religion chrétienne a été instrumentalisée par certains des princes qui nous ont gouvernés, il est douteux cependant que ceci explique complètement sa création et sa réussite.       <br />
       	 Les hommes d’église se présentent comme des pasteurs, des bergers. C’est dire dans quelle estime ils tiennent le troupeau de leurs fidèles, et on sait bien quel est le sort final réservé aux moutons : au mieux la tonte, au pis l’abattoir ! Les hommes d’église ne sont pas d’ailleurs les bergers qu’ils prétendent être mais plutôt les chiens de berger de celui qui conduit effectivement le troupeau. Quand le premier des citoyens prête serment sur un livre sacré, ce n’est pas l’homme d’état qui est sacralisé, c’est le Livre !       <br />
       		Il faut également reconnaître que les rites auxquels sont assujettis les fidèles présentent des vertus que l’on peut dire paramédicales. Ce n’est pas une allure naturelle que de tendre le poing lorsqu’on est à genoux, ni de crier lorsqu’on a les mains jointes. L’immobilité forcée et les chants liturgiques apaisent les passions. A un aumônier militaire qui, profitant de circonstances particulières, essayait de ranimer la flamme de ma croyance défunte, je fis la réflexion que ses paroles faisaient une bien jolie musique. Sur quoi, citant les propos d’un Père de l’Eglise dont j’ai oublié le nom, il me répondit qu’il ne fallait pas avoir peur de la musique… Des gosiers incertains, se calant les uns sur les autres et se synchronisant, produisent un beau chant et font prendre conscience aux fidèles de l’intérêt d’appartenir à une même communauté. J’envie les croyants qui ont, comme la Maréchale,  le privilège inouï de pouvoir s’entretenir en particulier et sans rendez-vous avec le Grand Patron de l’Univers. Il doit être particulièrement gratifiant de pouvoir lui raconter toutes ses petites affaires, toutes ses petites misères, toutes ses petites joies, toutes ses petites ambitions, de trouver chez lui une oreille attentive et d’obtenir son intervention. Joie ! Joie ! Pleurs de joie ! disait Blaise Pascal. Le même se disait effrayé par le silence des espaces infinis, faisant ainsi bon marché des propos du sage antique selon lesquels une pinte d’eau suffit à se noyer. Les croyants se font-ils cependant une juste idée de leur place dans le cosmos ? Ne craignent-ils pas que ce dialogue avec la puissance suprême ne soit qu’un monologue déguisé, une sorte d’autoanalyse, peut-être un traitement contre la déprime ? Peu importe au fond me direz-vous si cet exercice les aide à vivre. C’est toujours beaucoup moins cher qu’un passage sur le divan. Prier est également une façon de garder bonne conscience sans trop d’efforts. Prier pour que la pluie tombe est moins fatigant que de creuser un puits, un canal d’irrigation ou un bisse. Prier pour la paix est moins dangereux que de séparer les belligérants. L’ermite au cœur des montagnes ou du désert fuit ses contemporains et ne prie que pour lui-même. Si les prières peuvent être bénéfiques pour celui qui prie en lui apportant la paix de l’âme, elles ne semblent pas l’être pour ceux pour lesquels on prie. Des expériences récentes ont montré que les prières sont sans aucun effet, positif ou négatif, sur les malades lorsque ceux-ci ne sont pas tenus au courant des prières dites à leur intention - ce qui ne surprendra pas les mécréants et peut aussi s’interpréter comme un silence vexé de la divinité. Ce qui est plus inattendu, c’est que ces prières ont un impact négatif lorsque les malades en question ont été informés du fait qu’on priait pour eux ! L’explication fournie par les auteurs de l’étude est que cette information aurait déclenché chez eux une anxiété pathogène ! Ils ne se croyaient pas malades au point qu’on soit obligé de dire des prières pour leur guérison ! Les bouddhistes apprennent à atteindre l’ “ éveil ”, c’est à dire à être conscients sans aucune pensée discursive ou négative, exercice particulièrement difficile et qui réclame un long apprentissage. Ils en retirent un bénéfice thérapeutique, un peu comme s’il s’agissait d’un électrochoc. De façon analogue une remise à zéro guérit souvent les maux d’un ordinateur. Elle peut être obtenue en éteignant et en rallumant l’appareil. La spiritualité est une gymnastique consistant à faire fonctionner l’esprit en circuit fermé. Cette brève folie contrôlée  peut à la rigueur renseigner sur les aberrations de l’esprit, mais surement pas sur la « nature profonde » du monde extérieur, à supposer que cette formule ait un sens. Les fadaises qu’elle prodigue sur l’Etre n’ont jamais rien apporté d’utile ni même de compréhensible. « La métaphysique est le roman de l’esprit » (Voltaire). Finalement, le grand avantage de tous ces exercices de méditation est de ne plus avoir à craindre les insomnies car celles-ci sont facilement meublées et rendues ainsi plus tolérables. Ces exercices préparent à un sommeil riche en rêves lequel est absolument essentiel pour que le cerveau classe les souvenirs utiles, élimine les autres et effectue cette remise à zéro et cette défragmentation qui permettent d’aborder la journée suivante dans de bonnes conditions. D’où l’importance accordé aux songes par les anciens. La privation de sommeil est un traitement inhumain et dégradant. Comme un bon commerçant, la défragmentation place les souvenirs heureux sur la devanture.       <br />
       		Une autre explication réside dans le phénomène d’empreinte. En inculquant leurs croyances à des enfants dont chacun sait qu’ils croient au Père Noël sans aucune difficulté et qu’ils adorent les dessins animés où les lois de la physique ordinaire sont ignorées ou caricaturées, les catéchistes obtiennent que ces croyances deviennent une partie intégrante et fondatrice de leurs structures mentales à l’age où celles-ci se constituent. Ainsi les jeunes oies qui n’avaient jamais connu que lui suivaient-elles dans tous ses déplacements le bon professeur Lorentz qu’elles prenaient pour leur mère ! Implantez une idée dans une jeune cervelle malléable et les faits ou les idées la confirmant viendront s’y agglutiner et enrichir la mémoire tandis que ceux qui l’infirment ne trouveront pas de support ou s’accrocher et seront perdus. Ce phénomène est à l’origine de tous les préjugés. Sous sa forme extrême il est à l’origine de tous les fanatismes.        <br />
       		 En incitant les croyants à avoir beaucoup d’enfants, l’Eglise augmente le réservoir potentiel de ses fidèles car elle a observé qu’on passe plus fréquemment dans une lignée familiale de la croyance à l’incroyance que l’inverse. En France, selon certaines statistiques, 50% seulement des enfants d’une famille catholique conservent activement cette croyance. Pour que cette croyance ne dépérisse pas très rapidement il est par conséquent impératif que le croyant soit plus prolifique que l’incroyant. Des préoccupations boutiquières  ne seraient donc pas étrangères à cette incitation à croître et se multiplier ! Quelles sont les prédispositions sociologiques qui conduisent un individu à épouser une croyance religieuse ou à la rejeter ? Essentiellement la tradition familiale et le milieu socioprofessionnel.  Il existe peu ou pas d’études au sujet des prédispositions psychologiques qui pourraient jouer un rôle. Les religions sont mieux acceptées me semble-t-il par les « forts en thème » esprits aptes à mémoriser et appliquer sans erreur des règles qu’il n’y a pas lieu d’examiner. L’incroyance sied mieux à ceux qui se sentent plus à l’aise dans l’exercice de la version où il s’agit de comprendre la pensée de l’autre, sans y adhérer nécessairement. On peut hasarder qu’un facteur favorable à la croyance religieuse serait un terrain mental meuble dans lequel les premières idées reçues s’enracinent facilement et profondément. Le terrain mental de l’incroyant est plus imperméable, les idées toutes faites glissent sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard. L’incroyant ne se complait pas dans la peur et il n’a pas le culte du chef.       <br />
       		La sélection naturelle a jusqu’à une époque récente éliminé les sociétés, peu nombreuses au demeurant, qui n’ont pas eu recours à l’artifice de la religion. Des spécialistes ont relevé que la durée d’une civilisation dépourvue de religion ne dépassait pas deux ou trois générations. Quel est donc l’avantage apporté par les religions du point de vue de la survie ? C’est selon moi que les droits de la famille, du groupe, de la nation et, de façon ultime, les droits de l’espèce parlent par la bouche du prêtre, interprète autoproclamé de la volonté divine, mais d’abord interprète efficace des intérêts collectifs. « Qui donc dit que le riche ne peut entrer au royaume de Dieu ?  C’est le petit prêtre. Et que les humbles ont la meilleure part de l’esprit ? C’est encore le petit prêtre » (Alain). C’est aussi que les Eglises prêchent le rassemblement des consciences et des volontés, obsession de tous les hommes publics. Ce rôle ne peut rester vacant. Les Eglises n’ont aucune légitimité historique ou scientifique, mais elles ont une légitimité pratique. Un totem signifie : « ce mat dressé est l’image de notre tribu, nos ancêtres se sont établi ici, et nous entendons nous y maintenir, et nous y multiplier». Clochers des églises générateurs de « l’esprit de clocher » et tours de bureaux des grandes sociétés, orgueil de leurs dirigeants, remplissent la même fonction. Avoir la foi et l’espérance, c’est prendre en considération, au delà de sa propre existence, le sort des générations futures. L’écologie est la forme moderne et scientifique des religions. Elle constitue donc une réelle nouveauté.       <br />
       		La religion est également une forme de politesse. Par son adhésion à une doctrine bien identifiée, le croyant affiche le code moral auquel il se réfère et se rend ainsi plus prévisible, moins inquiétant que l’incroyant qui n’a pas de critères reconnus, qui ne peut  dire ce qu’il pense de façon simple et concise, ou qui n’ose pas le faire de peur de choquer. Les américains sont indifférents à la religion que vous avez choisie, pourvu que vous en ayez une. A leurs yeux, votre religion vous confère un label de qualité, comme votre compte en banque ou votre statut socioprofessionnel. Vous devenez grâce à elle un interlocuteur respecté, au moins selon les apparences, car la réalité est souvent bien différente. Ceux qui sont allés aux Etats-Unis vêtus de leur seule candeur pour y faire des affaires se sont vus le plus souvent roulés dans la farine.       <br />
       	  Les incroyants seront toujours en position d’infériorité vis-à-vis des croyants car ils n’ont rien  à vendre sauf peut-être l’honneur de l’esprit. “ Croyez et vous gagnerez davantage de dollars ”. Tel est, à peine caricaturé, le message des télé-évangélistes américains. Le pis est que ce message est exact. Débarrassé des préoccupations superflues, l’esprit serein, le croyant peut se concentrer sur la tâche qui lui est impartie et l’habitude qu’il a de s’incliner devant les puissances suprêmes rassure les gens en place. Par sa déférence il affiche son intention d’être toujours et quoi qu’il arrive du côté du manche. Faire acte d’allégeance à un supérieur et avaler si nécessaire quelques couleuvres n’est jamais pour lui un problème. Aussi la carrière des jeunes gens bien pensants est-elle toujours facilitée. Le choix de certains dirigeants ne s’explique pas si l’on ignore que ces derniers vont à la messe tous les dimanches. Ils viennent s’y entendre dire qu’ils sont les plus beaux et les meilleurs, qu’ils sont « le sel de la terre » et que par conséquent leur prospérité présente ou espérée n’est pas usurpée. Ils viennent également y apprendre l’art de raconter de belles histoires, celui d’afficher une assurance tranquille teintée d’autosatisfaction et celui de faire des promesses non gagées, talents indispensables aux meneurs d’hommes et par lesquels ils se reconnaissent entre eux aussi sûrement que le font les francs-maçons par d’autres signes. Ils savent prendre un sac de blé sur la 99ème marche et le poser sur la centième en se vantant de l’avoir hissé plus haut que tous les autres.  S’intéressant à la chose publique ils sauront amorcer la pompe de la crédulité en répétant des vérités d’évidence et en enfonçant des portes ouvertes, avant de formuler leurs propositions les plus contestables. Observez à titre d’illustration que la proportion de pratiquants réguliers est de 7% chez les français et qu’elle atteint 80% chez les présidents de leur cinquième république ! Encore faut-il dire que les 20% qui restent étaient fortement imprégnés de la même tradition. Aucune activité politique, sportive ou culturelle ne peut se flatter de rassembler tous les dimanches trois ou quatre millions de français et de leur donner le sentiment d’appartenir à une même communauté. L’église catholique demeure bien le premier lobby de France, et elle n’est pas un cas isolé. Le choix d’une religion traduit souvent le désir d’être avec les plus forts ou les plus riches, et, pour une religion, bien plus que de soutenir une hypothétique vérité, l’important est de se retrouver du côté des vainqueurs. Les dieux des vaincus perdent leurs fidèles.       <br />
       		 La religion ne serait ainsi que l’idéologie professée par le mâle dominant. Le retour en force des religions auquel on assiste aujourd’hui a un rapport certain avec les sentiments personnels affichés par le président Bush. Ces sentiments sont d’ailleurs tout à fait à l’opposé de ceux de la communauté scientifique américaine, plus que circonspecte à l’égard de toutes les croyances. Les dieux païens sont les mâles dominants chacun dans leur domaine respectif. Le dieu des monothéistes est le mâle dominant absolu devant lequel chacun doit faire acte de soumission. Il me souvient d’une époque où beaucoup de bons jeunes gens qu’on sentait impatients d’aller à la soupe avaient adopté, inconsciemment je l’espère, ce tic du regretté président Pompidou qui consistait à se passer la langue sur les lèvres avant de prononcer la moindre parole. L’esprit d’imitation et de soumission atteint  parfois des sommets de ridicule ! A la cour du roi boiteux, tous les courtisans claudiquaient ! De leur côté les princes ont toujours veillé à ce que leurs sujets partagent leurs croyances. Epouser les idées du Chef, partager sa façon de voir les choses, c’est ce qu’on appelle dans l’armée faire preuve de discipline intellectuelle. C’est probablement ce phénomène qui est à l’origine du comportement de beaucoup d’allemands pendant la deuxième guerre mondiale. Pour faire pardonner cette complaisance, les plus indulgents diront à la suite de Pascal qu’il est plus facile de rendre juste ce qui est fort que de rendre fort ce qui est juste, réflexion essentiellement politique. C’est pour cette raison que la force ne peut durablement opprimer le droit, comme l’Histoire l’enseigne. Ceci étant, il apparaît un brin excessif que, dans un état laïque, une faction représentant sept pour cent de la population cherche à monopoliser les moyens d’information et de décision et entende régler les pensées et les actions des quatre vingt treize pour cent qui restent. S’ils caressent cet espoir c’est que leur assise sociale, et la confiance qui va avec, leur permettent de parler haut et fort, alors que leurs adversaires ont souvent un bœuf sur la langue.       <br />
       « Dans les poulaillers d’acajou       <br />
       Les belles basses-cours à bijoux       <br />
       On entend la conversation       <br />
       D’la volaille qui fait l’opinion       <br />
       Qui dit       <br />
       On peut pas être gentil tout l’temps       <br />
       On peut pas aimer tous les gens       <br />
       Y’a une sélection, c’est normal       <br />
       On lit pas tous le même journal       <br />
       Mais comprenez-moi, etc.… »       <br />
       (Alain Souchon)       <br />
       	Il n’est ni surprenant ni illégitime que ceux qui se sont promis de suivre en toutes circonstances la voix de leur conscience se regroupent dans un club pour cultiver ces bonnes dispositions, mais il est regrettable qu’ils le fassent autour de mythes sujets à caution et que la réputation du club soit instrumentalisée par certains.       <br />
       		En ce qui concerne l’origine historique des religions primitives, il est possible d’avancer l’explication suivante : les enfants posent des questions dérangeantes, souvent de caractère métaphysique. Pour ne pas avoir l’air ignorant ou pour que leurs enfants les laissent en paix les parents inventent une explication dont ils se trouvent ensuite prisonniers. Endormis nous rêvons, à demi éveillés nous fantasmons, des situations conformes à nos désirs ou à nos craintes les plus secrets, situations qui sont à la base de ces inventions.  L’explication des parents est d’autant plus facilement mémorisée qu’elle est saupoudrée d’évènements merveilleux qui servent de points d’ancrage au récit et valorisent le conteur. Comme les épices et les condiments, ces évènements qui dérogent à l’ordre naturel des choses ne doivent pas être présents en quantités excessives pour que le conte reste crédible. Il n’est pas exclu que certains de ces contes aient été l’œuvre de mythomanes au sens clinique du terme qui, s’étant persuadés de la réalité de faits imaginaires, ont eu le talent d’en persuader les autres… Ces contes, amendés au contact de contes analogues dits à la veillée, sont repris par les enfants à destination des petits-enfants et, de génération en génération, les histoires ne cessent de s’embellir jusqu’à aboutir aux mythes que nous connaissons. Ces mythes ont cessé d’évoluer à partir du moment où ils ont été consignés par écrit et soumis à la critique. Et, à cause de la presse d’investigation, il ne peut plus guère en apparaître de nouveaux. Les sectes sont sous haute surveillance.        <br />
       		D’autres enfants se rendent compte qu’ils sont capables de captiver l’attention de leurs camarades en leur racontant des histoires et d’obtenir leur adhésion. Devenus grands et promus chamans, ils utilisent ce don qui leur a été révélé pour s’emparer par les mêmes procédés de l’esprit des hommes de leur tribu et en tirer prestige et avantages comme celui de pouvoir payer de quelques grimaces la nourriture qui leur est nécessaire. Les fables n’engagent que ceux qui les écoutent. Certaines églises et non des moindres sont allées jusqu’à prétendre que leur intercession était indispensable pour que le soleil se lève chaque matin et pour que les saisons suivent leur cours. Ignorant les lois qui régissent la course des astres et les raisons des phénomènes météorologiques, elles feignaient d’en être les organisatrices. Leur volonté est conforme à la volonté divine, assuraient-elles, et réciproquement.        <br />
       		Un autre type d’explication a été avancé qui est que les dieux ont réellement existé, qu’ils ont un jour été parmi nous. De fait, dans les civilisations primitives, nul ne semblait mettre en doute l’existence des dieux. Est-ce parce que des hommes à cette époque reculée les avaient effectivement rencontrés ? Relisons à ce sujet ce passage d’Ézéchiel :       <br />
       “ Je vis et voici, un vent de tempête vint du Nord et une grande nuée et un feu tournoyant ; autour de celle-là, il y avait une splendeur et au milieu de celui-ci, il y avait comme l’éclat d’un métal brillant&amp;#61628;       <br />
       Et je regardais, et voici une roue en bas auprès des êtres vivants, auprès de tous les quatre. Et les roues avaient l’aspect comme l’éclat de la pierre de Tharsis et les quatre avaient la même forme et leur structure était comme si une roue était au milieu d’une autre roue. Elles pouvaient aller par leurs quatre cotés et elles ne tournaient que quand elles allaient. Et je vis qu’elles avaient des jantes, leurs jantes étaient pleines d’yeux tout autour auprès de toutes les quatre. Quand les êtres allaient, les roues allaient aussi à coté d’eux et quand les êtres s’élevaient du sol, les roues s’élevaient aussi ”        <br />
       Remplacez la locution “ être vivant ” par “ sous-ensemble fonctionnel ” et vous obtenez la description de l’arrivée et des manœuvres d’un vaisseau spatial, sorte de super hélicoptère, faite par un contemporain essayant de rendre avec ses pauvres mots l’aspect stupéfiant de cet étrange objet technologique. Les chars ailés fendant le ciel sont présents dans beaucoup de mythes, sous toutes les latitudes. Aujourd’hui encore un traineau glisse silencieusement dans la nuit de Noel en empruntant la voie lactée…       <br />
       		Les dieux seraient donc des extraterrestres et les religions perpétueraient le souvenir magnifié de leur visite. L’existence d’extraterrestres n’aurait en soi rien de surprenant et, si nous avons une chance extrême d’habiter la planète terre, rien ne semble empécher que d’autres aient eu encore plus de chance que nous, ou l’aient eu plus tôt. Il n’y a aucune raison évidente pour que nous soyons les premiers de la classe. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, de nombreux observateurs ont relaté des phénomènes célestes inexpliqués. Ces observations ont récemment cessé. Les extraterrestres nous ont-ils quittés définitivement ? Nous ont-ils trouvés décidément infréquentables, nous ont-ils jugés condamnés, ou bien ont-ils eu vent de la réélection de Georges W ? Une rencontre du troisième type aurait pu se situer à peu près au moment où l’agriculture et l’élevage ont commencé d’être pratiqués. Sur les peintures et les gravures qui ornent les parois des grottes préhistoriques, comme celle de Lascaux, je ne sens pas en effet, malgré l’avis des spécialistes, passer un souffle religieux (les graffitis sur les murs des lieux publics et les barbecues dominicaux n’attestent pas de la persistance de cultes priapiques ou de rites sacrificiels à l’époque contemporaine). Ces figures animalières n’ont, me semble-t-il,  rien de commun avec les représentations fabuleuses qu’on peut rencontrer dans les temples des anciennes civilisations méditerranéennes, asiatiques ou américaines qui font partie de l’histoire et non plus de la préhistoire. Je perçois au contraire, de l’art pariétal, le caractère naturaliste, comme celui qui a pu être observé aux meilleurs moments de l’Antiquité ou de la Renaissance. Les artistes de cette époque lointaine ont essayé de rendre leurs figures les plus expressives possible, au plus près de la chose elle-même, et ils y ont magnifiquement réussi. La force de ces dessins n’est pas sans rappeler celle des dessins de Picasso qui ne fut pas, comme chacun sait, un grand mystique. La sureté de leur trait montre qu’ils maitrisaient parfaitement leurs émotions. Ils auraient vécu dans une tranquille innocence avant que ne débarquent des perturbateurs. L’homme qui se croyait le roi des animaux découvrait avec effroi qu’il pouvait être l’animal de créatures beaucoup plus puissantes que lui. J’imagine avant cette rencontre fatale des cérémonies d’initiation où des jeunes gens viennent à la lueur des lampes à huile, essayer leur courage devant ces figures saisissantes. Car du courage il en fallait pour affronter des fauves de plusieurs centaines de kilos, armé seulement d’épieux à la pointe durcie au feu et de casse-tête de pierre et d’os ! Il est possible que la pensée pratique, pragmatique, prompte à l’auto dérision, qui est nécessaire pour survivre ait précédé la pensée religieuse drapée dans son sérieux et fuyant l’ironie comme la peste. D’une manière générale, le sérieux des mines est inversement proportionnel au sérieux des doctrines. Les médecins ont rangé depuis longtemps leurs robes et leurs couvre-chefs dans le placard aux souvenirs quand prêtres et magistrats continuent de les porter…Les hommes de science quant à eux sont tenus de se mettre à poil, au moins au sens figuré, devant leurs confrères !        <br />
       		Ce qui me plait dans cette explication par les extraterrestres, malgré son coté hasardeux, c’est qu’il s’agit d’un compromis. Le message religieux ne serait pas d’origine divine stricto sensu, mais il émanerait de civilisations plus avancées que la notre et devrait de ce fait être pris en considération. Nous pouvons supposer que ces civilisations extraterrestres ont toujours été gouvernées par des écologistes puisqu’elles se sont refusées à intervenir trop pesamment dans notre destin. Un autre aspect rassurant de cette explication serait qu’elle apporterait la preuve que les progrès scientifiques et techniques ne conduisent pas nécessairement une civilisation à son anéantissement. Croquer la pomme de la connaissance pourrait rendre malade mais ne serait pas forcément mortel.       <br />
       		Les tentatives d’explication formulées ci-dessus ne sont pas exclusives les unes des autres. Un grand fleuve a nécessairement de nombreux affluents.       <br />
       		Les religions primitives étaient toutes polythéistes. Chaque force naturelle, chaque passion éprouvée fortement, chaque talent particulier, étaient représentés par un dieu spécifique. L’homme satisfaisait ainsi à peu de frais son besoin d’explications. Chaque nation pouvait avoir sans problème son ou ses dieux qui luttaient à ses cotés. Un dieu victorieux chassait le dieu vaincu. Les difficultés ont commencé lorsque l’idée d’un monothéisme universel est apparue, en même temps que les grands empires d’Egypte et du Moyen-Orient, les superstitions essayant alors d’enfiler les habits de la rationalité, première étape vers une science authentique. Dans la tradition chrétienne il s’agit du reste d’un monothéisme bien tempéré puisque déjà Dieu est triple et qu’il est accompagné par des légions d’anges et de saints ; et surtout de démons qui n’obéissent pas à Sa Volonté (croire le contraire serait accuser Dieu de faire preuve d’une rare duplicité). Plus que de monothéisme, il faudrait plutôt parler dans le cas du christianisme d’une monolâtrie qui peut aller aujourd’hui jusqu’à l’hénothéisme lorsque le croyant adresse préférentiellement sa prière à la Vierge Mère.  Un seul dieu au ciel, habitue à l’idée d’un prince unique, représentant du précédent, régnant sur le monde sensible. La monarchie de droit divin est l’héritière de cette conception. Et il fallait bien que l ‘idée d’un être suprême, tout-puissant et sans rival, plaise quelque part à Constantin, élu par ses légions Empereur de Rome en  l’an 306 de notre ère, pour qu’il cherche à promouvoir les croyances d’une simple secte, au détriment de la religion officielle pratiquée depuis toujours par la très grande majorité des citoyens romains, riches ou pauvres. Qui plus est, cette nouvelle croyance se référait à une tradition étrangère, à contre-courant de l’idéologie dominante. Elle n’était même pas celle d’un vainqueur mais celle d’un mouvement persécuté composé principalement de pauvres et d’exclus. Quelle mouche avait donc piqué Constantin ? Imaginez Napoléon, s’amourachant du culte mahométan à la suite de son voyage en Egypte, et favorisant activement l’implantation de cette nouvelle croyance dans toute l’Europe ! Ce changement inouï était une entreprise à priori parfaitement déraisonnable et ne peut s’expliquer que par des motifs politiques extraordinairement puissants. Il y avait un grand risque en procédant ainsi d’accroître les divisions de la société romaine. Comme le rappelle Diderot « Le Christ a dit qu'il était venu pour séparer l'époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de la sœur, l'ami de l'ami ; et sa prédiction ne s'est que trop fidèlement accomplie ». D’ailleurs Constantin ne s’est fait baptiser que sur son lit de mort, selon ce qui est rapporté, se ménageant ainsi jusqu’au dernier moment la possibilité de revenir à la croyance ancestrale pour le cas où l’aventure aurait mal tourné …        <br />
       		Le noyau dur du  christianisme naissant semble avoir été constitué par la classe des esclaves instruits qui travaillaient dans l’administration impériale. Ces esclaves, qui comptaient dans leurs rangs de nombreux juifs, se rappelaient qu’au temps de Spartacus ils s’étaient révoltés contre les conditions inhumaines qui leur étaient faites, qu’ils avaient combattu victorieusement les légions romaines avant d’être défaits par elles et que des milliers des leurs avaient péri crucifiés. Ils trouvèrent dans la &quot;Septante&quot;, traduction en grec de la Bible, des récits qui ouvraient une espérance à leur triste condition et ils se l’approprièrent. Un phénomène comparable s’est produit lorsque les esclaves noirs du sud des Etats-Unis ont découvert le christianisme au travers des religions protestantes, l’ont adopté avec enthousiasme et célébré leur nouvelle croyance par de magnifiques gospels. Vous remarquerez que l’esclavage est un sujet qui n’est pour ainsi dire jamais abordé dans les textes fondateurs du christianisme, malgré son importance extraordinaire du point de vue moral et politique. On semble y être esclave comme on serait cordonnier ou forgeron, sans que cela porte davantage à conséquence. Etait-ce pour ne pas trahir l’origine sociale des chrétiens, ce qui aurait pu dévaloriser les thèses qu’ils défendaient ? Les débuts du christianisme ont coïncidé avec les débuts de l’Empire Romain et ce n’est certainement pas un hasard. Les esclaves romains se sont tournés vers l’Empereur, pensant à juste titre qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses Saints. De la même façon nos ancêtres paysans opprimés et asservis par des hobereaux voyaient dans le roi de France une espérance et un recours car l’attitude d’un homme, d’une institution, voire d’une espèce passe naturellement de l’agressivité à la bienveillance à mesure que ses pouvoirs s’accroissent et sont moins contestés. Au début du règne de Constantin les chrétiens formaient une organisation multipolaire, avec Rome comme pôle dominant, cimentée par la répression dont elle était l’objet, un mouvement syndical et révolutionnaire (le premier ?), intellectuel et plébéien, capable de susciter les plus grands dévouements. Le christianisme est un adroit syncrétisme du merveilleux commun à toutes les religions indo-européennes, du judaïsme comme référence pseudo historique, des cultes célébrés à Rome, de la sagesse philosophique gréco-romaine et de dogmes empruntés au zoroastrisme et à l’essénisme avec adjonction d’une dose supplémentaire de générosité, ou de charité selon la terminologie chrétienne. Je préfère cependant utiliser le mot de générosité, car dans celui de charité je crois déceler un brin de condescendance. Noel, fête du soleil, et Pâques, fête de Cybèle la terre-mère, sont les fêtes du solstice d’hiver et de l’équinoxe de printemps dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Ces fêtes étaient célébrées à Rome. La fête de Pâques commençait le 15 mars par une semaine d’abstinence. On commémorait le 22 mars la mort et l’enterrement du dieu Attis, parèdre de Cybèle, représenté par le pin toujours vert et on fêtait le 25 sa résurrection. C’est le même délai de trois jours qui sépare dans le mythe chrétien la mort du Christ de sa résurrection…La filiation est évidente. Le mythe chrétien de la mort du Christ a été inventé pour assurer la survie d’un rite païen populaire.       <br />
       		 Cette religion hybride a trouvé un terrain favorable à Rome, ville cosmopolite par excellence. Il peut paraître surprenant qu’il se soit trouvé des gens pour ajouter foi à une telle construction qui ne disposait pas encore de la respectabilité que confère le grand age. C’est oublier que les dieux les plus divers prospéraient alors librement à Rome et que l’esprit critique et scientifique était à l’époque réservé à une toute petite minorité de lettrés et que tous étaient intimidés par la puissance impériale. Rêves et réalité, religions et science, mythologies et histoire, astrologies et astronomie cohabitaient alors sans que cela choque. C’est oublier aussi que des sectes se créent encore aujourd’hui sur des bases tout aussi arbitraires.       <br />
       		St Paul est vraisemblablement le mythomane à l’origine de la légende christique. Différentes raisons conduisent à douter de la véracité des épîtres dites de St Paul qui sont considérées comme la première expression aboutie de la doctrine chrétienne. Ces épîtres n’ont en effet  nullement le ton qu’emploierait un homme qui, selon la légende, ne représente que lui-même et qui cherche à faire partager ses convictions. C’est celui d’un inspecteur délégué par la maison mère auprès de succursales manifestant des velléités d’indépendance. Il n’y a de plus aucun témoignage provenant d’une source non chrétienne selon lequel le christianisme se serait répandu comme une traînée de poudre sur tout le pourtour méditerranéen dés le premier siècle de notre ère. Qui diable aurait pu financer les nombreux voyages de Paul dans ces contrées lointaines ? Lui-même n’était, toujours selon la légende, qu’un humble artisan qui disposait de peu de ressources. Allez aux antipodes sans rien dans les poches et essayez de faire croire aux gens du crû que vous êtes chargés par le Tout-Puissant de réformer la doctrine et les mœurs. Vous serez aussitôt enfermé ! Ajoutez à cela qu’aucune des épîtres n’a jamais été retrouvée chez son destinataire supposé, qu’elles ne comportent ni remerciements pour le bon accueil d’un hôte, ni rappel d’un entretien chaleureux, d’un repas pris en commun, d’une visite d’un site remarquable, d’une quelconque anecdote prise sur le vif et vous pourrez même supposer que ces épîtres n’étaient qu’un moyen oblique pour dénoncer des erreurs doctrinales ou de comportement commises par des écoles de pensée plus proches et potentiellement rivales, pour vider en somme des querelles de chapelle ; et que cela s’est passé à une époque beaucoup plus tardive. Dans « la femme du boulanger » de Pagnol, le mari trompé adresse à sa chatte Pomponette, qu’il sait infidèle à Pompon son vieux matou, les reproches qu’il n’a pas le cœur de faire à sa jeune femme…Le style des épîtres est emberlificoté. Une sentence frappante, pleine de force et de clarté, émerge soudain d’un magma de propositions à peine compréhensibles. Le talent du prédicateur se rapproche ainsi de celui du prestidigitateur qui détourne le regard des spectateurs vers un accessoire pendant qu’il sort de sa manche une blanche colombe. Le moment le plus distrayant de ces épîtres est celui où il fait appel de façon détournée à la générosité de ses interlocuteurs. Comme chaque fois que l’on présente une addition, ce moment se situe vers la fin du message. L’odeur de l’argent plus que celle de l’encens est  en définitive ce qui donne à ces missives, à condition de transposer, un discret parfum d’authenticité. St Paul, en illustrant l’art et la manière de faire la quête, est bien un des principaux pères fondateurs de l’Eglise.           <br />
       		Il n’est pas interdit de supposer que les évangiles ont été pour leur part le produit d’une sorte d’exercice littéraire, commandé peut-être par l’Empereur Constantin lui-même, consistant, sur des thèmes choisis à l’avance - fruits de la synthèse de plusieurs siècles de cogitations philosophiques, morales et politiques - à pasticher la Septante en utilisant, comme il se doit, la langue grecque. D’ailleurs il était assez facile à Constantinople de recruter des écrivains dont c’était la langue maternelle. Il est plus que probable que le Christ décrit par les évangiles n’a jamais existé, à moins qu’un quelconque illuminé n’ait servi de lointain modèle. Aucun homme du nom de Jésus ou dont le destin lui ressemble tant soi peu n’a laissé de traces, ni dans l’histoire juive ni dans l’histoire romaine officielle. Les très nombreux manuscrits d’origine essénienne cachés vers l’an 70 dans des grottes proches de la Mer Morte et retrouvés vers 1950, documents dont nul ne conteste l’authenticité, n’en font aucune mention, ce qui paraît incompatible avec la popularité attribuée au personnage et sa proximité avec les esséniens dans l’espace, dans le temps et dans les préoccupations, car esséniens et chrétiens supposés auraient chassé sur les mêmes terres. La plus petite allusion à un homme nommé Jésus aurait été pourtant accueillie avec enthousiasme par les chrétiens ! L’examen de ces documents a été confié par l’état hébreu à des religieux, sans doute par souci d’objectivité et de transparence… Des documents ont disparu, avec celui qui était chargé de les étudier, dont on peut penser qu’ils étaient particulièrement dommageables pour certaines croyances … On trouve avec étonnement dans ceux qui ont été publiés des idées et des formules qui seront reprises dans les évangiles. Jésus est donc un héros littéraire au même titre que Don Quichotte, Gulliver ou Gargantua, un archétype créé par une synthèse habile dans un but apologétique de défense des faibles et des opprimés. Les dieux de l’Olympe que plus personne ne prend au sérieux, ont été de même façonnés par les poètes grecs et latins à partir d’un fonds de croyances populaires qui remontent à la plus haute antiquité. Celui qui a vraiment existé, c’est un certain Chrestus, vivant à Rome au premier siècle de notre ère, qui jouissait d’un grand prestige et d’une grande autorité au sein du mouvement d’entraide qu’il avait fondé, au point que les membres de ce mouvement ont été nommés chrétiens, disciples de Chrestus. Ce Chrestus est la « Pierre » sur laquelle l’Eglise a été édifiée. Il ne doit pas être confondu avec Christos qui signifie en grec l’oint du seigneur. La légende chrétienne a instrumentalisé cet à-peu-près. Le poisson a été choisi comme signe de reconnaissance des premiers chrétiens parce que les lettres d’ICHTUS, le mot grec désignant un poisson, seraient les initiales de Jésus Christ Fils du Dieu Sauveur. L’Eglise toute entière est édifiée sur ces quelques traits d’esprit pas trop subtils. Bien loin d’être le fruit d’une révélation divine, la doctrine chrétienne est depuis ses débuts le produit d’intenses réflexions qui se sont poursuivies au fil des siècles et qui ne sont pas encore achevées. L’image du juste en croix par exemple figure déjà dans Platon et la croix elle-même est un symbole immémorial. Pas de croix tracées sur les parois des catacombes abritant les restes des premiers chrétiens, uniquement des petits poissons…  L’épisode de la crucifixion du Sauveur ne sera incorporé à la doctrine officielle qu’à la fin de l’empire, époque sombre et chaotique s’il en fut, et sous une forme édulcorée semble-t-il. Il ne s’est définitivement imposé sous sa forme actuelle qu’à la faveur des famines et des terreurs de l’an mille. Aux populations qui se plaignaient d’avoir été abandonnées de Dieu, il était possible de dire qu’elles avaient tort de se lamenter puisque Dieu lui-même avait souffert sur la croix. Il a donc fallu près de huit siècles pour acclimater l’idée, à vrai dire peu banale, d’un dieu tout-puissant torturé et mis à mort, non par des dieux, ce qui avait été déjà conté, mais par des hommes, ce qui était sans précédent. Le supplice du Christ dont les juifs se seraient rendus coupables devait être vengé. La croix est arrivée à point nommé pour justifier les croisades et, par la suite, bien d’autres abominations. C’est le glaive du pouvoir impérial qui a donné autorité à cette doctrine et à tous les textes qui la contiennent. Il n’est pas difficile de comprendre que des érudits qui consacrent toute leur énergie à commenter ces textes et qui font leur gagne-pain de cette activité n’admettront pas volontiers qu’ils puissent être d’origine douteuse.        <br />
       		Quels sont les accords qui ont bien pu être conclus entre ce qui n’était encore qu’une secte séditieuse, persécutée et, comme la plupart des mouvements de résistance, traversée de querelles intestines, et un empereur contesté par l’establishment du fait qu’il était le fils né hors mariage d’une servante d’auberge, chrétienne de surcroît, que l’on devine au demeurant maîtresse femme et supérieurement belle (comme Sophia Loren ?), une pasionaria en somme qui aurait réussi ? Est-ce leur commune marginalité qui les a rapprochés ? Personne ne le sait. On sait par contre que, si nul ne ment par plaisir, les nécessités pressantes de l’action politique conduisent très souvent les hommes publics à pratiquer la désinformation avec la meilleure conscience du monde. Constantin a pu se livrer à une sorte de chantage vis-à-vis de ses adversaires : « Si vous vous opposez à ma politique, les esclaves vont se révolter comme au temps de Spartacus, mais il est possible cette fois que les légions refusent de marcher contre eux ! ». Constantin n’aurait pas été le premier homme d’état romain à s’appuyer sur la plèbe pour arriver à ses fins. Le christianisme des origines est une doctrine de combat et, dans un combat, seul le résultat compte. Dans toute guerre, comme on sait, la vérité est la première victime ! Les chrétiens n’allaient pas démentir un empereur dont, comme tous les citoyens romains, ils célébraient le culte, d’autant plus volontiers qu’il les avait soustraits aux atrocités et comblés de ses bienfaits, qu’il avait été en somme leur Sauveur. Ils en ont donc fait l’Unique Représentant sur terre du Dieu Unique. L’évêque de Rome a dû attendre les dernières années de l’Empire d’Occident pour devenir le chef incontesté de l’Eglise Catholique. Même pour des évènements contemporains, dans une période calme et sous un régime démocratique, l’esprit partisan altère profondément la réalité des faits. Or, toutes les informations concernant l’origine et les premiers siècles du christianisme ont été placées pendant toute cette période lointaine et plutôt agitée sous le contrôle exclusif d’un totalitarisme particulièrement musclé. Vous chercherez longtemps à propos du changement fondamental qu’a représenté le passage du paganisme au christianisme une réflexion critique formulée par un contemporain. Ces critiques n’ont pourtant certainement pas manqué. Elles ne nous sont un peu connues que par les réfutations qui en ont été faites et qui, elles, ont été conservées ! Tous les documents prétendument historiques sont passés à un moment ou à un autre entre les mains d’autorités prosélytes et sont donc frappés de suspicion. Divers désordres liés aux persécutions dont les chrétiens ont été les victimes ont soi-disant détruit tous les documents originaux de l’Eglise des premiers siècles. Ces documents rédigés selon la légende (qui est encore la doctrine officielle de l’Eglise) par des apôtres ayant été en contact direct avec le Christ auraient pourtant dû constituer pour les chrétiens un legs inestimable et jalousement gardé. Il est tout à fait surprenant qu’aucun de ces documents ne soit parvenu jusqu’à nous alors qu’il ne manquait certainement pas de fidèles pour les surveiller et éventuellement pour les dissimuler, sous l’autorité d’une organisation structurée et pérenne. Des copies presque aussi anciennes auraient dû forcément exister puisque les textes canoniques sont censés être tout à fait authentiques. N’est-ce pas une réaction naturelle en cas de danger de faire des copies des textes importants pour les lire en cachette et de mettre à l’abri les originaux ? Détruits à Rome, auraient-ils pu l’être dans toutes les provinces de l’Empire où la foi chrétienne s’était prétendument établie dés le premier siècle ? D’autres documents encore plus anciens ont été préservés qui ne bénéficiaient pas de circonstances aussi favorables. Que l’on songe aux soins qui ont été pris plus tard pour conserver des morceaux de la vraie croix ou de la couronne d’épines, le saint suaire, le saint sang, les saints clous et d’autres reliques moins prestigieuses ! L’Eglise a du se livrer à une traque impitoyable de tous les écrits qui n’étaient plus conformes à l’évolution de la doctrine de la même manière que, plus tard,  les autorités communistes feront effacer des photographies officielles tous les dirigeants qui, n’étant plus dans la ligne, avaient été éliminés ! La disparition de tous les documents des premiers temps du christianisme est en tout cas bien utile pour entretenir le mystère. Une voûte élancée peut paraître miraculeuse une fois démontés les échafaudages et les cintres qui ont servi à sa construction. Quelle serait l’histoire du fascisme si les historiens n’avaient plus à leur disposition que les écrits des écrivains fascistes ? C’est malheureusement ce qui se passe avec l’Eglise qui ne livre aucun accès aux documents historiques, mais uniquement à ce qu’elle veut que l’on en pense. Il serait particulièrement instructif de dater au carbone 14 les plus anciens documents et les plus anciennes reliques détenus par les chrétiens, qu’ils se trouvent à Rome, à Constantinople ou ailleurs. C’est pour l’Eglise un devoir moral de procéder à cet examen. Un document oublié pendant deux mille ans et non altéré intentionnellement est un document historique. Un document remanié cent fois à l’intérieur d’une structure opaque ne peut se parer de ce titre. L’Eglise revendique une filiation ininterrompue avec le Christ. Qu’elle en fasse la démonstration ! Elle jure que la tradition qu’elle perpétue est de bon aloi. Qu’elle le prouve ! L’époque à laquelle les faits sont censés s’être  déroulés appartient sans conteste à l’histoire, pas à la préhistoire ni à la mythologie ! Quand on rapporte des faits à priori extravagants, c’est bien le minimum que d’avoir quelques éléments de preuve et il est très naturel d’être soupçonneux quand on essaie de vous vendre une histoire invraisemblable selon les critères usuels. Cette méfiance est tout particulièrement justifiée connaissant la longue et étroite connivence qui a existé entre l’Eglise et le pouvoir politique. Il est peu probable que les chrétiens cherchent à répondre à ces interrogations légitimes car les plus avisés d’entre eux doivent bien pressentir plus ou moins confusément que leur histoire est assez largement bidonnée, et les autres considèrent comme sacrilège de procéder ne fut-ce qu’à l’ombre d’une vérification.        <br />
       		Si vous ne croyez pas aux miracles, si vous considérez que la crucifixion n’était pas un supplice pratiqué en Palestine, s’il vous paraît impossible, comme à la plupart des experts, que des apôtres putatifs soient les véritables auteurs des évangiles, si vous considérez que la doctrine chrétienne constitue une synthèse un peu trop adroite, ou si vous relevez que la phrase « il faut rendre à César ce qui appartient à César » fait du Christ un « collabo » improbable de l’occupant romain mais constitue quelques siècles plus tard un acte d’allégeance à l’Empereur, vous en conclurez que ces textes doivent être considérés comme des documents de propagande, non comme des documents historiques, et vous ne pourrez qu’étendre vos soupçons à tous les faits qui y sont rapportés. Une falsification ingénieuse s’est imposée en devenant mensonge d’Etat. La caractéristique la plus fondamentale d’une dictature est qu’elle traite la vérité par l’huile de ricin quand elle débute et par le plomb quand elle est bien installée. On ne peut  dans ces conditions qu’essayer d’imaginer ce qui s’est réellement passé en utilisant des critères de vraisemblance. Or un homme politique se détermine avant tout pour des raisons politiques et la première de celles-ci est la conquête et la conservation du pouvoir. Il ne faut pas d’ailleurs s’en offusquer car le meilleur des chefs d’état potentiels, s’il n’est né roi, ne vaut rien s’il est incapable de s’imposer. C’est ainsi qu’il est permis de voir une certaine similitude entre un Constantin qui conforte son pouvoir en s’appuyant sur le peuple des chrétiens, seule force organisée en dehors de l’état lui-même, contre les patriciens tenants de la religion traditionnelle, et un Mao Tsé Toung qui lance la révolution culturelle pour reprendre la main après l’échec du « Grand Bond En Avant » … Les chrétiens auraient été en quelque sorte les gardes rouges chargés de rassembler les citoyens favorables à l’Empereur et de faire taire les opposants. Les évangiles, dans une version archaïque précédant celles que nous connaissons, auraient été leur petit livre rouge. A cela s’ajoutait certainement le sentiment répandu dans le peuple que la société romaine, du fait de l’impunité que donne la surpuissance, était allée beaucoup trop loin dans le sens de la permissivité, de la cruauté et du cynisme et que l’instauration de mœurs plus bénignes était souhaitable. Constantin, proche du peuple, partageait certainement ce sentiment même s’il y a fait nombre d’entorses. Est-ce à cette relative bénignité que l’on doit, après bien des péripéties, l’actuelle prédominance des chrétiens ? Il ne le semble pas dans la mesure où d’autres religions tout aussi lénifiantes comme le bouddhisme n’ont pas conduit au même résultat.       <br />
       		A la mort de Constantin en 337, les chrétiens étaient suffisamment bien établis dans les rouages du pouvoir pour qu’il soit devenu difficile de faire carrière dans l’administration impériale sans être des leurs. La qualité de leur lobbying et la supériorité de leur organisation les a propulsés et maintenus au premier plan. Le cri de révolte des esclaves était devenu le cri de ralliement des maîtres. Existe-t-il meilleur exemple de récupération ? La religion qui permet d’enrégimenter et de formater les esprits est un enjeu politique majeur, au point qu’elle peut être parfois suscitée ou promue par le pouvoir à des fins purement personnelles. C’est le cas de l’église catholique, mais aussi celui de nombreuses églises protestantes. Comme on le dit à juste titre, une religion est une secte qui a réussi. Comment peut-elle réussir sinon en s’alliant avec le pouvoir politique pour éliminer la concurrence ? Un corollaire de ce principe voudrait qu’une religion qui perd durablement ce lien organique avec le pouvoir soit rétrogradée au rang de secte et perde progressivement de son influence… Du reste, la loi ne devrait pas établir de distinction entre sectes et religions car, dans le principe, il n’y a aucune différence entre elles. La loi doit sanctionner tous les comportements déviants, qu’ils soient le fait de sectes débutantes ou de sectes parvenues à maturité.       <br />
              <br />
       		 Plus tard les chrétiens deviendront commissaires politiques chargés du renseignement et de la police des esprits et des mœurs. Ils  utiliseront les méthodes habituelles des régimes totalitaires, brûlant les bibliothèques, éliminant avec diligence tout écrit gênant et toute opinion dissidente, ruinant, pourchassant et assassinant tous ceux qui refusent de se soumettre. Les citoyens de l’Empire déboussolés et rétifs à l’égard de cette religion imposée d’en haut et divisés comme les Français en 1940 perdirent confiance dans les institutions et n’eurent plus la volonté de les défendre contre les invasions barbares. Après la parenthèse de Julien l’Apostat qui s’est refermée à sa mort en l’an 363, il faudra à peine plus d’un siècle pour que l’empire soit complètement disloqué. Cet empereur, sans opprimer les chrétiens, mais profitant comme Constantin de son statut de mâle dominant, avait redonné sa primauté à la religion traditionnelle, considérant que la religion chrétienne, dans laquelle il avait pourtant été élevé, était une adroite escroquerie. Il est d’ailleurs probable qu’il était sceptique à l’égard de toutes les croyances. Voici  comment débute son ouvrage « Contre les galiléens », c’est à dire contre les chrétiens (et contre la religion juive dont les chrétiens s’inspiraient) :       <br />
       		« Il m’a paru à propos d’exposer à la vue de tout le monde, les raisons que j’ai eues de me persuader, que la Secte des Galiléens n’est qu’une fourberie purement humaine, et malicieusement inventée, qui, n’ayant rien de divin, est pourtant venue à bout de séduire les esprits faibles, et d’abuser de l’affection que les hommes ont pour les fables, en donnant une couleur de vérité et de persuasion à des fictions prodigieuses ».        <br />
       		César en Gaule puis Empereur à Rome, celui qu’il vaudrait mieux appeler « Julien le Sage », car c’était un authentique philosophe, est soi-disant mort au combat. Dans le cas d’un commandant en chef avisé et expérimenté, c’est rarissime, Les circonstances exactes de la mort d’un empereur devraient être parfaitement connues. Peut-on savoir qui l’a vraiment tué? Fecit qui prodest ? Après cela, bien entendu, les chrétiens sont revenus au pouvoir et ils ont conduit l’empire jusqu’à la catastrophe finale. La France ne s’est non plus jamais vraiment remise de la révocation de l’Edit de Nantes, alors que le hiatus entre deux versions du christianisme est tout de même beaucoup moins grand qu’entre christianisme et paganisme. L’ostracisme exercé à l’encontre des protestants qui n’ont pu conserver la religion selon leur cœur explique peut-être la relative déchristianisation de ce pays. Il est assez paradoxal par parenthèse que les deux figures les plus connues de  l’histoire de France, Louis XIV et Napoléon soient probablement celles qui ont causé le plus de tort à leur patrie. L’un força les meilleurs à l’exil, épuisa son peuple par la guerre et les grands travaux et institua un absolutisme rétrograde, taillé à ses seules mesures, et donc générateur de désordres futurs. L’autre a laissé la France exsangue. Tous deux ont fait que la nation européenne de loin la plus puissante par ses richesses naturelles et sa population, au lieu de participer activement au peuplement du continent américain, est devenue une puissance moyenne et sous-peuplée, tant il est vrai que les ego surdimensionnés sont les précurseurs de toutes les catastrophes, publiques et privées. Albion, jouant à chat perché sur son île, a largement profité de cette situation. Refermons cette parenthèse pour relever que l’Eglise fut amenée à répéter avec les rois barbares vainqueurs la manœuvre qui avait si bien réussi avec l’Empereur de Rome et proposa son appui. Cet appui fut accepté, car si « Paris vaut bien une messe » comme le dirait plus tard le bon roi Henri, Rome également justifie quelques sacrifices. Eternelle alliance du sabre et du goupillon ! Il s’est ensuivi des siècles d’apparent obscurantisme où la créativité s’est réfugiée dans le perfectionnement empirique des techniques. Il suffit de comparer la pénombre d’un temple gréco-romain, jeu de construction assez élémentaire même s’il peut être extrêmement élégant, et la luminosité d’une cathédrale gothique, prodige d’audace, de légèreté, d’équilibre et de robustesse, pour prendre la mesure des progrès accomplis. Chaque fois que quelqu’un d’un peu sensible pénètre dans une cathédrale il peut éprouver un sentiment de honte en voyant ce qui se construit actuellement ; ce qui est au fond assez injuste car certains ouvrages contemporains méritent de défier les siècles. Le prodige de la renaissance italienne vient de la rencontre de l’esprit scientifique né sur les rivages de la mer ionienne et de la technologie élaborée par des générations de cultivateurs, de vignerons et d’artisans des métiers de bouche dont le savoir-faire continue de nous nourrir, de constructeurs de navires, de travailleurs du métal, du bois, des textiles ou du cuir, d’architectes, de maçons, de potiers, de papetiers, de verriers, de distillateurs, d’alchimistes, d’apothicaires, d’herboristes, d’horlogers, de minotiers, de fontainiers, de facteurs d’instruments de musique. Le savant grec n’avait guère que sa tête, Archimède étant l’exception qui confirme la règle. Le moyen age a donné à ses continuateurs les outils nécessaires pour mettre leurs idées à l’épreuve des faits et leur trouver des applications utiles. Le niveau technologique de l’artisanat ne suffit pas à lui seul en effet à enclencher le mécanisme du déve
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   <title>6. Avantages, inconvénients et origine des religions - suite</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:35:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      Le niveau technologique de l’artisanat ne suffit pas à lui seul en effet à enclencher le mécanisme du développement. L’artisanat était au moins aussi perfectionné en Orient qu’en Occident à la fin du moyen-âge, sans que ceci provoque un phénomène comparable. C’est la conjonction des sciences et des techniques s’épaulant mutuellement qui a créé le monde moderne. Le retard pris par les musulmans est lié non pas aux performances de leur artisanat ni à leur religion, qui n’est pas pire qu’une autre, ni à leur caractère, mais aux conditions climatiques chaudes et sèches qui règnent dans leurs pays. Les chrétiens habitent des régions tempérées, plus humides et plus froides. Or, personne n’a de goût à travailler quand il fait trop chaud mais, quand il fait frisquet, c’est un vrai plaisir de cracher dans ses mains pour empoigner l’outil. La civilisation moderne née sous des climats méditerranéens s’est épanouie au nord grâce aux vêtements et au chauffage. Elle se généralisera au sud grâce à la climatisation. Voyez ce qui se passe en Floride ou en Californie. Si on essaie de faire une projection dans le temps, le monde moderne est né au 19ème siècle, a atteint sa vitesse de développement maximum au 20ème et amorcerait une décélération au 21ème. Dans cette hypothèse la civilisation ne pourrait atteindre un pallier de stabilité avant le 22ème siècle.       <br />
        		De nos jours, la science fournit des explications de plus en plus convaincantes dans un domaine de plus en plus étendu de sorte que le domaine spécifique des religions se réduit comme peau de chagrin. La physique, petit à petit, occupe le terrain réservé jadis à la métaphysique soit qu’elle résolve les problèmes que cette dernière se posait (mythes de la création), soit qu’elle montre qu’il s’agit de faux problèmes (libre arbitre). Cependant, les difficultés de la science dues pour une bonne part à la façon dont elle est enseignée en découragent plus d’un. Les possibilités des logiciels d’auto apprentissage qui pourraient être aussi ludiques que des jeux sur consoles vidéo sont presque systématiquement ignorées. Ces logiciels permettraient pourtant aux élèves d’assimiler n’importe quelle discipline intellectuelle, notamment scientifique, n’importe où, n’importe quand, au rythme qui leur est propre, sans être perturbés par leurs petits camarades, et en bénéficiant d’un contrôle continu grâce à des questionnaires à réponses multiples et des exercices intégrés. Tous les conscrits apprennent à démonter et remonter leur fusil sans erreur. Idem pour tous les savoirs professionnels. L’enseignement général doit être délivré dans le même esprit qui était celui de l’école communale et des lycées jusqu’en 1968. Les surdoués, libres de choisir eux-mêmes leur allure, ne seraient plus freinés dans leurs progrès. Ces logiciels pourraient être assortis de toutes sortes d’animations illustrant les concepts évoqués et en facilitant la compréhension ; ou peut-être de séquences vidéo ou musicales, de liens avec des sites pertinents, de poèmes, de comptines ou de chansons fixant la mémoire, de jeux en réseau favorisant la socialisation à l’intérieur d’une classe. Ils devraient le plus possible conduire les élèves à redécouvrir par eux-mêmes les idées principales comme conséquences nécessaires d’un contexte déterminé. Si peu d’hommes sont capables d’ouvrir de nouvelles voies, beaucoup sont capables de les répéter s’ils sont bien guidés et si on les tire un peu dans les passages difficiles. Ainsi, les élèves agiraient au lieu de subir, ce qui est toujours mieux ressenti et renvoie à l’enseignement de Socrate, interactif par excellence. Un nouveau concept ne tombe pas du ciel. Il est destiné à résoudre un problème bien défini. Le parachutage doit être évité pour les idées comme pour les hommes. Il vaut mieux peu d’idées parfaitement intégrées que beaucoup d’idées mal arrimées et par conséquent en instance d’oubli ou inutilisables. Ce principe conduit à enseigner les sciences selon l’ordre historique de leur apparition, chaque génération de savants s’étant élevée en grimpant sur les épaules de la génération précédente. Un cours de sciences pourrait commencer ainsi par l’examen des phases  de découverte de son environnement par l’enfant, du monde par l’homme, un rappel sur ce qu’est le sens commun et une brève histoire de la pensée préscientifique, même si, depuis l’avènement de la science, les autres modes de pensée n’ont plus, du point de vue de la connaissance, qu’un intérêt historique. Les exemples doivent être recherchés dans l’environnement immédiat. La dissection d’une automobile permet de découvrir de proche en proche une bonne partie de la physique, celle d’un lecteur MP3 une bonne partie de l’informatique, celle d’un téléphone portable une bonne partie de l’électronique. Pour intéresser tous les élèves, et pas seulement les binoclards, il faut rester concret.       <br />
       		 Ces logiciels laisseraient aux élèves tout le temps nécessaire à une bonne compréhension là où la parole du professeur pressé par le temps conserve le même rythme, que l’idée soit facile ou difficile à saisir. Ils pourraient être multipliés sur un même sujet pour tenir compte des différents dons et tournures d’esprit rencontrés chez les élèves. Les mêmes sujets pourraient être repris à différents niveaux : élémentaire, supérieur ou recherche. Ils pourraient bénéficier de la contribution des meilleurs esprits et des meilleures idées en s’inspirant des exemples de Linux ou de Wikipedia et, au fil des révisions, des améliorations suggérées par leur usage. Il est frappant de constater combien les explications d’un homme au sommet de son art sont simples, claires et évidentes, comme le geste parfait de l’athlète qui paraît, de façon trompeuse, si facile à imiter. Dans le temps imparti aux études le chemin parcouru par chacun pourrait être bien entendu plus ou moins long, encore que la progression soit plus rapide lorsque chaque pas est assuré, mais au moins serait-t-il solidement balisé, contribuant à former des esprits cohérents. Les esprits incohérents, qu’on peut aussi bien dire fêlés, se caractérisent par des manques dans leur réseau d’explications. Ils redoutent de se heurter à des esprits cohérents à cause d’un son émis déplaisant. Ceci les rend irritables, malheureux, insatisfaits, et méchants à l’occasion. Tout esprit normalement constitué est à même de tout comprendre, pourvu qu’on l’informe correctement et qu’on lui en laisse le temps, de la même façon qu’un ordinateur universel, comme mon PC ou le vôtre, peut traiter n’importe quel problème calculable s’il est correctement programmé. « Chacun est juste aussi intelligent qu’il veut » (Alain). Ecrits sous forme d’hypertextes ces logiciels permettraient de faire apparaître efficacement les liaisons logiques existant entre les différentes notions, qu’il s’agisse de mots, de faits, de principes, de théorèmes, etc. « La difficulté de suivre les subtilités du géomètre vient de la difficulté de saisir et de maintenir les définitions » (Alain). Ils permettraient aux concepteurs de ces logiciels de s’assurer simplement qu’aucune notion n’est utilisée qui n’ait été précédemment explicitée dans le cours lui-même ou dans un cours situé en amont dans l’arborescence des programmes. Ils permettraient aux élèves de s’assurer qu’ils n’ont pas fait l’impasse sur des notions indispensables et, s’ils butent sur un mot, le dictionnaire en ligne leur permettrait d’être renseignés quasi instantanément, alors qu’il faut un peu de temps et d’efforts pour consulter un dictionnaire usuel. Ils permettraient à chacun de monter et descendre commodément les échelles du savoir, de ne pas se sentir irrémédiablement isolé des connaissances accumulées par l’humanité au cours de son histoire à cause des lacunes de son éducation. Les possibilités pour un individu d’explorer tous les savoirs ne seraient limitées que par le temps dont il dispose et par sa propre motivation. Cette structure d’hypertexte est une modélisation assez grossière, mais efficace, des liaisons qui existent entre les neurones représentant dans le cerveau de façon explicite êtres, objets, ou concepts.  Comprendre, c’est prendre avec soi, s’incorporer une idée, c’est établir des relations neuronales (logiques) entre un fait ou un concept nouveau représenté par un certain nombre de neurones mobilisés à cette occasion et l’ensemble des neurones représentant déjà d’autres faits ou d’autres concepts. L’élève doit prendre la bonne habitude de repérer les idées essentielles et de les intégrer dans sa structure d’explications, seule façon de les conserver durablement en mémoire. Ce que vous retenez de vos lectures, ce sont les éléments qui peuvent être intégrés dans votre système de valeurs. L’oiseau va chercher les brindilles propres à renforcer son propre nid. Chacun « suit son idée » comme on dit. C’est pourquoi il existe un journalisme d’opinion. C’est aussi pourquoi nous croyons si aisément toutes les vilénies colportées sur nos adversaires. Le seul remède à ces préjugés c’est le doute, un doute universel et bienfaisant. Le présent essai s’est élaboré sans réel effort grâce aux différents outils informatiques disponibles. Des idées rencontrées au fil du temps et flottant éparses dans la mémoire de l’auteur sont venues cristalliser progressivement sur les quelques pages de la rédaction initiale qui bénéficiait elle-même du robuste tuteur que constitue le texte de Diderot. Les premières lignes d’un document sont souvent les plus difficiles à rédiger. J’envie ceux qui sont capables de tout retenir de leurs lectures, ceux dont les souvenirs sont bien rangés dans des tiroirs dûment étiquetés parce qu’ils ont un logiciel de  défragmentation  performant, de sorte qu’ils peuvent débiter ces souvenirs à la demande, sans erreur ni hésitation, comme une question de cours bien apprise. Mon esprit, autant que j’en puisse juger, dispose d’un assez bon squelette, mais sa chair est parcimonieuse, diffuse, difficile à exploiter. Si, dans un livre de plusieurs centaines de pages, il trouve ne fût-ce qu’une seule idée qui puisse concourir à sa construction il s’estime satisfait.        <br />
       		 La compacité de leur support permet de conserver commodément ces logiciels d’apprentissage de telle façon que leur utilisateur pourra continuer à s’y référer quand il aura depuis longtemps quitté l’école, retrouvant alors les chemins qui lui ont été familiers. Ils seront disponibles années après années, 24 heures sur 24, 365 jours par an. Ils pourront également rester présents sur Internet. Ils peuvent constituer pour un faible coût le vecteur qui rendrait disponible le savoir le plus élaboré jusque dans les villages africains les plus reculés. Ce sont donc des outils particulièrement démocratiques. Finalement, la structure d’explications qui s’est construite dans le cerveau d’un individu au cours de sa vie par l’établissement de relations préférentielles entre ses neurones pourrait être doublée et étayée par une structure hypertexte liant les principaux documents qu’il a eu l’occasion au cours de sa vie d’établir, d’utiliser  ou d’étudier. C’est cette structure, plus que ses restes mortels, qu’il faudrait abriter dans un mausolée. Au premier novembre les familles viendraient en délégation brancher un lecteur dans la fiche adéquate pour revivre un épisode de la vie du cher disparu ou une de ses passions, lire un message... Assurés de laisser une trace identifiable et de bénéficier de l’examen bienveillant de leur postérité, les hommes feraient peut-être davantage attention à ce qu’ils font…       <br />
       		 Consacrer un temps appréciable à chacun de ses élèves, discuter avec eux, leur apprendre à s’exprimer correctement, oralement et par écrit, à rechercher l’information, former leur jugement, aiguiser leur esprit critique, structurer leurs connaissances essentielles, les habituer à aller au fond des choses, les débloquer quand ils sont en panne, les remettre sur les rails quand ils s’égarent, repérer leurs lacunes et leur indiquer les moyens d’y remédier, leur faire prendre conscience de leurs forces et de leurs faiblesses, les encourager, les suivre dans leurs progrès, les initier à l’esprit d’équipe et à la citoyenneté, cerner leur personnalité, comprendre leurs problèmes personnels et familiaux, bref se comporter avec eux en entraîneurs plus qu’en professeurs serait semble-t-il beaucoup plus agréable et valorisant pour les enseignants que de rabâcher toujours les mêmes sujets et de faire de la discipline. Les cours magistraux seraient avantageusement remplacés par des études surveillées entrecoupées de périodes de détente sportive ou artistique. Le professeur deviendrait ainsi en quelque sorte la « hot line » de ses élèves. L’élève pourrait acquérir de cette façon le réflexe de voir dans un responsable hiérarchique, non pas un adversaire, mais quelqu’un qui, sans être pour autant infaillible et omniscient, a la responsabilité et la capacité de l’aider dans son travail. Rien n’est plus dérisoire que de constater que la seule personne à faire des efforts dans une classe…c’est le professeur ! Ecouter son professeur sans le comprendre est pour l’élève d’une inutilité absolue, sinon pis. Un étudiant qui prend péniblement des notes à la vitesse petit v lorsque le professeur parle à la vitesse grand V ne peut saisir immédiatement les parties difficiles du cours. La seule vertu de cette pratique est qu’il se tient tranquille pendant ce temps-là ! L’élève doit apprendre à se « débrouiller » tout seul le plus possible en allant chercher les informations qui lui manquent, en les vérifiant, en les recoupant. Il remarquera ainsi que les informations chiffrées fournies par les journaux comportent souvent des erreurs d’ordre de grandeur ou des contradictions internes. Il devra apprendre également à démêler les véritables motivations des uns et des autres. Il devrait être clair pour tous que les seules références d’un enseignant en tant que tel résident dans les succès de ses élèves. Le savoir est maintenant dévalorisé parce qu’il n’est jamais plus éloigné que d’un clic de souris. Le prestige doit désormais s’attacher au savoir-faire. Chacun a pu remarquer à quel point les enfants sont à l’aise avec l’outil informatique. Il faut profiter de ces bonnes dispositions avant que l’age ne les affaiblisse. D’ailleurs il est devenu aussi indispensable dans le monde actuel de savoir utiliser cet outil que de savoir conduire ou parler anglais. Paradoxalement, l’enseignement français est insuffisamment présent dans les deux premières disciplines et en manque de réussite dans la dernière.        <br />
       		 Eduqués de cette façon nouvelle les élèves seraient mieux préparés à leur future vie active parce que placés d’emblée dans des conditions similaires. Ce sera particulièrement vrai lorsque le télétravail se sera répandu, économisant transports individuels et frais généraux des sociétés et des institutions, fluidifiant la circulation aux heures de pointe et facilitant la garde des jeunes enfants. Le travail à domicile qui a très longtemps été la norme procure un degré supplémentaire de liberté et d’efficacité économique. Travailler semble plus naturel quand on a vu ses parents faire de même.  Les systèmes d’enseignement actuels habituent les élèves à la passivité, d’où par contraste les succès étonnants des autodidactes. Il y aurait certainement intérêt par ailleurs à ce que les jeunes, tous les jeunes, entament leur vie professionnelle plus tôt qu’aujourd’hui et plus progressivement, sur cinq ou dix ans, pour réduire le choc psychologique du à l’entrée dans la vie professionnelle, pour habituer chacun à l’idée qu’il est nécessaire de continuer d’apprendre tout au long de la vie, et de le faire de préférence dans des disciplines susceptibles d’être d’une réelle utilité pratique pour l’exercice de la profession choisie. Pendant cette période de transition la part réservée à l’activité professionnelle passerait progressivement de 0 à près de 100% tandis que la part réservée à l’enseignement suivrait le chemin inverse. La finalité de l‘enseignement ne peut être de gaver les candidats de connaissances qu’ils oublieront le lendemain de l’examen et qui, de toute façon, ne leur auraient été d’aucune utilité dans leur activité de producteurs. L’enseignement doit donner à chacun les moyens de trouver et d’exercer un emploi et le goût de la culture générale. La culture elle-même est l’affaire de chacun, selon ses moyens, ses aspirations et le temps dont il dispose. Le corps professoral resterait donc présent pendant toute la phase d’insertion dans le monde professionnel. C’est une façon d’établir entre le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement et de la recherche le lien solide qui manque actuellement, particulièrement en France. Même si cette façon d’enseigner n’était pas plus efficace que la méthode traditionnelle, au moins gagnerait-on à l’utiliser de ne pas gâcher les meilleures années des générations à venir. Les logiciels envisagés ne font jamais, à l’inverse de certains professeurs, de remarques désobligeantes. Au contraire ils félicitent l’utilisateur de toute réponse appropriée. La connaissance doit-elle obligatoirement s’enfanter dans la douleur, selon un tropisme proprement chrétien ? Il est normal que la réponse d’un élève soit erronée, qu’un coup manque sa cible. Il faut relever le coup bien ajusté et en féliciter l’auteur. Blâmer ne sert à rien. A peine peut-on hasarder parfois un conseil. Rare est celui qui a toutes les qualités, rare également celui qui n’en a aucune (précepte bouddhique). Dans les conditions actuelles, découragés par le caractère ingrat des études, nombre de nos contemporains se satisfont encore d’explications mythiques qui, acceptées sans examen, ne requièrent guère d’effort intellectuel, car il s’agit de simples leçons de choses. Pour ceux qui ont perdu le fil des explications rationnelles, les idées religieuses comblent un vide. Et les mythomanes qui les colportent n’encouragent jamais leur examen, on comprend bien pourquoi. Ceux qui ne sont pas parvenus à assimiler les acquits de la science, et qui s’en irritent, versent dans une forme ou une autre d’intégrisme, c'est-à-dire de totalitarisme religieux. C’est ce qui doit arriver en ce moment à la fraction la moins éduquée de la population américaine exposée de plein fouet aux révolutions scientifiques et techniques et qui cherche à se raccrocher à des règles simples et facilement compréhensibles.        <br />
       		La raison peut-être la plus fondamentale du succès qui ne se dément pas des idées religieuses, et là nous retrouvons les notions exposées plus haut concernant le fonctionnement de l’esprit, est qu’un vivant, un mort ou un être purement imaginaire semblent codés dans cet incomparable ordinateur qu’est notre cerveau par les mêmes types de groupements neuronaux et manipulés selon les mêmes règles. D’où la facilité qu’il y a à confondre ces différentes catégories d’êtres et à trouver naturelles les idées d’immortalité et de divinité, alors qu’il n’en existe à l’évidence aucun exemple concret dans la nature. Divinité, frère ou cousin ont même réalité neuronale. Rien ne les distingue à l’autopsie. Adorer un être divin, c’est adorer une pincée de ses propres neurones.       <br />
       		 Il pourrait exister dans le cerveau de tout individu, y compris chez l’incroyant qui doit lutter contre la pente naturelle de son esprit, une structure neuronale prête à accueillir toute idée d’être surnaturel qui passerait à portée et c’est sous le regard de cet être que l’individu en question devrait désormais vivre. L’existence de cette structure n’implique nullement l’existence d’une réalité extérieure qui lui corresponde. Dieu peut parfaitement exister en chacun de nous et nulle part ailleurs. Ce peut n’être qu’un instinct parmi beaucoup d’autres. Hasardons quelques explications freudiennes : les récompenses et les châtiments promis dans l’au-delà sont un écho lointain des promesses et des menaces proférées par les parents à l’égard de leurs remuants rejetons. Il subsiste dans différents mythes relatifs à l’enfer et au paradis quelque chose des craintes et espoirs ancestraux ancrés dans notre inconscient. Pour un primate, le bas, le sol où la chute peut le livrer aux griffes des fauves représentent la crainte d’être dévoré, tandis que le haut, le ciel aperçu au travers des branches représentent l’espoir du salut par la fuite. Tout individu aspire à retrouver le havre de paix dont jouissaient nos ancêtres au sommet des grands arbres. Certains attribuent à ces périodes de méditation tranquille les progrès cognitifs qu’ils ont accomplis. Les mythes sont comme les réflexes instinctifs qui vous empêchent de passer sous une échelle, ou de poser le pied sur l’interstice entre deux dalles, ou d’aborder l’inconnu avant d’en avoir fait le tour, ou de vous soulager au cours de vos promenades ailleurs qu’à l’endroit habituel. Les dragons de Chine et d’ailleurs font ressurgir du tréfonds de l’inconscient le souvenir des dinosaures. Il me souvient d’une terreur enfantine, et qui dura assez longtemps, provoquée chez moi par la vue d’une photographie de fantaisie de l’animal fabuleux figurant dans les pages de l’almanach Vermot !  Les mythes fournissent des explications imaginaires, voire délirantes, mais ils traduisent une curiosité intellectuelle qui mènera un jour à la découverte d’explications mieux fondées. Les forces de la nature ne se manifestent pas par hasard, pensaient les anciens, car il y a derrière ces forces la volonté des dieux. Ces manifestations présentant certaines régularités, la volonté des dieux devint loi, et tout étant nombre, comme s’en avisèrent des philosophes, ces lois prirent bientôt la forme mathématique que nous leur connaissons aujourd’hui.        <br />
       		 Un vivant correspond à un groupement neuronal qui code dans le cerveau les milliers d’informations qui lui sont attribuées. Lorsqu’il décède, un seul de ces attributs est modifié. En faire le deuil correspond à modifier progressivement les autres attributs, sans jamais les effacer complètement. Même décédés depuis longtemps, nos proches parents ne sont jamais tout à fait morts pour nous. Les plus fieffés sceptiques fleurissent les tombes des êtres qui leur ont été chers. De la même façon, il n’est pas toujours aisé pour une personne non avertie de faire la différence entre réalité et hallucination. Ce qui se passe dans notre conscience lorsque nous sommes éveillés a le plus souvent un rapport direct avec la réalité observable par tous, mais pas toujours. Les religions cherchent par des moyens quelquefois grossiers, quelquefois subtils, à susciter chez leurs fidèles l’état de transe qui provoque des visions, mais c’est proprement folie de croire qu’à une certaine configuration particulière de notre cerveau neuronal correspond nécessairement une réalité extérieure et qu’un dérapage de l’esprit peut nous renseigner sur la nature profonde du cosmos. Estimons-nous heureux si ces dérèglements nous apportent quelque lumière sur le fonctionnement de l’esprit lui-même. Jeanne d’arc a entendu des voix parce qu’elle était sans doute légèrement schizophrène. C’est une illusion fréquente chez les intellectuels (et les Pères de l’Eglise sont une quintessence d’intellectuels) qu’il suffit de nommer les choses pour qu’elles existent. Or il ne suffit pas de juxtaposer sujet, verbe et complément pour que la phrase correspondante ait du sens. Faut-il encore qu’elle renvoie à une réalité plus ou moins constatable, qu’elle ait une vertu plus ou moins opérationnelle et que les mots utilisés aient une signification claire. Tant que le travail d’élucidation des concepts commencé par Platon n’aura pas été mené à bien, les hommes continueront de se parler sans se comprendre puisqu’ils ne donnent pas le même sens aux mêmes mots.  Il serait d’ailleurs intéressant de rechercher dans un dictionnaire quel est le nombre minimum de mots à partir desquels il est possible de définir tous les autres. Un discours conforme à la réalité est nécessairement cohérent, mais la réciproque n’est pas vraie. Le jeu de bridge ou le jeu d’échecs sont par eux-mêmes cohérents. Dira-t-on pour autant qu’ils aident à décrypter la réalité ? Savoir, c’est avoir la possibilité de vérifier qu’une réalité physique extérieure correspond effectivement à une image mentale particulière. Cette possibilité est ouverte à tous ceux qui sont prêts à faire les efforts nécessaires. Croire, c’est admettre que cette correspondance existe sans avoir la possibilité de le vérifier. Le cerveau est alors comme bouclé sur lui-même, sans passer par l’objet. Croire est nécessairement un pari et nul ne peut être contraint de parier. Lorsque la même image est crue par les membres d’un même groupe humain, elle ne devient pas pour autant réalité physique, mais elle devient réalité culturelle et sociale. La science utilise également des représentations fictives (avez-vous déjà rencontré dans la nature un vecteur vitesse ?), à ceci près que ces fictions ont une efficacité prédictive directement opérationnelle dans l’univers des choses. Mais, après tout, les idées religieuses ont également une efficacité opérationnelle, par d’autres voies, dans l’univers des esprits. C’est l’efficacité de l’illusionniste. L’incroyance commence lorsque la peur du noir a été dominée, lorsque les fantômes et autres visions cauchemardesques qu’il peut receler ont cessé d’être pris au sérieux. Que survienne d’ailleurs un danger bien réel et tous les fantômes s’évanouissent à l’instant. La guerre remet toutes les pendules à l’heure pendant le temps de l’action. Croyance et foi sont des ornières dont il est difficile de s’extraire une fois qu’on y a glissé. Chaque passage les creuse un peu plus. D’où l’expression approfondir sa foi et le moyen choisi qui est la répétition des mêmes rituels, procédé bien connu de tous les spécialistes de l’action psychologique, et de quelques autres.       <br />
       Mon voisin du dessus       <br />
       Un certain Blaise Pascal       <br />
       M’a gentiment donné       <br />
       Ce conseil amical       <br />
       Mettez vous à genoux       <br />
       Priez et implorez       <br />
       Faites semblant de croire       <br />
       Et bientôt vous croirez       <br />
       (Brassens)       <br />
       Le rituel, c’est la perfection du geste et de la parole prise comme une fin en soi. L’action réalisée par le geste et l’exacte signification des paroles sont d’importance secondaire. La qualité du rituel a pour seul but d’aider à croire à la réalité de l’objet du rituel. Jurer de conserver sa foi, c’est refuser d’examiner les preuves contraires. C’est le chauvinisme de la pensée élevé au rang d’une vertu. La véritable connaissance au contraire examine d’un œil critique les propositions les mieux établies. Il est facile de voir dans quel camp se situent orgueil et entêtement.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>7. Dieu, quelle idée!</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:34:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div>
      7. DIEU, QUELLE IDEE !       <br />
              <br />
       La Maréchale. - Et comment me montrerez-vous que les abus de la religion sont inséparables de la religion ?        <br />
       Crudeli. - Très aisément ; dites-moi, si un misanthrope s'était proposé de faire le malheur du genre humain, qu'aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible sur lequel les hommes n'auraient jamais pu s'entendre, et auquel ils auraient attaché plus d'importance qu'à leur vie ? Or, est-il possible de séparer de la notion d'une divinité l'incompréhensibilité la plus profonde et l'importance la plus grande ?        <br />
       La Maréchale. - Non.        <br />
       Crudeli. - Concluez donc.        <br />
       La Maréchale. - Je conclus que c'est une idée qui n'est pas sans conséquence dans la tête des fous.        <br />
       Crudeli. - Et ajoutez que les fous ont toujours été et seront toujours le plus grand nombre ; et que les plus dangereux sont ceux que la religion fait, et dont les perturbateurs de la société savent tirer bon parti dans l'occasion.        <br />
              <br />
       		Le philosophe des Lumières, anticipant sur le marxisme, insinue que l’idée de Dieu pourrait parfois être utilisée à des fins plus ou moins troubles. Les exemples récents de cette dérive ne manquent hélas pas. Mais qu’en est-il de son existence même ? Pour la Maréchale, celle-ci ne fait bien entendu aucun doute. Pressez de cette question le philosophe qui se prétend athée, il vous répondra, s’il se lâche un peu, qu’il n’en sait au fond f... rien, et qu’il n’a aucun moyen de le savoir ! Ou bien, s’il est d’humeur badine, qu’il est athée, Dieu merci ! Existe-t-il un être qui ressemble de près ou de loin à ce que ce philosophe peut avoir en tête en prononçant le mot Dieu ? Cet être a-t-il même des caractéristiques qui puissent s’exprimer par des mots ? A-t-il même des caractéristiques ? Dans un monde inaccessible à l’expérience, on peut impunément tout dire et son contraire selon les périodes et les interlocuteurs. A un interlocuteur qui lui demandait s’il croyait en Dieu, le plus illustre des physiciens répondit : « dites-moi d’abord ce qu’il est et je vous dirai ensuite si j’y crois » !  Dieu peut-il se raccrocher à la structure d’explications qui s’est constituée dans l’esprit du philosophe depuis sa petite enfance et peut-être même avant ? A-t-il créé exclusivement pour lui et quelques autres terriens cet univers de cent milliards de galaxies contenant chacune cent milliards d’étoiles plus ou moins analogues à notre soleil ? Ce soleil que nous avons divinisé n’est qu’une étoile banale située dans un endroit quelconque d’une galaxie sans originalité. Notre soleil est entouré de planètes, mais ceci non plus n’a rien d’original. D’ailleurs les planètes elles-mêmes s’entourent de satellites. Il semble qu’il y ait peu de chances pour que la collectivité humaine soit la première d’une classe qui compte potentiellement des milliards de milliards d’élèves. Cet univers isotrope n’est pas infini, pense-t-on, sinon le ciel serait d’une brillance uniformément aveuglante. « Son centre est partout et sa circonférence nulle part », non parce qu’il est infini comme le pensait Pascal, mais parce que l’espace est courbe et comme refermé sur lui-même, comme la surface d’une sphère, mais en trois dimensions. Est-il comme une fusée du 14 juillet qui s’élance dans le ciel, brille de mille feux et retombe en cendres ? Ce qui s’est passé avant le big-bang est l’affaire de Dieu, pas celle des hommes, affirmait Jean-Paul II. Circulez, y a rien à voir ! Certains physiciens commencent à décrire le monde comme un gigantesque ordinateur où chaque atome d’espace d’une petitesse incroyable évolue par pas successifs d’une incroyable brièveté en fonction de l’état des atomes voisins selon des règles purement logiques. Le Logos des philosophes ne désigne-t-il pas indifféremment Dieu et les lois gouvernant l’univers ?  Ces physiciens renouvellent ainsi, pour le temps et pour l’espace, la démarche que les atomistes de l’antiquité avaient entreprise, et avec quel succès, pour la matière. Si le temps et l’espace sont continus, l’instant présent n’a aucune épaisseur, jusqu’à faire douter de son existence. Avec une structure granulaire le présent correspond à un état identifiable, ce qui rassurera définitivement Zénon d’Elée. L’histoire correspond à une collection ordonnée d’instants distincts. La structure granulaire de l’espace et du temps ainsi postulée peut faire comprendre le caractère aléatoire de la réalité examinée à l’échelle des grains : une bille, roulant sur une table qui vibre légèrement en raison de phénomènes étrangers au phénomène étudié, s’arrête dans un trou ou s’en échappe pour aller s’immobiliser dans un trou voisin. Dieu ne joue pas aux dés, mais il joue peut-être à une manière de roulette ! A l’échelle macroscopique, lorsque toutes les moyennes sont faites, la logique d’un ordinateur ne commettant jamais d’erreur systématique rend compte du caractère mathématiquement implacable des lois physiques. La logique est inséparable de la science. Elle l’est également du droit, mais ce dernier n’en tire pas toutes les conséquences. Les religions n’ignorent pas la logique. Cependant elles l’appliquent à un monde imaginaire qu’elles rendent cohérent en son intérieur, mais qui est déconnecté des réalités constatables. Aussi suffit-il qu’une maille casse pour que tout le tissu se détricote. Certains cosmologistes commencent à soupçonner qu’il existe une quasi-infinité d’univers (10 à la puissance 500, 1 suivi de cinq cents zéros, alors que le nombre total d’atomes dans l’univers que nous connaissons n’est estimé « qu’à » 10 à la puissance 80 ! !). Certains de ces univers seraient analogues au notre, d’autres auraient des propriétés entièrement différentes. Si l’univers que nous habitons n’est qu’un univers particulier parmi une quasi-infinité d’autres, un certain nombre de conséquences viennent à l’esprit:       <br />
       -	Il ne faut pas s’étonner que les constantes physiques qui caractérisent notre univers paraissent si bien ajustées. Nous avons tiré la combinaison gagnante, ou l’une des combinaisons gagnantes. Si ça n’avait pas été le cas, nous ne serions pas là pour en parler. C’est ce qu’il est convenu d’appeler le principe anthropique.       <br />
       -	Notre monde n’est peut-être pas le meilleur des mondes possibles, mais c’est sans doute l’un des plus intéressants       <br />
       -	Les univers inintéressants sont sans doute l’écrasante majorité. Personne ne s’étonne que dans l’univers que nous connaissons, il y ait beaucoup plus de vide que de corps célestes, qu’il y ait beaucoup plus de corps célestes sans vie que de corps célestes habités, qu’il y ait sur les corps célestes habités beaucoup plus de matière inanimée que de matière vivante, qu’il y ait en fait de matière vivante beaucoup plus de végétaux que d’animaux, qu’il y ait beaucoup plus d’animaux que d’hommes, et qu’il y ait, devant des réalités inconnues, beaucoup plus d’hommes de foi qui se prosternent que d’hommes de science qui retroussent leurs manches. Il existe une quantité considérable de légendes concernant la création du monde qui nous entoure, mais il n’existe qu’une seule histoire qu’il nous faut découvrir progressivement à force de travail et d’ingéniosité.       <br />
       Certains cosmologistes conçoivent notre univers comme le trou noir d’un autre univers qui y déverserait en continu et de façon uniforme espace et matière. La matière et l’espace avalés dans l’autre univers se retrouveraient uniformément répartis dans le notre (expansion accélérée de l’univers et matière noire ?). Des dimensions repliées sur elles-mêmes dans cet autre univers s’y redéployeraient dans le nôtre, alors que d’autres, déployées dans cet autre univers s’y replieraient dans le nôtre ; l’implosion d’un trou noir dans un autre univers correspondrait au big-bang du nôtre. L’accumulation progressive d’espace et de matière dans notre univers finirait par provoquer un big-crunch. Ainsi, quelle que soit la direction qu’il prenne et quelle que soit la durée du voyage, vers l’avenir ou vers le passé, le voyageur ne sortirait jamais du monde des réalités. Il semble cependant qu’il soit impossible pour un observateur de franchir sans encombre les singularités que constituent big-bang et big-crunch au cours desquelles toutes les cartes sont redistribuées de sorte que nous serions irrémédiablement enfermés dans notre univers, comme un individu est irrémédiablement coincé entre sa naissance et sa mort. Est-il plus difficile, sur le plan de la logique, d’accepter l’idée que l’incréé soit cet ensemble d’univers en perpétuelle dégénérescence et régénération plutôt que l’idée que Dieu soit l’incréé ? Dieu a dû rudement s’ennuyer pendant le temps infini qui s’est écoulé avant la création du monde  ! Une cause première n’est nullement indispensable si le réel est un éternel recommencement. Ainsi le monde réel n’aurait jamais été créé et n’aurait jamais de fin, uniquement des avatars. Une pluralité permanente d’univers distincts mais échangistes est d’ailleurs la seule hypothèse qui paraisse satisfaire à la fois à une logique considérée comme la caractéristique fondamentale et permanente de tout ce qui existe (quelque chose ne peut sortir de rien ni s’y résoudre) et aux observations selon lesquelles notre univers a une origine ponctuelle ou quasi ponctuelle.       <br />
       			 Dans le système de propositions logiques que constituent les lois universelles, l’existence de Dieu, à supposer qu’il soit possible de formaliser cette notion, serait-elle la proposition indécidable qu’exige le théorème de Gödel ? Si on fait l’hypothèse que la proposition « Dieu existe » est vraie, on arrive à démontrer par des opérations logiques incontestables qu’elle est fausse et si on fait l’hypothèse qu’elle est fausse, on arrive à démontrer avec tout autant de rigueur qu’elle est vraie ! Assurer sans preuve que Dieu n’existe pas est ni plus ni moins qu’une profession de foi, ce qui est un mauvais début quand on se pique d’athéisme ! Affirmer que Dieu est mort, au sens propre, comporte une contradiction interne. S’il est mort, c’est qu’il a vécu. S’il a vécu, il continue de vivre puisque, par définition, il est éternel. L’affirmer au sens figuré est largement prématuré. Mon sentiment de théologien amateur est que, si Dieu existe, il se cache sous plusieurs couches d’explications et qu’il se garde bien d’intervenir dans nos affaires; que pour parvenir à ses fins, il ne se sert que de moyens naturels. La science est fondée sur l’hypothèse qu’il n’y a jamais de miracle, aucun miracle n’ayant jamais pu être scientifiquement constaté. Depuis le temps que les hommes de science braquent leurs instruments sur des objets grands ou petits et quelle que soit la longueur d’onde qu’ils aient utilisé pour leur exploration ils n’ont jamais relevé une seule entorse aux lois naturelles. Qui croit sérieusement que Dieu joue ainsi à cache-cache avec les savants ? Qui croit sérieusement que Moïse ait écarté les flots de la Mer Rouge pour passer à pied sec ? D’autant que, comme l’a fait remarquer un plaisantin, il aurait été par la suite mal inspiré. Si, après cette traversée, il avait tourné à droite au lieu de tourner à gauche, ce sont les Juifs qui auraient le pétrole ! Un séropositif ou un cancéreux à toute extrémité sont-ils jamais revenus de Lourdes guéris ? Les commerçants lourdais se plaignent à juste titre auprès des autorités ecclésiastiques de la raréfaction des miracles ! D’une certaine manière, les prières perpétuent à l’age adulte les pleurs enfantins destinés à attirer l’attention de la mère. Pourtant le plus fervent des fidèles ne croira jamais que la dernière ligne d’une addition douloureuse puisse être modifiée par la prière ou qu’une adroite supplication puisse rendre étanche un robinet qui fuit. Dieu ne veut pas être pris la main dans le sac ! Au fait, quel est le meilleur mécanicien, celui qui conçoit, construit et met en service un dispositif complexe qui n’a pas besoin de son intervention pour continuer à fonctionner correctement ou bien celui qui est sans arrêt à donner un coup de chiffon ici, ajouter une goutte d’huile là, resserrer un boulon, modifier un réglage, changer une pièce défectueuse ? Les neocréationnistes sous-estiment le Créateur en croyant nécessaire son intervention au coup par coup. Il est capable de réaliser quelque chose de beaucoup plus difficile que des miracles à répétition qui est de faire en sorte que de tels miracles soient inutiles.  Dieu, s’il existe, n’enfreint pas ses propres lois. Il n’a ni concessionnaire autorisé, ni service après-vente. Un esprit mal intentionné pourrait le soupçonner d’avoir créé ce ou ces mondes pour son plaisir et sa distraction plutôt que pour les nôtres, mais ce serait lui prêter des sentiments humains, ce qui n’a probablement aucun sens. A Sa place, s’il est permis de formuler cette hypothèse, Nous Nous serions toutefois longuement félicités que les lois physiques que Nous aurions instituées aient produit des merveilles telles que la Femme ou la Neige !        <br />
       			Il n’y a qu’une seule réalité dont traitent physique et métaphysique, la frontière entre ces deux domaines se déplaçant régulièrement au bénéfice de la première. Les progrès de la physique ont élucidé beaucoup des problèmes que se posait la métaphysique et d’autres réponses sont sans doute en train de mijoter.  Dieu ne pourra être invoqué comme cause ultime que lorsque toutes les autres tentatives d’explications se seront avérées vaines, car cette invocation signifie que les hommes de science acceptent de fixer des limites à leurs investigations et de s’en tenir, en désespoir de cause, à la vertu dormitive du pavot. Ils ont peu de raisons de le faire tant que la science continue de progresser. Dans le cerveau de l’incroyant les divinités sont remplacées par les lois qui gouvernent tout ce qui existe. Ces lois ont tous les attributs des divinités : éternité, ubiquité, toute-puissance. Le croyant espère que, par des prières, il pourra infléchir ces lois à son profit. L’incroyant n’a pas cette espérance. Il juge qu’on ne peut commander à la nature qu’en lui obéissant. Il estime qu’il n’est pas possible de faire un accroc dans le tissu des lois physiques, que ça ne s’est jamais vu et ne se verra jamais. L’incroyant est pour le moment polythéiste sachant que nul n’est encore parvenu à établir toutes les lois physiques particulières comme conséquence d’une loi unique, mais il a bon espoir de pouvoir se convertir un jour au monothéisme. On ne peut exclure cependant que le renouvellement des théories qui cernent la réalité de plus en plus près ne se poursuive perpétuellement et qu’il existe un noyau à jamais incompréhensible au cœur de la réalité. L’évocation du problème de la conscience nous a peut-être donné un aperçu de ce phénomène. La clé du coffre est peut-être bien enfermée à tout jamais à l’intérieur du coffre ! Identifier Dieu à ce noyau ou à une loi physique universelle qui engloberait les autres lois et les expliquerait toutes n’a rien d’inacceptable pour l’incroyant. C’est même le Graal de tous les physiciens. Mais l’incroyant refuse d’ajouter foi aux innombrables mythes qui accompagnent cette idée. Dieu existerait-il d’ailleurs effectivement en tant que personne que ceci ne changerait rien à la nature humaine ni aux problèmes qui se posent à elle. Savoir qu’on ne sait pas, c’est déjà savoir quelque chose. Comme à dit Epicure, ne rien dire de Dieu n’est pas impie. Ce qui est impie, c’est d’en mal parler. Pour le reste, chacun sait qu’on supporte mieux sa propre ignorance et sa propre sottise que celles du voisin.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/7-Dieu-quelle-idee_a10.html</link>
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   <title>8. Sermon sur la montagne</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:32:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
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      8. SERMON SUR LA MONTAGNE									        <br />
              <br />
       La Maréchale. - Mais il faut quelque chose qui effraie les hommes sur les mauvaises actions qui échappent à la sévérité des lois ; et si vous détruisez la religion, que lui substituerez-vous ?        <br />
       Crudeli. - Quand je n'aurais rien à mettre à la place, ce serait toujours un terrible préjugé de moins ; sans compter que, dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n'ont servi de base aux mœurs nationales. Les dieux qu'adoraient ces vieux Grecs et ces vieux Romains, les plus honnêtes gens de la terre, étaient la canaille la plus dissolue : un Jupiter, à brûler tout vif ; une Vénus, à enfermer à l'Hôpital ; un Mercure, à mettre à Bicêtre.        <br />
       La Maréchale. - Et vous pensez qu'il est tout à fait indifférent que nous soyons chrétiens ou païens ; que païens nous n'en vaudrions pas moins ; et que chrétiens nous n'en valons pas mieux.        <br />
       Crudeli. - Ma foi, j'en suis convaincu, à cela près que nous serions un peu plus gais.        <br />
       La Maréchale. - Cela ne se peut.        <br />
       Crudeli. - Mais, madame la maréchale, est-ce qu'il y a des chrétiens ? Je n'en ai jamais vu.        <br />
       La Maréchale. - Et c'est à moi que vous dites cela, à moi ?        <br />
       Crudeli. - Non, madame, ce n'est pas à vous ; c'est à une de mes voisines qui est honnête et pieuse comme vous l'êtes, et qui se croyait chrétienne de la meilleure foi du monde, comme vous le croyez.        <br />
       La Maréchale. - Et vous lui fîtes voir qu'elle avait tort ?        <br />
       Crudeli. - En un instant.        <br />
       La Maréchale. - Comment vous y prîtes-vous ?        <br />
       Crudeli. - J'ouvris un Nouveau Testament, dont elle s'était beaucoup servie, car il était fort usé. Je lui lus le sermon sur la montagne, et à chaque article je lui demandai : “Faites-vous cela ? et cela donc ? et cela encore ?” J'allai plus loin. Elle est belle, et quoiqu'elle soit très sage et très dévote, elle ne l'ignore pas ; elle a la peau très blanche, et quoiqu'elle n'attache pas un grand prix à ce frêle avantage, elle n'est pas fâchée qu'on en fasse l'éloge ; elle a la gorge aussi bien qu'il est possible de l'avoir, et, quoiqu'elle soit très modeste, elle trouve bon qu'on s'en aperçoive.        <br />
       La Maréchale. - Pourvu qu'il n'y ait qu'elle et son mari qui le sachent.        <br />
       Crudeli. - Je crois que son mari le sait mieux qu'un autre ; mais pour une femme qui se pique de grand christianisme, cela ne suffit pas. Je lui dis : “N'est-il pas écrit dans l'Évangile que celui qui a convoité la femme de son prochain a commis l'adultère dans son cœur ?”        <br />
       La Maréchale. - Elle vous répondit qu'oui ?        <br />
              <br />
       Le philosophe vient de faire allusion à la doctrine concernant l’adultère telle qu’elle est exprimée par les évangiles dans le sermon sur la montagne. Voici les quelques lignes où ce sujet est abordé :       <br />
       “ Vous avez appris qu’il a été dit : tu ne commettras pas l’adultère       <br />
       Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère dans son cœur       <br />
       Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne       <br />
       Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette la loin de toi ;       <br />
       	car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne ”       <br />
              <br />
       Crudeli. - Je lui dis : “Et l'adultère commis dans le cœur ne damne-t-il pas aussi sûrement que l'adultère le mieux conditionné ?”        <br />
       La Maréchale. - Elle vous répondit qu'oui ?        <br />
       Crudeli. - Je lui dis : “Et si l'homme est damné pour l'adultère qu'il a commis dans son cœur, quel sera le sort de la femme qui invite tous ceux qui l'approchent à commettre ce crime ?” Cette dernière question l'embarrassa.        <br />
       La Maréchale. - Je comprends ; c'est qu'elle ne voilait pas fort exactement cette gorge, qu'elle avait aussi bien qu'il est possible de l'avoir.        <br />
       Crudeli. - Il est vrai. Elle me répondit que c'était une chose d'usage ; comme si rien n'était plus d'usage que de s'appeler chrétien et de ne l'être pas ; qu'il ne fallait pas se vêtir ridiculement, comme s'il y avait quelque comparaison à faire entre un misérable petit ridicule, sa damnation éternelle et celle de son prochain ; qu'elle se laissait habiller par sa couturière, comme s'il ne valait pas mieux changer de couturière que renoncer à sa religion ; que c'était la fantaisie de son mari, comme si un époux était assez insensé pour exiger de sa femme l'oubli de la décence et de ses devoirs, et qu'une véritable chrétienne dût pousser l'obéissance pour un époux extravagant, jusqu'au sacrifice de la volonté de son Dieu et au mépris des menaces de son rédempteur.        <br />
       La Maréchale. - Je savais d'avance toutes ces puérilités-là ; je vous les aurais peut-être dites comme votre voisine ; mais elle et moi aurions été toutes deux de mauvaise foi. Mais quel parti prit-elle d'après votre remontrance ?        <br />
       Crudeli. - Le lendemain de cette conversation (c'était un jour de fête), je remontais chez moi, et ma dévote et belle voisine descendait de chez elle pour aller à la messe.        <br />
       La Maréchale. - Vêtue comme de coutume ?        <br />
       Crudeli. - Vêtue comme de coutume. Je souris, elle sourit ; et nous passâmes l'un à côté de l'autre sans nous parler. Madame la maréchale, une honnête femme ! une chrétienne ! une dévote ! Après cet exemple, et cent mille autres de la même espèce, quelle influence réelle puis-je accorder à la religion sur les mœurs ? Presque aucune, et tant mieux.        <br />
       La Maréchale. - Comment, tant mieux ?        <br />
       Crudeli. - Oui, madame : s'il prenait fantaisie à vingt mille habitants de Paris de conformer strictement leur conduite au sermon sur la montagne...        <br />
       La Maréchale. - Eh bien ! il y aurait quelques belles gorges plus couvertes.        <br />
       Crudeli. - Et tant de fous que le lieutenant de police ne saurait qu'en faire ; car nos petites-maisons n'y suffiraient pas.        <br />
              <br />
            	Cet extrait illustre la façon dont un honnête homme sait se faire comprendre sans blesser et aussi la façon dont les croyants et les croyantes esquivent les remarques gênantes. La Maréchale sait bien qu’elle est visée par cette historiette et que son comportement est inconséquent du point de vue de la religion qu’elle professe. Si son bon sens ne la rassurait sur sa propre innocence elle pourrait craindre qu’en séduisant quelque galant, même involontairement, elle n’échappe pas à la justice divine même si elle échappe à la justice des hommes. Plutôt que d’entrer dans les eaux froides de la contradiction, elle préfère changer le cours de la conversation. Mais allons plus loin. Je lisais, il y a quelque temps, l’ouvrage d’un auteur un peu oublié de nos jours qui est Georges Duhamel. Il s’y définissait lui-même comme chrétien agnostique. C’est une appellation que je reprends volontiers à mon compte, car les doutes concernant le christianisme portent sur le caractère transcendant que beaucoup lui prêtent plutôt que sur la doctrine elle-même. D’une manière générale, il n’y a rien, dans la doctrine chrétienne des évangiles, qui puisse heurter les sentiments naturels que chacun éprouve. Chacun est libre d’ailleurs de voir dans le christianisme le précurseur de la pensée sociale, ou de considérer le socialisme comme du christianisme pris au sérieux. Cette parenté n’est pas surprenante quand on connaît les origines réelles du christianisme. Quand Marx évoque le sort des enfants travaillant dans les mines, il retrouve des accents évangéliques. Il faut bien reconnaître que le Christ tel qu’il a été dépeint est le premier à avoir dit aussi nettement que la raison du plus faible est toujours la meilleure, et que la solidarité doit s’étendre très au-delà du cercle étroit où elle est confinée dans la nature. Dans ce sens il semble contrevenir aux intentions primitives de la nature et de son éventuel Créateur ! C’est la prééminence écrasante de l’homme sur cette planète qui l’oblige à faire cette entorse aux lois naturelles. Un chrétien conséquent devrait se sentir beaucoup plus à l’aise avec un socialisme qui serait respectueux de sa croyance qu’avec le capitalisme et il très étonnant, et ne peut s’expliquer que par un souci de rééquilibrage, qu’en France une extrème-droite conservatrice et de tradition antisémite choisisse de se recommander d’une tradition qui divinise un juif de gauche ! Rien décidément n’est simple et la figure du Christ appartient à la longue série des martyrs qui ont été exécutés ou assassinés tandis qu’ils œuvraient pour le bien commun.       <br />
            A cette acceptation générale de la doctrine chrétienne il y a toutefois une exception qui a trait aux relations de l’homme et de la femme, telles qu’elles sont exposées par le Sermon sur la Montagne. Je comprends que ce sermon ait été prononcé en un lieu élevé et d’accès difficile ! Tout homme normalement constitué répugne profondément à s’aventurer vers ce sommet. Il est même permis de se demander si cette partie de la doctrine n’est pas un ajout plus ou moins tardif tant son caractère est opposé à la tonalité générale de tolérance illustrée par l’histoire de Marie-Madeleine. Les relations entre hommes et femmes peuvent être profondément perturbées par ce Sermon. Les hommes peuvent se sentir culpabilisés et les femmes se sentir soumises à une sorte d’infibulation mentale. Jésus revendiquait l’appellation de “ fils de l’homme ”. Faut-il comprendre que Jésus était un enfant naturel et qu’il en concevait quelque amertume ? La vérité sous-jacente de la position outrancière exprimée par le Sermon sur la Montagne, c’est que les questions liées à la perpétuation de l’espèce sont d’une importance tout à fait capitale, et même plus que cela, et qu’elles doivent être abordées avec les plus grandes précautions. C’était encore plus vrai lorsque n’existaient ni contraception, ni protection ni médication qui vaillent contre les M.S.T et que, du fait de la brièveté de la vie, du cloisonnement de la société, de l’absence de toutes les commodités dont nous disposons maintenant, la fidélité réciproque des époux était moins problématique qu’aujourd’hui, mais faisait déjà question «à la face d’un ciel qui n’est pas un instant le même,sous des antres qui menacent ruine, au bas d’une roche qui tombe en poudre, au pied d’un arbre qui se gerce, sur une pierre qui s’ébranle ».On ne lutte pas contre une force aussi puissante. Il faut ruser avec elle. Chacun s’arrange de sa sexualité comme il peut. C’est une manière d’hommage rendu à un homme public que de l’attaquer à propos de ses mœurs les plus privées, car ceci veut dire que rien de plus sérieux ne peut être retenu contre lui. L’espèce génétiquement la plus proche de l’espèce humaine est celle des Bonobos, les plus libidineux de tous les singes ! La prudence nécessaire doit-elle pourtant aller jusqu’à fermer les yeux sur les charmes de nos contemporaines ? Jusqu’à ignorer que la vue d’une jolie femme est un cadeau délicat offert à tous les hommes qui ont le privilège de la rencontrer ? Cadeau qu’il serait malséant de refuser. A contrario, il est permis d’avancer que si la race des hommes n’a pas disparu en dépit de son extraordinaire faiblesse, c’est entre autres raisons parce qu’ils ont depuis toujours été extrêmement portés sur la chose !       <br />
       
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/8-Sermon-sur-la-montagne_a11.html</link>
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   <title>9. Religion et morale</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:30:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      9. RELIGION ET MORALE       <br />
              <br />
       Crudeli (reprise). Il y a dans les livres inspirés deux morales : l'une générale et commune à toutes les nations, à tous les cultes, et qu'on suit à peu près ; une autre, propre à chaque nation et à chaque culte, à laquelle on croit, qu'on prêche dans les temples, qu'on préconise dans les maisons, et qu'on ne suit point du tout.        <br />
       La Maréchale. - Et d'où vient cette bizarrerie ?        <br />
       Crudeli. - De ce qu'il est impossible d'assujettir un peuple à une règle qui ne convient qu'à quelques hommes mélancoliques, qui l'ont calquée sur leur caractère. Il en est des religions comme des constitutions monastiques, qui toutes se relâchent avec le temps. Ce sont des folies qui ne peuvent tenir contre l'impulsion constante de la nature, qui nous ramène sous sa loi ; Et faites que le bien des particuliers soit si étroitement lié avec le bien général, qu'un citoyen ne puisse presque pas nuire à la société sans se nuire à lui-même ; assurez à la vertu sa récompense, comme vous avez assuré à la méchanceté son châtiment ; que sans aucune distinction de culte, dans quelque condition que le mérite se trouve, il conduise aux grandes places de l'État ; et ne comptez plus sur d'autres méchants que sur un petit nombre d'hommes, qu'une nature perverse que rien ne peut corriger entraîne au vice. Madame la maréchale, la tentation est trop proche ; et l'enfer est trop loin ; n'attendez rien qui vaille la peine qu'un sage législateur s'en occupe, d'un système d'opinions bizarres qui n'en impose qu'aux enfants ; qui encourage au crime par la commodité des expiations ; qui envoie le coupable demander pardon à Dieu de l'injure faite à l'homme, et qui avilit l'ordre des devoirs naturels et moraux, en le subordonnant à un ordre de devoirs chimériques.        <br />
       La Maréchale. - Je ne vous comprends pas.        <br />
       Crudeli. - Je m'explique ; mais il me semble que voilà le carrosse de M. le maréchal, qui rentre fort à propos pour m'empêcher de dire des sottises.        <br />
       La Maréchale. - Dites, dites votre sottise, je ne l'entendrai pas ; je suis accoutumée à n'entendre que ce qui me plaît.        <br />
       Je m'approchai de son oreille et je lui dis tout bas :        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes, pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d'une femme honnête, quel est le plus atroce ? Il frémira d'horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu'elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits.        <br />
       La Maréchale. - Je connais plus d'une femme qui se ferait un scrupule de manger gras le vendredi, et qui... j'allais dire aussi ma sottise. Continuez.        <br />
       Crudeli. - Mais, madame, il faut absolument que je parle à M. le maréchal.        <br />
       La Maréchale. - Encore un moment, et puis nous l'irons voir ensemble. Je ne sais trop que vous répondre, et cependant vous ne me persuadez pas.        <br />
       Crudeli. - Je ne me suis pas proposé de vous persuader. Il en est de la religion comme du mariage. Le mariage, qui fait le malheur de tant d'autres, a fait votre bonheur et celui de M. le maréchal ; vous avez bien fait de vous marier tous les deux. La religion, qui a fait, qui fait et qui fera tant de méchants, vous a rendue meilleure encore ; vous faites bien de la garder. Il vous est doux d'imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas. Continuez, madame, à jouir de ce garant auguste de vos pensées, de ce spectateur, de ce modèle sublime de vos actions.        <br />
              <br />
       		La maréchale a déclaré précédemment que le but de la religion était de contrarier les mauvais penchants de l’humaine nature avant de convenir que, dans ce rôle, elle n’était pas des plus efficaces. Le philosophe indique que, selon lui, il y a dans les enseignements de l’Eglise deux morales, l’une commune à toutes les religions et à toutes les sagesses et qu’on peut appeler la morale naturelle, l’autre arbitraire qui ne convient qu’à quelques individus « mélancoliques » qu’on dirait aujourd’hui dépressifs ou névrosés. Le dogme de « l’Immaculée Conception » est un exemple de cette névrose. Il signifie que le mode ordinaire de conception est sal, que le sexe est sal, que le célibat est saint. Etrange perversion qui conduit ceux qui idolâtrent le Créateur à critiquer ses choix les plus constants ! Le dogme du péché originel doit prendre sa source dans la répulsion que peuvent engendrer chez certains les flots de sang et de liquides divers qui accompagnent la naissance et qu’on peut prendre à tort pour des impuretés. D’où le baptême destiné à éliminer ces « impuretés » par des ablutions.       <br />
       		« Peut-on dire que la religion rende les hommes méchants ? Sûrement elle les rend tristes » (Alain). On dit que la religion donne un sens à la vie. Faut-il vraiment que la vie ait un sens ? Beaucoup ont l’ambition (la prétention ?) de faire de leur vie un chef d’œuvre. En voulant à toute force donner un sens à leur vie, ils risquent fort de commettre des contresens. La vie se contente d’être, ce qui n’est déjà pas si mal. C’est un voyage où il faut trouver du ravitaillement et éviter les accidents. Le terme du voyage ne nous est que trop connu. La vie a un sens intrinsèque, inclus dans sa notion même et sans lequel elle ne saurait exister, qui est de persister et de s’épanouir. Tout être vivant participe d’instinct à ce processus. Le sens donné à la vie par les religions en général et par la religion chrétienne en particulier, sous des apparences de générosité, est en réalité profondément égoïste puisque ces religions n’envisagent de salut qu’individuel. Elles sont donc de ce point de vue tout à fait immorales. J’appelle de mes vœux une religion, plus conforme à notre condition de passagers obligés de la fragile Planète Bleue, qui dirait que nous serons tous sauvés ou tous perdus et pour laquelle un Dieu de Justice ne serait qu’une hypothèse de travail.       <br />
       		 Revenons au domaine restreint que nous avons déjà évoqué, celui dans lequel se déroulent nos existences. Les relations de causalité à l’intérieur de ce domaine sont les mêmes pour tous et cessent d’être connues au-delà des limites du domaine. Cependant, les religions fixent ce que les mathématiciens appelleraient des conditions aux limites. De proche en proche, ces conditions permettent de fixer la valeur de tous les paramètres à l’intérieur du domaine, c'est-à-dire toutes les règles de vie ; autres conditions aux limites, autres règles. D’où, pour éviter les disputes dues à des points de vue différents, l’intérêt de fixer pour tous les mêmes conditions. L’incroyant ne bénéficie pas de cette facilité. Il ignore quelles sont les conditions aux limites. Il ne peut se fier qu’à son instinct et à sa raison dont il suppose qu’ils sauvegardent les intérêts du monde vivant, ceux de l’espèce humaine et son propre intérêt. C’est à la nature qu’il adresse son « in manus tuas ». « Il y a des choses qu’il faut accepter sans les comprendre ; en ce sens nul ne vit sans religion » (Alain). Les croyances d’un fidèle bien conditionné forment un réseau hydrographique qui ne cesse de s’approfondir par l’usage. Toutes ses pensées remontent comme des poissons obstinés vers la source divine. Celui d’un incroyant, partant des constats sensibles et suivant l’enchaînement des effets et des causes, aboutit à l’océan de l’ignorance et du doute. Le savant qui épouse une croyance religieuse est donc forcément quelque peu schizophrène. L’esprit du croyant est tourné vers le passé, celui de l’incroyant est tourné vers l’avenir. Or quatre-vingt dix neuf pour cent des conversations à bâtons rompus concernent le passé et un pour cent l’avenir. L’avenir, parce qu’il est largement imprévisible, est en effet beaucoup moins bavard que le passé, et le peu qu’il nous dit n’est pas forcément très réjouissant ! Les grands chefs indiens qui se préoccupaient de l’avenir de leur tribu étaient réputés pour leur sagesse, mais aussi pour leur laconisme. L’esprit du bavard incorrigible est tourné obstinément vers le passé, son propre passé.       <br />
        	Dés l’instant où plusieurs religions sont acceptées simultanément sur un même territoire l’instinct et la raison de l’incroyant, tels que les exprime la philosophie des lumières, sont cependant les seules références communes possibles pour tous ceux qui y résident. C’est ce qu’il ne faut cesser de répéter à tous les intégristes. Fort heureusement, les conditions aux limites fixées par les religions ne conduisent pas les fidèles à s’écarter notablement des règles instinctives de l’incroyant, à quelques exceptions près. Le feraient-elles qu’elles seraient rapidement éliminées par la sélection naturelle. Il se peut d’ailleurs que des différences relativement mineures provoquent des conflits d’une violence sans commune mesure avec la cause génératrice. C’est l’équivalent dans le domaine social d’une réaction allergique dans le domaine physiologique. Comme le dit si bien Diderot : « Il y a dans les livres inspirés deux morales : l'une générale et commune à toutes les nations, à tous les cultes, et qu'on suit à peu près ; une autre, propre à chaque nation et à chaque culte, à laquelle on croit, qu'on prêche dans les temples, qu'on préconise dans les maisons, et qu'on ne suit point du tout ». Là où croyants et incroyants divergent, c’est sur le chapitre de la justice à laquelle chacun estime avoir droit. Le croyant pense que les injustices seront réparées dans l’au-delà, quoi qu’il puisse arriver ici-bas. L’incroyant pense que la justice sera rendue à chacun ici et maintenant ou qu’elle ne le sera jamais, que seule l’espèce peut bénéficier d’une justice a posteriori. Il n’y a d’ailleurs pas de justice en soi mais seulement des justices liées aux lieux et aux circonstances. Pour mieux dire, il y a autant de justices que de juges comme il y a autant de croyances que de croyants.       <br />
       		Le philosophe dit plus loin à la Maréchale : « Il vous est doux d'imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas ». Il vous est doux et il vous semble naturel d’imaginer aurait-il pu ajouter. Il n’est pas besoin de faire preuve d’une imagination excessive pour identifier cette divinité surplombante avec le surmoi de Freud qui est le moyen choisi par l’espèce pour faire valoir ses droits en incitant le moi à adopter des comportements conformes à l’éthique. Le surmoi, c’est l’ensemble des circuits neuronaux chargés de rappeler au moi conscient les interdits parentaux, la soumission au mâle dominant, et les intérêts de l’espèce. C’est ce qui relie un individu à ses congénères, passés, présents et futurs. C’est la racine même de la religion. Ce surmoi est le réceptacle où vont s’accumuler les recommandations et les interdits dont l’individu sera nourri au cours de sa vie, spécialement dans ses débuts, mais je suis persuadé qu’il existe chez tous un stock initial, que le cerveau est fourni à la naissance avec son système d’exploitation et quelques logiciels de base (les instincts dont l’instinct parental, l’instinct grégaire, l’instinct moral, l’instinct causal selon lequel tout doit avoir une explication). Le sympathique anarchiste, généralisant peut-être abusivement son cas personnel, considère que le surmoi est assez puissant à lui tout seul pour qu’il n’y ait pas d’autre contrainte à exercer sur l’individu. Postuler l’existence du libre arbitre n’est finalement rien d’autre que de constater qu’il existe un surmoi dont les exhortations peuvent être selon les cas plus fortes ou moins fortes que les pulsions dues à des désirs plus matériels, plus égoïstes et plus immédiats, la conscience, arbitre impartial, désignant le vainqueur. Mais ce surmoi est une donnée que nous ne maîtrisons pas plus que le reste, c’est un héritage génétique, éducatif et culturel. Certains chez qui la voix de l’espèce ou du surmoi que d’aucuns appellent la voix de la conscience est un peu plus faible qu’il n’est souhaitable peuvent trouver avantage à la renforcer par ces imaginations qui peuvent leur épargner des retours de bâton désagréables, de la même façon que, conscients de leur amour immodéré du jeu, certains se font interdire de casino !       <br />
       		« Mettons l’homme et le bandit en présence de Dieu, comme on suppose que le vrai croyant est en présence de Dieu, l’un et l’autre cèderont à une puissance évidemment invincible…c’est pourquoi il faut que Dieu soit incertain… le saint est l’homme qui se passe de Dieu » (Alain). Jamais je ne croirai que l’abbé Pierre, mère Térésa et tous les saints ont fait ce qu’ils ont fait par calcul, pas plus que je ne le crois de la Maréchale. Tous ont suivi leur ligne de plus grande pente. La meilleure preuve que la religion, malgré le caractère exorbitant de ses promesses et de ses menaces, n’a pratiquement aucune influence dans ce domaine, c’est que la conduite de “ celui qui croyait au ciel ” et la conduite de “ celui qui n’y croyait pas ” ne se distinguent pas aisément, ni dans la vie de tous les jours, ni dans les situations extrêmes. Le philosophe et la Maréchale sont d’ailleurs d’accord sur ce point. Est-ce à dire, « horresco referens », que ceux qui croient au ciel n’y croient pas vraiment, mais que cette pseudo croyance leur est confortable, sympathique et socialement profitable ? Qu’ils y adhèrent comme on achète un ticket de l’Euromillion avec le fragile espoir que ce soit le ticket gagnant ? Vivraient-ils comme ils le font s’ils croyaient véritablement aux récompenses et aux châtiments annoncés ? Comment osent-ils faire des enfants sachant les douleurs infernales que ceux-ci risquent d’éprouver pendant  des siècles de siècles ? Oublieraient-ils aussi facilement les prescriptions de leur foi lorsque leurs passions ou leurs intérêts sont en jeu ? Comment font-ils pour résister au stress extrême qui devrait résulter normalement de l’incertitude terrible qui concerne leur sort futur, car comme dit Woody Allen l’éternité, c’est très long, surtout vers la fin ! Pourquoi ne mettent-ils pas plus volontiers la main à la poche pour garantir cette éternité ? L’argent dépensé est un bon indicateur de l’intérêt porté à une activité. Or, même dans les familles chrétiennes, le sport ou les vacances sont des postes budgétaires plus importants que celui consacré à faire vivre leur foi. Voyez avec quel enthousiasme les fidèles catholiques se bousculent pour consacrer leur vie à l’affaire mirobolante qui leur est proposée ! Voyez la part de leurs revenus qu’ils consacrent à des œuvres charitables et avec quelle munificence ils entretiennent leurs pasteurs, de sorte que ceux-ci ne pourraient nourrir femme et enfants, même s’ils étaient autorisés à en avoir ! Ecoutez ce prélat lucide persuadé que les jeunes filles de bonne famille qui se pressent pour applaudir le pape lorsqu’il prêche la chasteté et l’abstinence, ont des articles contraceptifs dans leur sac à main ! La douceur du bouddhisme cambodgien n’a pas empêché de s’exprimer la monstruosité d’un Pol Pot, ce qui est assez terrifiant. Il est plus facile d’aimer un Dieu que l’on peut modeler à sa fantaisie plutôt que des créatures obstinées à persévérer dans leur être, et, selon le mot terrible de Diderot, d’aller « demander pardon à Dieu des injures faites à l’homme ». Torturez si vous l’estimez indispensable, mais n’oubliez surtout pas de vous confesser après ! Insultez et giflez publiquement à la sortie de la messe un paroissien jeune, robuste et bien habillé et voyez s’il tend l’autre joue ! Pour pousser l’homme à l’action, on ne peut guère agir en effet que sur trois leviers : la peur, l’intérêt et la générosité que l’on peut appeler aussi enthousiasme. Tous les régimes politiques utilisent à des degrés divers ces différents leviers.  La dictature privilégiera la peur, la démocratie libérale mettra l’accent sur l’intérêt. Une nation en guerre pourra davantage faire appel à la générosité, car on ne calcule plus quand la maison brûle. L’action immédiate remplace dans ces circonstances extrêmes les discussions interminables sur qui doit faire quoi et au profit de qui et les réticences qui en découlent. C’est la raison pour laquelle le communisme qui a si bien réussi dans la guerre a échoué dans la paix. C’est qu’il aurait fallu, la paix revenue, deux partis communistes se distinguant par les nuances du rouge de leur drapeau et se disputant le pouvoir, et non pas un seul, pour que le régime perdure, au lieu de dégénérer par manque de contrôle démocratique en une entente “ des copains et des coquins ” dont  on voit encore aujourd’hui les séquelles. Au temps de la splendeur de l’URSS on entendait dire dans les pays de l’Est que le déficit moral qui y était observé était lié à l’absence de religion. Le retour de celle-ci a-t-il amélioré la situation ? Il est permis d’en douter. Une partie de la nomenklatura s’est muée, pour son plus grand profit en maffia capitaliste à la faveur de manœuvres qui laissent pantois. Le KGB et la CIA y ont eu certainement plus de part que le Saint-Siège. Des esprits tentateurs ont murmuré à l’oreille des industriels soviétiques qu’ils disposaient certes déjà de copieux privilèges, mais qu’il serait encore préférable pour eux de devenir propriétaires des entreprises dont ils avaient la charge. Et ils ont répondu banco ! Le communisme a échoué comme le pensait ce bon monsieur Gorbatchev à cause de la mise en œuvre de son principe, non à cause du principe lui-même qui est somme toute assez naturel. Une armée en campagne, l’équipage d’un navire, une expédition himalayenne, un ordre monastique, une famille unie, un groupe d’amis en vacances fonctionnent selon des règles ou des usages qui en sont assez proches. Il s’agit de mettre des ressources en commun afin d’assurer au mieux les besoins de chacun. Donnez le communisme aux japonais et ils le feront fonctionner ! Dans une société primitive, nul ne conteste au meilleur chasseur le droit de se servir le premier ni celui de choisir le meilleur morceau, mais il ne viendrait pas à l’idée du groupe des chasseurs d’allouer cinq cents kilogrammes de viande à celui dont l’estomac ne peut en contenir que deux, pendant que d’autres chasseurs resteraient sur leur faim. Aux yeux du plus grand nombre tout système collectiviste est irrémédiablement disqualifié, mais qui aurait parié en 1815 sur l’avenir des démocraties parlementaires laïques alors que partout les trônes et les autels venaient d’être rétablis ? Si la libre entreprise a prouvé dans les faits, peut-être pour des raisons fortuites, sa supériorité sur le collectivisme lorsque les ressources naturelles étaient abondantes et les produits de consommation rares, qu’en sera-t-il si ces ressources se raréfient ou si ces produits deviennent disponibles presque à discrétion, parce que fabriqués essentiellement par des robots ? La question mérite d’être posée. La réponse dépend, entre autres, de ce qui va se passer en Chine où la religion semble avoir perdu droit de cité.       <br />
       		 Au risque de faire crier, je dirai qu’en politique c’est le propre de la gauche de privilégier le surmoi dans ses propos tandis que la droite privilégiera plutôt les pulsions élémentaires, comme la peur qui prend aux tripes. La gauche exprimera plus volontiers des intentions généreuses et la droite des intentions égoïstes. La ligne de démarcation gauche droite passe au travers des assemblées comme elle passe à l’intérieur de chaque individu,  Les deux attitudes sont d’ailleurs indispensables et complémentaires. Pour attaquer un sol dur il faut incliner la bêche tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. Un homme de droite sera plus facilement séduit qu’un homme de gauche par les idées religieuses car elles contribuent à le rééquilibrer. Il compense ainsi souvent l’égoïsme collectif qu’il préconise par une grande générosité individuelle. Il n’arrive pas à se faire aussi méchant qu’il le voudrait car la nature est la plus forte. En d’autres temps, malgré un racisme affiché, il avait son bon juif ou son bon arabe. L’homme de gauche se rééquilibrera en adoptant des mœurs plus libérées, un comportement individuel parfois plus égoïste, en tout cas plus hédoniste. « Nous ne sommes pas les bons et ils ne sont pas les méchants, même s’ils disent qu’ils sont les bons et que nous sommes les méchants ! » (François Mitterrand). Par une dérive qui paraît systématique les opinions de la gauche deviennent au bout d’un délai variable les valeurs de la droite, ainsi de l’esprit républicain et des préoccupations sociales. Il faut remarquer toutefois qu’une société dans son ensemble est plus équilibrée lorsque le pouvoir politique et celui de l’argent ne sont pas durablement dans le même plateau de la balance. L’équilibre des pouvoirs, en permettant le respect des droits de chacun, est l’essence même de la démocratie.       <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/9-Religion-et-morale_a12.html</link>
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   <title>10. Du cathéchisme</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:28:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      10. DU CATECHISME       <br />
              <br />
       La Maréchale. - Vous n'avez pas, à ce que je vois, la manie du prosélytisme.        <br />
       Crudeli. - Aucunement.        <br />
       La Maréchale. - Je vous en estime davantage.        <br />
       Crudeli. - Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne ; et puis, ceux qui sont faits pour se délivrer de ces préjugés n'ont guère besoin qu'on les catéchise.        <br />
       	       <br />
       	Il faut rendre hommage à l’Eglise Catholique qui a eu le courage de publier des catéchismes officiels, car elle s’expose ainsi à la contradiction. La catéchèse peut avoir toutefois des conséquences imprévues. J’ai perdu la foi lorsque j’avais une douzaine d’années, parce que j’ai lu trop attentivement le catéchisme. Le catéchisme de mon enfance énonçait un certain nombre de propositions :       <br />
       -	Dieu est créateur de toutes choses       <br />
       -	Dieu connaît le passé, le présent et l’avenir       <br />
       -	Dieu est infiniment bon       <br />
       -	Dieu est tout-puissant       <br />
       -	L’enfer existe						       <br />
       Comment un dieu infiniment bon et tout-puissant peut-il appeler à vivre un malheureux qu’il a créé lui-même et qu’il sait d’avance condamné à des souffrances éternelles ? Si les mots utilisés ont un sens, un tel comportement relève du sadisme le plus profond et est évidemment incompatible avec une infinie bonté, La contradiction interne de ces différentes propositions m’a parue si évidente que j’ai cessé de fréquenter le catéchisme et que je me suis mis au foot. Dieu source inépuisable de bienveillance ou Dieu juge impitoyable et colérique (alors que la colère est un péché et que Dieu est sans péché d’après la doctrine), homme libre et responsable ou homme dont le destin est fixé inexorablement à l’avance, l’Eglise n’a jamais su ou voulu choisir. En l’occurrence, comme nous l’avons vu, l’homme n’a très probablement que l’illusion d’un choix… L’invocation de ce choix hypothétique ne sert qu’à fournir un prétexte et une justification à la punition. La doctrine chrétienne n'a jamais expliqué comment l’homme peut être libre si son destin, connu de Dieu de toute éternité, est de ce fait inexorablement fixé. Elle est totalement incapable de justifier l’existence du mal. Elle ne saurait l’attribuer à Dieu, pourtant créateur de toutes choses. Elle doit donc, comme n’importe quelle société humaine, trouver des subalternes, des « lampistes », des boucs-émissaires pour porter le chapeau ! Qui, sans être pour autant infiniment bon, n’aurait créé un monde où tous les êtres sensibles vivraient éternellement dans la sérénité et dans la joie ? Dieu est amour dites-vous. Certains disent qu’il n’y a pas d’amour, mais seulement des preuves d’amour, ce qui va bien au-delà d’un simple slogan pour joaillier ou négociant en fourrures ! Les déclarations d’amour sont aussi suspectes que les protestations d’amitié. L’amour éprouvé par un être humain n’est pas autre chose que l’intérêt qu’il porte à un autre être qu’il considère comme indispensable à son propre bonheur. Il est donc égoïste sous des apparences altruistes.  La fameuse lettre de St Paul aux corinthiens témoigne de la puissance de cet attachement inconditionnel. La jalousie qui peut aller jusqu’au meurtre est l’expression ultime de cet attachement. Un usage abusif a été fait de ce concept assez clair de sorte que le sentiment amoureux est devenu un fourre-tout auquel ont été prêté toutes sortes de vertus magiques. Quand les chaînes causales qui vont du monde extérieur à la conscience en passant par le cerveau sont interrompues, un bouclage peut se produire entre cerveau et conscience. Dans l’extase l’amour devient sa propre cause, les neurones de la béatitude s’auto excitent par effet feed-back jusqu’à obtenir pleine satisfaction. Dieu est, selon toute apparence, indifférent à ces débordements amoureux. Est-il davantage au courant de ce qui se passe dans les camps de concentration et dans les salles de torture, pour ne citer que certains des cas les plus déplorables ? Que l’injustice existe sur terre, passe encore, mais qu’elle continue d’exister dans l’au-delà, c’est vraiment « too much ». La justice divine telle qu’elle est envisagée par les chrétiens (et par d’autres) est une suprême injustice. Comme a dit Brassens : « Dieu, s’il existe, il exagère ». Sa seule excuse comme a dit un autre, c’est qu’il n’existe pas. Les contorsions des théologiens pour justifier l’injustifiable invitent à poser cette question : comment dit-on « langue de bois » en latin d’église ?       <br />
            Mon catéchisme disait également :       <br />
       -	   Dieu doit être loué et adoré       <br />
       Les catholiques pratiquants disent louer et adorer Dieu, ce qu’à ma connaissance il n’a jamais réclamé avec insistance, si l’on se réfère aux évangiles, pas plus qu’il n’a insisté sur les châtiments et récompenses futurs ou sur l’existence d’esprits malfaisants, comme s’il s’agissait dans ces différentes occurrences de concessions faites aux pratiques et aux croyances populaires, au nom probablement du réalisme. Comment font-ils pour louer et adorer sans arrière-pensée un être qui peut leur dispenser éternellement le meilleur, mais aussi le pire ? Un amour soumis à pareille contrainte peut-il être vraiment sincère ? Il me paraît au contraire qu’un amour véritable exige une manière d’égalité et de liberté de part et d’autre. Ils disent que Dieu est infiniment bon. Le croient-ils vraiment ou bien jugent-ils prudent de se mettre bien avec lui en le couvrant de louanges, comme s’il s’agissait d’un potentat oriental ? Supposer qu’il puisse être sensible à l’amour de ses propres œuvres a, là aussi, quelque chose d’insultant à son égard. C’est l’accuser en quelque sorte de payer la claque pour se faire applaudir ! Voltaire a eu raison de dire que si Dieu a fait l’homme à son image, ce dernier le lui a bien rendu ! Si Dieu nous a voulus autonomes, le meilleur moyen de lui complaire n’est-il pas de faire comme s’il n’existait pas ? Exigez-vous de vos enfants qu’ils vous vénèrent ? Ne souhaitez-vous pas plutôt qu’ils vivent leur vie le plus librement et le plus heureusement possible ? Les chrétiens sont persuadés d’être aimés de Dieu. Il est mort pour nous, disent-ils. Si c’est vrai, qu’il en soit remercié, encore que le mot de remerciement soit bien faible dans ce cas. Mais je ne peux me défendre de l’idée qu’un dieu tout-puissant aurait pu faire plus simple, plus efficace et moins douloureux. Il n’y a pas d’amour heureux.       <br />
       	Certains passages de la Bible font apparaître Dieu comme un véritable cinglé du barbecue tant il semble se régaler du fumet qui se dégage des innombrables sacrifices d’animaux effectués en son honneur ! N’a-t-il donc aucune commisération pour les plus faibles de ses créatures ? Encore heureux que ce dieu-là se soit contenté d’animaux et qu’il n’ait pas réclamé des êtres humains comme certains de ses confrères. L’histoire d’Isaac laisse d’ailleurs planer quelques doutes à ce sujet ! L’incompréhensibilité divine n’est pas un blanc-seing pour toutes les dérives. L’utilisation du fumet des viandes grillées pour se concilier les bonnes grâces de la divinité peut sembler en tout cas ingénieuse et situe bien la place réelle qu’occupent les religions. Tel est leur lot que de demander peu en échange de rien. L’abandon du latin a révélé aux yeux de beaucoup le peu de substance de la doctrine catholique et son obsolescence.       <br />
              <br />
       Ils ne savent pas ce qu'ils perdent       <br />
       Tous ces fichus calotins       <br />
       Sans le latin, sans le latin       <br />
       La messe nous emmerde       <br />
       A la fête liturgique       <br />
       Plus de grand's pompes, soudain       <br />
       Sans le latin, sans le latin       <br />
       Plus de mystère magique       <br />
       Le rite qui nous envoûte       <br />
       S'avère alors anodin       <br />
       Sans le latin, sans le latin       <br />
       Et les fidèl's s'en foutent       <br />
       O très Sainte Marie mèr' de       <br />
       Dieu, dites à ces putains       <br />
       De moines qu'ils nous emmerdent       <br />
       Sans le latin       <br />
       Je ne suis pas le seul, morbleu       <br />
       Depuis que ces règles sévissent       <br />
       A ne plus me rendre à l'office       <br />
       Dominical que quand il pleut       <br />
        ( Brassens)       <br />
              <br />
       	Pour mon catéchisme, manquer l’office dominical était un péché mortel vous garantissant l’enfer au même titre que les plus grands crimes ! Ainsi, le Très Haut ne pratiquait guère le pardon des offenses même les plus légères. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » semblait être sa devise, ce qu’il est permis de trouver un peu décevant. Certains croyants placés devant ces multiples contradictions vous rétorquent, « credo quia absurdum », ce qui met fin, bien entendu, à toute discussion.        <br />
       	Le catéchisme officiel de l’Eglise Catholique rédigé sous le pontificat de Jean-Paul II (abrégé publié par Benoît XVI) ne présente plus les choses aussi crûment. Il comporte néanmoins un certain nombre de particularités qui méritent d’être signalées :       <br />
       -	Il est ennuyeux et confus, comme pour dissuader le lecteur imprudent de s’y aventurer.       <br />
       -	Il ne donne aucune définition des termes qu’il utilise. Il suppose que Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit composant la Sainte Trinité, Ame et Corps, Anges, Saints, Bienheureux, Enfer, Paradis, Purgatoire, Limbes, Démons, Bien, Mal, Liberté, Libre- Arbitre, Prière, Adoration, Croyance, Espérance et Foi et j’en oublie sûrement sont des notions comprises par tous, et de la même façon. Cette absence de définitions permet à n’importe quel homme d’église de raconter à peu près n’importe quoi sans risquer d’être pris par surprise en flagrant délit de contradiction. Ces contradictions que nous avons relevées dans les catéchismes précédents qui comportaient précisément  des définitions. Il ne trouve rien d’intéressant à dire sur Dieu qui a pourtant été un objet d’étude pour cent générations de théologiens, ce qui montre bien l’inutilité de leur discipline, laquelle a d’ailleurs complètement disparu du débat public.       <br />
       -	Il ne donne ni explication ni justification. Pour lui citation vaut preuve ! Il assène ses « vérités » Boum ! Boum ! Comme autant de coups de canon ! Impossible de ne pas y reconnaître la marque du « panzer cardinal ». « Peut-être est-il dans la destinée de toute théologie, aussitôt achevée, de rouler sur la terre comme un char d’assaut » (Alain). Ce discours péremptoire ne dissimule-t-il pas toutefois un doute fondamental qui pourrait être nécessaire au bon exercice de la papauté ? Pour un prêtre le doute ne fait-il pas en quelque sorte partie du métier ? C’est par une perversité tout ecclésiastique que celui qui a tenté de rafistoler la doctrine catholique a été chargé ensuite par ses pairs de la faire vivre.       <br />
       -	Il réaffirme l’illusion du libre arbitre et donc de la responsabilité intrinsèque et non d’opportunité de chacun.       <br />
       -	Après avoir rendu un hommage de pure forme aux conquêtes de la science, il embraye sans transition ni précaution oratoire superflue sur le récit biblique de la Genèse. L’Eglise Catholique se range donc sans malaise apparent aux côtés des fondamentalistes et des créationnistes. Il lui est évidemment difficile de se renier et de convenir qu’elle colporte les mêmes erreurs depuis bientôt deux mille ans.       <br />
       -	Avec une lourde insistance le catéchisme attribue à l’Eglise Catholique et à elle seule la responsabilité pleine et entière de représenter Dieu sur terre, de décider qui sera sauvé et qui ne le sera pas (jusqu’à ressusciter les indulgences  !), de décider qui est saint et qui ne l’est pas et revendique à cet effet, comme gage de son infaillibilité, l’aide directe du Saint-Esprit qui se trouve ainsi enrôlé sans son consentement. C’est bien Saint Pierre, fondateur de l’Eglise, et ses héritiers qui détiennent les clés du Paradis !  Les Bons Pères ne doutent décidément de rien ! Il faut dire que la revendication d’infaillibilité en matière de croyance et de morale est absolument indispensable à l’Eglise puisque celle-ci s’est toujours réservé la possibilité d’adapter la doctrine aux circonstances et aux attentes de ses fidèles. Cette revendication est de plus parfaitement justifiée puisque c’est l’Eglise elle-même qui pose les questions et estampille les réponses  Le marchand de pizzas aussi est infaillible en matière de pizzas car il les fabrique lui-même, choisit à son gré tous leurs ingrédients et les désigne en tant que pizzas sur son écriteau. L’invention de l’imprimerie en figeant les textes saints a considérablement freiné toute évolution ultérieure, d’où l’inadaptation croissante des enseignements de l’Eglise à l’évolution matérielle et morale de la société. Dans tous les domaines ou l’expérience peut trancher entre le vrai et le faux l’histoire de l’Eglise est jalonnée d’une longue suite d’erreurs ; erreurs tellement manifestes qu’elles ont fini par être avouées par ses plus hauts dignitaires. Dés qu’il s’agit de connaissance, la persévérance dans l’erreur des autorités religieuses est leur trait le plus frappant, au point qu’on peut dire d’une proposition condamnée par l’Eglise qu’elle a les meilleures chances d’être vraie. « Errare humanum est … ». On n’ose continuer par égard pour eux. A l’inverse les intuitions des matérialistes de l’antiquité comme Démocrite se sont trouvées vérifiées de manière étonnante en préfigurant atomisme et darwinisme. L’un d’entre eux, Lucrèce, à propos du phénomène des éclipses, mais le domaine d’application est évidemment beaucoup plus vaste, disait qu’il était prêt à examiner n’importe quelle explication pourvu qu’on n’y mêlât point les dieux. La communauté scientifique est depuis restée fidèle à cet à-priori et s’en est bien trouvée. Diderot lui-même, longtemps avant Wegener, a suggéré une dérive des continents pour expliquer l’ubiquité de certaines espèces. C’est pour un auteur un honneur insigne que d’être mis à l’index par l’Eglise. Aucune compagnie n’est plus relevée. On y trouve la fine fleur de l’intelligentsia européenne et on n’y risque pas de mauvaises rencontres. Aucun antisémite, aucun nazi, aucun fasciste, aucun tyran sanguinaire  n’y figurent.         <br />
       -	 Il passe rapidement sur les descriptions de l’enfer et du paradis, lieux d’éternelle villégiature dont les tourments et les délices devraient pourtant passionner les fidèles. Le Club Méditerranée se permettrait-il d’être aussi succinct dans la description des séjours qu’il propose dans chacun de ses villages pour un temps pourtant limité ? Le nouveau catéchisme parle bien du feu de l’enfer, mais c’est apparemment d’un petit feu qu’il s’agit puisque la punition la plus sévère infligée dans ce lieu de supplices ne serait pas la brûlure du feu, mais l’impossibilité de rencontrer le chef de village ! Cette vue quelque peu lénifiante est immédiatement contredite par la mention d’un tri « entre les brebis et les boucs » effectué au jour du jugement dernier qui ressemble furieusement à la sélection qui s’opérait à la descente des trains à Auschwitz  ! Il faut par parenthèse une grande capacité d’oubli, une grande propension à battre sa coulpe sur la poitrine du voisin et une bonne dose de culot pour proclamer que « face à l’horreur d’Auschwitz il n’y a pas d’autre réponse que la croix du Christ » alors que les églises chrétiennes ont une responsabilité certaine dans la genèse de l’antisémitisme. La seule interprétation de ces paroles conforme à la doctrine proclamée par le catéchisme est que les Juifs ont intérêt à se convertir s’ils veulent éviter que les mêmes horreurs ne se reproduisent !       <br />
       			Autre incohérence qui peut être relevée : les heureux élus dont il est dit qu’ils sont en petit nombre, pourraient-il jouir d’un bonheur parfait tout en étant conscients que la plupart de leurs ascendants, de leurs descendants et de leurs êtres les plus chers, rôtissent en enfer avec les paroissiens du curé de Cucugnan ? Tout homme moralement sain doit se sentir solidaire non seulement de ses proches, mais de tous les autres, y compris des assassins, des tortionnaires et des pédophiles. Cette observation ne met pas en cause le droit et le devoir qu’il a de s’en protéger, comme on se met à l’abri d’une pierre qui dévale le flanc de la montagne, ou comme on évite les imbéciles, lesquels ne peuvent vous faire du bien, mais peuvent vous faire du mal (c’est à quoi on les reconnaît le plus facilement). Chacun aspire en effet à marquer le monde de son empreinte. Celui qui ne se sent pas capable de construire s’acharnera à détruire. Une combinaison malheureuse des caractères héréditaires du père et de la mère, une contrepèterie génétique fatale commise dans la recopie du génome, une mutation due à un rayon cosmique parti d’une lointaine étoile, une enfance martyrisée, un milieu familial irrespectueux d’autrui, un accident de la vie, une mauvaise rencontre faite au mauvais moment, ou d’autres circonstances particulières ne font pas disparaître une indéniable parenté. Tout homme estimable partage avec les pires de ses semblables un nombre considérable de chromosomes.        <br />
       		D’ailleurs, quelle est l’âme qui éprouverait les tourments ou les béatitudes ? Est-ce celle que possédait l’individu à 10, 20, 40, 80 ans, ou bien celle qui officiait à la veille de sa mort et qui peut se trouver à ce moment fatal dans un état lamentable ? A quel moment de l’histoire ce système de récompenses et de punitions a-t-il été institué ? Avec l’apparition de l’homme ? Mais tout donne à penser que la transition de l’animal à l’homme s’est opérée progressivement sur une très longue période. On peut même espérer qu’elle n’est pas terminée ! La transition de l’enfant irresponsable à l’adulte soi-disant responsable n’est pas mieux définie. L’Eglise, qui se sentirait déshonorée de laisser une seule question sans réponse, n’est plus du tout à l’aise ni avec le paradis ni surtout avec l’enfer. Du reste elle n’en parle quasiment plus, et surtout pas aux enterrements ! Sur le chapitre des récompenses et des châtiments son enseignement a déjà varié, et il peut encore évoluer, mais quel rapport y a-t-il entre cette évolution et la réalité des choses ? Il n’est pas donné aux mortels de dire « que la lumière soit » pour que soudain tout s’éclaire !       <br />
       « Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire       <br />
       Les bons récompensés et les méchants punis       <br />
       Et le corps du Seigneur dans le fond du ciboire       <br />
       Et l’huile consacrée comme le pain bénit       <br />
       Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires »       <br />
       (Brassens)       <br />
       		Plaçons-nous un million d’années dans l’avenir, ce qui est la durée d’un clin d’œil à l’échelle des temps géologiques. A cette époque des chirurgiens habiles savent, avec l’aide d’une armée de robots, extraire sans les endommager les cerveaux des humains de leurs boites crâniennes. Ils savent irriguer ensuite ces cerveaux avec un liquide  nourricier, épurateur, protecteur et régénérant mis au point à cet effet. Ils savent également raccorder les zones cérébrales motrices et sensorielles à un appareillage approprié, sorte de jeu vidéo permettant aux consciences épiphénoménales de vivre au choix et sans périls des aventures spirituelles, sportives, intellectuelles, artistiques, héroïques ou amoureuses, comme de descendre à ski, au milieu des plus hautes montagnes, des pentes vierges en neige de printemps, de surfer sans fin, athlète bruni par le soleil et blondi par l’eau de mer, sur des rouleaux poussés par les alizés, de nager puissamment et sans fatigue dans des lagons tièdes peuplés de créatures de rêve, de vivre des nuits d’amour qui durent cent ans…. Pour parfaire leur ouvrage ces chirurgiens savent implanter aux points appropriés des électrodes raccordées à des générateurs d’impulsions capables de susciter des sensations ineffables… Tout va apparemment  pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où l’armée des robots se révolte et remplace les générateurs de sensations ineffables par des générateurs d’épouvantables tortures… Notre condition définitivement mortelle n’est-elle pas préférable à cet avenir-là ?          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/10-Du-cathechisme_a13.html</link>
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   <title>11. Les derniers moments</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:26:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      11.LES DERNIERS MOMENTS       <br />
              <br />
              <br />
       La Maréchale. - Croyez-vous que l'homme puisse se passer de superstition ?        <br />
       Crudeli. - Non, tant qu'il restera ignorant et peureux.        <br />
       La Maréchale. - Eh bien ! superstition pour superstition, autant la nôtre qu'une autre.        <br />
       Crudeli. - Je ne le pense pas.        <br />
       La Maréchale. - Parlez-moi vrai, ne vous répugne-t-il point de n'être plus rien après votre mort ?        <br />
       Crudeli. - J'aimerais mieux exister, bien que je ne sache pas pourquoi un être, qui a pu me rendre malheureux sans raison, ne s'en amuserait pas deux fois.        <br />
       La Maréchale. - Si, malgré cet inconvénient, l'espoir d'une vie à venir vous paraît consolant et doux, pourquoi vous l'arracher ?        <br />
       Crudeli. - Je n'ai pas cet espoir, parce que le désir ne m'en a point dérobé la vanité ; mais je ne l'ôte à personne. Si l'on peut croire qu'on verra, quand on n'aura plus d'yeux ; qu'on entendra, quand on n'aura plus d'oreilles ; qu'on pensera, quand on n'aura plus de tête ; qu'on sentira, quand on n'aura plus de sens ; qu'on aimera, quand on n'aura plus de cœur ; qu'on existera, quand on sera nulle part ; qu'on sera quelque chose, sans étendue et sans lieu, j'y consens.        <br />
       La Maréchale. - Mais ce monde-ci, qui l'a fait ?        <br />
       Crudeli. - Je vous le demande.        <br />
       La Maréchale. - C'est Dieu.        <br />
       Crudeli. - Et qu'est-ce que Dieu ?        <br />
       La Maréchale. - Un esprit.        <br />
       Crudeli. - Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas un esprit ?        <br />
       La Maréchale. - Et pourquoi le ferait-elle ?        <br />
       Crudeli. - C'est que je lui en vois faire tous les jours. Croyez-vous que les bêtes aient des âmes ?        <br />
       La Maréchale. - Certainement, je le crois.        <br />
       Crudeli. - Et pourriez-vous me dire ce que devient, par exemple, l'âme du serpent du Pérou, pendant qu'il se dessèche, suspendu à une cheminée, et exposé à la fumée un ou deux ans de suite ?        <br />
       La Maréchale. - Qu'elle devienne ce qu'elle voudra, qu'est-ce que cela me fait ?        <br />
       Crudeli. - C'est que madame la maréchale ne sait pas que ce serpent enfumé, desséché, ressuscite et renaît.        <br />
       La Maréchale. - Je n'en crois rien.        <br />
       Crudeli. - C'est pourtant un habile homme, c'est Bouguer qui l'assure.        <br />
       La Maréchale. - Votre habile homme en a menti.        <br />
       Crudeli. - S'il avait dit vrai ?        <br />
       La Maréchale. - J'en serais quitte pour croire que les animaux sont des machines.        <br />
       Crudeli. - Et l'homme qui n'est qu'un animal un peu plus parfait qu'un autre... Mais, M. le maréchal...        <br />
       La Maréchale. - Encore une question, et c'est la dernière. Etes-vous bien tranquille dans votre incrédulité ?        <br />
       Crudeli. - On ne saurait davantage.        <br />
       La Maréchale. - Pourtant, si vous vous trompiez ?        <br />
       Crudeli. - Quand je me tromperais ?        <br />
       La Maréchale. - Tout ce que vous croyez faux serait vrai, et vous seriez damné. Monsieur Crudeli, c'est une terrible chose que d'être damné ; brûler toute une éternité, c'est bien long.        <br />
       Crudeli. - La Fontaine croyait que nous y serions comme le poisson dans l'eau.        <br />
       La Maréchale. - Oui, oui ; mais votre La Fontaine devint bien sérieux au dernier moment ; et c'est là que je vous attends.        <br />
       Crudeli. - Je ne réponds de rien, quand ma tête n'y sera plus ; mais si je finis par une de ces maladies qui laissent à l'homme agonisant toute sa raison, je ne serai pas plus troublé au moment où vous m'attendez qu'au moment où vous me voyez.        <br />
       La Maréchale. - Cette intrépidité me confond.        <br />
       Crudeli. - J'en trouve bien davantage au moribond qui croit en un juge sévère qui pèse jusqu'à nos plus secrètes pensées, et dans la balance duquel l'homme le plus juste se perdrait par sa vanité, s'il ne tremblait de se trouver trop léger ; si ce moribond avait alors à son choix, ou d'être anéanti, ou de se présenter à ce tribunal, son intrépidité me confondrait bien autrement, s'il balançait à prendre le premier parti, à moins qu'il ne fût plus insensé que le compagnon de saint Bruno ou plus ivre de son mérite que Bohola.        <br />
       La Maréchale. - J'ai lu l'histoire de l'associé de saint Bruno ; mais je n'ai jamais entendu parler de votre Bohola.        <br />
       Crudeli. - C'est un jésuite du collège de Pinsk, en Lithuanie, qui laissa en mourant une cassette pleine d'argent, avec un billet écrit et signé de sa main.        <br />
       La Maréchale. - Et ce billet ?        <br />
       Crudeli. - Était conçu en ces termes : “ Je prie mon cher confrère, dépositaire de cette cassette, de l'ouvrir quand j'aurai fait des miracles. L'argent qu'elle contient servira aux frais du procès de ma béatification. J'y ai ajouté quelques mémoires authentiques pour la confirmation de mes vertus, et qui pourront servir utilement à ceux qui entreprendront d'écrire ma vie.”        <br />
       La Maréchale. - Cela est à mourir de rire.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, madame la maréchale ; mais pour vous, votre Dieu n'entend pas raillerie.        <br />
       La Maréchale. - Vous avez raison.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, il est bien facile de pécher grièvement contre votre loi.        <br />
       La Maréchale. - J'en conviens.        <br />
       Crudeli. - La justice qui décidera de votre sort est bien rigoureuse.        <br />
       La Maréchale. - Il est vrai.        <br />
       Crudeli. - Et si vous en croyez les oracles de votre religion sur le nombre des élus, il est bien petit.        <br />
       La Maréchale. - Oh ! c'est que je ne suis pas janséniste ; je ne vois la médaille que par son revers consolant ; le sang de Jésus-Christ couvre un grand espace à mes yeux ; et il me semblerait très singulier que le diable, qui n'a pas livré son fils à la mort, eût pourtant la meilleure part.        <br />
       Crudeli. - Damnez-vous Socrate, Phocion, Aristide, Caton, Trajan, Marc-Aurèle ?        <br />
       La Maréchale. - Fi donc ! Il n'y a que les bêtes féroces qui puissent le penser. Saint Paul a dit que chacun sera jugé par la loi qu'il a connue ; et saint Paul a raison.        <br />
       Crudeli. - Et par quelle loi l'incrédule sera-t-il jugé ?        <br />
       La Maréchale. - Votre cas est un peu différent. Vous êtes un de ces habitants maudits de Corozaïn et de Betzaïda, qui fermèrent leurs yeux à la lumière qui les éclairait, et qui étoupèrent leurs oreilles pour ne pas entendre la voix de la vérité qui leur parlait.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, ces Corozaïnois et ces Betzaïdains furent des hommes comme il n'y en eut jamais que là, s'ils furent maîtres de croire ou de ne pas croire.        <br />
       La Maréchale. - Ils virent des prodiges qui auraient mis l'enchère aux sacs et à la cendre, s'ils avaient été faits à Tyr et à Sidon.        <br />
       Crudeli. - C'est que les habitants de Tyr et de Sidon étaient des gens d'esprit, et que ceux de Corozaïn et de Betzaïda n'étaient que des sots. Mais, est-ce que celui qui fit les sots les punira pour avoir été sots ? Je vous ai fait tout à l'heure une histoire, et il me prend envie de vous faire un conte. Un jeune Mexicain... Mais, M. le maréchal ?        <br />
       La Maréchale. - Je vais envoyer savoir s'il est visible. Eh bien ! votre jeune Mexicain ?        <br />
       Crudeli. - Las de son travail, se promenait un jour au bord de la mer. Il voit une planche qui trempait d'un bout dans les eaux, et qui de l'autre posait sur le rivage. Il s'assied sur cette planche, et là, prolongeant ses regards sur la vaste étendue qui se déployait devant lui, il se disait : rien n'est plus vrai que ma grand'mère radote avec son histoire de je ne sais quels habitants qui, dans je ne sais quel temps, abordèrent ici de je ne sais où, d'une contrée au-delà de nos mers. Il n'y a pas le sens commun : ne vois-je pas la mer confiner avec le ciel ? Et puis-je croire, contre le témoignage de mes sens, une vieille fable dont on ignore la date, que chacun arrange à sa manière, et qui n'est qu'un tissu de circonstances absurdes, sur lesquelles ils se mangent le cœur et s'arrachent le blanc des yeux ? Tandis qu'il raisonnait ainsi, les eaux agitées le berçaient sur sa planche, et il s'endormit. Pendant qu'il dort, le vent s'accroît, le flot soulève la planche sur laquelle il est étendu, et voilà notre jeune raisonneur embarqué.        <br />
       La Maréchale. - Hélas ! c'est bien là notre image : nous sommes chacun sur notre planche ; le vent souffle, et le flot nous emporte.        <br />
       Crudeli. - Il était déjà loin du continent lorsqu'il s'éveilla. Qui fut bien surpris de se trouver en pleine mer ? ce fut notre Mexicain. Qui le fut encore bien davantage ? ce fut encore lui, lorsqu'ayant perdu de vue le rivage sur lequel il se promenait il n'y a pas un instant, la mer lui parut confiner avec le ciel de tous côtés. Alors il soupçonna qu'il pouvait bien s'être trompé ; et que, si le vent restait au même point, peut-être serait-il porté sur la rive, et parmi ces habitants dont sa grand'mère l'avait si souvent entretenu.        <br />
       La Maréchale. - Et de son souci, vous ne m'en dites mot.        <br />
       Crudeli. - Il n'en eut point. Il se dit : Qu'est-ce que cela me fait, pourvu que j'aborde ? J'ai raisonné comme un étourdi, soit ; mais j'ai été sincère avec moi-même ; et c'est tout ce qu'on peut exiger de moi. Si ce n'est pas une vertu que d'avoir de l'esprit, ce n'est pas un crime que d'en manquer. Cependant le vent continuait, l'homme et la planche voguaient, et la rive inconnue commençait à paraître : il y touche, et l'y voilà.        <br />
       La Maréchale. - Nous nous y reverrons un jour, monsieur Crudeli.        <br />
       Crudeli. - Je le souhaite, madame la maréchale ; en quelque endroit que ce soit, je serai toujours très flatté de vous faire ma cour. A peine eut-il quitté sa planche, et mis le pied sur le sable, qu'il aperçut un vieillard vénérable, debout à ses côtés. Il lui demanda où il était, et à qui il avait l'honneur de parler. “Je suis le souverain de la contrée,” lui répondit le vieillard. A l'instant le jeune homme se prosterne. “Relevez-vous, lui dit le vieillard. Vous avez nié mon existence ? Il est vrai. Et celle de mon empire ? Il est vrai. Je vous pardonne, parce que je suis celui qui voit au fond des cœurs, et que j'ai lu au fond du vôtre que vous étiez de bonne foi ; mais le reste de vos pensées et de vos actions n'est pas également innocent.” Alors le vieillard, qui le tenait par l'oreille, lui rappelait toutes les erreurs de sa vie ; et, à chaque article, le jeune Mexicain s'inclinait, se frappait la poitrine, et demandait pardon... Là, madame la maréchale, mettez-vous pour un moment à la place du vieillard, et dites-moi ce que vous auriez fait ? Auriez-vous pris ce jeune insensé par les cheveux ; et vous seriez-vous complu à la traîner à toute éternité sur le rivage ?        <br />
       La Maréchale. - En vérité, non.        <br />
       Crudeli. - Si un de ces six jolis enfants que vous avez, après s'être échappé de la maison paternelle et avoir fait force sottises, y revenait bien repentant ?        <br />
       La Maréchale. - Moi, je courrais à sa rencontre ; je le serrerais entre mes bras, et je l'arroserais de mes larmes ; mais M. le maréchal son père ne prendrait pas la chose si doucement.        <br />
       Crudeli. - M. le maréchal n'est pas un tigre.        <br />
       La Maréchale. - Il s'en faut bien.        <br />
       Crudeli. - Il se ferait peut-être un peu tirailler, mais il pardonnerait.        <br />
       La Maréchale. - Certainement.        <br />
       Crudeli. - Surtout s'il venait à considérer qu'avant de donner la naissance à cet enfant, il en savait toute la vie, et que le châtiment de ses fautes serait sans aucune utilité ni pour lui-même, ni pour le coupable, ni pour ses frères.        <br />
       La Maréchale. - Le vieillard et M. le maréchal sont deux.        <br />
       Crudeli. - Voulez-vous dire que M. le maréchal est meilleur que le vieillard ?        <br />
       La Maréchale. - Dieu m'en garde ! Je veux dire que, si ma justice n'est pas celle de M. le maréchal, la justice de M. le maréchal pourrait bien n'être pas celle du vieillard.        <br />
       Crudeli. - Ah ! madame ! vous ne sentez pas les suites de cette réponse. Ou la définition générale convient également à vous, à M. le maréchal, à moi, au jeune Mexicain et au vieillard ; ou je ne sais plus ce que c'est, et j'ignore comment on plaît ou l'on déplaît à ce dernier.        <br />
       Nous en étions là lorsqu'on nous avertit que M. le maréchal nous attendait. Je donnai la main à Mme la maréchale, qui me disait : “ C'est à faire tourner la tête, n'est-ce pas ?”        <br />
       Crudeli. –Pourquoi donc quand on l’a bonne ?       <br />
       La Maréchale. - Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait...        <br />
       Crudeli. - Même quand on n'y croit pas.        <br />
       La Maréchale. - Et quand on y croit, de ne pas compter sur sa bonté.       <br />
       Crudeli. – Si ce n’est pas le plus poli, c'est du moins le plus sûr...        <br />
       La Maréchale. - A propos, si vous aviez à rendre compte de vos principes à nos magistrats, les avoueriez-vous ?        <br />
       Crudeli. - Je ferais de mon mieux pour leur épargner une action atroce.        <br />
       La Maréchale. - Ah ! le lâche ! Et si vous touchiez à votre dernière heure, vous soumettriez-vous aux cérémonies de l'Église ?        <br />
       Crudeli. - Je n'y manquerais pas.        <br />
       La Maréchale. - Fi ! le vilain hypocrite.       <br />
              <br />
       		Cette partie de l’Entretien a pour sujet la manière dont l’incroyant peut s’accommoder des menaces proférées à son égard par les religions. Le philosophe revendique l’irresponsabilité qu’entraîne le manque d’informations certaines parce qu’il n’est pas concevable de condamner aux peines les plus extrêmes quelqu’un qui n’a pas été clairement et personnellement averti de la loi qu’il enfreignait. Nul n’est censé ignorer la loi. Certes, mais laquelle ? « Si tu ne penses pas comme moi, je te voue à des souffrances éternelles » : cette menace a été colportée par des hommes que rien ne distinguait des autres avec certitude ni même avec vraisemblance. Ces hommes-là étaient-ils vraiment conscients du caractère grossier et scandaleux d’une pareille intimidation ? Le procédé est en tout cas vieux comme le monde. C’est celui des chamans et des sorciers qui, se flattant d’entretenir de bonnes relations avec l’au-delà, menacent leur auditoire de l’intervention des puissances maléfiques s’ils ne sont pas obéis et servis aveuglément. Si cette menace est imaginaire, elle s’apparente ni plus ni moins à une escroquerie, escroquerie particulièrement condamnable sachant que ses victimes sont de préférence des personnes en situation difficile. Et ces escrocs-là, à la différence de ceux qui réussissent dans la vie ordinaire, ne sont pas toujours sympathiques.         <br />
       		Avec la fable du jeune mexicain le philosophe fait connaître l’argumentation dont il userait le cas échéant auprès du Très Haut pour se faire pardonner son incrédulité passée. Le vieillard vénérable rencontré sur la plage ressemble fort à l’image que se font les occidentaux du Père Eternel. En veine d’exotisme, Diderot aurait pu proposer à sa place un comité d’accueil composé des dieux tahitiens évoqués dans le Supplément au Voyage de Bougainville.  Pourquoi ces derniers ou d’autres divinités locales n’auraient-ils pas les mêmes droits que leur illustre confrère occidental à décider de son sort ? D’autant qu’en l’occurrence ces divinités-là jouent à domicile. Quoi qu’il en soit, le philosophe n’est pas doté d’un athéisme en béton armé puisqu’il envisage l’éventualité d’avoir à rendre des comptes dans l’au-delà. Il n’est cependant ni lâche ni hypocrite comme l’en accuse plaisamment la Maréchale. Il est seulement raisonnablement prudent et, s’Il indique qu’il a l’intention à sa dernière heure de quitter ce monde en respectant les usages religieux en vigueur, ce n’est pas par hypocrisie, mais pour ne pas faire de peine ni nuire à sa famille. Il regrette au fond de ne pas être, du point de vue de la religion,  sur la même longueur d’ondes qu’elle et il n’a pas de solution alternative s’il ne veut pas être enterré comme un chien. Une messe est possible comme l’a écrit dans son testament le cher François Mitterrand. Ainsi se termine l’Entretien, dans ce qui pourrait apparaître comme une certaine ambiguïté.       <br />
       		Comment l’incroyant doit-il aborder les derniers lacets du chemin de la vie ? Je crois qu’il lui faudra songer, lorsque la pente sera devenue trop raide,  lorsque la vie sera devenue pour lui un fardeau, qu’il va lui être enfin possible de poser son sac et de s’endormir sans pensées, donc sans souffrances.        <br />
       Lors tu seras       <br />
       Hors de portée       <br />
       Des loups des chiens       <br />
       Des hommes et des       <br />
       Imbéciles…       <br />
       (Brassens)       <br />
       Ceci mettra fin du même coup au sentiment qu’il peut ressentir à ce moment là, s’il est resté lucide, de l’inutilité que sa vie présente pour lui-même et pour les autres. Mon père à la retraite se plaignait « d’être entretenu comme une fille sans pouvoir même donner du plaisir » ! Comme l’ont fait remarquer depuis longtemps des sages  nul ne meurt vraiment, car nul ne prend conscience qu’il a cessé de vivre. Si nous mourrons, c’est pour faire de la place à nos successeurs qui seront meilleurs ou plus heureux que nous. Tel est le sens de la mort, son véritable rôle fonctionnel. La mort est donc une des inventions les plus remarquables du monde vivant, celle sans laquelle aucune diversité, aucun progrès n’eussent été possibles. C’est de plus une innovation dont chacun peut bénéficier de la façon la plus démocratique qui soit.       <br />
       Mais doucement passent les jours       <br />
       Adieu la jeunesse et l’amour       <br />
       Les petit’s mômes et les « je t’aime »       <br />
       On laisse la place et c’est normal       <br />
       Chacun son tour d’aller au bal       <br />
       Faut pas qu’ça soit       <br />
       Toujours les mêmes       <br />
       (Leo Ferré)       <br />
       Savoir sa propre mort absolument indispensable à la bonne marche de la vie, n’est-ce pas déjà un puissant motif de consolation ? Il n’y a donc pas lieu de se troubler, mais il y a lieu de prendre à temps les précautions nécessaires pour ne pas souffrir inutilement. Le passage sera facilité si celui qui s’en va a le sentiment d’avoir su éviter la plupart des pièges de l’existence, d’avoir le plus souvent écouté la voix de son surmoi et d’avoir pu transmettre le relais dans de bonnes conditions.        <br />
       	 Un de mes amis possédait un chien plutôt petit et roux de poil qui s’était toujours fait remarquer par son intelligence, son indépendance et sa bonne humeur. Ce précieux animal avait durant toute sa vie fait la joie de son maître. Il s’était attiré, à ce qu’on dit, la reconnaissance de toutes les belles à quatre pattes du voisinage. Chargé d’ans et sentant sa fin prochaine, il se dirigea sans se retourner vers la forêt toute proche et nul depuis ne le revit plus, vif ou mort. Imitons de Miraut cette dignité canine. Ou bien encore celle du pauvre Martin de la chanson :        <br />
       « Il creusa lui-même sa tombe       <br />
       En faisant vite en se cachant       <br />
       Et s’y étendit sans rien dire       <br />
       Pour ne pas déranger les gens       <br />
       Pauvre Martin       <br />
       Pauvre misère       <br />
       Dors sous la terre       <br />
       Dors sous le temps »       <br />
       (Brassens)       <br />
       L’homme le plus humble, par sa descendance, et même par sa seule présence, modifie complètement dans le long terme le sort de la planète, car le monde est un système chaotique où les conséquences du moindre événement se diffusent et s’amplifient avec le temps. C’est dans ce sens que l’homme est éternel et c’est ce qui peut à la rigueur le consoler de sa disparition inéluctable. Le caractère chaotique du monde fait du reste qu’il semble impossible d’en prévoir exactement la destinée, sauf à rejouer plusieurs fois la pièce - si toutefois la pièce peut être rejouée identique à elle-même. Les fluctuations quantiques ne feraient-elles pas que l’âne de Buridan choisirait tantôt un sac de son, tantôt l’autre ? Une autre source de consolation provient d’une certaine banalisation de l’individu descendu de son piédestal métaphysique. Si la conscience, comme on peut le supposer, n’est rien d’autre qu’un phénomène physique particulier doué de sensibilité, si les sentiments éprouvés par Pierre sont identiques à ceux éprouvés par Paul et par Jacques, des morceaux de Pierre survivront après son décès chez Paul et chez Jacques. Lorsque je n’y serai plus, un jour viendra peut-être où quelqu’un qui me ressemble comme un frère, fut-ce sur une autre planète d’un autre univers, éprouvera à nouveau les mêmes émotions et partagera les mêmes préoccupations que moi. S’il s’agit de mon clone (auquel j’aurais quelques conseils à léguer), le mythe bouddhique de la transmigration des âmes aura trouvé son exacte matérialisation. Et même si mon génome ne survit pas intégralement, des morceaux en survivront dans ma descendance et dans ma parentèle. Qui plus est, il n’est pas exclu que les progrès des sciences de la vie permettent un jour d’aller plus loin. Un prélèvement effectué sur un individu vivant, permettra peut-être dans l’avenir de le refabriquer à volonté à partir de sa séquence ADN. L’homme accéderait ainsi à un ersatz d’immortalité. Chaque renaissance permettrait éventuellement de corriger, avec l’accord de l’intéressé, certains défauts apparus au cours de sa précédente existence. Ainsi serait engendrée progressivement une super humanité sans défauts. Quel casse-tête pour les théologiens si de telles manipulations étaient un jour possibles ! Or, pour un généticien, le mariage de la carpe et du lapin n’est plus impensable.       <br />
       	    L’incroyant doit souhaiter qu’on ne s’afflige pas à ses funérailles, mais qu’on se réjouisse en mémoire de lui en faisant bonne chère, en écoutant de la bonne musique  et en buvant du bon vin ; sans oublier d’inviter le curé du village qui pourra prononcer quelques paroles de circonstance. La musique pourra provenir de la cordillère du classique aux sommets prestigieux ou de la cordillère du jazz, mais pas de la vallée du hard rock, repaire des skinheads. Les trois mouvements d’une pièce de musique classique : allegro préliminaire plein d’entrain, suivi d’un  mouvement plus calme et plus profond pour laisser monter la tension avant un final enlevé avec brio, ne font-ils pas  penser aux différentes phases de l’acte amoureux, expliquant ainsi sa résonance profonde? ! Et si la pièce comporte plus de trois mouvements, c’est que le compositeur a pratiqué plusieurs positions ! Qui, entendant une voix féminine chanter « Mon cœur est un violon sur lequel ton archet joue », n’a pas songé à remplacer le mot cœur par un mot encore plus court ? Eros et Thanatos ont toujours copiné, ce qui peut peut-être faire pardonner ces petites polissonneries. Les dernières mesures d’une symphonie de Beethoven sont un paroxysme comme on aimerait en connaître plus souvent. Un final de Bach, pour plus mesuré qu’il soit, n’en est pas moins estimable. Mozart était trop policé pour se livrer complètement dans sa musique. Est-ce également par pudeur que les femmes ne s’adonnent que rarement à la composition musicale ?  Le cinéma quant à lui est un art étrange où des gens qui ne s’aiment pas copulent de façon spectaculaire, tandis que ceux qui sont réputés unis par un sentiment véritable entretiennent le mystère sur leurs ébats. Les vrais amants sont dans un monde qui n’appartient qu’à eux.        <br />
       	 Le vin est ce qui exprime le mieux la terre car les racines de la vigne, surtout un peu ancienne, vont chercher en profondeur les éléments minéraux qui donnent au vin son caractère. De la même façon l’huître est ce qui exprime le mieux la mer car elle en a filtré et absorbé sans les dénaturer tous les constituants. Au fait, les huîtres ont-elles une âme ? La gourmandise veut croire, sans en être tout à fait sûre, que leur réaction à la goutte de citron n’est qu’un réflexe inconscient.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/11-Les-derniers-moments_a14.html</link>
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   <title>12. Multiplicité des religions</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:24:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
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      12. MULTIPLICITE DES RELIGIONS       <br />
              <br />
       l’argumentation qui peut être utilisée contre les religions ? Il ne semble pas que ce soit le cas puisqu’il n’évoque pas vraiment les problèmes posés par leur multiplicité. Il effleure le sujet à deux reprises. Il montre les dangers que présente cette multiplicité en raison des conflits meurtriers qu’elle suscite mais il n’en tire pas argument pour mettre en doute leur véracité même, et pourtant...!       <br />
        	Existe-t-il un recensement de toutes les religions connues, petites ou grandes, qui se sont succédées à la surface de la planète ? Sont-elles des dizaines, des centaines ou plus ? En ajoutant les variantes, le nombre des religions est égal au nombre des croyants présents et passés. Chacun adapte en effet sa religion à ses propres besoins, chacun a sa casuistique personnelle. Les textes sacrés qui affirment tout et son contraire permettent de déjeuner ou de dîner à la carte. « Le destin, la grâce, la punition, le pardon, l’obéissance aux pouvoirs, la guerre, la paix, le capitalisme, le communisme, tout s’y trouve, en un mélange où la pensée commune reconnaît à peu près son image » (Alain).        <br />
       	Si les religions sont considérées comme des pansements analgésiques appliqués sur les plaies de la société, il peut y avoir sans inconvénients plusieurs marques de pansements, mais qu’en est-il quand le souci est celui de la vérité ? Les diverses traditions religieuses se présentent toutes en effet comme seules détentrices d’une vérité unique, suprême et indépassable. Seul le bouddhisme fait exception puisque le Dallai Lama recommande à chacun de rester fidèle à la religion dans laquelle il a été élevé, toutes les religions ayant pour but selon lui d’éloigner la souffrance et de se rapprocher du bonheur, de ramener à l’équilibre en quelque sorte l’aiguille du « satisfactionomètre ». Atteignent-elles leur but ? C’est une autre question. Dans le meilleur des cas elles sont équivalentes à l’antique sagesse selon laquelle il faut faire de son mieux pour améliorer les choses et accepter l’inévitable avec sérénité. Les bouddhistes paraissent prêts à admettre que les divinités n’existent que dans l’esprit de ceux qui les évoquent. On ne voit pas très bien dés lors ce qui différencie ces divinités de simples concepts destinés à imager des explications. Ce point de vue en tout cas relativise toutes les religions et en diminue singulièrement la portée en les réduisant à des activités culturelles à but thérapeutique. Les autres religions se condamnent et s’excluent mutuellement. Pour mettre les choses au mieux, une seule peut se prévaloir de détenir la vérité. Imagine-t-on un tribunal cherchant à écarter l’imposture, où chaque religion viendrait à son tour soutenir qu’elle est la seule véritable, contre toutes les autres également représentées ? En invoquant des textes uniquement préoccupés de faire la promotion de mythes concoctés par de jeunes barbus épris de pureté et rêvant de refaire le monde, transmis, interprétés et modifiés sous le contrôle exclusif de zélateurs ayant tout loisir de trier les témoignages et de détruire les preuves contraires, pleins d’invraisemblances et de contradictions, sans aucun témoignage indépendant, sans aucune espèce de preuve historique digne de ce nom ? Ce serait à mourir de rire. Autant vaudrait comparer d’après leurs dépliants publicitaires des produits concurrents dont les caractéristiques et les performances, probablement imaginaires, seraient impossibles à vérifier ! Est-il possible que rien n’ait été rapporté à Rome par la voie hiérarchique, dans cet empire si bien organisé, des exploits extraordinaires d’un dénommé Jésus ? Un homme capable de multiplier les pains, de changer l’eau en vin et d’effectuer des pêches miraculeuses aurait été précieux pour l’approvisionnement des légions romaines ! Sans même parler des dons qu’il avait de marcher sur les eaux, de guérir les malades et de ressusciter les morts ! Comment se fait-il qu’aucun des nombreux spectateurs de ces exploits extraordinaires ne soit venu témoigner au procès de celui qui les avait accomplis ? La vision d’un reportage fait par des extra terrestres sur la vie de Jésus, à supposer que quelqu’un lui ressemblant vaguement ait véritablement existé, réserverait bien des surprises ! Certains ont imaginé un solide gaillard aimant la vie, le vin et les femmes. Pourrait-il du reste avoir été véritablement homme sans aimer tout cela ? Pour justifier la véracité unique de la foi chrétienne Pascal embarrassé utilise l’argument de prophéties qui auraient été confirmées par l’histoire. Est-ce bien sérieux quand prophéties et événements censés les confirmer ont été fabriqués simultanément par les rédacteurs des livres sacrés ?        <br />
       	Qu’en serait-il par ailleurs des religions tombées en désuétude ? Seraient-elles représentées devant ce tribunal ? Que sont devenus les dieux qui ont cessé de plaire ? Ont-ils perdu tout pouvoir, eux que leurs fidèles ont loués et implorés pendant des siècles voire des millénaires ? Ces fidèles furent-ils moins sincères ou moins convaincus que les croyants d’aujourd’hui ? A l’heure qu’il est Jupiter, Quetzalcóatl et tous les autres jouent-ils aux boules sous les platanes élyséens, comme de paisibles retraités ? Trouveraient-ils des avocats pour les défendre, et qui les paierait ? Il est néanmoins permis de penser que certains avocats se verraient volontiers commis d’office pour défendre Vénus et Bacchus, et qu’ils ne manqueraient pas d’arguments auxquels même des incroyants pourraient être sensibles !        <br />
        	Les tentatives de rapprochement entre religions s’apparentent aux accords et fusions que recherchent les entreprises en difficulté, mais deux estropiés ne font pas un individu sain. L’Eglise Catholique qui se dit instituée par Dieu et investie par lui d’une mission impérative ne peut considérer les autres religions que comme des impostures soutenues par des esprits fourvoyés, si toutefois elle reste fidèle à sa doctrine. Si d’aventure deux religions d’origines distinctes peuvent se retrouver, c’est uniquement sur le terrain de la morale naturelle dont parle Diderot. Car ce qui paraît orthodoxe aux uns ne paraît pas très catholique aux autres, et vice-versa. D’un dialogue avec un scientifique le professionnel du divin espère récupérer un peu du prestige qui s’attache à la science. On ne voit pas par contre ce qu’un scientifique peut retirer d’un tel dialogue, à moins qu’il ne soit lui-même spécialiste des questions religieuses. La science s’occupe du monde réel accessible aux sens et à l’expérience. Les religions postulent des mondes fantastiques qui ne sont pas accessibles de façon démontrable aux sens et à l’expérience. Aucun dialogue touchant à l’essentiel n’est donc possible entre science et religions, et pas davantage entre religions différentes. Aussi bien toutes les réunions œcuméniques ne peuvent-elles être qu’une suite de monologues polis et aboutir au mieux à des délimitations de zones d’influence, des pactes de non-agression ou des ententes pour la défense d’intérêts corporatistes car, bien que concurrentes, les différentes religions s’attaquent au même marché. La pression pour qu’elles fusionnent n’est pas encore suffisante. En fait, dans la plupart des dialogues interreligieux, chaque partie utilise l’autre comme outil pour enraciner un peu plus sa propre foi. Chaque partie est bien convaincue qu’il n’existe qu’une seule foi véridique et, comme par hasard, c’est la sienne. Ce préjugé ne peut être soutenu valablement qu’avec les poings.         <br />
       		Tout croyant sincère est amoureux de sa croyance. Il n’en voit que les beautés et les perfections. Il ne lui vient pas à l’esprit que, né dans une autre contrée ou à une autre époque, d’autres beautés l’auraient séduit ; qu’il a adopté la croyance locale comme il a adopté le costume régional, pour ne pas se singulariser. Il existe en effet, au-delà de l’apparente diversité, une grande similitude  entre les différentes religions quels que soient le lieu et l’époque considérés. Elles ont toutes des prescriptions morales comparables, la punition des méchants et la récompense des justes, des êtres divins hiérarchisés, des esprits bienfaisants et des esprits malfaisants, des saints et des démons, des miracles et des cataclysmes, des mythes concernant la genèse et la fin du monde, des lieux saints, des temples, des prêtres, des moines , des ermites, des prêches, des gestes et des objets rituels, des reliques, des initiations, des ablutions, des immersions, des onctions, des fumigations, des illuminations, des génuflexions, des prosternations, des méditations, des oraisons à voix haute et à voix basse, des adorations, des prostrations, des processions, des transes, des offrandes, des sacrifices, des nourritures sacrées, des interdits alimentaires et sexuels, des envoutements et des exorcismes, des psalmodies,  des chants, des musiques, des cortèges, des pèlerinages, un calendrier, des cérémonies ordinaires et des cérémonies extraordinaires accompagnant les grands évènements de la vie… Considérez les civilisations qui s’épanouissaient des deux côtés de l’Atlantique avant le voyage de Christophe Colomb. Ces civilisations étaient sans relations depuis des dizaines de milliers d’années. Pourtant, de part et d’autre de ce vaste océan, les pierres des monuments s’y disposaient selon les mêmes lois dictées par la pesanteur et les pensées religieuses s’y ordonnaient selon les mêmes lois propres à l’esprit humain. Cet exemple montre bien que toutes les religions s’enracinent dans le même inconscient collectif et qu’il s’agit d’œuvres humaines, exclusivement humaines, très probablement.        <br />
       		Il ne paraît pas particulièrement raisonnable d’adopter sans précautions ces constructions intellectuelles antérieures à l’apparition de la science, alors que la science est évidemment le seul mode de connaissance fiable. Un esprit rationnel, rationaliste diront certains, considère à cet égard un croyant avec un étonnement qui est sans doute réciproque. Comme chacun peut s’en rendre compte tous les jours, l’esprit humain, dans sa quête de la vérité, est beaucoup trop faible pour se passer de l’expérimentation, c’est à dire de la confrontation des conséquences tirées des hypothèses envisagées avec la réalité observée. Toute autre démarche est présomptueuse et vouée d’avance à l’échec. Les disputes scolastiques sur le sexe des anges, sur la grâce suffisante, ou sur l’existence même d’un Dieu qu’on ne sait pas définir sont des logorrhées sans intérêt, faute de faits susceptibles de vérification. Toute religion est impie qui prétend enseigner ce qu’elle ignore ! Les véritables lieux de culte sont les centres de recherche et les observatoires, car la réalité dévoilée par la science est beaucoup plus étendue, multiple, diverse, complexe et étonnante que tout ce que les traditions religieuses ont pu imaginer à son sujet. C’est en ces lieux que l’esprit curieux peut s’émerveiller de l’élégance des lois universelles, de leurs prodigieuses conséquences et de l’ingéniosité de leur éventuel auteur. La science est seule capable de faire l’accord de tous les hommes car elle se règle sur la nature qui est une et immuable, et non sur les fantaisies multiples et changeantes de quelques-uns. Elle seule est capable de fonder l’éthique sur des bases solides. L’Ethique qu’elle permet de dégager de façon idéalement univoque par prise en considération objective de l’épanouissement des espèces vivantes est tout le contraire du relativisme. Au contraire la multiplicité des religions conduit tout droit au relativisme si on considère toutes ces religions, et pourquoi ne pas le faire, comme équivalentes. Chacune d’entre elles prétend être la seule à parler au nom de Dieu. Quelle foutaise ! Non seulement les religions ne sont pas d’accord entre elles, mais de plus leurs différentes doctrines respectives ont varié au cours du temps, et dans un même temps, l’avis des différents représentants d’une même doctrine a rarement été unanime et ceux qui s’en réclamaient ne l’ont pas toujours suivie. N’était-ce pas l’idée même de Diderot?       <br />
       	 Voilà, me semble-t-il ce que peut dire le bon sens dans un domaine où il n’est pas forcément le bienvenu. Je crois  entendre d’ici les malins s’esclaffer : « il faut donc que vous croyiez un peu à toutes ces choses-là pour que vous éprouviez le besoin d’en disputer. Nous, nous savons ce qu’il en est depuis longtemps, mais nous préférons nous taire et utiliser ce levier pour agir sur les âmes simples».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/12-Multiplicite-des-religions_a15.html</link>
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   <title>13. Conclusions</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:22:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      13. CONCLUSIONS       <br />
              <br />
       	Je ne peux résister au plaisir de citer dans son intégralité un propos d’Alain intitulé « Les Contes » qui constitue un éloquent résumé des développements précédents :	       <br />
              <br />
        Le point de vue d’Alain       <br />
              <br />
         		« La religion est invincible par l’absence de preuves, et même de la vraisemblance ; ainsi toutes nos sages preuves contre, tirées de science peseuse et mesureuse, tombent dans le vide. Contre les passions et l’imagination, qui toujours déraisonnent ensemble, il faut des faits bien clairs et positifs ; et c’est ce qu’on ne peut pas toujours faire constater à un malade imaginaire, à un plaideur, à un jaloux ; chacun se bouche les yeux plutôt que de renoncer à une erreur adorée ou abhorrée ; la peur, comme on sait, donne le même genre d’aveuglement que le désir. Mais enfin, dans les choses de ce monde, on peut toujours espérer quelque occasion de constater, qui remettra l’esprit en équilibre. Au lieu que sur l’enfer ou sur le paradis, que pourrais-je constater ? Et sur des évènements vieux de vingt siècles, que puis-je savoir qui soir communicable comme sont communicables la géométrie et la physique ? Il faut que les passions, l’imitation, l’autorité décident de tout, formant une sorte de manie collective, et cohérente en son intérieur. Et j’y vois cette différence avec les fous à proprement parler, c’est que les fous ne veulent pas y aller voir, et règlent dans leur pensée les questions de fait, au lieu que les croyants ne peuvent pas y aller voir, vivant sur des faits qui ne sont point des faits. Le doute est l’état naturel de celui qui manie des preuves. Mais dés qu’on ne peut espérer de preuves, le doute est une maladie dont on se guérit par serment. Je ne dirai donc pas qu’un homme peut tout croire, c’est trop peu dire. Le vrai est que l’absurde est ce qui est le plus fermement cru.       <br />
       	Et encore je ne compte pas les heureux effets. Si un chapelet dit selon le rite apaise les soucis et les scrupules, et conduit à un paisible sommeil, voilà un fait que je ne puis nier, et que même je comprends très bien. Et si la position d’un homme à genoux le rend plus facile à lui-même, moins enragé de vengeance, en tout plus équilibré et plus humain, la plus simple physiologie m’avertit que je devais prévoir cela. La passion d’un homme couché n’est pas de courir ; et la même bouche ne peut en même temps prier et menacer. Ce sont là des exemples tout simples. Il y a bien plus. Il y a des moments sublimes qui, semblables à un manteau, nous donnent un peu de majesté et de paix. Il y a les cortèges et les cérémonies, qui disposent énergiquement le corps humain selon une sorte de grandeur, qui se communique naturellement aux pensées. Il y a la musique, qui agit encore plus subtilement, et, par le chant, sur les viscères mêmes. Et ce n’est pas trop supposer que de prêter à la Bible le même genre de puissance qu’à un beau poème. D’où il résulte que le croyant se sent récompensé de croire, et se trouve attaché, par des liens de reconnaissance à des légendes et à des rites si bien taillés pour lui, si agréables à porter. Ajoutons qu’il est toujours pénible de penser selon la rigueur, que c’est souvent dangereux, que c’est parfois impossible. Qui jugera son bienfaiteur ? Qui jugera ses parents ? On craint donc les jugeurs, on les évite. On se passe donc très bien de penser.       <br />
       	La situation étant telle, je fus et suis encore assez content de ce que je répondis à un camarade soldat, évidemment de bonne foi. « Qu’est-ce que vous pensez, me demanda-t-il de Dieu le Père, de Jésus-Christ, du diable et de tout ça ? » Nous faisions notre petite lessive à l’abreuvoir, non sans guetter du coin de l’œil l’adjudant, qui ce jour-là trouvait tout mauvais. Que pouvait répondre l’esclave à l’esclave ? Je lui dis : « Ce sont de beaux contes. On ne se lasse point des beaux contes. Cela fait comme un autre monde où la bonne volonté triomphe à la fin. Un monde selon nos meilleurs désirs. Ce sont des récits faits à notre forme, et qui conviennent dans les moments où le monde est trop dur. L’esclave alors oublie d’être méchant. Il revient à la vérité de l’enfance. Il se dispose selon la confiance et l’espoir. Et quoi de mieux ? Personne certes ne dira que les contes sont vrais ; mais personne non plus n’osera dire qu’ils sont faux. »       <br />
              <br />
       	Avec son indulgence philosophique Alain voit le bon côté des choses, mais il existe des perspectives plus sombres. Imaginez, ce qui n’a rien d’invraisemblable, que dans deux ou trois générations il y ait en France 50% de musulmans. Verrons-nous dans nos rues des femmes voilées côtoyer des femmes vêtues de transparences ? Comment pourront s’accorder ceux qui veulent une justice qui comprend et qui répare et ceux qui rêvent d’établir la charia ?        <br />
       	 Compte tenu de la facilité des déplacements, les races et les religions sont condamnées à se côtoyer. Sont-elles pour autant condamnées à se mélanger ? Entre deux races ou deux religions, il y a une différence de potentiel qui engendre presque toujours des orages. Si races et religions restent séparées, il y aura éventuellement des guerres aux frontières, mais si elles sont mélangées, il y a un risque de guerre civile, ce qui est pis. Les races peuvent se mélanger. Deux religions ne peuvent fusionner comme nous l’avons vu. Il est donc vital de sortir des religions, et d’abord de la religion chrétienne qui doit montrer l’exemple, étant celle des nations les plus avancées mais ce remède à lui seul est insuffisant. Il existe quantité d’autres maux qui affligent l’humanité en général et la France en particulier, et leur addition devient alarmante. Mais voyons d’abord comment…        <br />
              <br />
        Sortir des religions       <br />
       	       <br />
       	Certains reprocheront à l’auteur du présent essai de se tromper d’époque lorsqu’il formule ses objections à l’encontre des religions en général et de la religion catholique en particulier. De fait l’interprétation des différentes doctrines a varié au cours du temps, traduisant de la part de leurs adeptes une certaine légèreté à l’égard de vérités supposées éternelles. D’ailleurs l’irruption de nouveaux problèmes éthiques liés en particulier aux progrès des sciences de la vie oblige en quelque sorte les religions à « faire voter les morts ».        <br />
       	Certains diront qu’il est bien beau de vouloir décrédibiliser les religions, mais l’humanité peut-elle s’en passer ? Peut-elle sans risque majeur mettre fin à ces mystifications ? La réponse à cette question est aujourd’hui probablement oui. Toutes les conséquences n’ont pas encore été tirées du fait que les guerres entre gens sensés sont devenues impossibles et que, par conséquent, les communautés n’ont plus autant besoin que par le passé d’être cimentées par une même foi et même que ça peut être dangereux. Le doute est aujourd’hui des plus salutaires. Les valeurs pacifiques doivent s’imposer au détriment des valeurs guerrières et entrainer une équitable féminisation de tous les pouvoirs. Une fraction de plus en plus importante de l’humanité est soustraite aux douleurs physiques et morales insupportables. La situation générale s’est suffisamment améliorée pour que la plupart des individus n’aient plus besoin d’aller chercher dans les religions un soutien psychologique qu’ils peuvent trouver ailleurs si nécessaire. Les religions perdent ainsi une grande partie de leur utilité et leur disparition n’entraînera pas obligatoirement de grands bouleversements. L’activité économique, politique ou militaire ne s’est pas arrêtée lorsque nos anciens ont réalisé que la terre était ronde et non plate et qu’elle tournait autour du soleil et non l’inverse. Les activités humaines n’ont pas été affectées de façon extraordinairement spectaculaire par le changement de perspective lié à ces découvertes, même s’il a fallu attendre, bel exemple de la prudence ecclésiastique, que Neil Armstrong pose son pied sur la lune pour que Galilée soit réhabilité ! Seuls les spécialistes ont été perturbés lorsqu’il a fallu remplacer au début du vingtième siècle le temps et l’espace absolus par un espace-temps relativiste ou lorsqu’ont été révélés la complexité et le comportement déconcertant des constituants élémentaires de la matière. Et nous ne sommes probablement pas arrivés au bout des surprises dans ce domaine !       <br />
       	Quant à l’influence des religions sur le comportement moral de leurs fidèles, nous avons vu qu’elle est assez faible. La criminalité extrême est, malgré une répression féroce, plus importante dans un pays comme les Etats-Unis où la religion joue encore un grand rôle que dans un pays apparemment déchristianisé comme la France. La science et la raison fondent plus sûrement la morale que toutes les religions réunies. Il n’y a jamais eu de criminels dans les rangs des véritables hommes de science alors qu’ils ont abondé dans les rangs des hommes d’église, prêcheurs de toutes les croisades, inquisiteurs sans pitié, complaisants avec les puissants, tolérant toutes les injustices quand elles s’appuient sur la force ou qu’elles leur sont profitables… Personne n’a jamais été poursuivi pour refuser d’ajouter foi à la loi d’Ohm (sauf s’il s’agit d’un technicien responsable de ce fait d’une catastrophe) car l’expérience suffit à instruire, mais, à l’opposé, comment obliger un individu réticent à reconnaître la vérité d’un dogme ou à satisfaire à une obligation rituelle sans utiliser la force et, si nécessaire la violence, seules capables de valoir à ces « systèmes d'opinions bizarres » les marques extérieures de respect ? La persuasion sans violence est de peu d’efficacité quand elle se heurte à un esprit ancré dans ses certitudes métaphysiques, lesquelles lui sont d’autant plus chères qu’elles font partie de ce qu’il a de plus intime, et qu’il les sait menacées. C’est ce qui explique la longue connivence de l’Eglise avec tous les régimes autoritaires : empires, monarchies absolues et toutes les variétés de fascisme, en dehors du fait que sa propre organisation paraît calquée sur la leur. Les religions, particulièrement les religions monothéistes, qui projettent si bien sur terre l’esprit tyrannique qui selon elles règne au ciel, bien loin d’être une solution, sont devenues pour le monde un problème, comme nous pouvons le lire à longueur d’année dans les journaux. Les religions ne sont indispensables que pour ceux qui en font leur métier, ou qui les utilisent comme alibi. D’ailleurs un grand nombre d’individus ont déjà appris à s’en passer et ne s’en trouvent pas beaucoup plus mal. C’est un fait que les incroyants sont réticents à l’égard de tout prosélytisme ayant bien conscience des souffrances que l’arrachement d’idées si profondément ancrées peut causer à ceux qui ont encore besoin des consolations de la religion. Toutefois, il me semble que l’humanité doit avec ménagement et précautions franchir le pas et se rassembler autour de ce qui n’est pas contesté.       <br />
       	Les divinités habitaient jadis chaque forêt et chaque fontaine.       <br />
       « La plus humble amourette était alors bénie       <br />
       Sacrée par Aphrodite Eros et compagnie       <br />
       L’amour donnait un lustre au pire des minus       <br />
       Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus »       <br />
       (Brassens)       <br />
        Puis les divinités se sont éloignées pour séjourner dans des lieux de moins en moins accessibles comme les montagnes élevées et les antres souterrains. Elles ont finalement gagné le ciel où certains croient toujours les apercevoir. Après avoir accompagné l’humanité dans la phase la plus cruciale de son développement, elles peuvent disparaître de son univers et les derniers liens qui rattachent l’humanité  à son enfance seront, non sans déchirements pour certains, non sans une certaine appréhension ni une certaine nostalgie pour d’autres, tranchés. C’est la faute aux hommes de science qui ont tout démythifié.       <br />
       « En se touchant le front en criant j’ai trouvé       <br />
       La bande au professeur Nimbus est arrivée       <br />
       Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement       <br />
       Chasser les dieux du firmament »       <br />
       (Brassens)       <br />
       	 Peut-on rêver qu’un pape, constatant que l’idéologie catholique fait eau de toutes parts, confesse un jour honnêtement qu’il a perdu la foi, qu’un concile subséquent fasse le bilan des actions positives et négatives de l’Eglise au cours des siècles, en ouvre les archives aux historiens, puis mette la clé sous la porte ? S’il doit le faire, qu’il le fasse avant que des zozos se réclamant d’une quelconque divinité n’aient créé un désordre général et meurtrier ou fait sauter la planète. La reconnaissance du fait que toute foi comporte une part d’incertitudes serait un premier pas ô combien utile. Il n’est pas certain que le traumatisme de ce qui reste de fidèles, compte tenu de l’état de déliquescence de leur croyance, sera dans cette éventualité beaucoup plus grand que ne l’a été par exemple celui des citoyens des pays de l’Est lors de la chute du communisme. Parier que la vie sera toujours la plus forte ne semble pas un pari particulièrement risqué. Il faudra seulement, comme le souhaitait Diderot, que les vertus soient davantage reconnues et encouragées par la société. Pour faire accepter la disparition de l’autre monde, il faut d’abord que celui dans lequel nous vivons soit devenu supportable pour tous. Or un monde enfin honnête, équitable et pacifié n’est pas hors de portée car les progrès techniques accumulés permettent à chacun de vivre mieux que convenablement s’il n’y a pas trop d’inégalités ni de gâchis et si les états savent faire preuve d’un minimum de prévoyance. Des substances diverses et variées, pas toutes illégales ni destructrices, peuvent se charger de faire voir la vie en rose… Point n’est besoin d’une grande fortune pour connaître le vrai bonheur qui est de se sentir en sécurité, bien dans sa peau, en paix avec son entourage et de tenter de comprendre le monde comme il va.        <br />
       	       <br />
              <br />
       	Après avoir démoli, il faut bien songer à reconstruire. Pour répondre à l’inquiétude de la Maréchale, qu’est-il possible de substituer à la religion ? La réponse parait inscrite dans la nature. L’obligation ressentie comme la plus pressante, la plus absolue par tous les êtres vivants est d’assurer la survie de l’espèce à laquelle  ils appartiennent. Les espèces qui n’ont pas été défendues bec et ongles par leurs représentants ont disparu. On peut supposer qu’en dehors de quelques insensés, tous les hommes seront d’accord pour estimer que l’aventure de la vie en général, et celle de l’espèce humaine en particulier valent la peine d’être poursuivies. C’est donc l’objectif commun qu’ils doivent se fixer. Or, la réalisation de cet objectif est loin d’aller de soi. Certains estiment même que les probabilités vont contre.        <br />
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        Crise environnementale       <br />
              <br />
       			Songez à l’état de la planète, à son atmosphère dangereusement enrichie en gaz carbonique, à ses sols mis à nu, lessivés, appauvris, souillés, rongés par l’érosion, le bitume et le béton, à ses rivières et ses océans pollués, à ses ressources forestières et minérales en voie d’épuisement, à la disparition accélérée des espèces, au progrès des déserts, au recul des glaciers, à la dislocation des banquises, à l’amenuisement de la couche d’ozone protectrice, à la montée des eaux, à l’intensification des phénomènes atmosphériques. Songez à l’altération des climats qui en résulte et dont il n’est pas prouvé qu’elle ne puisse échapper à tout contrôle par suite d’effets feed-back qu’il existe quelques raisons de redouter (température à la surface de la planète Vénus  par suite d’un effet de serre exacerbé : près de 500&amp;#61616;C). L’activité humaine a déjà conduit et va conduire de plus en plus le climat de la planète Terre dans des zones qu’il n’a jamais explorées au cours de sa longue histoire. A cause de l’inertie thermique des océans le climat est actuellement plus sec et plus froid que ne le voudrait la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère (principe de la paroi froide). Tout le carbone séquestré par les processus naturels sous forme de combustibles fossiles durant quelques centaines de millions d’années va se trouver libéré pour l’essentiel en deux siècles. Combien d’heures de vol d’abeille dans une cuillérée de miel que l’on avale sans y penser et combien d’animalcules transformés en pétrole pour faire un kilomètre en voiture ? Allons nous vers un nouveau point d’équilibre, avec un climat plus chaud et plus humide, ou bien basculons nous dans l’inconnu ? L’importance du sujet invite à détailler quelque peu les facteurs stabilisants et les facteurs déstabilisants.       <br />
        Parmi les facteurs stabilisants il faut citer :       <br />
       -	L’augmentation de la radiation de chaleur de la planète due à l’augmentation de sa température       <br />
       -	La diminution des besoins de chauffage réduisant le recours aux combustibles fossiles       <br />
       -	L’augmentation de rendement des productions agricoles et sylvicoles dont une partie peut être utilisée à satisfaire des besoins énergétiques. L’augmentation de la température, de l’humidité et de la teneur de l’atmosphère en gaz carbonique favorise en effet ces productions.        <br />
       -	L’augmentation de la nébulosité accentuant le pouvoir réfléchissant de la planète durant la journée.       <br />
       -	L’amélioration des rendements énergétiques des procédés industriels et assimilés       <br />
       -	Le recours préférentiel à l’énergie nucléaire et aux énergies renouvelables       <br />
       -	Le stockage souterrain volontaire (et durable) de gaz carbonique       <br />
       Parmi les facteurs déstabilisants il faut citer :       <br />
       -	L’augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre tels que le gaz carbonique ou le méthane par simple phénomène d’accumulation, la libération de ces gaz dans l’atmosphère due en particulier à l’activité humaine étant plus importante que la capacité d’absorption des milieux naturels       <br />
       -	L’augmentation de la consommation d’énergie liée au conditionnement d’air, lequel est indispensable pour travailler efficacement dés que la température s’élève       <br />
       -	La diminution des surfaces couvertes de neige ou de glace qui réduit le pouvoir réfléchissant de la planète       <br />
       -	L’augmentation de la population et de l’activité économique       <br />
       -	L’augmentation de la nébulosité bloquant la réémission de chaleur vers l’espace durant la nuit.       <br />
       -	La libération de gaz à effet de serre due à l’augmentation de température des océans et des continents. C’est ce dernier point qui semble le plus préoccupant car il peut produire le basculement redouté. De tels phénomènes ont déjà eu lieu semble-t-il dans l’histoire de la planète sans que l’excursion climatique la rende  toutefois entièrement inhabitable. Se peut-il que la chance cette fois nous abandonne ? Aucun climatologue ne s’aventure à donner une réponse définitive en raison des difficultés de calcul. Rien cependant n’est plus propice que cette incertitude à favoriser les vues des prédicateurs d’Apocalypse ! Les autres croisent les doigts.       <br />
       -	Une autre source d’inquiétude provient de l’acidification de l’eau de mer par l’excès de gaz carbonique, ce qui la rend à terme impropre à la formation des coquilles ou squelettes de certains animaux marins à l’origine de la chaîne alimentaire, et ouvre ainsi une perspective de désertification des océans.       <br />
              <br />
       Certains calculs récents montrent qu’une extinction de masse des espèces vivantes semblable  aux quatre ou cinq qui se sont déjà produites pendant les cinq cents derniers millions d’années pourrait commencer dés la fin du 22ème siècle si la concentration de l’atmosphère en gaz carbonique continue de croître au rythme actuel. Les précédentes extinctions semblent avoir été dues à la collision du globe terrestre avec un corps céleste volumineux ou à des phénomènes volcaniques extraordinairement intenses. Celle à venir aurait une origine purement humaine. La survie de l’espèce homo sapiens au milieu d’espèces autrement mieux équipées qu’elle en moyens d’attaque et de défense est déjà un miracle (au sens de très improbable). Des études génétiques semblent montrer qu’à certaines périodes de son histoire elle s’est trouvée effectivement réduite à quelques individus.       <br />
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        Crise énergétique       <br />
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               Songez à l’incurie qui conduit à négliger la prochaine disparition du pétrole et des autres combustibles fossiles quand qu’il faudrait profiter du peu qui reste pour se préparer à la pénurie. Or les techniques de production d’énergie évoluent très lentement. Les plus récentes sont d’alertes quinquagénaires. Il ne faut donc pas s’attendre en ce qui les concerne à des progrès spectaculaires. L’âge des énergies dites « nouvelles » se compte en millénaires, pour les plus récentes. Il n’y a pas d’alternative aux énergies actuellement connues dans un avenir prévisible. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas explorer activement toutes les voies qui s’ouvrent et déployer en leur faveur les méthodes qu’on réserve d’ordinaire en temps de guerre aux programmes de développement des nouvelles armes. On peut même imaginer de travailler 24 heures sur 24 sur ces programmes en répartissant sur plusieurs fuseaux horaires des équipes de recherche et d’ingénierie qui échangeraient leurs fichiers par Internet, et en travaillant également 24 heures sur 24 dans les usines et sur les chantiers liés à ces programmes. La recherche américaine dispose dans le domaine militaire de crédits vingt fois plus importants que ceux qui sont affectés au domaine de l’énergie. Un rééquilibrage serait particulièrement bienvenu. Il faut toutefois se garder de l’illusion suivant laquelle il suffit de chercher pour trouver. Au vingt deuxième siècle, le vingtième risque d’apparaître comme l’Age d’Or à jamais disparu où l’énergie coulait à flots. Il n’est pas besoin d’insister sur la nécessité absolue de disposer d’énergie pour mettre en œuvre les différentes technologies qui nous sont devenues indispensables. La technologie peut presque tout si elle dispose d’énergie. Sans énergie elle est pratiquement impuissante. La terre tout entière risque donc le sort de l’île de Pâques dont la démographie et la civilisation se sont effondrées une fois que ses habitants eurent brûlé tout ce qui pouvait l’être. Dans cette perspective de disparition des énergies fossiles disponibles la conception du parc mondial de transport doit être entièrement revue, le parc immobilier des pays froids ou tempérés entièrement réhabilité, la production de l’électricité entièrement reconsidérée. Un exercice salutaire consisterait à examiner comment notre société pourrait survivre dans l’hypothèse où sa technologie en resterait là où elle en est et où elle n’aurait plus à sa disposition que des énergies renouvelables ou même pseudo renouvelables comme le nucléaire classique. Il serait très vraisemblablement constaté qu’un changement aussi radical, pour s’effectuer avec un minimum de casse, nécessite une longue préparation. Ignorer cette réalité, c’est prendre le risque d’un conflit mondial à échéance d’une ou deux décennies. Comment se fait-il qu’aucune étude sérieuse n’ait été publiée sur le scénario « no more fossil fuels » ? Il serait pourtant intéressant d’étudier ce cas limite qui représente l’éventualité la plus pessimiste, mais aussi hélas la plus probable. Dans cette hypothèse, l’utilisation de véhicules électriques devra probablement être généralisée, et notre mode de vie et nos infrastructures adaptées à leurs caractéristiques. On peut imaginer par exemple d’équiper les autoroutes et les liaisons principales  de caténaires comme ceux des anciens trolleybus permettant aux véhicules électriques d’y rouler à bonne allure tout en rechargeant leurs batteries, ce qu’elles pourraient faire également à leurs emplacements habituels de parking. On peut imaginer aussi  de construire des remorques comportant moteur thermique, génératrice de courant continu et réservoir de carburant. Sans leurs remorques ces nouveaux véhicules seraient des véhicules électriques quasi standards utilisés pour les petits trajets quotidiens et rechargeant leurs batteries sur le secteur en heures creuses. Avec leurs remorques ils deviendraient véhicules hybrides pour les longs trajets. Rendre les transports urbains et périurbains gratuits est une option intéressante qui aurait de très nombreuses retombées positives. Les automobilistes délivrés des embouteillages paieraient avec bonheur un surcroît d’impôts et économiseraient assez de carburant pour faire rouler tous les autobus. Les logements devront être isolés de manière à se contenter, pendant une bonne partie de l’année, des apports solaires et de ceux dus à l’occupation et, pendant les jours les plus froids,  d’un chauffage d’appoint de faible puissance. La chaleur d’appoint pourra provenir alors de la biomasse, ou du déstockage d’une chaleur emmagasinée dans le sol pendant l’été. Les efforts de désescalade énergétique faits actuellement dans ce sens sont très insuffisants, mais l’appétit vient en mangeant, et les premiers succès encouragent ! Il ne semble pas qu’il soit nécessaire pour les activités agricoles de revenir à l’utilisation d’animaux de trait car la combinaison moteur thermique – biocarburant paraît plus efficace. Par contre les transports aériens et maritimes et la pêche en haute mer connaîtront des jours difficiles. Les populations devront s’accoutumer à une diète essentiellement végétarienne, les cultures à vocation énergétique prenant la place de l’élevage. Les centrales nucléaires, tant qu’il y aura de l’uranium disponible, devront fournir l’essentiel de la production de l’énergie électrique nécessaire, en l’absence de nouveaux moyens plus performants de stockage et de transport de cette énergie car la production des énergies « nouvelles » est par trop soumise aux variations journalières et saisonnières et aux aléas climatiques. Il faudrait connaître dans ces conditions quelle est la taille maximum de la population mondiale compatible avec la satisfaction de ses besoins essentiels en nourriture, chauffage, soins médicaux et information. Il semble que ce soit un domaine où il est inconvenant d’aller au fond des choses, comme, de manière inattendue, en matière de religion. Dans les deux cas, il pourrait s’agir d’une certaine répugnance à regarder la réalité en face. Qu’attendons-nous pour abandonner des pratiques nocives dont on sait que, de toutes les façons, elles ne pourront s’éterniser ? Au lieu de cela les principales puissances économiques s’apprêtent à exploiter jusqu’au dernier atome de carbone les puits de pétrole et de gaz, les sables bitumineux et les mines de charbon et de lignite. Il conviendrait pour freiner ce mouvement de taxer d’urgence la tonne de carbone extraite à la sortie du puits ou de la mine. Les Eglises se gardent bien d’attirer sur ces problèmes aigus l’attention de leurs fidèles. Attendent-elles avec gourmandise une apocalypse qui justifiera à posteriori leurs prises de position hostiles à la science ?        <br />
       	Songez qu’aujourd’hui et pour la première fois depuis bien longtemps le progrès matériel se heurte ainsi à une barrière dont nul ne voit clairement comment elle pourra être franchie sans trop de dommages : l’épuisement des ressources énergétiques. La majorité des citoyens, absorbée par des problèmes qui lui paraissent plus pressants, semble rester indifférente. Un vote s’effectuant le plus souvent au ras du comptoir en zinc, il est à craindre que les changements radicaux nécessaires ne s’opèrent que sous la pression d’une catastrophe. Qui veut prendre un pari sur l’année de la Grande Panique, celle où l’énergie sera devenue brusquement si chère que l’activité économique en sera paralysée ? Pour la première fois depuis de nombreuses générations il n’est nullement évident que les fils et les filles vivront mieux que leurs pères et mères. On pourrait espérer au moins que les sommes prodigieuses engrangées du fait du renchérissement du pétrole soient utilisées pour le bien commun. Or une grande partie est utilisée à des dépenses somptuaires, ridicules, voire dangereuses. Les sommes qui pourraient être dégagées font défaut à la recherche scientifique, au soulagement des plus démunis et au règlement des crises. Les heureux bénéficiaires de cette manne ne manquent pas d’en reverser une partie à Allah, à Jéhovah et à leurs propagandistes, assurant ainsi la prospérité de tous les intégrismes. Il paraîtrait raisonnable de considérer que les retombées économiques des activités d’extraction constituent un dédommagement déjà appréciable pour ceux qui vivent au dessus de ces richesses, quitte à prélever un impôt sur les pays tempérés au titre de l’eau qui leur tombe du ciel !       <br />
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        Crise génétique et sanitaire       <br />
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       	Songez que les exploits de la médecine provoquent le vieillissement des populations avec de lourdes conséquences sur la consommation de soins ainsi que leur dérive génétique par contournement du système épurateur que constituait la sélection naturelle. L’eugénisme a mauvaise réputation pour des raisons historiques connues, mais quels sont les parents qui ne souhaiteraient léguer à leurs enfants le meilleur de leur patrimoine génétique au lieu de laisser au seul hasard le soin d’en décider ? On ne peut que s’interroger sur les conséquences à long terme des changements radicaux intervenus dans les processus de sélection naturelle affectant l’espèce humaine. Songez à la natalité insuffisante ici, surabondante là.  La population des pays développés se stabilisera-t-elle un jour, recommencera-t-elle même à croître du fait de la surreprésentation à chaque génération des descendants des individus les plus prolifiques et de la sous-représentation des descendants des gays et des lesbiennes, si toutefois ces différentes caractéristiques intéressant le renouvellement des générations sont héréditaires ? Faut-il craindre au contraire une surreprésentation des étourdis et des négligents ?       <br />
       	 Songez que les micro-organismes s’habituent aux médicaments forçant à en inventer sans cesse de nouveaux. Songez au sort des populations animales, oubliées depuis toujours par la plupart des religions et qui, si proches de nous du fait qu’elles sont dotées d’une conscience, devraient pourtant bénéficier de notre sollicitude. Il est vrai que les religions ne se sont pas toujours préoccupées non plus du sort des populations humaines réduites en esclavage ou martyrisées. Les générations futures porteront vraisemblablement sur nous autres, mangeurs d’animaux, le même regard que celui que nous portons sur les anthropophages ! 	       <br />
              <br />
        Crise économique et sociale       <br />
              <br />
       	Songez que certains meurent de faim pendant que d’autres luttent contre l’obésité, que certains sont accablés de travail pendant que d’autres sont privés d’emploi, que des SDF meurent de froid sous les fenêtres d’appartements douillets et inoccupés. Bien entendu les individus sont inégalement doués, mais les inégalités génétiques d’aptitude à la production de richesses ne doivent pas être très supérieures aux inégalités physiques que l’on peut observer par ailleurs. La société, bien loin de gommer ces inégalités s’applique à les amplifier. Dans une société idéale, les plus doués aident les moins doués, ils ne cherchent pas à les exploiter. Le christianisme est clairement en faveur de l’aide, beaucoup de ceux qui se disent chrétiens ont tendance à l’oublier. Un monde sans émulation est triste et gris. Un monde conçu comme un jeu de Monopoly ou tout avantage acquis par le passé donne un avantage décisif dans la compétition à venir incitera toujours les joueurs malchanceux lors de leurs débuts à renverser la table de jeu. Quel est l’intérêt d’une compétition dans laquelle des points gratuits ou des points de pénalités sont attribués aux joueurs en fonction du classement bon ou mauvais obtenu par leurs parents ? On imaginerait plus facilement de rééquilibrer les chances comme dans les courses à handicap. Il y a déjà suffisamment de différences entre les talents des uns et des autres. Il ne faut pas que la société en rajoute. Pour faire fortune dans un monde concurrentiel, il existe deux moyens : le premier, honnête, mais difficile et aléatoire consiste à innover, le second, un peu plus aisé et un peu plus sûr mais un peu moins honnête, consiste à rechercher les ententes pour se répartir les marchés ou instaurer un monopole. Pour les héritiers désargentés l’esbroufe, l’intimidation et l’escroquerie restent encore les plus sûrs moyens de s’enrichir rapidement, ce qui ne veut pas dire que les arts correspondants soient faciles à pratiquer.       <br />
       	  Toutes les barrières s’opposant à la libre circulation des biens sont levées en urgence. Or tout enfant qui se livre sur la plage avec son seau et sa pelle à des travaux d’hydraulique appliquée sait bien que l’on ne peut sans désordres supprimer un barrage tant que les niveaux d’eau ne sont pas sensiblement égaux de part et d’autre. Et les habiles profitent de ce qui reste de dénivellation pour faire leurs affaires.       <br />
       	 Les travailleurs manuels et intellectuels sont concurrencés à la fois par les progrès de l’automatisation et de l’informatisation et par le dumping social et environnemental des pays d’Asie. Ils sont donc de plus en plus frappés par un chômage dont le chiffre réel va très au-delà de ce qui est avoué par les statistiques officielles. Il paraît à peu près évident que le chômage disparaîtrait en cas de guerre, mais à qui déclarer la guerre ? Au chômage pardi ! A quoi utiliser les chômeurs ? A la réhabilitation de l’habitat, des infrastructures, des sols et des paysages, à l’accueil des étrangers, bref à tout ce qui peut donner d’un pays une image sympathique. Les chômeurs pourraient aussi être mis partiellement à disposition de ceux qui travaillent pour les aider dans l’entretien et l’embellissement extérieur de leurs demeures, ce qui profite à tous.  La paupérisation croissante, non seulement des chômeurs, mais d’un grand nombre de travailleurs de base ne résulte pas de circonstances physiques objectives, du moins dans l’immédiat. C’est purement et simplement une question d’organisation et de comportement des uns et des autres. Voyez les embouteillages qui se produisent à un carrefour où s’engagent sans pouvoir le traverser les automobilistes égoïstes et pressés. C’est une assez bonne illustration du libéralisme réel institué par Reagan et Thatcher et qui s’est depuis répandu sur toute la planète. La régulation par le marché est par nature instable, et les plus faibles sont les premières victimes de ses instabilités. Des sociétés se sont spécialisées dans le rachat des entreprises en difficulté. Elles les vident de leur substance et les liquident très peu de temps après leur rachat, ce qui épargne à leurs anciens propriétaires la peine de faire ce sal boulot d’équarrissage. Des délocalisations et des licenciements à la hache sont pratiqués au seul profit à court terme des actionnaires qui laissent à la collectivité nationale ou régionale le soin de réparer les dégâts, alors que le coût salarial lié à la production des biens de consommation est souvent assez faible par rapport au prix payé par le client final. Seule la puissance publique peut introduire dans la régulation par le marché les termes d’amortissement indispensables. Depuis un certain temps déjà les gains de productivité ne profitent plus qu’aux détenteurs de capitaux dans la plupart des pays développés. C’est, oubliant deux mille ans de christianisme, un retour à la loi du plus fort.  On ne voit pourtant pas bien l’intérêt qu’il y a de donner ainsi raison à Marx à titre posthume. On ne voit pas bien  l’intérêt qu’il y a à faire connaître à toute une génération les affres de l’insécurité, de la précarité et du manque de logements, la dissuadant ainsi d’assurer le renouvellement normal des générations. Ceux qui pourraient apporter les remèdes ne sont pas bien évidemment ceux qui souffrent de tous ces maux. L’industrie, la grande oubliée en France des trente dernières années devrait être défendue pied à pied. Faute d’industrie, le sous-développement ne tardera pas à s’installer. Pourquoi l’agriculture a-t-elle été par comparaison privilégiée ? Parce que les paysans votent  «  bien » ! Pourquoi est-ce en train de changer ? Parce que le poids démographique et donc électoral des paysans s’est effondré ! Périodiquement éclatent des scandales financiers et l’on apprend que telle ou telle entreprise a perdu des sommes colossales dans des opérations financières hasardeuses. Cependant ces opérations financières sont des jeux à somme nulle. Ce qui a été perdu par les uns a été forcément gagné par d’autres. Ces autres ne sont jamais clairement désignés. Si nécessaire leurs noms disparaissent dans des incendies, comme les archives des premiers chrétiens…       <br />
       	Tous les industriels ou presque vous diront que leur problème n’est pas de produire, mais de vendre. Ils disposent très généralement en effet en surabondance des outillages, des matières premières et de la main d’œuvre nécessaires pour produire davantage. Ce qui les freine, c’est le manque de clients. Ceci provient de ce que la richesse n’est pas suffisamment répartie et qu’elle l’est de façon trop inégalitaire. La richesse se concentre actuellement chez un petit nombre de gens fortunés qui, ne manquant de rien, n’utilisent leur argent que pour investir dans des biens par nature limités dont la rareté garantit la valeur durable, c’est à dire essentiellement le foncier et l’immobilier. Il en résulte un renchérissement artificiel de ces biens qui a pour conséquence de priver d’un logement décent ou d’un outil de travail un grand nombre de citoyens. Il ne devrait pas être possible de s’approprier l’espace qui est un bien commun comme l’air que l’on respire, mais seulement de le louer à la puissance publique.  Les procédés de fabrication ont fait de tels progrès qu’il faut maintenant axer les efforts non sur la production mais sur sa répartition. Sans compter, et les précédents conflits armés sont là pour nous le rappeler, qu’il existe d’énormes réserves de main d’œuvre, de productivité et de créativité qui dorment, mais peuvent être mobilisées quand le besoin s’en fait sentir. Il y aurait suffisamment de richesses pour tous si toutes les occasions de gâchis étaient éliminées. C’est à quoi toutes les institutions devraient consacrer l’essentiel de leurs efforts. La dilapidation par certains des ressources de la planète ne peut être tolérée plus longtemps dés lors qu’il est devenu évident pour tous que ces ressources sont limitées. Un certain égalitarisme semble aujourd’hui nécessaire pour diminuer l’agressivité des individus, agressivité naguère indispensable à la survie (selon certains notre arrière grand-oncle Neandertal, un pacifiste convaincu, se serait retiré sans combattre devant notre arrière grand-père pas forcément plus doué mais beaucoup plus belliqueux). Cette agressivité est devenue nuisible et dangereuse dans notre monde fermé, opulent, hyper puissant et hyper connecté.        <br />
       	Une autre raison cachée du freinage de l’activité économique provient de la crainte, consciente ou non, d’endommager encore plus gravement l’environnement si la production était débridée. D’où la nécessité, pour régler les problèmes économiques de régler auparavant les problèmes d’environnement. Ces problèmes d’environnement réglés, les entrepreneurs pourraient faire preuve de moins de frilosité et de plus de solidarité confraternelle, car les salariés des uns sont les clients de tous les autres. La part des rémunérations liées à la prospérité de l’entreprise pourrait de ce fait être considérablement augmentée, de façon analogue à ce qui se pratique à bord des bateaux de pêche. Il ne serait pas plus absurde de distribuer uniformément les stock-options aux salariés qu’il ne l’est de donner aux citoyens des pays démocratiques le même droit de vote. Il n’est pas dit que cette forme de distribution serait moins favorable aux actionnaires, car la prospérité d’une entreprise dépend tout autant, sinon davantage, des multiples microdécisions prises par son personnel que des orientations générales choisies par ses dirigeants. Ces modes de répartition sont une garantie que tout le monde tire dans le même sens et que ceux qui ne le font pas sont rappelés à l’ordre par leurs petits camarades. Dans ces conditions le patriotisme d’entreprise pourrait renaître et, en cas de difficultés, les salariés accepteraient de se serrer la ceinture plutôt que de voir certains de leurs collègues jetés à la rue. Une société pourrait disparaître, non parce qu’elle aurait fait faillite, mais parce qu’elle n’aurait plus trouvé de travailleurs désireux de partager son sort. La toute puissance d’héritiers, plus ou moins compétents et pas forcément très concernés, sur le sort d’une entreprise, comparée à l’absence de tout droit de salariés qui y ont consacré le meilleur de leurs capacités pendant toute une vie de travail paraît comme une survivance de l’Ancien Régime.         <br />
       	 Songez aux activités qui gonflent la richesse apparente des nations mais sont sans profit réel pour les individus. En voici quelques exemples :       <br />
       -	 produire des articles de luxe qui coûtent dix ou cent fois leur valeur d’usage (à moins qu’ils ne constituent un banc d’essai pour des productions moins élitistes)       <br />
       -	 consacrer des sommes importantes à la publicité, payée in fine par le consommateur, alors que les informations se voulant objectives restent payantes.        <br />
       -	 prodiguer des soins médicaux et autres dans le seul but de corriger les maux suscités par les désordres de l’activité économique elle-même       <br />
       -	 assurer la sécurité de biens ou de personnes qu’il vaudrait mieux éviter de mettre en péril.       <br />
       -	 construire des résidences qui restent vides, des bateaux qui restent à quai, des voitures surpuissantes et des véhicules tout-terrain pour des chaussées quasi parfaites et où la vitesse est limitée       <br />
       -	 transporter inutilement des personnes ou des marchandises (le coût du transport de quelqu’un qui se rend à son travail est comptabilisé dans sa richesse supposée alors que ce transport réduit sa richesse réelle en réduisant son temps libre). Pourquoi faut-il que les retraités, et ils ne sont pas les seuls, se ruent sur les voyages lointains, grands consommateurs de kérosène, alors que les plus beaux voyages se font dans la tête et dans le cœur, ou à la voile ? Manda et Casque d’Or allant faire une promenade en barque sur la Marne étaient-ils moins heureux que les amoureux qui font aujourd’hui le tour du monde ? « En ce temps de vacances, le monde est plein de gens qui courent d’un spectacle à l’autre, évidemment avec le désir de voir beaucoup de choses en peu de temps. Si c’est pour en parler, rien de mieux ; car il vaut mieux avoir plusieurs noms de lieux à citer ; cela remplit le temps. Mais si c’est pour eux, et pour réellement voir, je ne les comprends pas bien. Quand on voit les choses en courant, elles se ressemblent beaucoup. Un torrent, c’est toujours un torrent. Si je vais de torrent en torrent, je trouve toujours le même torrent. Mais si je vais de rocher en rocher, le même torrent devient autre à chaque pas. » Alain, Propos. Pourtant mon grand-père maternel arrivé de son Berry natal tiré par des chevaux et qui avait vu les premiers pas de l’homme sur la lune, qui avait connu deux guerres mondiales et qui en voyait une troisième se profiler à l’horizon jugeait que les voyages de ses petits-enfants dans les pays d’Europe et du monde apportaient à la paix leur petite pierre. Je crois qu’il avait raison. Ce qui doit frapper lors des voyages, ce ne sont pas les différences pittoresques mais, au-delà des apparences, les ressemblances profondes.       <br />
       Pourquoi ne pas remplacer les innombrables conférences, séminaires, et autres symposiums par des téléconférences et des échanges de documents plus efficaces et moins dispendieux ? Pourquoi ne pas considérer pour toutes les professions tertiaires qui s’y prêtent que le télétravail est la règle et les rendez-vous au siège ou chez les clients l’exception ? Les contacts d’homme à homme peuvent mettre de l’huile dans les rouages, bien entendu, mais ils ne sont véritablement indispensables que pour conclure des ententes illégales ou des pactes de corruption.       <br />
       Songez que la guerre a disparu, du moins pour l’instant, dans les pays développés et nul ne s’en plaindra, et que les révolutions sont passées de mode. Ce sont toutefois ces bouleversements qui brassaient les biens et les personnes et leur disparition laisse à la société le temps de se décanter. Comme dans toute décantation il se produit une stratification. Ajoutez à cela les inégalités croissantes engendrées par la technologie qui privilégie l’excellence mécaniquement reproductible et un libéralisme conçu comme celui du renard dans un poulailler. Toutes ces causes réunies pourraient conduire un jour à un véritable système de castes, de fait sinon de droit. Un système où les plus riches vivraient entre eux dans des zones sécurisées coupées du reste du monde et se déplaceraient entre ces zones dans des 4&amp;#61507;4 blindés surpuissants, et où les plus pauvres seraient tenus à l’écart dans des ghettos gouvernés par la violence et le fanatisme religieux (le rêve est le dernier refuge contre une réalité insupportable). Ces ghettos, dont nous avons déjà un avant-goût, sont pourtant les plus grands réservoirs d’une énergie qui ne demande qu’à s’exprimer. C’est certainement là que se situe l’avenir.       <br />
              <br />
        Crise de l’intelligence       <br />
              <br />
       	Songez à la publicité télévisée, aux jeux débiles et aux feuilletons à bon marché, souvent violents, qui ruinent la cervelle de nos chers bambins. « Panem et circences »  est devenu RMI + TF1 . Songez que la plupart des moyens d’information ont perdu leur nécessaire indépendance, ne devant leur survie qu’à des groupes financiers dont les motivations ne sont certainement pas tout à fait innocentes. Un esprit un peu informé décèle aisément dans certains commentaires l’écho des luttes commerciales dans lesquelles ces groupes sont engagés. Les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs n’ont cependant rien à faire de ces querelles. Suite à ces changements de propriétaires la Presse est progressivement mise au pas, le ton des médias s’adoucit, leurs aspérités s’estompent. Dormez, braves gens, l’Argent veille ! Les soucis mercantiles et la publicité polluent tous les outils de traitement et diffusion de l’information menaçant leur utilisation même. Cette mainmise de la sphère financière sur les médias est un phénomène des plus inquiétants pour la démocratie. Un autre phénomène inquiétant est la mainmise de la sphère politique sur l’histoire ce qui crée un précédent dont des régimes autoritaires ne manqueront pas de se prévaloir. Laissons donc les hurluberlus négationnistes sortir du bois et s’exprimer afin qu’ils se ridiculisent aux yeux de tous et incitent les historiens à encore plus de rigueur et d’exhaustivité dans le rassemblement des preuves. « Je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres » (Voltaire). Certains organes de presse cherchent à occulter l’inaction face à l’antisémitisme et les sympathies de Pie XII à l’égard de l’Allemagne durant la dernière guerre mondiale et veulent accréditer l’idée que les Eglises ont toujours été fermement opposées à tous les fascismes en général et au nazisme en particulier, alors que la pratique constante de ces Eglises a toujours été d’assurer de leur soutien le plus fort, quel qu’il soit, pourvu qu’il ne leur soit pas hostile et qu’il ne pratique pas un athéisme militant. Une presse vraiment constructive comporterait une partie purement informative et la reproduction de débats par mails entre personnalités d’opinions diverses. Les débats électoraux devraient utiliser le même procédé. Ceux auxquels on assiste aujourd’hui à la radio ou à la télévision ne sont que le choc de deux intuitions s’exprimant difficilement sans colère. Ils n’ont pas pour objet la recherche de la vérité, mais la mise en valeur des qualités vocales, de vivacité d’esprit ou de culot des uns et des autres, le bon peuple attendant de connaître le meilleur « communicateur » pour se ranger sous sa bannière. C’est comme attendre d’un duel qu’il désigne celui qui a raison dans la contestation qui est à son origine. Des débats plus utiles seraient organisés comme des tournois d’échecs. Chaque compétiteur pourrait se faire aider et aurait droit au même temps de réflexion pour formuler les différentes étapes de son argumentation : état des lieux, critique de l’état des lieux produit par l’adversaire, thèse, critique de la thèse de l’adversaire, etc.…quitte à réduire arbitrairement le champ de la discussion aux sujets les plus essentiels. C’est la seule façon de révéler les véritables enjeux et même de susciter des rapprochements inattendus, car celui qui sera désigné pour gouverner devra gouverner pour tous. S’envoyer des épithètes malsonnantes à la figure ne fait pas avancer les problèmes. La vie politique et sociale est devenue trop compliquée pour s’accommoder des discours à l’emporte-pièce. Les débats seront longs et deviendront vite techniques, mais qu’y faire ? Nous vivons dans un monde technique et complexe, et il ne faut pas sous-estimer les capacités de jugement de nos contemporains. Quand on va  au fond des choses, souvent elles se simplifient, ce qui peut fâcher ceux qui vivent d’ambiguïtés et d’obscurités. La seule difficulté sera la nécessaire transparence, le recours au non-dit devenant plus difficile, mais c’est dans cette nécessité de dire les choses comme elles sont et de se focaliser sur l’essentiel que réside le principal intérêt du procédé.       <br />
       	Dans le domaine industriel, on constate que la qualité des produits s’améliore constamment quand ils sont fabriqués de façon automatique. Un bon exemple est la qualité des automobiles qui ne tombent pour ainsi dire plus jamais en panne quand elles sont convenablement conduites et entretenues. Par contre les erreurs tendent à se multiplier dans les activités où l’homme intervient directement, malgré l’apport de l’informatique, d’où les usines qui explosent, les navires qui sombrent avec leur chargement, les bâtiments qui s’écroulent…La NASA elle-même envoie dans l’espace un télescope myope et rate un corps céleste par suite d’une grossière erreur d’unités …Rien ne remplace l’expérience professionnelle du responsable qui, éveillé ou endormi, confronte en permanence tous les éléments d’un dossier dans son esprit, pour tout dire l’œil du maître.       <br />
       	Tous les documents importants du point de vue de l’esprit devraient être écrits ou réécrits sous forme d’hypertextes accompagnés de glossaires permettant à chacun, même non-spécialiste,  de s’y retrouver, et ils devraient être disponibles sur Internet. Il serait plaisant de procéder au même travail sur les textes sacrés et sur bien des écrits philosophiques… Les philosophes qui écrivent de façon obscure devraient être montrés du doigt. C’est vraiment la moindre des choses que de tenter d’expliquer clairement ce qu’on croit avoir compris. Diderot n’a jamais dérogé à cette obligation. Si un jargon soi-disant spécialisé est utilisé par la plupart des philosophes d’aujourd’hui c’est parce qu’aux yeux de beaucoup un docteur Diafoirus passera toujours pour plus savant qu’Einstein lui-même ! D’un philosophe à l’autre les mêmes mots prennent des sens différents. Dés lors pourquoi des philosophes ? Dieu, l’Infini, l’Absolu, l’Amour, l’Etre, le Libre-Arbitre sont les trous noirs de la pensée occidentale : rien n’en est jamais sorti. D’une façon générale, il semble que le développement de la philosophie devrait être repris là où les philosophes des lumières se sont arrêtés, même si des travaux ultérieurs à caractère scientifique (de Freud, Marx et Darwin notamment) méritent d’être incorporés dans ce corpus fondamental. Nous avons besoin de penseurs toniques et non de penseurs nostalgiques, désespérés, déconnectés des progrès scientifiques, ou retombés dans les ornières de la croyance et de la foi ou perdus dans la contemplation de l’Etre. Qui veut dresser la liste des problèmes métaphysiques non résolus à ce jour et les formuler en termes compréhensibles par tous, c'est-à-dire rattachés à des réalités constatables ? La philosophie doit préparer la résolution de ces problèmes, non les détourner ou les obscurcir. En matière de philosophie, San-Antonio est à mon goût plus pertinent que St Augustin. Je trouve dans San-Antonio des petites pilules de sagesse qui me ravissent à chaque fois. St Augustin me tombe des mains. Il devient en effet de plus en plus difficile, l’âge venant, de s’intéresser à des fictions dénuées d’humour, tant la réalité paraît plus riche et plus variée.       <br />
       	Songez à la dégénérescence des arts, à l’unification et à l’appauvrissement des cultures, à l’américanisation envahissante qui transmet à la jeunesse des traditions qui ne sont pas les nôtres. Nos ancêtres les Gaulois  seront bientôt remplacés dans l’esprit des collégiens gavés de télévision par nos ancêtres les cow-boys. La culture populaire et paysanne, qui était aussi savoureuse que la cuisine du terroir, a presque complètement disparu. Les jeunes générations adoptent sans discernement les modes alimentaires, vestimentaires et comportementales venues des Etats-Unis et transmises par des feuilletons télévisés achetés en solde. Ils adoptent tout naturellement ce qu’il y a de plus facile et de moins cher dans la civilisation américaine. Ils ne se rendent pas compte qu’ils hypothèquent ainsi leur avenir parce que si un produit typiquement français a quelque chance de s’exporter, la pâle copie d’un produit américain n’en a pratiquement aucune. Leur attachement aux marques de vêtements remplit d’étonnement les gens de ma génération. Ayant à choisir entre deux produits je retiens, toutes choses égales d’ailleurs, celui qui ne fait pas de publicité, remerciant ainsi son fabricant de ne pas m’avoir fait perdre du temps de cerveau ni d’avoir participé à la déstructuration de mon esprit en le faisant continuellement sauter du coq à l’âne… La « grande musique » contemporaine est inécoutable. La peinture a été tuée par la photographie. La peinture abstraite ne parle ni à l’intelligence ni au cœur car elle ne se rattache aucunement à ce que l’individu a pu enregistrer comme images sympathiques au cours de son existence. Sa forme extrême et caricaturale consiste en un rectangle rempli uniformément d’une seule et unique couleur. La poésie s’était un moment réfugiée dans la chanson avec des  succès éclatants pour cette floraison tardive, mais les derniers chanteurs poètes ont les tempes grisonnantes et pas de successeurs. « Je reviendrai à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer » ainsi que le chante Robert Charlebois est une des rares exceptions à l’incompatibilité qui semble exister entre poésie et technologie, même s’il existe quelques exemples de poésie automobile ou ferroviaire. Nul poème épique n’a été écrit sur la conquête de la lune. Notre monde technologique est désenchanté dans tous les sens du terme. A cause des moyens modernes de reproduction des ouvrages de l’esprit les musiciens, les cinéastes et bientôt les écrivains, ne pourront plus vivre de leur art. Les peintres et les sculpteurs s’en tireront un peu mieux, parce que leurs productions, difficiles à reproduire à l’identique, peuvent faire l’objet de spéculations. Rien en effet n’est plus difficile à vendre qu’une idée. Si vous la gardez pour vous, elle ne vaut évidemment rien. Si vous la rendez publique, elle cesse de vous appartenir. La seule solution dans ce cas, c’est le mécénat auquel on doit les plus grandes œuvres du passé. Des entreprises ou des fondations, voire l’Université ou l’Administration pourraient prendre en charge des artistes qu’elles sélectionneraient parmi les amateurs les plus prometteurs, auxquels une activité étudiante ou professionnelle normale ménage déjà assez de temps libre pour se former. On ne voit pas que la sécurité ainsi acquise pourrait nuire à la production d’un artiste authentique. Ce serait en tout cas pour les entreprises une façon plus honorable de se faire connaître, qui pourrait être, comme l’action humanitaire, aidée par une fiscalité adaptée qui ne favorise pas la spéculation.        <br />
              <br />
        Crise institutionnelle et financière       <br />
              <br />
       	 Songez à l’accroissement vertigineux des lois, des règlements et des savoirs sans qu’il soit fait d’efforts suffisants de compression, de structuration, de formation. Quelques textes fondamentaux périodiquement révisés devraient remplacer l’empilage des textes actuels où les spécialistes eux-mêmes ont du mal à se retrouver. Peut-on imaginer que le constructeur d’un appareillage compliqué fournisse le manuel d’utilisation et d’entretien qui permet de l’exploiter sous forme de feuilles volantes, au fur et à mesure des modifications apportées à son matériel ?        <br />
       	 Songez à la judiciarisation galopante qui gagne tous les rouages de la société, cette judiciarisation que provoque la recherche de la réussite à tout prix, au mépris du droit. Il est normal que le Droit se complique car les progrès des sciences et des techniques suscitent sans cesse de nouveaux problèmes. Cependant, les conflits qui en résultent ne peuvent pas continuer d’être traités avec les moyens et les méthodes du droit romain. Le premier Etat qui consentira à un effort de modernisation, qui procédera à une synthèse concise et organisée de tous les textes, servira de modèle à tous les autres. Les modifications ultérieures devront être signalées typographiquement pendant un certain temps, invitant à les examiner d’un œil critique. Une disposition qui résiste aux alternances politiques a des chances d’être une bonne disposition.       <br />
       	 Songez à l’appauvrissement des états qui vendent leurs plus beaux actifs et s’endettent de façon déraisonnable. Les privatisations auxquelles s’est livrée la puissance publique ont eu pour conséquence immédiate la cartellisation des banques, des télécommunications, des sociétés de service aux collectivités locales en attendant le gaz et l’électricité, ce qui ne saurait tarder, avec le renchérissement des prestations correspondantes pour le particulier sans défense. Les meilleures de ces entreprises nationales seront achetées par des intérêts étrangers, à moins que l’action conjointe des écologistes et des libéraux ne les aient fait bien avant basculer cul par-dessus tête. La sidérurgie remise sur pied à grand frais grâce à l’argent des contribuables français est rachetée par des intérêts étrangers d’origine incertaine. Les compétences scientifiques et techniques dans ce domaine, fruit de plusieurs siècles d’activité métallurgique, ne tarderont pas à être perdues pour la communauté nationale. Ce qui faisait la force et l’originalité de l’économie française a été sacrifié sans contrepartie sur l’autel de l’Europe… Or l’Europe est loin d’avoir concrétisé sur le plan économique tous les espoirs qui étaient mis en elle. Du jour où la Grande-Bretagne, cheval de Troie du libéralisme anglo-saxon est entrée dans la Communauté, une certaine Europe était sinon morte, du moins moribonde. Dire que la privatisation des entreprises publiques est nécessaire à leur développement est une aimable plaisanterie. On veut en réalité dire par là qu’une entreprise publique peut difficilement conclure des ententes occultes visant à limiter la concurrence. Le fardeau imposé à une entreprise par un actionnaire qui exige que son investissement lui rapporte 15% chaque année est évidemment très supérieur à celui imposé par un banquier qui se contente d’un intérêt de 5% l’an. Dire qu’on peut durablement imposer ses prix de vente à une entreprise privée est une autre aimable plaisanterie. Tout monopole public démantelé donnera naissance à terme à des ententes ou à un monopole privé, au détriment du consommateur qui se trouvera payer plus cher un service souvent dégradé. Les sociétés nouvellement privatisées se sont d’ailleurs lancées dans le mercantilisme, si ce n’est l’escroquerie, avec le zèle des néophytes. La logique de la concurrence et de l’intérêt des actionnaires poussée à ses limites aboutit à la disparition de tous les concurrents à l’exception d’un seul dans un monde où les barrières et les distances ont été abolies. Dans le meilleur des cas, il peut en subsister deux ou trois qui s’entendent de façon occulte. Cette pseudo concurrence, qui ne profite qu’au marché de la publicité, sert avant tout à donner le change. Pour éviter cela une solution pourrait consister à conserver dans chaque domaine d’activité une entreprise nationale garante de la régularité des pratiques et de la vérité des prix. Il n’est ni possible, ni souhaitable d’empêcher les professionnels d’un même secteur de se parler.        <br />
       	 Qu’ont-ils donc dans l’esprit certains de ceux qui sont à la tête de grands pays développés et qui les privent de ressources en favorisant leur clientèle par des largesses fiscales, laissant filer ainsi la dette publique au delà du raisonnable ?       <br />
       -	 Après nous le déluge.       <br />
       -	 Nous nous sentons obligés de tenir les engagements que nous avons pris.       <br />
       -	 Les évènements ont échappé à notre contrôle, nous en sommes sincèrement désolés,        <br />
       -	 Nous laissons aux générations futures le soin d’apurer la dette        <br />
       -	 Les sommes empruntées ne seront jamais remboursées, ou le seront en monnaie de singe       <br />
       -	 C’est la façon pour les puissances financières dont nous ménageons les intérêts de contrôler étroitement le pouvoir politique, de faire en sorte que tout pouvoir concurrent du nôtre ne pourra se maintenir durablement car il se brisera inéluctablement contre le mur de l’argent.       <br />
       -	 Le problème sera réglé par un coup d’état. L’une des premières décisions des nouvelles autorités sera d’interdire le peu qui reste de presse libre. Ainsi vous n’aurez plus à vous inquiéter puisque vous ne saurez plus rien.       <br />
       	Belle opération financière en tout cas que de faire cadeau d’un million de dollars ou d’euros à un homme riche pour aussitôt les lui emprunter ! Le véritable critère de la richesse consiste à ne plus payer d’impôts dans le pays qui a fait les frais de votre éducation et qui vous a mis le pied à l’étrier. La liste de ceux qui s’exonèrent ainsi de leurs obligations contributives ne devrait-elle pas être rendue publique ? Une politique visant à renforcer sans contrepartie les privilèges de privilégiés qui en voudront toujours plus ne peut cependant se poursuivre indéfiniment. Il faudrait au contraire que le seuil au-dessus duquel les contribuables sont redevables de l’impôt sur la fortune s’abaisse avec l’age pour inciter ces contribuables à transmettre leur patrimoine de façon contrôlée, pour les habituer à se détacher progressivement des biens de ce monde et pour leur rappeler qu’il est tout à fait vain d’être, comme on dit, le plus riche du cimetière. Si cet impôt n’a pas de vertus fiscales, qu’il ait au moins des vertus pédagogiques !       <br />
              <br />
        Montée de la délinquance       <br />
              <br />
       	Songez à l’insécurité et aux violences croissantes dans les villes, les banlieues et les campagnes. Les médias en général et la télévision en particulier ont une bonne part de responsabilité dans cette banalisation. Mon père changeait de chaîne chaque fois qu’il voyait un révolver apparaître à l’écran ! Autant que d’un refus de la violence, il s’agissait pour lui, je suppose, d’un refus de la facilité. Les seules professions d’avenir sont-elles celles de policier, de gendarme, de CRS, d’agent de sécurité, de vigile, de juge, d’avocat, de geôlier, de poseur ou d’écouteur de micros espion et de bretelles téléphoniques, d’installateur ou d’observateur de caméras de surveillance ? On installe désormais des caméras pour surveiller les radars cinémomètres de peur qu’ils ne soient vandalisés et les policiers au travail de peur des « bavures ». Il faudra bientôt installer suffisamment de caméras pour qu’elles puissent se protéger mutuellement comme les bastions des fortifications à la Vauban ! On devine aisément ce que deviendrait un pays où ces moyens seraient utilisés à des fins personnelles ou partisanes : un état fasciste au service des plus riches. La police et la gendarmerie sont certes de bons auxiliaires des surmoi défaillants, mais une société dans laquelle les activités d’espionnage, de coercition et de répression apparaissent comme le seul recours possible contre les désordres peut-elle se dire sur la bonne voie ? C’est plutôt remplacer par des traitements coûteux une bonne hygiène de vie. Faut-il indéfiniment augmenter le nombre et la taille des prisons, car le nombre de prisonniers est directement proportionnel à la pression sociale qui s’exerce à l’intérieur d’une société ? Y verrons-nous un jour une moitié de la population gardée par l’autre moitié ? La plupart admettront qu’il faut utiliser pour lutter contre la délinquance répression et prévention. Tout est question de dosage. Souhaitons-nous 400.000 détenus dans les prisons françaises (équivalents proportionnellement aux 2.000.000 de détenus des prisons américaines) et une violence omniprésente, ce qui serait le cas si nous suivions la même politique du tout répressif ? Les prisons sont des garages financés par la collectivité dont les pensionnaires, victimes d’une panne de surmoi, devraient au moins sortir réparés. Aujourd’hui on se contente de faire quelques bosses supplémentaires à des voitures déjà déglinguées. Ce qui est fait est fait, malheureusement. Les mesures correctives ne doivent pas être prises en fonction du passé que rien ne pourra changer, mais en fonction de l’avenir. Il doit exister une justice réparatrice comme il existe une chirurgie réparatrice. Il faudrait selon moi dire au prisonnier : « Monsieur, il n’est plus possible de vous laisser aller où bon vous semble car vous faites trop de bêtises. Nous allons nous occuper de vous pour vous remettre d’aplomb afin que vous cessiez d’être un danger pour vous-même et pour les autres ». Les centre
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   <title>13. Conclusions -suite</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:21:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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       Montée de la délinquance       <br />
              <br />
       	Songez à l’insécurité et aux violences croissantes dans les villes, les banlieues et les campagnes. Les médias en général et la télévision en particulier ont une bonne part de responsabilité dans cette banalisation. Mon père changeait de chaîne chaque fois qu’il voyait un révolver apparaître à l’écran ! Autant que d’un refus de la violence, il s’agissait pour lui, je suppose, d’un refus de la facilité. Les seules professions d’avenir sont-elles celles de policier, de gendarme, de CRS, d’agent de sécurité, de vigile, de juge, d’avocat, de geôlier, de poseur ou d’écouteur de micros espion et de bretelles téléphoniques, d’installateur ou d’observateur de caméras de surveillance ? On installe désormais des caméras pour surveiller les radars cinémomètres de peur qu’ils ne soient vandalisés et les policiers au travail de peur des « bavures ». Il faudra bientôt installer suffisamment de caméras pour qu’elles puissent se protéger mutuellement comme les bastions des fortifications à la Vauban ! On devine aisément ce que deviendrait un pays où ces moyens seraient utilisés à des fins personnelles ou partisanes : un état fasciste au service des plus riches. La police et la gendarmerie sont certes de bons auxiliaires des surmoi défaillants, mais une société dans laquelle les activités d’espionnage, de coercition et de répression apparaissent comme le seul recours possible contre les désordres peut-elle se dire sur la bonne voie ? C’est plutôt remplacer par des traitements coûteux une bonne hygiène de vie. Faut-il indéfiniment augmenter le nombre et la taille des prisons, car le nombre de prisonniers est directement proportionnel à la pression sociale qui s’exerce à l’intérieur d’une société ? Y verrons-nous un jour une moitié de la population gardée par l’autre moitié ? La plupart admettront qu’il faut utiliser pour lutter contre la délinquance répression et prévention. Tout est question de dosage. Souhaitons-nous 400.000 détenus dans les prisons françaises (équivalents proportionnellement aux 2.000.000 de détenus des prisons américaines) et une violence omniprésente, ce qui serait le cas si nous suivions la même politique du tout répressif ? Les prisons sont des garages financés par la collectivité dont les pensionnaires, victimes d’une panne de surmoi, devraient au moins sortir réparés. Aujourd’hui on se contente de faire quelques bosses supplémentaires à des voitures déjà déglinguées. Ce qui est fait est fait, malheureusement. Les mesures correctives ne doivent pas être prises en fonction du passé que rien ne pourra changer, mais en fonction de l’avenir. Il doit exister une justice réparatrice comme il existe une chirurgie réparatrice. Il faudrait selon moi dire au prisonnier : « Monsieur, il n’est plus possible de vous laisser aller où bon vous semble car vous faites trop de bêtises. Nous allons nous occuper de vous pour vous remettre d’aplomb afin que vous cessiez d’être un danger pour vous-même et pour les autres ». Les centres de détention devraient ainsi être transformés en centres de remise en forme physique et mentale. Il faudrait proposer aux prisonniers des travaux assez exigeants physiquement, au dessous toutefois du seuil de pénibilité car il ne faut pas dégoûter de l’effort. Quelle que soit la rentabilité réelle de ces travaux leur bon accomplissement permettrait aux prisonniers, selon une convention préétablie, de bénéficier d’une libération anticipée. Un jour travaillé efficacement vaudrait par exemple un jour de liberté. Ceci donnerait aux personnes enfermées un but tout à fait clair et les réhabituerait à l’effort.  On ne voit pas pourquoi le dicton selon lequel l’oisiveté est mère de tous les vices ne s’appliquerait pas aussi en prison. Alain cite le cas de ces prisonniers russes complètement démoralisés et retrouvant soudain toute leur énergie quand on leur demande de déblayer la neige, travail utile à tous et d’abord à eux-mêmes. Le « julot » entretenu par ces dames et tous ceux qui croient déchoir en travaillant, s’ils veulent sortir plus tôt, seraient obligés de trimer comme les copains au lieu de rouler des mécaniques. Sans compter que l’effort physique qui active la circulation du sang est bon pour le cerveau aussi et que la fatigue physique a un effet calmant certain. Celui-là qui travaillerait de bon cœur et élaborerait un projet de vie tenant la route pour le moment de sa sortie serait sauvé. Bien entendu, le condamné resterait sous contrôle judiciaire jusqu’au terme nominal de sa peine et même au-delà. La victime d’une maladie grave subit longtemps des contrôles réguliers, même si elle a été déclarée guérie... Quant aux crimes sexuels, ils sont probablement trop sévèrement punis. Nous devons cela à l’influence conjointe des pères-la-pudeur et des chiennes de garde. Qui plus est leur répression entraîne des erreurs judiciaires grandioses du fait que des inculpations et des condamnations peuvent être prononcées en l’absence de preuves matérielles suffisantes. Un viol est un vol avec violence commis sous l’empire d’une drogue naturelle, testostérone ou autre, dont la sécrétion échappe à tout contrôle. La victime d’un viol court plus de risques aujourd’hui du fait de l’alourdissement des sanctions exercées à l’encontre des violeurs. Un violeur conséquent supprimera le seul témoin d’une voie de fait qui par la-même devient un crime. L’utilisation d’un préservatif devrait être une circonstance atténuante reconnue. Mieux vaut cent femmes violées avec préservatif qu’une seule assassinée. Un indice corporel minime abandonné sur le lieu de l’offense peut suffire à confondre le coupable. Il est à la portée du premier venu d’instituer des châtiments toujours plus rigoureux et c’est toujours populaire. Ceci  ne constitue pas cependant le début du commencement d’une solution aux problèmes de délinquance et  ne sert qu’à donner au bon peuple l’illusion que ceux qui ont décidé ces aggravations ont agi. Les hommes politiques laissent ensuite aux magistrats le soin de se débrouiller avec une législation mal adaptée et des infrastructures insuffisantes. Ils ne manquent pas de les critiquer dés que se présente une difficulté.       <br />
       	 Ce qui vient d’être dit sur le traitement de la criminalité peut surprendre et choquer, mais d’autres évolutions sont déjà intervenues dans la façon d’évaluer les comportements individuels. Il n’y a pas si longtemps, les déficients mentaux faisaient l’objet de toutes les moqueries. Maintenant que l’on sait que leur comportement résulte le plus souvent d’une maladie génétique, on ne rit plus du tout, mais on essaie de les aider et de les soigner, espérant que, dans un avenir plus ou moins proche, la thérapie génique aura raison de leur handicap. Ce n’est pas en refusant de regarder la réalité en face et en gardant obstinément les mêmes schémas de pensée qu’on a une chance de faire avancer la solution du problème de la criminalité ou celui de l’indépendance de la magistrature qui ne peut pourtant, si elle ne dépend que d’elle-même,  rester éternellement en état d’apesanteur.       <br />
       	 Songez à l’ubiquité de la corruption et des pratiques mafieuses. Songez à l’argent de provenance douteuse qui s’investit dans les activités les plus respectables. Dire de quelqu’un qu’il est honnête, c’est presque dire qu’il est inapte à exercer de hautes fonctions. Parmi tous les postulants qui ont l’équipement intellectuel nécessaire, ce sont souvent ceux qui bénéficient d’un sens moral à géométrie variable qui parviennent aux premières places et s’y maintiennent. Qui utiliser ? Qui écarter ? Qui tromper ? Qui calomnier ? Qui trahir ? Voilà les questions qu’ils se posent. Les religions voudraient que nous soyons honnêtes par calcul, alors que c’est la générosité de notre cœur qui le demande et que c’est la société qui nous en dissuade.       <br />
       	Songez à la concentration du pouvoir économique dans des sociétés multinationales aux mains de quelques-uns. Songez aux paradis fiscaux qui permettent de dissimuler les transactions les plus condamnables et tarissent les ressources des états. Il est permis de penser que si l’existence de ces paradis fiscaux n’est pas davantage remise en cause, c’est parce qu’ils abritent la cagnotte et les trafics d’un grand nombre de personnages influents et d’organisations puissantes. A cause d’eux, l’investissement dans l’ingénierie fiscale est certainement plus rentable que tout autre. Les salaires extravagants qui sont accordés à certains dirigeants et auxquels s’ajoutent encore des avantages multiples et conséquents font apparaître ces dirigeants comme des loups prédateurs plus que comme des bergers. Que ne dirait-on pas si des conditions analogues étaient faites aux hommes politiques dans nos pays démocratiques ? La chute du communisme soviétique a fait oublier toute pudeur (mais pas le goût du secret) aux détenteurs du capital et à leurs mandataires. Certains vous diront que la Loi du Marché justifie ces inégalités qui existent aussi pour les artistes et pour les sportifs. S’il est vrai que plusieurs poètes associés n’écriront pas forcément un meilleur poème, il est certain que vingt deux bons footballeurs amateurs, simplement défrayés de leurs déplacements, disposeront aisément  de onze vedettes surpayées. Or, dans les affaires, le nombre de joueurs n’est pas limité. Admettrait-on que le commandant en chef d’une grande armée touche une solde exorbitante et des primes de destruction vertigineuses pendant que ses soldats se feraient trouer la peau pour pas un rond ? Les fonctions suprêmes exigent une certaine éthique. Le seul argument qui pourrait justifier de tels avantages, c’est que leurs bénéficiaires soient capables d’y renoncer.       <br />
       	       <br />
        Montée des conflits armés       <br />
       	        <br />
       	La professionnalisation des armées s’est généralisée dans les pays occidentaux. Il faut se réjouir bien entendu de ce que la perspective d’un conflit Est-Ouest se soit éloignée, mais on peut se demander si cette professionnalisation n’a pas aussi pour conséquence, sinon comme objectif inavoué, de retirer au citoyen ordinaire la possibilité de faire valoir ses droits. Le fait que cette réforme, ô combien fondamentale, ait été décidée en France d’un trait de plume, sans même un véritable débat parlementaire, laisse perplexe. ..Pourquoi a-t-on institué le procédé du référendum sinon pour trancher ce genre de questions qui intéressent la vie de chacun ? Il y a un siècle la France, moins peuplée et infiniment moins riche qu’aujourd’hui, était capable de mettre des millions d’hommes sur le terrain. Il faut de nos jours racler les fonds de tiroirs pour envoyer quelques milliers d’hommes ici ou là. La marine nationale dispose d’un seul porte-avions qui nécessite de longues révisions périodiques. La France doit-elle faire la guerre les années impaires exclusivement ? Les militaires ont aujourd’hui le rôle mieux qu’honorable d’assurer l’inviolabilité du territoire national et, dans les cas de guerres étrangères, civiles ou non, de séparer les belligérants et de protéger l’aide humanitaire internationale. S’en contenteront-ils indéfiniment ? Des armées de métier devenues une sorte de police internationale comportant pour ses membres peu de risques personnels majeurs pourraient attirer un certain type d’hommes rebutés par les difficultés de la vie civile, peu représentatifs pour mille raisons de l’opinion moyenne des citoyens, mais non insensibles à certaines tentations et susceptibles d’être noyautés. La tradition démocratique et le respect de la Loi ne sont pas partout aussi solidement ancrés qu’ils le sont en Grande-Bretagne. Il y a un risque objectif que ce qui doit rester l’armée du peuple ne devienne l’armée d’une faction, et vous pouvez parier en toute tranquillité que cette faction ne sera pas celle des nécessiteux et des laissés pour compte. Il en fut ainsi partout pendant des millénaires et c’est encore vrai en de multiples endroits. La défense de la nation, garante de la liberté de chacun, est une tâche qui ne devrait jamais être sous-traitée. On peut concevoir qu’il soit indispensable que la force de frappe soit servie par des professionnels, encore qu’il existe certainement des fonctions subalternes qui pourraient y être tenues par des non spécialistes. Les armes classiques quant à elles peuvent être sans inconvénients servies par des amateurs. L’utilisation des armes classiques dans les pays les moins développés n’a pas l’air de poser le moindre problème. Une sorte de droit de veto est potentiellement donné aux militaires de carrière, seuls détenteurs des armes les plus puissantes, sur toute évolution de la société qui n’aurait pas leur agrément de sorte que le choix des citoyens s’exercerait dans un périmètre de plus en plus étroit. Voyez ce qui a été évité de justesse à la fin de la guerre d’Algérie grâce à la présence du contingent sur le terrain et à la présence à la tête de l’Etat d’un homme providentiel, donc rare, qui fut d’ailleurs en cette occasion, il faut malheureusement le dire, un pompier quelque peu pyromane. Les diatribes incendiaires de « Michou la Colère », son exécuteur des hautes et basses œuvres, les dérives « questionnantes » qui n’ont pas cessé ainsi que les abandons qui ont suivi sont restés en travers de la gorge de plus d’un. Le grand homme a vu clair plus tôt que beaucoup dans cette affaire de décolonisation, mais moins que certains. S’il avait été durablement fait confiance à Pierre Mendés France, bien des choses auraient changé et pas forcément pour le pire. L’Algérie serait certainement devenue indépendante mais il n’est pas dit que nos compatriotes auraient été contraints de rembarquer. L’Afrique du Sud nous a montré l’exemple d’un autre dénouement beaucoup plus économe en vies humaines et souffrances de toutes sortes. Des valeurs conservatrices, voire réactionnaires, ainsi que l’affairisme se sont abrités sous le vaste manteau du Général, désorientant les intellectuels et artistes français et rognant leur audience internationale. La nation qui était la valeur suprême pour les générations qui nous ont précédés est attaquée du haut par la construction européenne et du bas par la régionalisation. L’œuvre centralisatrice poursuivie par les monarchies comme par les républiques est mise au rancart, jusqu’à débaptiser, ultime sacrilège, la Nationale 7 ! Le fait que cette régionalisation ait été décidée en circuit fermé par le monde politique désigne les vrais bénéficiaires de l’opération : ceux qui en sont les auteurs, pour lesquels elle multiplie les places, les pouvoirs discrétionnaires et les tentations. Le pouvoir central y trouve aussi le moyen de se débarrasser de problèmes gênants. Où sont les programmes qui doivent prendre le relais de ceux d’Airbus, d’Ariane, du TGV, du nucléaire civil que le centralisme avait permis de mener à bien et grâce auxquels la France tient encore debout ? La source en est tarie et ce n’est pas l’Europe qui paraît aujourd’hui en mesure de la réalimenter. Estimons-nous heureux si elle ne finit pas de casser les programmes qui existent.        <br />
       	Caste des financiers, caste des militaires, il ne manquerait plus qu’une caste ecclésiastique pour que soient effacées les conquêtes politiques et sociales des deux ou trois derniers siècles ! Les Etats-Unis, précédant comme toujours de quelques longueurs les autres pays développés, dérivent insensiblement dans cette direction. Ce qui se passe à Guantanamo et dans d’autres lieux de détention sous leur contrôle est la première manifestation évidente de cette dérive totalitaire. A quand le prochain épisode de « Dallas », celui ou JR s’installe à la Maison Blanche ?        <br />
       	Songez à la montée en puissance d’immenses pays, avides comme nous de produire et de consommer, et pas plus préoccupés que nous des conséquences. Songez aux innombrables pays où règnent la famine, les maladies épidémiques et endémiques, l’oppression et la concussion, les guerres tribales et religieuses, les guerres extérieures ou intestines et les exactions de toutes sortes ; ces pays qui ont été distancés dans la course au progrès et que l’usage de la violence aveugle peut tenter. Ce sont leurs ressortissants à bout d’espoir qui viennent buter sur les barrières de fils barbelés édifiées à la hâte aux frontières du monde développé. Le problème qu’ils posent ne comporte pas de solution vraiment satisfaisante à court ou moyen terme. Vous remarquerez que ceux qui supportent le moins bien l’arrivée d’étrangers sont souvent, contrairement à toute logique, des personnes seules ou des ménages sans enfants. Certes aucun pays ne peut accueillir toute la misère du monde, malheureusement. La sainteté ne peut être rendue obligatoire. La plupart d’entre nous répugnent à expulser des familles immigrées déjà installées, mais peu souhaitent un fort accroissement de leur présence. La générosité de notre accueil dépend d'un équilibre entre notre désir de résoudre leurs difficultés et celui de ne pas nous en créer à nous-mêmes de trop importantes. Le point d’équilibre dépend de l’appréciation de chacun et il faut en la matière éviter les anathèmes. Il faut sans doute empêcher les employeurs d’utiliser les travailleurs immigrés démunis de permis de séjour, mais s’il s’agit de familles déjà insérées dans le tissu social, accueillons-les pleinement. Elles ont fait la preuve de leur motivation et de leur ingéniosité. L’immigration choisie n’est tolérable que si les permis de séjour sont limités dans le temps de manière que les personnes qui en bénéficient puissent à leur retour dans leur pays d’origine valoriser l’expérience qu’ils ont acquise chez nous. Attendons que l’accroissement du coût de l’énergie rende les pays du Sud plus attrayants économiquement parlant. L’énergie solaire, sauf à la stocker pendant des mois, ne peut guère contribuer en effet au chauffage nécessaire sous nos climats car elle est la moins abondante au moment ou elle serait la plus nécessaire alors qu’il y a une certaine concomitance dans ces pays entre l’énergie solaire disponible et les besoins de rafraichissement et de force motrice.       <br />
       	Songez aux haines accumulées dont celles dues à des religions différentes ne sont pas les moindres. Si les intégristes religieux des deux camps qui se disputent la Palestine ne peuvent être muselés, est-il possible d’arriver à un état stable de cette région sans avoir recours à l’une des deux solutions suivantes :        <br />
               <br />
       -	Réserver aux Palestiniens le sort des indiens d’Amérique parqués dans des réserves minuscules ? C’est peu ou prou ce qui est en train de se produire sous nos yeux. Israël en gardera une tache indélébile       <br />
       -	Financer grâce à l’argent du pétrole le retour volontaire des Israéliens dans le pays de leur choix au moyen d’une indemnisation des biens abandonnés et d’un revenu suffisamment généreux servi pendant une période suffisamment longue? Une taxe de quelques dollars par baril, qu’il faudra instituer de toute façon pour des raisons de préservation de l’environnement et de conservation de la ressource, suffirait à alimenter le fonds correspondant. Ainsi serait réparé un siècle d’errements de la communauté internationale, qui s’est défaussée des conséquences des drames éprouvés par les citoyens de confession juive dans certains pays d’Europe sur un peuple palestinien qui n’avait rien à voir avec cette histoire et qui ne demandait rien à personne. Ces  errements qui ont mis toute la région du Proche et du Moyen-Orient à feu et à sang depuis des décennies. En même temps la concentration de la manne pétrolière en un trop petit nombre de mains serait quelque peu réduite et le levain que constitue la population israélienne cesserait d’être gaspillé là où il y a si peu de pâte à faire lever. Cette population serait d’ailleurs plus en sécurité dans la plupart des pays développés qu’en Israël même où elle est à la merci du terrorisme et d’un retour du balancier, et rien ne s’oppose aux solidarités transfrontalières. Ce processus devrait être poursuivi au moins jusqu’à l’évacuation totale des colonies de Cisjordanie. On ne voit pas que l’existence de ces colonies puisse jamais être acceptée par la communauté internationale alors que la décolonisation s’est partout ailleurs imposée. Le seul risque de cette politique serait de mécontenter certains groupes de pression politico-militaro-industriels pour lesquels la principale préoccupation n’est pas de trouver de l’argent mais de trouver des ennemis à pourfendre et des motifs d’intervention dans les zones sensibles transformées ainsi en autant de terrains d’exercice pour les forces militaires. Sans perdre de vue que, d’un point de vue général, il faut ajouter aux dépenses propres des militaires le coût de tout ce qu’ils cassent ! Il semble anormal que la question israélo-palestinienne n’ait pas encore reçu de solution et qu’elle continue, malgré son importance quantitativement limitée, d’obnubiler l’attention d’une opinion mondiale qui commence à se lasser.        <br />
              <br />
        Apaisement possible des conflits       <br />
              <br />
       			Si ces intégristes étaient réduits au silence, l’Union Européenne élargie pourrait fournir un cadre propice au développement des deux peuples et éviter qu’ils ne restent en tête-à-tête. Il faut auparavant que les Israéliens aient pris conscience des droits des Palestiniens sur leur sol et qu’ils fassent l’effort de s’y faire accepter, effort auquel ils risquent de ne jamais consentir tant que les forces en présence seront aussi déséquilibrées. Il faut aussi que les Palestiniens considèrent les Israéliens comme des parents qui ont eu de grands malheurs et réalisent qu’ils peuvent contribuer à les réparer. Encore faut-il qu’on le leur demande poliment et qu’on leur fournisse des compensations sonnantes et trébuchantes. Il est plus que probable que la solution du problème israélo-palestinien ramènerait la paix au Proche et au Moyen-Orient, ferait disparaître presque instantanément l’essentiel de ce qui reste de terrorisme ( il n’y aurait sans doute jamais eu de 11 septembre si la position américaine dans le conflit israélo-palestinien avait été dés le départ plus équilibrée) et supprimerait les dernières tensions qui peuvent encore subsister entre chrétiens, juifs et musulmans dont les leaders religieux, par réflexe corporatiste, ne demandent qu’à s’entendre pour faire front commun contre les sceptiques et les blasphémateurs ! Il serait démontré ainsi que le pétrole qui peut déclencher des conflits dévastateurs peut également favoriser la paix. Les pêcheurs en eaux troubles en seraient pour leurs frais. Cet accomplissement mérite bien qu’on lui consacre quelque argent !        <br />
       			 De même l’Union Européenne pourrait contribuer à apaiser les rancunes multiséculaires qui règnent dans les Balkans. Le véritable critère d’appartenance à cette Union ne devrait pas être d’ordre géographique (les progrès techniques réalisés dans le transport des personnes, des biens et surtout de l’information rendent ce critère de moins en moins pertinent et des territoires situés au-delà des océans lui appartiennent déjà sans problème), mais traduire seulement la volonté d’en faire partie et celle d’en respecter les règles. Car cette union qui a vocation à s’étendre à toute la planète s’appellerait plus justement Union des Démocraties Pacifiées, pacifiées à l’intérieur comme à l’extérieur. Plutôt que de suggérer l’entrée de la Suisse dans l’Union Européenne, il vaudrait mieux demander l’admission des nations européennes dans la Confédération Helvétique, qui est pacifique certes, mais bien décidée également à se faire respecter par l’action conjointe de tous ses citoyens ! Il ne serait pas mauvais que cette Union ait une frontière commune avec les états riches en pétrole pour qu’elle ait autant que d’autres son mot à dire sur ce qui s’y passe et qu’elle assure ainsi davantage la sécurité de ses approvisionnements aussi longtemps qu’existeront les ressources.        <br />
               <br />
       	       <br />
        Apocalypse now ?       <br />
              <br />
       	Songez aux armes nucléaires qui se multiplient un peu partout. Au nom de quoi, sinon du droit du plus fort, en dénier la possession à certaines nations ? Pourquoi certains états devraient-ils être privés de ce moyen de pression alors que leurs plus proches voisins en disposent ? Que les plus puissants commencent par se débarrasser de leur arsenal avant de réclamer que d’autres y renoncent ! Qui se permet de qualifier certains états de voyous doit commencer par balayer devant sa porte ! Les armes nucléaires peuvent être déclenchées à tout moment par des irresponsables avec les conséquences apocalyptiques que chacun connaît, et la force n’est pas un gage certain de responsabilité. Comment tenir les excités à l’écart du bouton fatal ? Qui va décider que tel ou tel est un excité ? Une paix fragile s’est instaurée entre les grandes puissances depuis la dernière guerre mondiale parce que toutes les catégories de la population sont menacées, y compris les plus fortunées et les plus proches du pouvoir. Le temps semble passé du « armons-nous et partez !». D’ailleurs les survivants d’un échange nucléaire, compte tenu des conditions qui régneraient alors, regretteraient de ne pas être morts… Des intégristes se sentant menacés de perdre de leur influence et se croyant à l’abri des représailles peuvent néanmoins être tentés de vitrifier un ou deux continents rétifs pour faire triompher leur « vérité » sur celui qu’ils occupent et régner sans partage. Soyons conscients de cette menace. L’intégrisme chrétien est de loin le plus redoutable en raison de la puissance des armes dont il pourrait disposer. Un fou à Washington ou à Moscou est de ce point de vue beaucoup plus inquiétant qu’un fou à Téhéran ! Qu’importe que le reste de l’humanité périsse pourvu que les peuples élus en réchappent ! Il faut se dire qu’avec le temps tout ce qui peut arriver finit un jour ou l’autre par arriver. L’existence de la vie elle-même en est la meilleure preuve. Imaginez que toute la sauvagerie dont l’homme est capable se déchaîne à nouveau et utilise tous les moyens désormais à sa disposition. Les conditions actuelles conduiront tôt ou tard si rien n’est fait à une guerre d’extermination qui marquera le départ dune nouvelle ère géologique. Qui se sent capable aujourd’hui d’évaluer l’espérance de vie de notre civilisation? Qui prendrait le pari qu’elle aura à se préoccuper un jour de l’agonie du soleil ?        <br />
              <br />
        Exhortation finale       <br />
              <br />
               <br />
             	N’avons nous pas honte d’en être arrivés à faire cet ensemble de constats désolants ?  Allons nous rester là à nous disputer la meilleure cabine d’un navire en train de sombrer alors que nous avons encore, peut-être plus pour très longtemps, les moyens d’échapper au naufrage ? N’est-il pas nécessaire que nous prenions le temps de faire le point et que nous arrêtions les décisions qui s’imposent ? L’humanité surpuissante mais menacée n’a plus le choix. Elle doit supprimer les guerres et la délinquance sous toutes leurs formes afin de préserver les êtres vivants et leur environnement. Les vertus désuètes d’humilité, d’intégrité, de générosité, de respect de la parole donnée doivent être remises à l’honneur et pratiquées par le plus grand nombre. L’écologie est une préoccupation acceptable par tous à condition de la débarrasser de ses tendances dogmatiques, passéistes et sectaires selon lesquelles l’énergie nucléaire et les organismes génétiquement modifiés représentent le diable en personne. Si l’écologie n’est pas toute la politique elle en est la caution morale, le surmoi en quelque sorte. Un socialisme écologique est capable de réaliser les ambitions de toutes les religions en leur donnant un fondement scientifique. Les siècles à venir seront vertueux ou ne seront plus.       <br />
              <br />
       	Il serait contraire au principe de précaution et au simple bon sens d’espérer que les progrès scientifiques et techniques à venir vont régler tous ces problèmes. Ces progrès peuvent très bien ne pas se produire, ou pas là où ils sont attendus. Les problèmes actuels doivent pouvoir être résolus avec les moyens actuels. Si des progrès futurs permettent d’alléger les efforts, tant mieux, mais ne comptons pas sur eux prématurément. Il faut donc imaginer dés maintenant les processus qui permettront de passer de la situation existante, intenable à moyen terme, à une situation nouvelle plus satisfaisante, plus stable et plus durable, avec un minimum de heurts, de drames, d’injustices. Il faut ce faisant agir avec prudence, et de façon réversible, car dans le domaine politico-économique les résultats des actions entreprises sont souvent imprévisibles, et les experts se trompent plus souvent qu’à leur tour. Comme a dit je crois le président Giscard d’Estaing, une économie, une société modernes ne se conduisent pas à grands coups de volant. « Continuer, ensuite commencer » (Alain). On peut penser que le marché conservera encore longtemps son rôle indispensable dans l’optimisation des décisions banales. La politique commence là où le marché doit se déclarer incompétent. Le bonheur des citoyens doit être désormais recherché dans la simplicité et l’économie des moyens, ce qui n’est pas une mauvaise définition de l’élégance. Le collectivisme sobre doit être préféré chaque fois que c’est possible à l’individualisme dispendieux en argent et en ressources. Ceci va complètement à rebours de l’état d’esprit des citoyens américains dont la mentalité s’est forgée dans des espaces vierges, quasi illimités et aux ressources abondantes. Ils souhaitent, comme c’est assez naturel, persévérer dans leur être, mais ceci a un coût, pour eux-mêmes et pour les autres. L’histoire a toutefois démontré qu’il ne fallait jamais désespérer du pragmatisme américain et rien n’empêche, si l’échec des politiques menées aujourd’hui déclenche une crise majeure, qu’un nouveau « New Deal » ne replace la société américaine dans un courant opposé aux tendances actuelles, courant dont elle prendrait assez naturellement la direction. Malgré cela plusieurs générations ne seront pas de trop pour sortir du trou où nous nous trouvons actuellement et nous ouvrir vers l’espace, espoir et refuge. Cette sortie par le haut sera rendue encore plus difficile, sinon impossible, si les décisions douloureuses à prendre sont différées parce que trop d’attention et d’efforts auront été dilapidés à traiter (mal) des problèmes artificiellement gonflés comme le terrorisme ou de faux problèmes comme les préférences religieuses. Pour résoudre les vrais problèmes et restaurer la confiance en l’avenir l’union de tous les hommes de bonne volonté est plus que jamais nécessaire. Les incroyants ne doivent pas être absents de cette union, mais au contraire y jouer un rôle moteur.       <br />
       	Incroyants, encore un effort si vous voulez que la race des hommes soit sauvée.       <br />
              <br />
       Les commentaires et les critiques peuvent être adressés à ncrouton@numericable.fr       <br />
       Les mises à jour peuvent être téléchargées sur :  www.norbertcrouton.info       <br />
       Tous droits de traduction et d’adaptation réservés       <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/13-Conclusions-suite_a21.html</link>
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   <title>L'AUTEUR</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:20:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      L'auteur est ingénieur de profession, philosophe d'inclination, observateur attentif depuis de nombreuses années des évolutions techniques, économiques, sociales et politiques.
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     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Notes</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:17:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      NOTES       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       -	 « L’alpha et l’oméga » : le début et la fin de l’alphabet grec, c’est à dire la totalité       <br />
       -	 « God bless America » : Dieu bénit l’Amérique, Que Dieu Bénisse l’Amérique, Pourvu que Dieu bénisse l’Amérique       <br />
       -	 « Gott mit uns » : Dieu est avec nous       <br />
       -	 « In petto » : en son for intérieur       <br />
       -	 « Pax americana » : la paix américaine, par analogie à la pax romana qui était la paix procurée par la domination de l’empire romain sur une bonne partie du monde antique       <br />
       -	 Tartuffe : Personnage central de la pièce de Molière du même nom, archétype du « faux dévot », affichant des convictions religieuses par pur opportunisme       <br />
       -	 2D1/2 : mode de représentation utilisée en C.A.O. ou conception assistée par ordinateur qui enrichit un dessin exécuté en D.A.O. ou dessin assisté par ordinateur en indiquant la distance au plan contenant le dessin d’un certain nombre de points. La C.A.O. véritable en 3D représente les lignes et les surfaces par les formules mathématiques liant les coordonnées de leurs différents points.       <br />
       -	 « Horresco referens » : j’ai la chair de poule en l’évoquant       <br />
       -	 « Stricto sensu » : au sens exact du terme       <br />
       -	 « Errare humanum est » : l’erreur est humaine. La citation continue par « perseverare diabolicum » : persévérer (dans l’erreur) vient du démon.       <br />
       -	 « Credo quia absurdum » : j’y crois parce que c’est absurde       <br />
       -	 « Panem et circences » : du pain et des jeux       <br />
       -	 « RMI + TF1 » : Revenu Minimum d’Insertion et 1ère chaîne de télévision française, privée, recherchant la plus large audience       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Texte intégral au format pdf</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:15:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      Télé chargez le texte intégral d'Incroyants, encore un effort en cliquant <a class="link" href="http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/docs/incroyantsencoreuneffort.pdf">ici.</a>
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