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  <title>Norbert Croûton</title>
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  <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2008-07-20T06:22:13+01:00</dc:date>
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   <title>Avertissement de l'auteur</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
    
    
Ce n’est pas un ouvrage rédigé par des islamistes à l’attention des « infidèles ». 

Ce n’est pas non plus un ouvrage démarqué du fameux « Français, encore un effort » dans lequel le Marquis de Sade préconisait que la révolution politique de 1789 soit accompagnée d’une révolution sexuelle. 

C’est la réaction épidermique suscitée chez un homme nourri au lait de la morale laïque et républicaine par les références que le président américain et ses acolytes font à tout bout de champ à Dieu et aux enseignements de la Bible, comme si ces références allaient de soi et étaient unanimement acceptées.
    
         <div>
      INCROYANTS, ENCORE UN EFFORT       <br />
              <br />
       	 « Incroyants, encore un effort&#8230; » Cet ouvrage peut  être consulté ou téléchargé en cliquant sur le lien figurant en colonne de droite. Son titre ne doit pas prêter à confusion. Ce n'est pas un ouvrage rédigé par des islamistes à l'attention des « infidèles ». Ce n'est pas non plus un ouvrage démarqué du fameux « Français, encore un effort » dans lequel le Marquis de Sade préconisait que la révolution politique de 1789 soit accompagnée d'une révolution sexuelle.        <br />
       C'est la réaction épidermique suscitée chez un homme nourri au lait de la morale laïque et républicaine par les références que le président américain et ses acolytes font à tout bout de champ à Dieu et aux enseignements de la Bible, comme si ces références allaient de soi et étaient unanimement acceptées.        <br />
       Cette réaction est d'autant plus justifiée que la maladie est contagieuse en raison de l'attraction exercée par la puissance américaine et de l'esprit moutonnier de beaucoup de nos contemporains. L'objet de cet ouvrage est de faire prendre conscience aux croyants de la fragilité de leurs convictions ou, à tout le moins, de les aider à comprendre le doute qu'elles peuvent susciter chez d'autres. Il est aussi d'inciter les incroyants à se manifester, non de façon agressive mais de façon que l'accord si nécessaire entre les hommes cesse d'être entravé par des croyances religieuses inconciliables mais puisse s'établir au contraire sur des bases rationnelles, naturelles, durables et acceptées par tous.        <br />
              <br />
       Cette querelle qu'on dirait d'un autre age a des antécédents fameux.. Elle a au fil de l'histoire agité les meilleurs esprits. Parmi ceux-ci, celui dont l'&#339;uvre a le mieux résisté au temps parce qu'il est  probablement l'un des esprits les plus profonds, les plus brillants et les plus honnêtes que la terre ait porté est Denis Diderot (1713-1784). Diderot a exprimé sa pensée sur les religions dans un court essai en forme de dialogue intitulé &#8220;  Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de *** &#8221;.. Cet essai, qui n'a pas pris une ride, traite avec élégance du sujet qui touche l'homme à son point le plus sensible puisqu'il s'agît du sort de son « âme » après la mort. Le phénomène de la conscience ( équivalent « laïque » de l'âme) et la physique qui le sous-tend, sont donc longuement évoqués par l'auteur à la lumière des derniers progrès scientifiques connus. Cette excursion n'est pas le moindre intérêt de l'ouvrage, car les faits et les idées qui y sont mentionnés ne laisseront pas d'en étonner plus d'un.        <br />
              <br />
       Reprenant ensuite la démarche de Diderot l'auteur enrichit  le texte original (qui est également reproduit) des remarques que le progrès général des connaissances, l'élargissement des points de vue, l'expérience historique accumulée depuis sa parution et l'application des théories de Darwin peuvent suggérer.        <br />
       L'ouvrage se termine par un inventaire des problèmes cruciaux auxquels l'humanité se trouve confrontée aujourd'hui de façon pressante et de quelques solutions qu'il est possible de trouver une fois qu'ont été évacués les obstacles inutiles suscités par les religions.        <br />
              <br />
       Le lecteur est invité à critiquer et compléter ces remarques et ces propositions. Il sera ainsi conduit à s'interroger lui-même sur ce qu'il pense authentiquement de ces questions fondamentales. Ce peut être pour lui, et sans bourse délier, l'équivalent d'une analyse.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/Avertissement-de-l-auteur_a3.html</link>
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   <title>1. Avant propos</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:46:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
     <div>
      1. AVANT PROPOS        <br />
       		       <br />
              <br />
              <br />
       		Incroyants, encore un effort si vous ne voulez pas voir se réaliser cette prédiction de Malraux qui vous met mal à l'aise : &#8220; le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas &#8221;.       <br />
       	     	Vous avez pu croire jusqu'à une époque récente que la cause était entendue, que le doute ou au moins la prudence à l'égard des religions s'étaient établis dans tous les esprits et que la laïcité allait irrésistiblement s'imposer dans la vie publique sur tous les continents. Depuis la fin de l'empire soviétique, il semble que ce ne soit plus le cas. En Russie même Poutine, le czar élu, un ancien du KGB se réfère à Dieu dans ses discours ! Toutes les républiques et les satellites de l'ex Union Soviétique ont retrouvé leurs divinités favorites. En Turquie un régime fondé naguère sur la laïcité tend désormais à s'en écarter. En Irak ce serait une bonne surprise que feu le régime baasiste, d'essence laïque, ne soit pas remplacé par un régime théocratique assaisonné d'une guerre de religion. L'Afghanistan fragile n'est pas à l'abri d'une rechute. L'Iran a basculé il y a déjà un moment. Les conflits au Rwanda, au Soudan, dans l'ex Yougoslavie, en Irlande du Nord, en Palestine, à Chypre, entre l'Inde et le Pakistan, et dans de nombreux pays d'Asie et d'Afrique ont une origine religieuse, même si ce n'est pas leur seul aspect. Beaucoup d'états privilégient une religion et lui donnent un statut officiel. Aujourd'hui les partisans de la neutralité de la puissance publique en matière religieuse ont à faire face à une triple agression due aux intégrismes musulman, israélite et chrétien. Or il faut bien voir que l'intégrisme est une conséquence logique de la religion. Qu'est-ce en effet que l'intégrisme, sinon la croyance religieuse prise au sérieux ? Si vous avez l'intime et absolue conviction, et le but de la pratique religieuse est de vous la faire acquérir, que votre voisin se voue à la damnation éternelle en ne partageant pas la croyance qui vous habite, ce serait une véritable non-assistance à personne en danger que de ne pas lui imposer votre croyance par tous les moyens. De fait, lorsque les religions ont été en position de le faire, elles n'ont pas hésité à forcer les consciences par les plus extrêmes violences. Les croyants qui acceptent le pluralisme religieux ou l'irréligion, et qui sont heureusement la majorité, sont des tièdes et Dieu a paraît-il horreur des tièdes !       <br />
       		 Les Français qui l'ont vécue ont gardé de la deuxième guerre mondiale le souvenir d'un clergé catholique tout gonflé d'une importance retrouvée, porté qu'il était par le désarroi général et par la &#8220; Révolution Nationale &#8221; du Maréchal Pétain. Qu'en serait-il advenu si cette situation avait perduré ? Ce clergé aurait-il retrouvé, quelque peu atténuées, ses vieilles habitudes inquisitrices et contraignantes ? Poser la question, c'est presque déjà donner la réponse. Que l'épiscopat français n'ait pas fermement attiré l'attention du vieux Maréchal, de qui il n'avait à coup sûr rien à craindre, sur le caractère totalement scandaleux des lois anti-juives, mais qu'il en ait au contraire accepté le principe, ne peut être attribué qu'à un fonds tenace d'antisémitisme. Il est difficile de croire qu'il ait agi ainsi sans l'aval du Vatican. Tous ces braves gens attendaient de connaître le sort des armes pour se découvrir, conformément à une vieille tradition de l'Eglise. On imagine aisément les Te Deum fervents qui auraient salué une victoire de l'Axe du Pire. Risquons-nous d'assister aujourd'hui à pareil réveil à la suite d'une défaite non plus militaire mais politique et culturelle ?       <br />
       	   	Des trois intégrismes, le musulman, l'israélite et le chrétien, le dernier est le plus insupportable parce qu'il paraît le moins nécessaire. L'intégrisme musulman peut se comprendre en raison de la situation des pays islamiques qui ne cessent d'être humiliés depuis plus d'un siècle et qui ne parviennent pas à se débarrasser de cette écharde qu'ils portent en leur flanc et qui s'appelle Israël. Même si leur dieu les aide bien peu en la circonstance, leur religion leur sert à maintenir leur identité et à leur faire espérer que leurs malheurs finiront un jour... Les Israélites ont été, ô combien ! , martyrisés par l'histoire. La conviction de faire partie du peuple élu leur a certainement donné cette formidable détermination qui a permis à quelques uns de survivre et de surmonter toutes les épreuves. Victimes comme tous leurs coreligionnaires de la plus monstrueuse des injustices, ceux qui ont choisi de s'installer en Palestine ne s'aperçoivent pas qu'ils sont en train d'en commettre une autre qui n'est pas négligeable non plus. Il est bien évident que celui qui s'empare progressivement mais inexorablement, par de menues acquisitions, par la ruse et par la violence de toutes les pièces d'un appartement en prétextant que c'est Dieu qui les lui a attribuées et que ses arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents y ont peut-être habité ne doit pas s'attendre à de grandes démonstrations d'amitié de la part de son occupant légitime ! Même si, grâce à son entregent et à l'appui d'un puissant protecteur, il fait taire les protestations des voisins et les fait se dresser les uns contre les autres en leur tendant des pièges dans lesquels ils  se font prendre à tout coup. Même s'il entretient la confusion entre antisionisme et antisémitisme. Même si, à la suite de deux millénaires passés au milieu de populations étrangères, son sang ne contient plus que quelques gouttes du sang originel. Imaginez un instant (que nos amis québécois me pardonnent cette hypothèse saugrenue) que des canadiens français lassés de leurs difficultés avec leurs compatriotes anglophones décident de revenir au pays. Ils y sont d'abord bien accueillis, achètent quelques fermes, en Bretagne par exemple, puis de plus en plus nombreux, s'attaquent par des actions terroristes aux structures politiques existantes et les supplantent. Imaginez que les Bretons se révoltent, qu'ils soient vaincus, que certains perdent leurs biens, qu'ils soient relégués sur les terres les moins fertiles ou internés dans des camps, qu'ils soient contraints dans leurs activités quotidiennes, rendus dépendants de la charité internationale et soumis continuellement à des bombardements et à des incursions armées. Qui ne comprendrait l'énorme frustration des Bretons placés dans ces conditions ? Pourtant ces Canadiens ont quitté la France beaucoup plus récemment que les Juifs n'ont quitté la Palestine. Chacun peut constater que la protestation internationale contre le sort réservé aux palestiniens reste sans effet. Les palestiniens ont raison sur le fond car il est naturel et légitime de repousser des intrus. Les israéliens de leur côté disposent de la force et peuvent ainsi se permettre d'ignorer délibérément les résolutions des Nations Unies quand d'autres pour des violations moindres voient leurs infrastructures non seulement militaires, mais également économiques, administratives et culturelles, pulvérisées par des bombardements. Selon que vous serez puissant ou misérable&#8230;        <br />
       	   	Il peut paraître &#8220; ringard &#8221; de s'attaquer aux religions en ressuscitant des querelles que l'on croyait dépassées, et j'en veux à ceux qui poussent à pratiquer ce jeu de massacre. Dans une assemblée il y a souvent un rigolo pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas mais taisent par crainte ou par bienséance. J'accepte pour un moment de jouer ce rôle, ayant le sentiment de participer ainsi à une &#339;uvre de salut public. Il s'agit d'éviter un retour en force de l'obscurantisme qui n'est d'ailleurs souhaité ni par la plupart des chrétiens et des adeptes des religions orientales, ni par bon nombre de juifs et de musulmans.        <br />
       	   	Les religions sont l'espoir et la consolation de beaucoup. Pourquoi les attaquer ? Pourquoi vouloir, selon la formule consacrée, tirer sur des ambulances ? La raison en est que certains ambulanciers recommencent maintenant à tirer sur nous ! Un détail qui peut sembler mineur, mais qui est révélateur de l'évolution actuelle : certains athlètes ou joueurs se signent à la suite d'un exploit personnel  ou avant d'entrer sur le terrain, et portent autour du cou croix et médailles pieuses, toutes choses qui ne se voyaient jamais auparavant. Si ces rites et ces talismans ont une quelconque efficacité, doivent-ils être assimilés à des produits dopants ? Les instances sportives devraient se prononcer à ce sujet, avant que ces pratiques ne s'étendent à d'autres religions. Sans aller peut-être jusqu'à les interdire, elles devraient les déconseiller comme contraires à l'esprit olympique qui s'efforce de gommer toutes les différences de race, de culture ou de croyance entre les athlètes. Les institutions religieuses de leur côté devraient prodiguer discrètement le conseil de ne pas mêler Dieu à ces rites profanes, ne serait-ce que pour ne pas voir sa représentation associée à de possibles défaites. Sentant le vent tourner et craignant sans doute d'être en retard d'une mode, des croix en nombre se sont à nouveau glissées entre de jolis seins ou exposées sur des poitrails musculeux ! Devrons-nous un jour, nous les incroyants, nous les agnostiques, arborer au revers de notre veste un point d'interrogation pour ne pas laisser s'afficher seules les convictions à caractère religieux ?        <br />
       	     C'est bien sûr aux Etats-Unis que le phénomène est le plus préoccupant. Chacun peut s'étonner de ce que le pays le plus avancé scientifiquement et industriellement donne l'exemple de cette régression. L'esprit religieux le plus rétrograde, profitant de la paranoïa ambiante et y participant, prend le convoi de l'anti-terrorisme. Le terrorisme, qu'on ne saurait bien entendu négliger, est devenu l'alpha et l'oméga de la politique américaine. Or, ce n'est qu'une infime partie des dangers qui nous menacent. La destruction des tours jumelles du Centre Mondial du Commerce a été sans nul doute très spectaculaire et elle a frappé les imaginations mais l'ampleur des dégâts a probablement dépassé les attentes des auteurs des attentats eux-mêmes. Ne commence-t-on pas à dire en effet que la ruine totale des deux ouvrages s'expliquerait par des choix discutables dans la conception des planchers des différents étages et par des malfaçons dans la protection au feu des dits planchers ? Quoiqu'il en soit les quelques milliers de victimes du terrorisme répertoriées depuis quatre ans sont malheureusement presque dérisoires par rapport aux dizaines de millions d'autres victimes à déplorer durant cette même période ; victimes de maladies aisément évitables, victimes de maladies aisément curables, victimes de la malnutrition, victimes de guerres d'agression, victimes de guerres ethniques ou religieuses, victimes de guerres pour le pouvoir ou la richesse, victimes de la drogue, de l'alcoolisme, du tabagisme, du crime, de la pollution de l'air et des eaux, victimes de catastrophes naturelles prévisibles, victimes d'accidents dus à la sottise, à l'ignorance, à l'étourderie, à la négligence, à la présomption. Et ces dizaines de millions de victimes seront peut-être considérées par l'histoire comme anecdotiques par rapport aux dangers que représentent le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources naturelles ou un conflit généralisé à propos du Moyen-Orient et de son pétrole. Si l'on met à part les dérives de quelques irréductibles défendant des droits plus ou moins folkloriques et les menées de quelques mafieux aux intentions inavouables, le terrorisme n'a qu'une seule cause directe qui est le mépris du droit des gens et le désespoir que ce mépris engendre chez ceux qui en sont les victimes. Désespoir qui peut conduire à des actes aussi contre nature que de s'attacher autour de la taille une ceinture d'explosifs et d'en déclencher la mise à feu au milieu de la foule. L'éradication du terrorisme passe d'abord  par le respect du droit des peuples aujourd'hui maltraités et, à titre de précaution complémentaire, par la prise en charge des jeunes désespérés, par une bonne police et la suppression des paradis fiscaux propices aux financements criminels. Il est nécessaire d'y ajouter un contrôle efficace des matériaux, des outillages et des technologies susceptibles d'être utilisés dans la fabrication des engins nucléaires et autres armes de destruction massive. Faut-il encore faire en sorte que les moyens mis en &#339;uvre à cet effet ne soient pas hors de proportion avec le but poursuivi. La disproportion de ces moyens et l'occultation des vrais problèmes constituent en effet la première et probablement la seule victoire que les terroristes peuvent ambitionner. Une bonne pratique serait de parler le moins possible du terrorisme, sauf pour inciter à la vigilance et à la prudence, car la publicité accordée à ce phénomène par les pouvoirs publics et par les différents moyens d'information ne peut qu'encourager les vocations existantes et en susciter de nouvelles chez ceux qui n'ont plus rien à perdre. Pourquoi le terrorisme a-t-il été ainsi monté en épingle aux Etats-Unis et, par contagion, dans le reste du monde ? La réponse est à peu près évidente : après le cataclysme qu'a représenté pour les lobbies politico-militaro-industriels, américains en particulier, la fin de la guerre froide, l'avènement du terrorisme a constitué pour eux une divine surprise en fournissant un prétexte à la poursuite et à l'amplification de l'effort militaire. 	       <br />
       		Car le surarmement offensif et défensif auquel se livre la puissance américaine a aussi de quoi inquiéter. Que ou qui redoute-t-elle ? Est-ce qu'on lutte contre le terrorisme en préparant la guerre des étoiles ? Qui ne se demande avec inquiétude si ce surarmement n'est pas destiné à lui assurer la possibilité d'imposer impunément sa volonté, présentée quasiment comme la volonté du Dieu de la Bible, à tous les peuples de la terre, amis comme ennemis ? Dans leurs déclarations publiques les représentants américains font profession de protéger leurs intérêts nationaux et restent muets sur ceux des autres nations.  Le décompte des victimes de leurs agissements n'a pas l'air de les préoccuper le moins du monde. Ils s'inquiètent des états d'âme de leurs soldats qui sont au départ des coups mais se désintéressent du massacre de ceux qui sont à l'arrivée. Trois mille soldats américains tués, c'est une tragédie épouvantable, mais six cents mille irakiens au tapis, chiffre annoncé par la seule étude un peu scientifique faite sur le sujet, c'est un détail de l'histoire ! Les irakiens ne sont pourtant pas des untermensch, pas plus que les palestiniens et tant d'autres ! Le &#8220; God bless America &#8221; sortant de la bouche de l'actuel président des Etats-Unis (on ne sait si c'est une supplique, un souhait ou une constatation, car la langue anglaise permet cette ambiguïté) et le &#8220; Gott mit uns &#8221; qui était gravé sur le ceinturon des soldats du troisième Reich sont des formules qui sortent du même tonneau. C'est, chez ceux qui ne se connaissent plus de rival, l'expression orgueilleuse de la force, et de la conviction que tout doit céder devant la force. Jean-Paul II avait bien compris le danger pour les chrétiens de cet abus de position dominante. Il s'est certainement dit in petto, en faisant ses remontrances : &#8220; Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge ! ». Que des personnalités officielles utilisent les religions comme références culturelles ou morales est une chose. Qu'elles les présentent comme des vérités historiques ou scientifiques opposables à tous en est une autre. Il existe une ligne jaune à ne pas franchir.       <br />
       	     « Qui n'est pas avec moi est contre moi " et &#8220; les Etats-Unis ne cherchent pas à être aimés mais à être craints &#8221; sont deux échantillons de la pensée de l'administration américaine actuelle. Presque deux mille ans après, la &#8220; pax americana &#8221; semble vouloir prendre le relais de la &#8220; pax romana &#8221; dont on sait qu ‘elle a été chaque fois imposée sans douceur. Pour la première fois depuis la fondation de l'ONU des démocraties ont pris l'initiative de déclencher une guerre non indispensable, pour des raisons avouées qui se sont avérées fausses. Fausses parce que résultant d'une manipulation. Pour la première fois un éminent représentant du gouvernement des Etats-Unis est venu, parce que c'est un soldat discipliné, débiter sur ordre des calembredaines devant les nations assemblées. Américains aux cervelles lessivées par un demi-siècle de publicité télévisée et intoxiquées par la Bible, on vous bourre le mou ! De quels appuis a bénéficié l'occupant actuel de la Maison Blanche pour parvenir au pouvoir et pouvait-il se montrer ingrat à leur égard? Il est presque évident que la raison véritable de cette guerre d'agression doit être recherchée du côté de ce qui fait rouler les autos et voler les avions et dont certains entendent se réserver les dernières gouttes. Ce but de guerre est désormais atteint. Il ne faut donc pas parler à ce propos d'un échec. Les désordres persistants au Moyen-Orient, en fournissant un prétexte pour y maintenir des troupes, donnent tout le temps nécessaire à la puissance américaine pour consolider sa position et s'établir durablement au centre de gravité de la zone pétrolifère. Aurait-elle quitté le Vietnam si ce pays avait été aussi stratégique de ce point de vue ? La promotion de la démocratie dans les pays pauvres, prétexte aujourd'hui invoqué, est en tout cas une réelle nouveauté pour la politique américaine qui s'est toujours fort bien accommodée de régimes dictatoriaux amis ou clients, quand elle n'a pas favorisé leur installation. Son intervention n'a fait qu'empirer pour beaucoup de ces pays une situation déjà détestable. Avec sa bénédiction le Liban a été écrasé sous les bombes. Quelle tristesse pour tous ceux qui, ayant vécu l'occupation nazie, se rappellent la fascination qu'ils éprouvaient pour les avions alliés qui traversaient le ciel poursuivis par les flocons de fumée noire de la flak, ou la joie intense qu'ils ont ressentie quand les premiers véhicules blindés libérateurs ont parcouru sous les acclamations la grand-rue de leur village !       <br />
       	     L'objet du présent opuscule est de faire prendre conscience aux croyants de la fragilité de leurs convictions ou au moins de les aider à comprendre le doute qu'elles peuvent susciter chez d'autres, et de les inciter ainsi à mettre plus de retenue dans l'expression publique de ces convictions. Il est aussi d'inciter les incroyants à se manifester, non de façon agressive mais de façon que l'accord si nécessaire entre les hommes cesse d'être entravé par des croyances religieuses inconciliables, dont personne ne sait d'ailleurs si elles sont sincères ou si elles sont le fait de Tartuffes manipulateurs, ambitieux et cyniques, mais puisse s'établir sur des bases rationnelles, naturelles, durables et acceptées par tous.       <br />
            	Cette querelle qu'on dirait d'un autre age a des antécédents fameux. Les mêmes questions se sont posées de tout temps, et avec une particulière acuité à l'age classique. Elles ont été alors débattues dans les cercles les plus élégants et les plus savants. Elles ont agité les meilleurs esprits de l'époque. Parmi ceux-ci, celui dont l'&#339;uvre a le mieux résisté au temps parce qu'il est  probablement l'un des esprits les plus profonds, les plus brillants et les plus honnêtes que la terre ait porté est Denis Diderot. Je dis honnête car il fit sien ce précepte de Montaigne qu'on doit rendre les armes à la vérité du plus loin qu'on l'aperçoit. Diderot est doté d'un esprit prolétaire, au sens que le philosophe Alain donnait à ce terme, c'est à dire d'un esprit propre à affronter des réalités têtues comme les propriétés de la matière ou les concepts mathématiques, car il est guidé avant tout par la logique. Il a le goût des sciences dures et des tâches manuelles comme en témoigne la part prépondérante qu'il a prise dans l'élaboration de la Grande Encyclopédie. Il n'est pas loin de trouver immoral l'esprit bourgeois qui sait manier la pâte humaine avec une habileté suspecte. Diderot a exprimé sa pensée sur la religion dans un court essai en forme de dialogue intitulé &#8220;  Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de *** &#8221;. Cet essai qui met à mal bien des dogmes est paru après sa mort, ce qui a probablement épargné à son auteur un sort atroce, car le fanatisme a toujours sévi sur ces questions. Il n'a jamais été réfuté, car lorsqu'un homme de religion rencontre sur son chemin un raisonneur de la trempe de Diderot, il ne s'arrête pas pour discuter, il change de trottoir ! Presque trois siècles après sa rédaction, cet essai n'a rien perdu de sa modernité ni de sa force explosive. Il présente de plus sur les écrits des autres penseurs agités des mêmes préoccupations, qu'ils soient ou non ses contemporains,  le très grand avantage de traiter avec clarté, esprit et légèreté d'un sujet grave et même tragique. Cette grâce a disparu corps et biens dans les tourmentes révolutionnaires et napoléoniennes. Je ne prétends pas la ressusciter.        <br />
       		L'entretien de Diderot avec cette aristocrate de la naissance et du c&#339;ur qu'est la Maréchale de ***  traite d'un sujet qui touche l'homme au plus profond de lui-même puisqu'il s'agît du sort de son « âme » après la mort. Le phénomène de la conscience, équivalent « laïque » de l'âme, et la physique qui le sous-tend, seront donc assez longuement évoqués par le présent essai à la lumière des nombreuses études et spéculations qui leur ont été récemment consacrées. Je propose ainsi à l'honorable lecteur de se régaler à nouveau à la lecture du texte de Diderot s'il l'a oublié et de l'utiliser comme base de sa réflexion. J'essaierai ensuite de l'enrichir des remarques que le progrès général des connaissances, l'élargissement des points de vue, l'expérience historique accumulée depuis sa parution et l'application des théories de Darwin pourraient suggérer. Pour goûter ce texte il faut  le lire d'une traite. Il figure donc in extenso ci-après, en conformité avec l'édition Assézat-Tourneux de 1877. Il sera ensuite découpé en quelques sections accompagnées des remarques que chacune de ces sections inspire à votre serviteur. Chaque lecteur est invité à critiquer ces remarques et à y ajouter les siennes. Peut-être retirera-t-il de cet exercice un bénéfice comparable à celui d'une analyse. C'est du moins la grâce que je lui souhaite. Voici donc d'abord ce texte dans son intégralité :       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/1-Avant-propos_a4.html</link>
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   <title>2. Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de ***</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:44:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
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     <div>
      2. ENTRETIEN D'UN PHILOSOPHE AVEC LA MARECHALE DE ***       <br />
              <br />
       J'avais je ne sais quelle affaire à traiter avec le maréchal de *** ; j'allais à son hôtel un matin ; il était absent ; je me fis annoncer à madame la maréchale. C'est une femme charmante ; elle est belle et dévote comme un ange ; elle a la douceur peinte sur son visage ; et puis un son de voix et une naïveté de discours tout à fait avenants à sa physionomie. Elle était à sa toilette. On m'approche un fauteuil ; je m'assieds, et nous causons. Sur quelques propos de ma part, qui l'édifièrent et qui la surprirent (car elle était dans l'opinion que celui qui nie la très sainte Trinité est un homme de sac et de corde, qui finira par être pendu), elle me dit :        <br />
       La Maréchale. - N'êtes-vous pas monsieur Crudeli ?        <br />
       Crudeli. - Oui, madame.        <br />
       La Maréchale. - C'est donc vous qui ne croyez à rien ?        <br />
       Crudeli. - Moi-même.        <br />
       La Maréchale. - Cependant votre morale est celle d'un croyant.        <br />
       Crudeli. - Pourquoi non, quand il est honnête homme.        <br />
       La Maréchale. - Et cette morale, vous la pratiquez ?        <br />
       Crudeli. - De mon mieux.        <br />
       La Maréchale. - Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?        <br />
       Crudeli. - Très rarement.        <br />
       La Maréchale. - Que gagnez-vous à ne pas croire ?        <br />
       Crudeli. - Rien du tout, madame la maréchale. Est-ce qu'on croit parce qu'il y a quelque chose à gagner ?        <br />
       La Maréchale. - Je ne sais ; mais la raison d'intérêt ne gâte rien aux affaires de ce monde ni de l'autre.        <br />
       Crudeli. - J'en suis un peu fâché pour notre pauvre espèce humaine. Nous n'en valons pas mieux.        <br />
       La Maréchale. - Quoi ! vous ne volez point ?        <br />
       Crudeli. - Non, d'honneur.        <br />
       La Maréchale. - Si vous n'êtes ni voleur ni assassin, convenez du moins que vous n'êtes pas conséquent.        <br />
       Crudeli. - Pourquoi donc ?        <br />
       La Maréchale. - C'est qu'il me semble que si je n'avais rien à espérer ni à craindre quand je n'y serais plus, il y a bien des petites douceurs dont je ne me sèvrerais pas, à présent que j'y suis. J'avoue que je prête à Dieu à la petite semaine.        <br />
       Crudeli. - Vous l'imaginez ?        <br />
       La Maréchale. - Ce n'est point une imagination, c'est un fait.        <br />
       Crudeli. - Et pourrait-on vous demander quelles sont ces choses que vous vous permettriez si vous étiez incrédule ?        <br />
       La Maréchale. - Non pas, s'il vous plaît ; c'est un article de ma confession.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, je mets à fonds perdu.        <br />
       La Maréchale. - C'est la ressource des gueux.        <br />
       Crudeli. - M'aimeriez-vous mieux usurier ?        <br />
       La Maréchale. - Mais oui : on peut faire de l'usure avec Dieu tant qu'on veut ; on ne le ruine pas. Je sais bien que cela n'est pas délicat, mais qu'importe ? Comme le point est d'attraper le ciel, ou d'adresse ou de force, il faut tout porter en ligne de compte, ne négliger aucun profit. Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons. Et vous n'attendez rien, vous ?        <br />
       Crudeli. - Rien.        <br />
       La Maréchale. - Cela est triste. Convenez donc que vous êtes méchant ou bien fou !        <br />
       Crudeli. - En vérité, je ne saurais, madame la maréchale.        <br />
       La Maréchale. - Quel motif peut avoir un incrédule d'être bon, s'il n'est pas fou ? Je voudrais bien le savoir.        <br />
       Crudeli. - Et je vais vous le dire.        <br />
       La Maréchale. - Vous m'obligerez.        <br />
       Crudeli. - Ne pensez-vous pas qu'on peut être si heureusement né qu'on trouve un grand plaisir à faire le bien ?        <br />
       La Maréchale. - Je le pense.        <br />
       Crudeli. - Qu'on peut avoir reçu une excellente éducation qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ?        <br />
       La Maréchale. - Assurément.        <br />
       Crudeli. - Et que, dans un âge plus avancé, l'expérience nous ait convaincu qu'à tout prendre il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu'un coquin ?        <br />
       La Maréchale. - Oui-da ; mais comment est-on un honnête homme, lorsque de mauvais principes se joignent aux passions pour entraîner au mal ?        <br />
       Crudeli. - On est inconséquent ; et y a-t-il rien de plus commun que d'être inconséquent ?        <br />
       La Maréchale. - Hélas ! malheureusement non ; on croit, et tous les jours, on se conduit comme si l'on ne croyait pas.        <br />
       Crudeli. - Et sans croire, on se conduit à peu près comme si l'on croyait.        <br />
       La Maréchale. - A la bonne heure ; mais quel inconvénient y aurait-il à avoir une raison de plus, la religion, pour faire le bien, et une raison de moins, l'incrédulité, pour mal faire.        <br />
       Crudeli. - Aucun, si la religion était un motif de faire le bien, et l'incrédulité un moyen de faire le mal.        <br />
       La Maréchale. - Est-ce qu'il y a quelque doute là-dessus ? Est-ce que l'esprit de religion n'est pas de contrarier cette vilaine nature corrompue, et celui de l'incrédulité, de l'abandonner à sa malice, en l'affranchissant de la crainte ?        <br />
       Crudeli. - Ceci, madame la maréchale, va nous jeter dans une longue discussion ;        <br />
       La Maréchale. - Qu'est-ce que cela fait ? Le maréchal ne rentrera pas sitôt ; et il vaut mieux que nous parlions raison, que de médire de notre prochain.        <br />
       Crudeli. - Il faudra que je reprenne les choses d'un peu plus haut.        <br />
       La Maréchale. - De si haut que vous voudrez, pourvu que je vous entende.        <br />
       Crudeli. - Si vous ne m'entendiez pas, ce serait bien ma faute.        <br />
       La Maréchale. - Cela est poli ; mais il faut que vous sachiez que je n'ai jamais lu que mes Heures, et que je ne suis guère occupée qu'à pratiquer l'Évangile et à faire des enfants.        <br />
       Crudeli. - Ce sont deux devoirs dont vous vous êtes bien acquittée.        <br />
       La Maréchale. - Oui, pour les enfants. J'en ai six tout venus et un septième qui frappe à la porte ; mais commencez.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, y a-t-il quelque bien, dans ce monde-ci, qui soit sans inconvénient ?        <br />
       La Maréchale. - Aucun.        <br />
       Crudeli. - Et quelque mal qui soit sans avantage ?        <br />
       La Maréchale. - Aucun.        <br />
       Crudeli. - Qu'appelez-vous donc mal ou bien ?        <br />
       La Maréchale. - Le mal, ce sera ce qui a le plus d'inconvénients que d'avantages ; et le bien, au contraire, ce qui a plus d'avantages que d'inconvénients.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale aura-t-elle la bonté de se souvenir de sa définition du bien et du mal ?        <br />
       La Maréchale. - Je m'en souviendrai. Appelez-vous cela une définition ?        <br />
       Crudeli. - Oui.        <br />
       La Maréchale. - C'est donc de la philosophie ?        <br />
       Crudeli. - Excellente.        <br />
       La Maréchale. - Et j'ai fait de la philosophie !        <br />
       Crudeli. - Ainsi, vous êtes persuadée que la religion a plus d'avantages que d'inconvénients ; et c'est pour cela que vous l'appelez un bien ?        <br />
       La Maréchale. - Oui.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, je ne doute point que votre intendant ne vous vole un peu moins la veille de Pâques que le lendemain des fêtes, et que de temps en temps la religion n'empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens.        <br />
       La Maréchale. - Petit à petit, cela fait somme.        <br />
       Crudeli. - Mais croyez-vous que les terribles ravages qu'elle a causés dans les temps passés, et qu'elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n'y a pas un musulman qui n'imaginât faire une action agréable à Dieu et au saint Prophète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et de trop funestes exemples. Songez qu'elle a créé et qu'elle perpétue, dans la société entre les citoyens, et dans la famille entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu'il était venu pour séparer l'époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de la s&#339;ur, l'ami de l'ami ; et sa prédiction ne s'est que trop fidèlement accomplie.        <br />
       La Maréchale. - Voilà bien les abus ; mais ce n'est pas la chose.        <br />
       Crudeli. - C'est la chose, si les abus en sont inséparables.        <br />
       La Maréchale. - Et comment me montrerez-vous que les abus de la religion sont inséparables de la religion ?        <br />
       Crudeli. - Très aisément ; dites-moi, si un misanthrope s'était proposé de faire le malheur du genre humain, qu'aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible sur lequel les hommes n'auraient jamais pu s'entendre, et auquel ils auraient attaché plus d'importance qu'à leur vie ? Or, est-il possible de séparer de la notion d'une divinité l'incompréhensibilité la plus profonde et l'importance la plus grande ?        <br />
       La Maréchale. - Non.        <br />
       Crudeli. - Concluez donc.        <br />
       La Maréchale. - Je conclus que c'est une idée qui n'est pas sans conséquence dans la tête des fous.        <br />
       Crudeli. - Et ajoutez que les fous ont toujours été et seront toujours le plus grand nombre ; et que les plus dangereux sont ceux que la religion fait, et dont les perturbateurs de la société savent tirer bon parti dans l'occasion.        <br />
       La Maréchale. - Mais il faut quelque chose qui effraie les hommes sur les mauvaises actions qui échappent à la sévérité des lois ; et si vous détruisez la religion, que lui substituerez-vous ?        <br />
       Crudeli. - Quand je n'aurais rien à mettre à la place, ce serait toujours un terrible préjugé de moins ; sans compter que, dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n'ont servi de base aux m&#339;urs nationales. Les dieux qu'adoraient ces vieux Grecs et ces vieux Romains, les plus honnêtes gens de la terre, étaient la canaille la plus dissolue : un Jupiter, à brûler tout vif ; une Vénus, à enfermer à l'Hôpital ; un Mercure, à mettre à Bicêtre.        <br />
       La Maréchale. - Et vous pensez qu'il est tout à fait indifférent que nous soyons chrétiens ou païens ; que païens nous n'en vaudrions pas moins ; et que chrétiens nous n'en valons pas mieux.        <br />
       Crudeli. - Ma foi, j'en suis convaincu, à cela près que nous serions un peu plus gais.        <br />
       La Maréchale. - Cela ne se peut.        <br />
       Crudeli. - Mais, madame la maréchale, est-ce qu'il y a des chrétiens ? Je n'en ai jamais vu.        <br />
       La Maréchale. - Et c'est à moi que vous dites cela, à moi ?        <br />
       Crudeli. - Non, madame, ce n'est pas à vous ; c'est à une de mes voisines qui est honnête et pieuse comme vous l'êtes, et qui se croyait chrétienne de la meilleure foi du monde, comme vous le croyez.        <br />
       La Maréchale. - Et vous lui fîtes voir qu'elle avait tort ?        <br />
       Crudeli. - En un instant.        <br />
       La Maréchale. - Comment vous y prîtes-vous ?        <br />
       Crudeli. - J'ouvris un Nouveau Testament, dont elle s'était beaucoup servie, car il était fort usé. Je lui lus le sermon sur la montagne, et à chaque article je lui demandai : &#8220;Faites-vous cela ? et cela donc ? et cela encore ?&#8221; J'allai plus loin. Elle est belle, et quoiqu'elle soit très sage et très dévote, elle ne l'ignore pas ; elle a la peau très blanche, et quoiqu'elle n'attache pas un grand prix à ce frêle avantage, elle n'est pas fâchée qu'on en fasse l'éloge ; elle a la gorge aussi bien qu'il est possible de l'avoir, et, quoiqu'elle soit très modeste, elle trouve bon qu'on s'en aperçoive.        <br />
       La Maréchale. - Pourvu qu'il n'y ait qu'elle et son mari qui le sachent.        <br />
       Crudeli. - Je crois que son mari le sait mieux qu'un autre ; mais pour une femme qui se pique de grand christianisme, cela ne suffit pas. Je lui dis : &#8220;N'est-il pas écrit dans l'Évangile que celui qui a convoité la femme de son prochain a commis l'adultère dans son c&#339;ur ?&#8221;        <br />
       La Maréchale. - Elle vous répondit qu'oui ?        <br />
       Crudeli. - Je lui dis : &#8220;Et l'adultère commis dans le c&#339;ur ne damne-t-il pas aussi sûrement que l'adultère le mieux conditionné ?&#8221;        <br />
       La Maréchale. - Elle vous répondit qu'oui ?        <br />
       Crudeli. - Je lui dis : &#8220;Et si l'homme est damné pour l'adultère qu'il a commis dans son c&#339;ur, quel sera le sort de la femme qui invite tous ceux qui l'approchent à commettre ce crime ?&#8221; Cette dernière question l'embarrassa.        <br />
       La Maréchale. - Je comprends ; c'est qu'elle ne voilait pas fort exactement cette gorge, qu'elle avait aussi bien qu'il est possible de l'avoir.        <br />
       Crudeli. - Il est vrai. Elle me répondit que c'était une chose d'usage ; comme si rien n'était plus d'usage que de s'appeler chrétien et de ne l'être pas ; qu'il ne fallait pas se vêtir ridiculement, comme s'il y avait quelque comparaison à faire entre un misérable petit ridicule, sa damnation éternelle et celle de son prochain ; qu'elle se laissait habiller par sa couturière, comme s'il ne valait pas mieux changer de couturière que renoncer à sa religion ; que c'était la fantaisie de son mari, comme si un époux était assez insensé pour exiger de sa femme l'oubli de la décence et de ses devoirs, et qu'une véritable chrétienne dût pousser l'obéissance pour un époux extravagant, jusqu'au sacrifice de la volonté de son Dieu et au mépris des menaces de son rédempteur.        <br />
       La Maréchale. - Je savais d'avance toutes ces puérilités-là ; je vous les aurais peut-être dites comme votre voisine ; mais elle et moi aurions été toutes deux de mauvaise foi. Mais quel parti prit-elle d'après votre remontrance ?        <br />
       Crudeli. - Le lendemain de cette conversation (c'était un jour de fête), je remontais chez moi, et ma dévote et belle voisine descendait de chez elle pour aller à la messe.        <br />
       La Maréchale. - Vêtue comme de coutume ?        <br />
       Crudeli. - Vêtue comme de coutume. Je souris, elle sourit ; et nous passâmes l'un à côté de l'autre sans nous parler. Madame la maréchale, une honnête femme ! une chrétienne ! une dévote ! Après cet exemple, et cent mille autres de la même espèce, quelle influence réelle puis-je accorder à la religion sur les m&#339;urs ? Presque aucune, et tant mieux.        <br />
       La Maréchale. - Comment, tant mieux ?        <br />
       Crudeli. - Oui, madame : s'il prenait fantaisie à vingt mille habitants de Paris de conformer strictement leur conduite au sermon sur la montagne...        <br />
       La Maréchale. - Eh bien ! il y aurait quelques belles gorges plus couvertes.        <br />
       Crudeli. - Et tant de fous que le lieutenant de police ne saurait qu'en faire ; car nos petites-maisons n'y suffiraient pas. Il y a dans les livres inspirés deux morales : l'une générale et commune à toutes les nations, à tous les cultes, et qu'on suit à peu près ; une autre, propre à chaque nation et à chaque culte, à laquelle on croit, qu'on prêche dans les temples, qu'on préconise dans les maisons, et qu'on ne suit point du tout.        <br />
       La Maréchale. - Et d'où vient cette bizarrerie ?        <br />
       Crudeli. - De ce qu'il est impossible d'assujettir un peuple à une règle qui ne convient qu'à quelques hommes mélancoliques, qui l'ont calquée sur leur caractère. Il en est des religions comme des constitutions monastiques, qui toutes se relâchent avec le temps. Ce sont des folies qui ne peuvent tenir contre l'impulsion constante de la nature, qui nous ramène sous sa loi ; Et faites que le bien des particuliers soit si étroitement lié avec le bien général, qu'un citoyen ne puisse presque pas nuire à la société sans se nuire à lui-même ; assurez à la vertu sa récompense, comme vous avez assuré à la méchanceté son châtiment ; que sans aucune distinction de culte, dans quelque condition que le mérite se trouve, il conduise aux grandes places de l'État ; et ne comptez plus sur d'autres méchants que sur un petit nombre d'hommes, qu'une nature perverse que rien ne peut corriger entraîne au vice. Madame la maréchale, la tentation est trop proche ; et l'enfer est trop loin ; n'attendez rien qui vaille la peine qu'un sage législateur s'en occupe, d'un système d'opinions bizarres qui n'en impose qu'aux enfants ; qui encourage au crime par la commodité des expiations ; qui envoie le coupable demander pardon à Dieu de l'injure faite à l'homme, et qui avilit l'ordre des devoirs naturels et moraux, en le subordonnant à un ordre de devoirs chimériques.        <br />
       La Maréchale. - Je ne vous comprends pas.        <br />
       Crudeli. - Je m'explique ; mais il me semble que voilà le carrosse de M. le maréchal, qui rentre fort à propos pour m'empêcher de dire des sottises.        <br />
       La Maréchale. - Dites, dites votre sottise, je ne l'entendrai pas ; je suis accoutumée à n'entendre que ce qui me plaît.        <br />
       Je m'approchai de son oreille et je lui dis tout bas :        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes, pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d'une femme honnête, quel est le plus atroce ? Il frémira d'horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu'elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits.        <br />
       La Maréchale. - Je connais plus d'une femme qui se ferait un scrupule de manger gras le vendredi, et qui... j'allais dire aussi ma sottise. Continuez.        <br />
       Crudeli. - Mais, madame, il faut absolument que je parle à M. le maréchal.        <br />
       La Maréchale. - Encore un moment, et puis nous l'irons voir ensemble. Je ne sais trop que vous répondre, et cependant vous ne me persuadez pas.        <br />
       Crudeli. - Je ne me suis pas proposé de vous persuader. Il en est de la religion comme du mariage. Le mariage, qui fait le malheur de tant d'autres, a fait votre bonheur et celui de M. le maréchal ; vous avez bien fait de vous marier tous les deux. La religion, qui a fait, qui fait et qui fera tant de méchants, vous a rendue meilleure encore ; vous faites bien de la garder. Il vous est doux d'imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas. Continuez, madame, à jouir de ce garant auguste de vos pensées, de ce spectateur, de ce modèle sublime de vos actions.        <br />
       La Maréchale. - Vous n'avez pas, à ce que je vois, la manie du prosélytisme.        <br />
       Crudeli. - Aucunement.        <br />
       La Maréchale. - Je vous en estime davantage.        <br />
       Crudeli. - Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne ; et puis, ceux qui sont faits pour se délivrer de ces préjugés n'ont guère besoin qu'on les catéchise.        <br />
       La Maréchale. - Croyez-vous que l'homme puisse se passer de superstition ?        <br />
       Crudeli. - Non, tant qu'il restera ignorant et peureux.        <br />
       La Maréchale. - Eh bien ! superstition pour superstition, autant la nôtre qu'une autre.        <br />
       Crudeli. - Je ne le pense pas.        <br />
       La Maréchale. - Parlez-moi vrai, ne vous répugne-t-il point de n'être plus rien après votre mort ?        <br />
       Crudeli. - J'aimerais mieux exister, bien que je ne sache pas pourquoi un être, qui a pu me rendre malheureux sans raison, ne s'en amuserait pas deux fois.        <br />
       La Maréchale. - Si, malgré cet inconvénient, l'espoir d'une vie à venir vous paraît consolant et doux, pourquoi vous l'arracher ?        <br />
       Crudeli. - Je n'ai pas cet espoir, parce que le désir ne m'en a point dérobé la vanité ; mais je ne l'ôte à personne. Si l'on peut croire qu'on verra, quand on n'aura plus d'yeux ; qu'on entendra, quand on n'aura plus d'oreilles ; qu'on pensera, quand on n'aura plus de tête ; qu'on sentira, quand on n'aura plus de sens ; qu'on aimera, quand on n'aura plus de c&#339;ur ; qu'on existera, quand on sera nulle part ; qu'on sera quelque chose, sans étendue et sans lieu, j'y consens.        <br />
       La Maréchale. - Mais ce monde-ci, qui l'a fait ?        <br />
       Crudeli. - Je vous le demande.        <br />
       La Maréchale. - C'est Dieu.        <br />
       Crudeli. - Et qu'est-ce que Dieu ?        <br />
       La Maréchale. - Un esprit.        <br />
       Crudeli. - Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas un esprit ?        <br />
       La Maréchale. - Et pourquoi le ferait-elle ?        <br />
       Crudeli. - C'est que je lui en vois faire tous les jours. Croyez-vous que les bêtes aient des âmes ?        <br />
       La Maréchale. - Certainement, je le crois.        <br />
       Crudeli. - Et pourriez-vous me dire ce que devient, par exemple, l'âme du serpent du Pérou, pendant qu'il se dessèche, suspendu à une cheminée, et exposé à la fumée un ou deux ans de suite ?        <br />
       La Maréchale. - Qu'elle devienne ce qu'elle voudra, qu'est-ce que cela me fait ?        <br />
       Crudeli. - C'est que madame la maréchale ne sait pas que ce serpent enfumé, desséché, ressuscite et renaît.        <br />
       La Maréchale. - Je n'en crois rien.        <br />
       Crudeli. - C'est pourtant un habile homme, c'est Bouguer qui l'assure.        <br />
       La Maréchale. - Votre habile homme en a menti.        <br />
       Crudeli. - S'il avait dit vrai ?        <br />
       La Maréchale. - J'en serais quitte pour croire que les animaux sont des machines.        <br />
       Crudeli. - Et l'homme qui n'est qu'un animal un peu plus parfait qu'un autre... Mais, M. le maréchal...        <br />
       La Maréchale. - Encore une question, et c'est la dernière. Etes-vous bien tranquille dans votre incrédulité ?        <br />
       Crudeli. - On ne saurait davantage.        <br />
       La Maréchale. - Pourtant, si vous vous trompiez ?        <br />
       Crudeli. - Quand je me tromperais ?        <br />
       La Maréchale. - Tout ce que vous croyez faux serait vrai, et vous seriez damné. Monsieur Crudeli, c'est une terrible chose que d'être damné ; brûler toute une éternité, c'est bien long.        <br />
       Crudeli. - La Fontaine croyait que nous y serions comme le poisson dans l'eau.        <br />
       La Maréchale. - Oui, oui ; mais votre La Fontaine devint bien sérieux au dernier moment ; et c'est là que je vous attends.        <br />
       Crudeli. - Je ne réponds de rien, quand ma tête n'y sera plus ; mais si je finis par une de ces maladies qui laissent à l'homme agonisant toute sa raison, je ne serai pas plus troublé au moment où vous m'attendez qu'au moment où vous me voyez.        <br />
       La Maréchale. - Cette intrépidité me confond.        <br />
       Crudeli. - J'en trouve bien davantage au moribond qui croit en un juge sévère qui pèse jusqu'à nos plus secrètes pensées, et dans la balance duquel l'homme le plus juste se perdrait par sa vanité, s'il ne tremblait de se trouver trop léger ; si ce moribond avait alors à son choix, ou d'être anéanti, ou de se présenter à ce tribunal, son intrépidité me confondrait bien autrement, s'il balançait à prendre le premier parti, à moins qu'il ne fût plus insensé que le compagnon de saint Bruno ou plus ivre de son mérite que Bohola.        <br />
       La Maréchale. - J'ai lu l'histoire de l'associé de saint Bruno ; mais je n'ai jamais entendu parler de votre Bohola.        <br />
       Crudeli. - C'est un jésuite du collège de Pinsk, en Lithuanie, qui laissa en mourant une cassette pleine d'argent, avec un billet écrit et signé de sa main.        <br />
       La Maréchale. - Et ce billet ?        <br />
       Crudeli. - Était conçu en ces termes : &#8220; Je prie mon cher confrère, dépositaire de cette cassette, de l'ouvrir quand j'aurai fait des miracles. L'argent qu'elle contient servira aux frais du procès de ma béatification. J'y ai ajouté quelques mémoires authentiques pour la confirmation de mes vertus, et qui pourront servir utilement à ceux qui entreprendront d'écrire ma vie.&#8221;        <br />
       La Maréchale. - Cela est à mourir de rire.        <br />
       Crudeli. - Pour moi, madame la maréchale ; mais pour vous, votre Dieu n'entend pas raillerie.        <br />
       La Maréchale. - Vous avez raison.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale, il est bien facile de pécher grièvement contre votre loi.        <br />
       La Maréchale. - J'en conviens.        <br />
       Crudeli. - La justice qui décidera de votre sort est bien rigoureuse.        <br />
       La Maréchale. - Il est vrai.        <br />
       Crudeli. - Et si vous en croyez les oracles de votre religion sur le nombre des élus, il est bien petit.        <br />
       La Maréchale. - Oh ! c'est que je ne suis pas janséniste ; je ne vois la médaille que par son revers consolant ; le sang de Jésus-Christ couvre un grand espace à mes yeux ; et il me semblerait très singulier que le diable, qui n'a pas livré son fils à la mort, eût pourtant la meilleure part.        <br />
       Crudeli. - Damnez-vous Socrate, Phocion, Aristide, Caton, Trajan, Marc-Aurèle ?        <br />
       La Maréchale. - Fi donc ! Il n'y a que les bêtes féroces qui puissent le penser. Saint Paul a dit que chacun sera jugé par la loi qu'il a connue ; et saint Paul a raison.        <br />
       Crudeli. - Et par quelle loi l'incrédule sera-t-il jugé ?        <br />
       La Maréchale. - Votre cas est un peu différent. Vous êtes un de ces habitants maudits de Corozaïn et de Betzaïda, qui fermèrent leurs yeux à la lumière qui les éclairait, et qui étoupèrent leurs oreilles pour ne pas entendre la voix de la vérité qui leur parlait.        <br />
       Crudeli. - Madame la maréchale,, ces Corozaïnois et ces Betzaïdains furent des hommes comme il n'y en eut jamais que là, s'ils furent maîtres de croire ou de ne pas croire.        <br />
       La Maréchale. - Ils virent des prodiges qui auraient mis l'enchère aux sacs et à la cendre, s'ils avaient été faits à Tyr et à Sidon.        <br />
       Crudeli. - C'est que les habitants de Tyr et de Sidon étaient des gens d'esprit, et que ceux de Corozaïn et de Betzaïda n'étaient que des sots. Mais, est-ce que celui qui fit les sots les punira pour avoir été sots ? Je vous ai fait tout à l'heure une histoire, et il me prend envie de vous faire un conte. Un jeune Mexicain... Mais, M. le maréchal ?        <br />
       La Maréchale. - Je vais envoyer savoir s'il est visible. Eh bien ! votre jeune Mexicain ?        <br />
       Crudeli. - Las de son travail, se promenait un jour au bord de la mer. Il voit une planche qui trempait d'un bout dans les eaux, et qui de l'autre posait sur le rivage. Il s'assied sur cette planche, et là, prolongeant ses regards sur la vaste étendue qui se déployait devant lui, il se disait : rien n'est plus vrai que ma grand'mère radote avec son histoire de je ne sais quels habitants qui, dans je ne sais quel temps, abordèrent ici de je ne sais où, d'une contrée au-delà de nos mers. Il n'y a pas le sens commun : ne vois-je pas la mer confiner avec le ciel ? Et puis-je croire, contre le témoignage de mes sens, une vieille fable dont on ignore la date, que chacun arrange à sa manière, et qui n'est qu'un tissu de circonstances absurdes, sur lesquelles ils se mangent le c&#339;ur et s'arrachent le blanc des yeux ? Tandis qu'il raisonnait ainsi, les eaux agitées le berçaient sur sa planche, et il s'endormit. Pendant qu'il dort, le vent s'accroît, le flot soulève la planche sur laquelle il est étendu, et voilà notre jeune raisonneur embarqué.        <br />
       La Maréchale. - Hélas ! c'est bien là notre image : nous sommes chacun sur notre planche ; le vent souffle, et le flot nous emporte.        <br />
       Crudeli. - Il était déjà loin du continent lorsqu'il s'éveilla. Qui fut bien surpris de se trouver en pleine mer ? ce fut notre Mexicain. Qui le fut encore bien davantage ? ce fut encore lui, lorsqu'ayant perdu de vue le rivage sur lequel il se promenait il n'y a pas un instant, la mer lui parut confiner avec le ciel de tous côtés. Alors il soupçonna qu'il pouvait bien s'être trompé ; et que, si le vent restait au même point, peut-être serait-il porté sur la rive, et parmi ces habitants dont sa grand'mère l'avait si souvent entretenu.        <br />
       La Maréchale. - Et de son souci, vous ne m'en dites mot.        <br />
       Crudeli. - Il n'en eut point. Il se dit : Qu'est-ce que cela me fait, pourvu que j'aborde ? J'ai raisonné comme un étourdi, soit ; mais j'ai été sincère avec moi-même ; et c'est tout ce qu'on peut exiger de moi. Si ce n'est pas une vertu que d'avoir de l'esprit, ce n'est pas un crime que d'en manquer. Cependant le vent continuait, l'homme et la planche voguaient, et la rive inconnue commençait à paraître : il y touche, et l'y voilà.        <br />
       La Maréchale. - Nous nous y reverrons un jour, monsieur Crudeli.        <br />
       Crudeli. - Je le souhaite, madame la maréchale ; en quelque endroit que ce soit, je serai toujours très flatté de vous faire ma cour. A peine eut-il quitté sa planche, et mis le pied sur le sable, qu'il aperçut un vieillard vénérable, debout à ses côtés. Il lui demanda où il était, et à qui il avait l'honneur de parler. &#8220;Je suis le souverain de la contrée,&#8221; lui répondit le vieillard. A l'instant le jeune homme se prosterne. &#8220;Relevez-vous, lui dit le vieillard. Vous avez nié mon existence ? Il est vrai. Et celle de mon empire ? Il est vrai. Je vous pardonne, parce que je suis celui qui voit au fond des c&#339;urs, et que j'ai lu au fond du vôtre que vous étiez de bonne foi ; mais le reste de vos pensées et de vos actions n'est pas également innocent.&#8221; Alors le vieillard, qui le tenait par l'oreille, lui rappelait toutes les erreurs de sa vie ; et, à chaque article, le jeune Mexicain s'inclinait, se frappait la poitrine, et demandait pardon... Là, madame la maréchale, mettez-vous pour un moment à la place du vieillard, et dites-moi ce que vous auriez fait ? Auriez-vous pris ce jeune insensé par les cheveux ; et vous seriez-vous complu à le traîner à toute éternité sur le rivage ?        <br />
       La Maréchale. - En vérité, non.        <br />
       Crudeli. - Si un de ces six jolis enfants que vous avez, après s'être échappé de la maison paternelle et avoir fait force sottises, y revenait bien repentant ?        <br />
       La Maréchale. - Moi, je courrais à sa rencontre ; je le serrerais entre mes bras, et je l'arroserais de mes larmes ; mais M. le maréchal son père ne prendrait pas la chose si doucement.        <br />
       Crudeli. - M. le maréchal n'est pas un tigre.        <br />
       La Maréchale. - Il s'en faut bien.        <br />
       Crudeli. - Il se ferait peut-être un peu tirailler, mais il pardonnerait.        <br />
       La Maréchale. - Certainement.        <br />
       Crudeli. - Surtout s'il venait à considérer qu'avant de donner la naissance à cet enfant, il en savait toute la vie, et que le châtiment de ses fautes serait sans aucune utilité ni pour lui-même, ni pour le coupable, ni pour ses frères.        <br />
       La Maréchale. - Le vieillard et M. le maréchal sont deux.        <br />
       Crudeli. - Voulez-vous dire que M. le maréchal est meilleur que le vieillard ?        <br />
       La Maréchale. - Dieu m'en garde ! Je veux dire que, si ma justice n'est pas celle de M. le maréchal, la justice de M. le maréchal pourrait bien n'être pas celle du vieillard.        <br />
       Crudeli. - Ah ! madame ! vous ne sentez pas les suites de cette réponse. Ou la définition générale convient également à vous, à M. le maréchal, à moi, au jeune Mexicain et au vieillard ; ou je ne sais plus ce que c'est, et j'ignore comment on plaît ou l'on déplaît à ce dernier.        <br />
       Nous en étions là lorsqu'on nous avertit que M. le maréchal nous attendait. Je donnai la main à Mme la maréchale, qui me disait : &#8220; C'est à faire tourner la tête, n'est-ce pas ?&#8221;        <br />
       Crudeli. &#8211;Pourquoi donc quand on l'a bonne ?       <br />
       La Maréchale. - Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait...        <br />
       Crudeli. - Même quand on n'y croit pas.        <br />
       La Maréchale. - Et quand on y croit, de ne pas compter sur sa bonté.       <br />
       Crudeli. &#8211; Si ce n'est pas le plus poli, c'est du moins le plus sûr...        <br />
       La Maréchale. - A propos, si vous aviez à rendre compte de vos principes à nos magistrats, les avoueriez-vous ?        <br />
       Crudeli. - Je ferais de mon mieux pour leur épargner une action atroce.        <br />
       La Maréchale. - Ah ! le lâche ! Et si vous touchiez à votre dernière heure, vous soumettriez-vous aux cérémonies de l'Église ?        <br />
       Crudeli. - Je n'y manquerais pas.        <br />
       La Maréchale. - Fi ! le vilain hypocrite.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/2-Entretien-d-un-philosophe-avec-la-Marechale-de-***_a5.html</link>
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   <title>3. La conscience</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:42:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
     <div>
      3. LA CONSCIENCE       <br />
              <br />
              <br />
       Juger, décider, agir, voilà la fonction de l'âme ». Alain, Propos       <br />
              <br />
       « Un point vivant&#8230; Non, je me trompe. Rien d'abord, puis un point vivant&#8230; A ce point vivant, il s'en applique un autre, encore un autre ; et par ces applications successives il résulte un être un, car je suis bien un, je n'en saurais douter&#8230; Mais comment cette unité s'est-elle faite ? Tenez, philosophe, je vois bien un agrégat, un tissu de petits êtres sensibles, mais un animal !... un tout ! Un système un, lui, ayant la conscience de son unité ! Je ne le vois pas, non, je ne le vois pas&#8230; » Diderot, Rêve de d'Alembert.			       <br />
       	       <br />
       		   Même s'il adopte le ton de la comédie - Molière et Marivaux ne sont pas loin &#8211; le dialogue que vous venez de lire traite du sujet réputé le plus grave et le plus tragique qui soit puisqu'il s'agit du sort de l'âme après la mort. Qu'est-il possible de dire de plus au sujet de l'âme que ce que les auteurs classiques nous en ont dit, à la lumière des progrès scientifiques récents ?        <br />
       		Revenant à l'origine du concept d'âme il faut remarquer qu'en français et dans d'autres langues latines le mot animal et le mot animé, c'est à dire doué de mouvement, sont issus de la même racine : anima : l'âme. Dans la conception populaire, l'animal est donc doué d'une âme, ce qui lui permet d'avoir un comportement autonome se traduisant en particulier par le fait qu'il est capable de se mouvoir, qu'il est animé. La loi reconnaît une âme aux animaux, au moins à certains d'entre eux, puisqu'il est fort heureusement interdit de les maltraiter. Dans la conception traditionnelle qui est celle de la plupart des philosophies classiques et celle de presque toutes les religions l'âme, en particulier l'âme humaine, et le corps sont de natures différentes. L'âme appartient à un monde spirituel, éternel et immuable, situé en dehors de l'espace matériel dans lequel les corps évoluent. Les corps appartiennent eux, sans ambiguïté à l'espace matériel, périssable et changeant. D'une manière générale les hommes de science rejettent cette conception &#8220; dualiste &#8221; qui impose une barrière infranchissable à leurs investigations. Ils ne comprennent pas comment deux domaines étrangers l'un à l'autre peuvent mutuellement s'influencer. Malgré tous les moyens techniques dont ils disposent, ils ne trouvent pas trace de manière évidente, dans le cerveau ou ailleurs, d'une antenne émettrice et réceptrice qui permettrait de faire communiquer ces deux espaces qui ne s'intersectent pas et qui, pourtant, si l'on inclut le contenu changeant de l'âme, partagent le temps comme dimension commune. Consciente de cette difficulté, la doctrine chrétienne, pour rendre plausible la survie éternelle de l'âme, parle d'une &#8220; résurrection de la chair &#8221;. Le bouddhisme qui, selon de bons esprits, est une philosophie proche de la sagesse antique associée à des rites et à une pratique spirituelle plutôt qu'une religion, parle de réincarnations successives de la même âme. Aucune de ces traditions ne s'aventure d'ailleurs à décrire le détail des  processus correspondants    																																					PlutôtleshommesàchacunverslequelconvergentlesPlutôtquePlutôtquePlutôtqued'âme,leshommesdesciencede Plutôt 	Plutôt que d'âme, les hommes de science préfèrent parler de conscience, monde intérieur propre à chacun vers lequel convergent les informations principales fournies par les sens et où paraissent s'effectuer les choix stratégiques entre les diverses actions physiquement possibles Ils peinent cependant à expliquer le rapport qui existe entre le monde extérieur sur lequel leurs différents sens leur transmettent des informations, sur lequel il leur est possible d'agir par l'intermédiaire de leur corps, et leur propre monde intérieur dont ils supposent assez raisonnablement qu'il est plus ou moins identique à celui des autres représentants de leur espèce. Sur la question du rapport entre le corps et l'âme, les hommes de religion ne s'aventurent guère, mais font comme s'ils savaient. Les hommes de science confessent pour la plupart leurs incertitudes ou leur ignorance, dans l'incapacité où ils se trouvent de transformer ce problème de métaphysique en problème de physique. Comprendre le fonctionnement du cerveau, automate de chair auto-programmable, est concevable en dépit de sa folle complexité. Mais qui va attribuer spontanément une conscience à un automate ? Comprendre le phénomène de la conscience comporte une difficulté conceptuelle que la science n'a pas encore surmontée. La tentation est alors grande de renvoyer dos à dos religieux et savants sur cette question fondamentale. Chacun serait libre dés lors de choisir à sa guise l'explication qui lui paraît la plus plausible, la plus confortable, la plus rassurante ou bien encore de se reposer sur le mol oreiller du doute. Pour aller dans le sens de mon propos je vais, après avoir résumé l'état actuel de la réflexion scientifique,  proposer avec d'autres une solution à cette difficulté réputée insoluble, solution dont il me semble qu'elle est logique et cohérente, même si elle n'est pas exempte d'hypothèses et d'extrapolations que certains trouveront certainement discutables.								       <br />
       	 	La conscience a un aspect objectif, observable par tous avec les moyens usuels de la science et de la technologie, et un aspect subjectif et personnel auquel seule l'introspection donne accès. Les techniques modernes d'imagerie médicale appliquées à l'encéphale permettent d'établir une corrélation entre l'aspect objectif (les circuits neuronaux dont l'excitation est révélée par les images) et l'aspect subjectif qui est rapporté verbalement par les sujets soumis à l'expérimentation. Des hommes de science comme Jean-Pierre Changeux en France, Francis Crick ou Christoff Koch aux Etats-Unis, donnent du phénomène objectif une description que je m'autorise à résumer ainsi :       <br />
       		La fonction de la conscience est d'assurer la survie de l'individu et de l'espèce à laquelle il appartient en exerçant les meilleurs choix possibles, et en déclenchant leur mise en &#339;uvre. La sélection naturelle éliminerait en effet l'individu dépourvu de conscience, garante de l'unité d'action de l'individu, pour les mêmes raisons qu'une armée sans commandant en chef ne saurait remporter durablement de victoires. Cette image guerrière traduit la situation de l'homme ou de l'animal dans la nature, placés constamment en situation d'agresseur ou d'agressé. La sélection naturelle éliminerait également les espèces où les individus qui la composent seraient incapables de faire au profit de leur propre espèce les sacrifices nécessaires. Pourquoi avons-nous subjectivement conscience des états successifs de notre conscience objective ? L'origine de cette particularité est mystérieuse au point qu'on  a pu l'attribuer à une péripétie non nécessaire de l'évolution, à une facétie du Créateur ou à son désir de compagnie. Il est plausible que le comportement d'un automate inconscient suffisamment perfectionné ne puisse être distingué de celui d'un être conscient. Pour jouer aux échecs, pour calculer, pour effectuer des opérations logiques ou pour réaliser certaines tâches matérielles très précises et très rapides, c'est déjà le cas. D'où le terme d'épiphénomène, phénomène surajouté, presque superfétatoire, souvent associé à celui de conscience.        <br />
       	Un autre mystère de choix est l'incroyable complexité et perfection des êtres vivants. Celui qui a essayé de construire un dispositif destiné à assurer un service ou une fonction quelconque, aussi simples soient-ils, sait bien que rien ne peut être laissé au hasard. Le darwinisme explique cette complexité et cette perfection par des variations génétiques spontanées et aléatoires et la survie et la reproduction préférentielle des individus possédant les gênes les plus performants. Faut-il croire que la fonction copier utilisée dans le volume de tous les océans et sur toute la surface de la terre pendant quelques milliards d'années est assez puissante à elle seule, et à cause de ses erreurs, pour expliquer cette réussite ? Les êtres vivants ne sont-ils que des cristaux d'un genre particulier, apparus et se perpétuant là où les conditions nécessaires sont réunies pendant un temps suffisant ? Comme la chimie organique est beaucoup plus complexe que la chimie minérale, on conçoit que ces cristaux organiques soient beaucoup plus nombreux et diversifiés que les cristaux minéraux et qu'ils possèdent quelques propriétés nouvelles, comme celle de se reproduire. Comment des systèmes aussi fantastiquement improbables que des êtres vivants peuvent-ils n'être que les fruits du hasard passés au crible de la nécessité ? La nécessité inclut du reste non seulement la capacité à survivre dans un monde hostile, mais également la capacité à séduire ou à forcer les partenaires du sexe opposé. Peut-on dire sérieusement que si les femmes courent en général moins vite que ceux qui les poursuivent, c'est parce que celles qui courraient aussi vite n'ont pas eu de descendance !? Qui peut croire qu'une jeune beauté suédoise soit une lointaine cousine d'une femelle Bonobo sans qu'il y'ait eu application obstinée de critères esthétiques dans la lignée qui nous en a fait cadeau ? Mais est-ce toute l'explication, et Mr. Bonobo est-il du même avis ? Prenez une statue médiocre et copiez la en autant d'exemplaires que nécessaire. Donnez à chacune de ces copies un coup de ciseau au hasard. Retenez celle qui paraît la plus réussie après cette opération et répétez sur elle copies et coups de ciseaux. Combien faudra-t-il de coups de ciseaux et de statues cassées avant de produire un chef d'&#339;uvre de la sculpture ? Or, la complexité d'une statue est inférieure par plusieurs ordres de grandeur à celle d'un organisme vivant. L'observateur non prévenu ne peut se défendre d'une certaine perplexité. Même en « aidant » le hasard, nul n'a été, pour le moment, capable de synthétiser un organisme vivant à partir de ses composants atomiques élémentaires, encore moins un organisme pensant et conscient. Hasard et nécessité jouent un rôle à n'en pas douter. Faut-il en plus, comme le pensent les neocréationnistes, invoquer l'intervention d'une main divine donnant les coups de pouce nécessaires ou, comme le pensent certains scientifiques, celle d'une loi naturelle, source d'entropie négative génératrice d'ordre, ayant échappé jusqu'ici à leur sagacité? Aucun calcul ni aucune expérience ne semble pouvoir apporter la réponse dans un avenir prévisible. Seule l'exploration spatiale détaillée de notre galaxie peut nous mettre sur la voie en nous permettant, du moins pouvons-nous l'espérer, d'examiner de près différents stades de l'évolution. Autant dire que la réponse n'est pas pour demain, à moins que quelque savant inspiré ne fasse surgir un jour la vie de ses cornues en répétant un processus qui a pu se dérouler jadis dans la nature ! Sur cette planète, un poisson sort de l'élément liquide et commence à ramper sur la terre. Nous voyons ses nageoires devenir pattes et ses branchies devenir poumons. Devenu fringant quadrupède il se laisse glisser dans l'eau qui a du lui sembler bonne. Ses pattes redeviennent nageoires et son corps redevient poisson. Peut-être découvrirons nous à la fin que notre perplexité n'était due qu'à une illusion d'optique et que Darwin n'avait pas besoin d'auxiliaire. Il est difficile d'assurer que le développement du monde vivant est dorénavant expliqué de façon totalement complète et satisfaisante. Cependant l'explication fournie par les néocréationnistes n'en est pas une. C'est encore expliquer le mouvement et la chaleur du soleil par l'activité du Dieu Phébus. Dans l'histoire du genre humain, beaucoup d'inventions importantes ont été le fait du hasard. La recherche scientifique n'a fait que multiplier les occasions de mettre au jour quelque chose d'intéressant. Il s'agit d'identifier les différentes étapes conduisant à l'apparition de la vie et de montrer que le passage d'une étape à la suivante selon le processus imaginé dispose d'une probabilité non nulle.  L'étude reste à faire des propriétés d'auto organisation spontanée des systèmes complexes, qu'ils soient minéraux ou organiques. La surface lisse d'un étang se couvre d'un ensemble organisé de vaguelettes lorsqu'elle est parcourue par la brise. Du magma, substance homogène, lorsqu'il est lentement refroidi, donne naissance au granit, ensemble de cristaux juxtaposés de compositions différentes. Une société livrée à l'anarchie finit toujours par se réorganiser.           <br />
       		Comme chacun peut l'observer pour son propre compte, les représentations mentales qui se succèdent dans la conscience peuvent correspondre aux données fournies par les différents sens, vue, ouie, odorat, goût, toucher, sensibilité interne, après un traitement de ces données qui en précise la signification. Lorsqu'une table est visuellement perçue par l'esprit conscient, sa forme et sa couleur sont en effet interprétées et associées au concept de table avant que l'ensemble de ces éléments n'accède à la conscience. Le lien existant entre ces éléments hétérogènes est matérialisé par la synchronisation et le renforcement des oscillations électriques des différents groupements neuronaux qui représentent dans le cerveau chacun de ces éléments de façon explicite. Ce renforcement, obtenu par effet feed-back entre neurones (l'augmentation progressive du niveau sonore d'une discussion entre deux personnes de caractère difficile donne une image de l'effet feed-back), et cette synchronisation prennent un certain temps pour s'établir, de l'ordre de la demi-seconde. Pour cette raison, toute action nécessitant que la conscience joue un rôle actif est nécessairement ralentie. Le cerveau réalise ainsi à chaque instant une véritable modélisation d'une fraction du monde extérieur, ce monde extérieur incluant du reste le corps de l'individu dont ce cerveau fait partie. C'est de la même façon qu'un ordinateur programmé à cet effet modélise un processus physique quelconque. Le langage associe des phonèmes à ces groupements neuronaux et permet les échanges verbaux d'informations entre individus. Utilisé dans le monologue intérieur, il permet de suivre à la trace sa propre pensée. Tous les habitants de la planète ont un neurone dédié à Georges Bush, qui s'illumine chaque fois qu'il est question de ce président. Le renforcement et la synchronisation des oscillations (d'une fréquence de l'ordre de 40 cycles par seconde) sont provoqués, selon des mécanismes à élucider, par l'attention que l'esprit porte à cet instant à cette fraction du monde extérieur que constitue la table. Des substances chimiques produites par l'organisme, ou introduites par diverses voies influencent tous ces processus, pour les exciter ou les modérer. Admirons au passage la prescience du langage populaire qui parle depuis toujours de bonne ou de mauvaise humeur. Conviendrait-il mieux de dire de bonne ou de mauvaise hormone ? D'autres circuits nerveux situés dans l'inconscient, ceux de la mémoire en particulier, bénéficient de l'information prioritaire que contient la modélisation. Rien ne serait dans la mémoire qui n'ait été auparavant dans la conscience. A l'arrière plan, toutes les idées, souvenirs et sensations qui peuvent être associés à la table modélisée sont pour ainsi dire présélectionnés de façon à pouvoir être utilisés rapidement si nécessaire. Les performances intellectuelles d'un individu sont certainement grandement liées à ces associations permanentes en même temps qu'à l'ampleur et la fidélité de la mémoire et à la vitesse de traitement des informations. Diderot, faisant preuve d'une remarquable capacité d'introspection  et d'une admirable intuition, écrit ainsi :       <br />
       	 	« Je le pense; ce qui m´a fait quelquefois comparer les fibres de nos organes à des cordes vibrantes sensibles. La corde vibrante sensible oscille, résonne longtemps encore après qu´on l´a pincée. C´est cette oscillation, cette espèce de résonance nécessaire qui tient l´objet présent, tandis que l´entendement s´occupe de la qualité qui lui convient. Mais les cordes vibrantes ont encore une autre propriété, c´est d´en faire frémir d´autres; et c´est ainsi qu´une première idée en rappelle une seconde, ces deux-là une troisième, toutes les trois une quatrième, et ainsi de suite, sans qu´on puisse fixer la limite des idées réveillées, enchaînées, du philosophe qui médite ou qui s´écoute dans le silence et l´obscurité. Cet instrument a des sauts étonnants, et une idée réveillée va faire quelquefois frémir une harmonique qui en est à un intervalle incompréhensible. Si le phénomène s´observe entre des cordes sonores, inertes et séparées, comment n´aurait-il pas lieu entre des points vivants et liés, entre des fibres continues et sensibles ? » (Entretien entre d'Alembert et Diderot).       <br />
       		Ces associations peuvent demeurer longtemps ignorées et se manifester de manière soudaine et inattendue comme l'atteste l'exemple célèbre de la madeleine de Proust. Croquez une châtaigne et vous convoquez du même coup la forêt, l'automne, la rentrée des classes, l'odeur d'un cartable neuf, et toute votre enfance. Une bonne poésie enfile adroitement des mots simples et des locutions usuelles, car, représentés par des groupements neuronaux richement connectés, ceux-ci vont pouvoir activer une grande partie du cerveau. Des mots plus recherchés et des locutions rares peuvent être utilisés pour obtenir un effet de contraste, de la même manière que, dans les comtes et les histoires saintes, des évènements prodigieux peuvent alterner avec les faits les plus prosaïques. Si les circuits neuronaux d'un individu se mettent à osciller de manière incontrôlée, c'est que ce malheureux est en proie à une crise d'épilepsie. Quand des chirurgiens, pour des raisons thérapeutiques, ont sectionné par le milieu le cerveau de patients épileptiques, ils ont constaté un dédoublement de la conscience des patients, seule celle correspondant au demi-cerveau gauche ayant droit à la parole, car c'est dans cet hémisphère que se situe le centre du langage. Descartes situait l'âme dans la « glande pinéale », car il n'y en a qu'une seule située à la base du cerveau, comme il n'y a généralement qu'une seule conscience, et non pas une dans la moitié gauche et une autre dans la moitié droite. Son intuition n'était apparemment pas la bonne ; ou du moins n'était-elle pas suffisamment précise. Dr Jeckill et Mr Hide sont peut-être représentatifs d'une lutte indécise des deux hémisphères pour le pouvoir. Chez un individu normal les deux consciences doivent se synchroniser et se confondre.       <br />
       		 En plus des modélisations déduites des données fournies par les différents sens les représentations mentales peuvent correspondre à des modélisations élaborées à partir des données stockées en mémoire. Elles peuvent correspondre également, au moins dans notre espèce, à des fragments de discours, intérieur ou prononcé. Dans ce cas, la conscience à accès au discours, mais en aucune manière aux processus d'élaboration de ce discours. Comment voudriez-vous suivre pas à pas et en temps réel l'épouvantable complexité d'un processus qui consiste à aller chercher dans un vaste dictionnaire les mots qui conviennent à l'idée, de les assembler suivant les règles de la grammaire et de la syntaxe, et de transformer le tout en mouvements coordonnés de la mâchoire, des lèvres, de la langue, des poumons, du larynx ? Et je ne parle pas de l'élaboration de l'idée elle-même, tâche d'une difficulté qui dépasserait l'imagination si nous devions l'effectuer avec des machines. Comme les représentations mentales d'origine visuelle paraissent chez l'homme les plus omniprésentes, on peut donner le nom d'images à toutes les représentations mentales conscientes quelle que soit la catégorie à laquelle ces représentations appartiennent. Ces images sont fixes et se succèdent à une cadence élevée, voisine de la cadence des images du cinématographe. Les mouvements font l'objet d'indications portées lorsqu'il y a lieu sur ces images fixes (un peu à la manière des bandes dessinées). Les zones de couleurs ou de luminosités différentes font l'objet d'un traitement particulier qui identifie le dessin des lignes séparant ces différentes zones. C'est probablement pourquoi les dessins et les caricatures sont si évocateurs pour nous.  L'ennui naît lorsque les images se répètent trop souvent identiques à elles-mêmes. Ces images sont en 2D1/2 au moins puisque nous percevons la profondeur de champ. Elles ne semblent pas être en 3D puisque nous sommes obligés de faire un effort de réflexion pour faire tourner mentalement une figure géométrique dans l'espace.       <br />
       	   	Le travail d'introspection est difficile car, comme dans d'autres domaines de la science, l'observation modifie la chose observée. Il semble portant qu'à un instant donné une image ne puisse contenir simultanément plus de deux catégories de représentations mentales, peut-être trois (perception visuelle ou sonore ou olfactive, discours, etc.&#61628;), l'une dans la zone ou se concentre l'attention, l'autre ou les deux autres à l'arrière plan. Les autres catégories sont exclues, provisoirement. Pendant que vous lisez vous ne vous rendez pas compte de la pression que votre main exerce sur votre livre ou sur votre souris. N'est-il pas exact que vous venez juste d'en prendre conscience ? C'est le même écran, comportant donc deux ou trois zones, qui reçoit toutes les informations dont l'individu est conscient à l'instant t. Chaque zone est susceptible de recevoir toutes les catégories de représentations mentales qui se trouvent ainsi placées dans une situation permanente de compétition. Les images qui sortent victorieuses de la compétition, celles qui montent sur le podium de la conscience, sont normalement désignées par l'inconscient, à moins qu'une variation rapide des données fournies par l'un des sens n'appelle l'attention sur le phénomène responsable de cette variation. Les images conscientes qui ne sont pas fréquemment sur la première marche du podium sont des images d'humeur ou d'ambiance. Elles ne participent pas directement aux décisions. Se concentrer, c'est refuser de voir les images qui ne sont pas sur la première marche.       <br />
       		Observez par exemple un virtuose : si vous vous intéressez à l'alliance qu'il porte au doigt, la ligne mélodique s'estompe et si vous vous intéressez à la ligne mélodique, l'image du musicien devient floue (ce qui est la façon normale d'écouter de la musique). Si vous avez trop chaud ou si vous étés mal assis, vous oubliez la musique le temps de cette constatation. Un mathématicien ami de Diderot pris de maux d'oreille épouvantables s'abîma pour oublier la douleur dans un difficile problème. Le problème résolu sa douleur le rattrapa avec une violence redoublée. Installez-vous près d'un torrent : le roulement de l'eau sur les cailloux, pourtant parfaitement audible, disparaîtra rapidement de votre conscience au bénéfice de vos fantaisies et vous vous endormirez comme jamais. On peut multiplier les exemples de ce type.        <br />
       		Une image peut également contenir une proposition d'action, une volition,  formulée par l'inconscient, associée à des grandeurs positives traduisant les différents désirs qu'elle inspire et des grandeurs négatives traduisant les différentes répulsions qu'elle suscite. Ne sont retenues et mises en &#339;uvre que les volitions ou la grandeur résultante est suffisamment positive. Lorsqu'elle est voisine de zéro, il faut prévoir de nombreux et pénibles allers et retours entre conscient et inconscient. Lorsque la décision prise modifie la grandeur résultante dans le mauvais sens le système devient instable. L'homme est un irrésolu. La conscience n'a cependant aucun accès au processus d'élaboration de la notation et prend sa décision de confiance.       <br />
       	 	Suivant cette description il apparaît que la conscience est essentiellement passive et que le gros du travail s'effectue dans l'inconscient. Prenons trois exemples, du reste fort éloignés les uns des autres, pour illustrer ce propos :       <br />
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       -	Quand un joueur de tennis de haut niveau vient au filet et tente d'intercepter le passing-shot de son adversaire, il dispose d'environ une demie seconde pour (a) reconstituer la trajectoire de la balle qui vient vers lui en utilisant les informations données par sa vision binoculaire et les informations spatiales concernant la position et l'orientation de sa propre tète, pour (b) déterminer la trajectoire qu'il veut donner à cette balle, pour (c) se déplacer et placer sa raquette au bon endroit en bonne position et au bon moment en agissant (d) sur un système compliqué de leviers osseux et de vérins musculaires, tout en tenant compte (e) de la position initiale de ses principaux segments et en maintenant si possible (f) l'équilibre de l'ensemble. La puissance de calcul nécessaire pour mener cette tâche à bien est tout à fait impressionnante et serait très difficile à égaler par les meilleurs automates actuels, pourtant spécialisés, qui ont du mal à aller cueillir une pomme dans un arbre. Or ce calcul désigné du nom de réflexe se déroule entièrement en dehors de la conscience qui ne fait qu'observer le résultat de sa mise en &#339;uvre. Pour le joueur débutant qui essaie de &#8220; réfléchir &#8221;, la balle est passée depuis longtemps avant que sa raquette ait esquissé le moindre mouvement. Il apparaît donc sur cet exemple que les tâches requérant une grande habileté ou une grande célérité d'exécution sont déléguées à des automatismes acquis par l'entraînement. Ces automatismes sont, dans une large mesure, inconscients. Ils ne nécessitent pas, et c'est un de leurs intérêts, d'effort de volonté. Lorsqu'une automobile que vous dépassez sur l'autoroute fait un écart imprévu, vous vous retrouvez  frôlant la glissière de sécurité avec le pied sur le frein avant de réaliser exactement ce qui s'est passé. Cette réaction réflexe a consommé paradoxalement beaucoup de votre énergie mentale, et il peut ne plus vous en rester suffisamment pour faire connaître votre façon de penser au conducteur fautif. L'analyse de la succession de nos actions journalières montre que notre corps est le plus souvent en pilotage automatique sous le contrôle de la conscience prête à reprendre les commandes en cas de problème. La conscience hérite ainsi de tous les problèmes qui n'ont pu être traités efficacement par les automatismes existants. Même lorsqu'un mouvement est volontaire, la volonté consciente n'agit pas sur chaque muscle individuellement, mais les commande par l'intermédiaire d'un système d'interprétation et de coordination inconscient.       <br />
       -	Si vous n'arrivez pas à retrouver un nom, ce qui avec l'age vous arrivera de plus en plus fréquemment, le processus selon lequel s'effectue la recherche, quelquefois fructueuse, vous échappe complètement. S'il vous vient spontanément à l'esprit, vous n'en savez d'ailleurs pas davantage la raison. Les mécanismes de recherche et de reconnaissance sont très largement, sinon totalement, inconscients.       <br />
       -	La plupart des récits de découvertes font état d'un long et pénible travail de rassemblement des données et de tentatives d'explication avortées. Un jour la solution surgit de façon tout à fait inopinée et comme miraculeuse. Pendant toute cette période d'incubation l'inconscient a tourné et retourné le problème dans tous les sens jusqu'à ce que les données pertinentes se raccrochent entre elles et avec les structures d'explication existantes de façon à constituer une extension logique et cohérente de ces structures. Archimède a pu pousser son fameux eurêka à propos de la poussée hydrostatique parce que les notions géométriques concernant les volumes, les notions physiques concernant le poids et la densité avaient été préalablement éclaircies. Il apparaît donc sur cet exemple que les tâches requérant le plus haut niveau d'abstraction, les opérations logiques les plus compliquées peuvent se dérouler sans que la conscience soit tenue au courant en temps réel. L'inconscient, c'est l'état-major auquel la conscience - commandant en chef fait passer toutes les informations dont elle dispose. L'inconscient- état-major (et non pas l'état-major inconscient) réalise toutes les simulations nécessaires à la préparation des décisions. C'est également lui qui écrit les discours du commandant en chef qui se surprend ensuite à les prononcer. La conscience ignore tout du détail du travail de son état-major et n'a accès qu'aux résultats de ses analyses. Le travail de fermentation de l'inconscient produit pour ainsi dire les bulles de pensées qui éclatent de temps en temps à la surface de la conscience. Si vous ne notez pas les plus intéressantes d'entre elles vous risquez de ne jamais les revoir tant elles sont fugaces ! S'il arrive que l'une se soit égarée, votre seule chance de la retrouver est de cesser de la chercher. Elle se situe en effet trop loin dans la file d'attente des idées qui veulent accéder à votre conscience. Il faut attendre que celles qui crient plus fort qu'elle, ou d'une voix plus aigue, soient passées. La chercher en essayant de retrouver les chemins qui vous y ont conduit ne fait généralement qu'immobiliser la file. J'ai pour ma part la nette impression que mon inconscient est plus intelligent que moi, qu'il galope plus vite et plus loin quand il a la bride sur le cou que lorsque ma conscience reprend les rênes. Les meilleures idées se récoltent au petit matin, comme les &#339;ufs des poules ! Qui ne s'est endormi avec un problème et réveillé avec une solution ? C'est ainsi que les employeurs peuvent bénéficier d'un travail directement productif effectué en heures supplémentaires de nuit non rémunérées !       <br />
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          	Et le monde intérieur dans tout ça, me direz-vous, il n'en a pas été question ! Vous n'avez encore rien dit de l'aspect subjectif de la conscience ! Pourtant c'est lui que vous avez, avec beaucoup de présomption,  proposé d'expliquer. J'y viens et pour essayer de tenir cette gageure, il est nécessaire de quitter le domaine de la science respectable et d'entrer dans le domaine de la spéculation. Avant d'entrer dans ce domaine il faut rappeler les postulats suivants :       <br />
       -	 L'état du cerveau est une image significative de l'état d'une fraction du monde extérieur       <br />
       -	 L'état de la conscience est une image significative de l'état du cerveau       <br />
       -	 Il existe une pluralité de consciences        <br />
       -	 Le même monde extérieur est commun à toutes les consciences       <br />
       	La vision qui est proposée est suggérée par le fait que le cerveau est le siège d'une intense activité électrique dont témoignent entre autres les électroencéphalogrammes enregistrant les différences de potentiel à l'extérieur de la boite crânienne, et également par le fait que des excitations électriques ou magnétiques appliquées au cortex ou même à l'ensemble du cerveau peuvent induire des sensations conscientes, alors que le cerveau est dépourvu de récepteurs sensoriels. Cette vision est la suivante : la conscience subjective, entité essentiellement passive semble assister à un spectacle. La salle de spectacle, c'est l'écran où défilent les images, un espace particulier situé à un instant donné dans une certaine partie de mon cerveau, celle où se situent les circuits neuronaux oscillants dont il a été question plus haut. Dans cet espace des particules électrisées en mouvement engendrent un champ électromagnétique qui contient des signaux selon un code déterminé. Ce dont je suis conscient à un instant donné est, selon la vision proposée, en rapport direct avec l'état à cet instant du champ électromagnétique diffusé à partir de l'écran. On ne voit pas bien la nécessité qu'il y aurait de renforcer les signaux correspondant aux sensations conscientes si les traitements effectués sur ces signaux étaient de logique pure. Ce renforcement et cette synchronisation prennent un sens si ces signaux doivent provoquer l'émission d'un champ électromagnétique. Les différentes catégories de perception sont différenciées sans ambiguïté par les codes utilisés pour les représenter. Une dérive dans cette codification peut produire la confusion des sens qui est parfois observée. Certains voient un son comme une couleur : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu » (Arthur Rimbaud, « Voyelles »). De nombreuses objections peuvent être formulées à l'encontre de cette hypothèse : le transformateur d'un poste électrique a-t-il conscience de tous les défauts qui se produisent sur les réseaux auxquels il est connecté, même s'il n'a bien entendu aucun moyen de faire part de ses impressions ? Si la fréquence du courant industriel était de 40 Hz et non de 50 Hz comme en Europe ou 60 Hz comme en Amérique, la communication avec un cerveau humain serait-elle facilitée ? 400 000 Volts, ça doit faire mal ! À moins que cela ne procure un sentiment de puissance hautement jouissif ! Néanmoins l'hypothèse rend compte de cette constatation essentielle qu'est l'unicité du flot de la conscience, car manifestement les états successifs de la conscience, les différentes « images » passent dans un seul et même canal dont l'imagerie cérébrale n'a révélé jusqu'à présent ni l'existence ni l'emplacement. Or le champ électromagnétique a la propriété d'être quasi insensible à l'emplacement des différents circuits élémentaires qui le génèrent, les distances mutuelles de ces différents circuits (quelques centimètres) ne pouvant créer de décalages temporels importants eu égard à la vitesse de propagation de 300.000 kilomètres par seconde du champ électromagnétique. L'information portée par le champ est indépendante de la distance à la source, sans aucun décalage temporel, pour un observateur se déplaçant à la même vitesse que les ondes. La montre au poignet de cet observateur marque en effet la même heure au moment où l'onde est émise et au moment où elle est absorbée, quelle que soit la distance entre les points où ces évènements se sont produits. Le champ électromagnétique constitue donc une entité authentiquement indivisible. Ainsi est préservée l'unité de la conscience, fonction qui ne dépend que du temps C = C(t), tout comme la musique. Ainsi est préservé également le caractère traditionnellement immatériel de &#8220; l'âme &#8221;, car les champs ne sont que des modifications des propriétés d'un espace qui pourrait être vide. Vu de l'extérieur, ce champ possède toutes les propriétés usuelles d'un champ électromagnétique. Eprouvé pour ainsi dire de l'intérieur, c'est ce dont j'ai conscience à cet instant. Ma douleur et mon plaisir sont des états particuliers  du champ en question que l'évolution poursuivie pendant quelques milliards d'années a rendus tels que les sensations plaisantes ou douloureuses correspondent respectivement à des situations favorables ou défavorables à ma personne ou à l'espèce à laquelle j'appartiens. Le plaisir peut être vu comme une harmonie de la variation du champ électromagnétique et la douleur comme une dissonance. D'ailleurs l'homme, le plus souvent, ne recherche pas vraiment le plaisir, mais un état neutre. Le plaisir pour lui n'est que la disparition d'une douleur ou d'une tension. Le plaisir de manger est celui de faire cesser la faim et celui de se gratter, de supprimer la démangeaison. Cet état d'équilibre s'appelle le bonheur. Il signifie que toutes les fonctions physiques et mentales s'effectuent harmonieusement sous le contrôle de la conscience. Les récompenses et les punitions liées à des sensations plaisantes ou douloureuses incitent l'individu porteur de la conscience à se maintenir dans des conditions qui préservent son intégrité. C'est la seconde vertu de la conscience qui s'ajoute à celle de garantir l'unité d'action de l'individu. L'aspect subjectif de la conscience doit donc avoir des conséquences objectives. Il faut pour cela que les variations du champ émis, caractéristiques du plaisir ou de la douleur, puissent être détectées par des récepteurs appropriés et amplifiées pour que ces informations soient réintégrées dans l'ensemble des circuits neuronaux. Une autre possibilité d'interaction entre champ et circuits neuronaux est que ce qui exprime la force de ma volonté, quand elle s'exerce, soit l'intensité d'une certaine fraction de ce champ engendrée par les charges électriques matérialisant les volitions de l'inconscient. Cette fraction du champ agirait sur d'autres charges électriques qui initient les actions du système neuromusculaire, traduisant ainsi les volitions en actions. L'intensité de cette fraction du champ peut être ressentie comme douloureuse quand ma volonté est tendue à l'extrême. Si la douleur et le plaisir ne sont que l'excitation de circuits nerveux spécialisés prenant leur origine dans les diverses parties du corps, comment expliquer la douleur morale ou le plaisir intellectuel ? Comment expliquer que le plaisir donné soit souvent plus gratifiant que le plaisir reçu ? Au-delà des interactions qu'occasionnent douleur et volonté, certains ont proposé que les populations neuronales vivent dans une sorte de symbiose avec le champ électromagnétique qu'elles émettent. C'est la théorie du « cemi field ». Elle professe que les automates fabriqués par l'homme seront toujours beaucoup moins performants que les cerveaux des êtres vivants car il leur manque une conscience capable de faire la synthèse de leur activité continue de traitement de l'information et, à l'aide de cette synthèse, orienter l'activité elle-même. A la question « objets inanimés, avez-vous donc une âme ?», elle répond non sans hésitation.       <br />
       	Remarquons que le double aspect qu'il a fallu attribuer au champ électromagnétique, selon qu'on le considère de l'extérieur  ou de l'intérieur constitue une sorte de dualisme dont il paraît impossible de faire l'économie. Ce dualisme matérialiste, ou pour mieux dire naturaliste ou physicaliste, consiste à attribuer une dimension supplémentaire, la sensibilité, à des entités physiques, les champs ou à la modulation de ces champs. Le dualisme de l'esprit et de la matière des philosophes serait donc en relation directe avec le dualisme des champs et des particules des physiciens. Cependant, les champs n'ont pas moins de réalité physique que les particules qui constituent la matière. Dame Nature qui n'en est pas avare aurait ainsi un tour de plus dans son sac. Chassez le dualisme par la porte, il revient par la fenêtre&#8230; Comment pourrait-il en être autrement ? Nul ne peut nier l'existence de sa propre conscience, et l'existence d'un monde extérieur indépendant de la conscience subjective que l'on en a semble par ailleurs un pari raisonnable. Nier ce dernier conduit en tout cas à bien des déboires. Diderot a eu nettement l'intuition d'une explication de cette nature (Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas un esprit ?), mais les connaissances disponibles à son époque ne lui ont pas permis d'expliciter davantage sa pensée. Dans ces conditions la conscience, dans son aspect subjectif est bien, pour l'essentiel, un épiphénomène, encore que la détection de la douleur et du plaisir éprouvés ou l'action de la volonté ou l'alimentation de la mémoire par exemple puissent lui conserver un rôle actif, mais cet épiphénomène est la conséquence nécessaire de l'utilisation de processus de nature électrique ou électromagnétique dans le fonctionnement du cerveau, à la façon dont le bruit d'un moteur accompagne nécessairement son fonctionnement. Une oreille un tant soit peu exercée y décèle aisément un bruit anormal s'il y a quelque chose qui cloche... Quant à la conscience dans son aspect objectif, elle peut être considérée comme le système d'exploitation de l'automate très particulier que constitue un cerveau. C'est elle qui met de l'ordre, lorsque le sujet est éveillé, dans le fonctionnement des cent milliards de neurones qui le constituent, sachant que chaque neurone entretient des liaisons avec des milliers d'autres neurones proches ou lointains par l'intermédiaire d'axones et de synapses selon une structure de communication hiérarchisée. Cet automate de chair comporte donc comme un ordinateur une unité centrale. Bien que cet automate fonctionne par pas successifs, au rythme des ondes qui le parcourent, il est donc organisé de façon très différente de celle des ordinateurs de silicium fabriqués par l'ingénieux bipède. C'est un automate qu'on peut dire analogique, c'est-à-dire manipulant des quantités exprimées physiquement en vraie grandeur et non issues d'une combinatoire d'unités. Pour les opérations logiques, il est très lent et facilement fautif, mais il excelle par contre dans les jugements synthétiques et intuitifs, les raisonnements flous. Ordinateur de chair et ordinateur de silicium se complètent donc admirablement. Le sommeil est réservé à la maintenance du système. La conscience subjective aurait de son côté un statut analogue à celui d'une émission de télévision (« enrichie » toutefois au point de vue sensoriel et conceptuel), qui serait émise dans la boite crânienne et qui diffuserait le reportage des évènements les plus importants et les plus significatifs pour l'individu. Différentes émissions peuvent coexister sans s'influencer mutuellement, dans la mesure où leurs codifications sont suffisamment distinctes. Des exceptions peuvent exister dans les cas de transmission de pensée, très rares assurément, mais peut-être possibles selon mon expérience, entre personnes très proches génétiquement ou affectivement. Ne dit on pas  de deux personnes qui s'entendent bien qu'elles sont sur la même longueur d'onde ? J'ai même cru déceler certaines connivences que j'aurais avec mon PC ainsi qu'avec mon téléphone portable utilisé comme réveille-matin ! Le seul véritable téléspectateur, le seul conscient en tout cas, serait cependant l'émission elle-même. La musique qui peut faire rire ou pleurer, aimer ou combattre a, dit-on, des vertus curatives, elle « adoucit les m&#339;urs ». Elle serait  le plus émouvant de tous les arts et le plus fréquemment mis à contribution, en dépit de son caractère éminemment abstrait, parce que sa codification serait pour ainsi dire en prise directe avec la codification des sentiments et des émotions utilisée par l'esprit conscient (Cf. l'importance des chants et de la musique dans les cérémonies religieuses, Cf. également la place de la musique de film, rarement sur la première marche du podium, parfois ignorée, mais pourtant indispensable).        <br />
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          	La conscience dans ses aspects subjectifs et objectifs est ainsi expliquée avec des notions de la physique du 19éme siècle. D'autres comme l'Anglais Roger Penrose qui a renouvelé l'intérêt pour le sujet l'ont expliquée avec des notions de la physique du 20éme siècle. L'explication définitive résidera peut-être dans la physique du 21éme siècle. Les théories physiques actuelles, pour être formulées avec simplicité, font appel aux nombres complexes comportant une partie réelle et une partie imaginaire et suggèrent ainsi que quelque chose qui aujourd'hui nous échappe, se passe derrière le rideau, dans une autre dimension, et dont nous devons nous contenter de mesurer les effets. C'est ainsi également que les destinées de deux photons d'origine commune demeurent indissolublement liées alors que leur distance mutuelle peut se compter en années-lumière (c'est l'intrigant phénomène d'intrication). Il paraît raisonnable d'en conclure que le monde physique comporte plus de dimensions que les dimensions usuelles de l'espace et du temps et que c'est dans une ou plusieurs de ces dimensions que les deux photons sont restés liés. Certaines de ces dimensions pourraient-elles être spirituelles, de sorte qu'on pourrait dire, sans que ce soit un abus de langage que tel objet, tel lieu, tel événement, ont une dimension spirituelle ? Existerait-t-il parmi tous les univers possibles un univers platonicien où les sensations et les sentiments susceptibles de faire vibrer les esprits à l'unisson se promèneraient dans des Idées de rues en se tenant par des Idées de main ? Si l'existence de tels univers pouvait être prouvée, les esprits religieux y trouveraient certainement une forme de revanche ! La théorie du tout à laquelle travaillent les physiciens avec tant d'ardeur et qui doit rendre compte de tous les aspects de la réalité observée, se doit d'expliquer aussi le phénomène de la conscience. Les bonnes idées sont rares, malheureusement. Ce ne sont pas des chiennes bien dressées qui viennent quand on les siffle ! L'explication attendue, quelle qu'elle soit, ne devra-t-elle pas suivre un cheminement voisin de celui qu'après d'autres je viens d'esquisser ? Ne devra-t-elle pas identifier le contenu de la conscience tel que chacun peut l'éprouver pour son propre compte avec un phénomène physique déterminé vu de l'intérieur, quelle que soit la nature de ce phénomène ?       <br />
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       	Si la réponse est oui, cette vision des choses a de nombreuses conséquences :       <br />
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       -	La conscience subjective ou l'âme si vous préférez n'est pas immortelle. Comment survivrait-elle à la disparition totale du processus matériel qui l'engendre, l'oscillation des circuits neuronaux, alors que le sommeil, diverses substances chimiques, une vive douleur, une vive émotion, un malaise ou un coup sur la tête un peu appuyé suffisent à la faire disparaître ?        <br />
       -	Du point de vue de la logique, rien ne s'oppose à ce que deux personnes se mettent d'accord pour dire que telle étoffe est rouge même si les sensations subjectives qu'elles ont l'une et l'autre de cette couleur sont totalement différentes. Telle qu'elle a été décrite,  la manière dont ces sensations sont élaborées par des processus universels et invariants à partir d'une même réalité physique objective écarte cette éventualité, sauf dysfonctionnement toujours possible. La communication entre les personnes présente de ce fait une certaine garantie d'authenticité.       <br />
       -	 La conscience subjective est en rapport direct avec la conscience objective (les circuits neuronaux oscillants). Elle évolue donc comme elle au fil du temps et elle est malheureusement soumise aux mêmes vicissitudes.       <br />
       -	La pondération associée aux différentes volitions acheminées jusqu'à la conscience constitue une sorte de monnaie de la conscience puisqu'elle permet de rendre comparables des motivations complètement hétérogènes, de la même façon que la monnaie usuelle permet d'acheter toute espèce de bien ou de service. De sérieuses difficultés éthiques surviennent quand on commence à confondre les deux monnaies, quand on achète les consciences ou qu'on vend son âme ! A titre d'illustration, voyez comment se décide la part de vos revenus que vous choisissez d'affecter à des &#339;uvres caritatives. Aucun raisonnement ne conduit à la fixer. Elle résulte d'un équilibre entre votre désir d'aider et celui de ne pas vous appauvrir. La façon dont s'effectue cet arbitrage vous échappe entièrement. Une fois que la pesée des différentes motivations a été faite, la motivation gagnante, même d'une courte majorité, rafle toute la mise. Ceci démontre que la démocratie est un mécanisme extraordinairement efficace, puisque ce mécanisme a été retenu par la sélection naturelle ! La Nature a reconnu bien longtemps avant le vieux Winston que ce mécanisme était le pire à l'exclusion de tous les autres et ce n'est probablement pas un hasard si l'esprit scientifique est né dans les premières cités à avoir adopté un régime s'inspirant de principes authentiquement démocratiques. Les idées fleurissent dés que les mâles dominants cessent d'exercer leur dictature ! Les populations neuronales votent en quelque sorte au scrutin uninominal à un tour. La proposition victorieuse est renforcée par effet feed-back et c'est à ce moment qu'elle devient décision consciente. Une légère brèche dans une digue en terre laisse passer un filet d'eau, mais l'érosion agrandit la brèche et le filet d'eau devient torrent. Quand la crue est terminée, le lit du torrent en perpétue la mémoire.        <br />
       -	Une monnaie analogue permet de sélectionner les données accédant à la conscience parmi un nombre quasi infini de possibilités. C'est l'idée qui a crié le plus fort qui s'empare du micro. La valeur dans cette monnaie d'un sujet qui a capté l'attention à un certain moment s'érode au fil du temps.       <br />
       -	Le libre-arbitre est une illusion puisque la conscience n'intervient pas dans le processus qui fixe la valeur des différentes motivations, se borne à faire les additions et entérine leurs résultats. Il a d'ailleurs été prouvé expérimentalement (expériences de Benjamin Libet) que les décisions ne sont pas initiées par la conscience subjective. La décision objective précède de quelques dixièmes de seconde la prise de conscience subjective de cette décision. La science semble ainsi donner raison aux jansénistes tenants de la prédestination, c'est à dire au fond du déterminisme de nos pensées et de nos conduites, contre les jésuites tenants du libre arbitre. Le chat choisit d'aller vers son coussin ou vers son écuelle. S'il a plus faim que sommeil il ira vers l'écuelle et vers le coussin dans le cas contraire. Au nom de quel libre-arbitre irait-il ce vers quoi il a le moins d'inclination ? Certes il peut calculer que, bien qu'ayant plus sommeil que faim, il pourrait rapidement manger un morceau pour être débarrassé de sa faim avant d'aller dormir. Dans ce cas son inclination prépondérante est la combinaison casse-croûte rapide et sommeil. Ce calcul d'optimisation a-t-il un rapport quelconque avec le libre-arbitre ? Bien sûr, dans sa fierté de chat, il peut proclamer qu'il est lui aussi doté de libre arbitre et, pour le prouver, faire un choix apparemment contraire à son inclination la plus immédiate, mais c'est qu'alors son inclination à la fierté se sera révélée plus forte qu'aucune des deux autres. Il n'y a pas d'effet sans cause&#8230; On peut regretter après coup un geste déplacé ou une parole malheureuse mais, au moment où ils ont été faits ou prononcés, ces gestes ou ces paroles étaient ressentis comme s'imposant majoritairement, c'est-à-dire absolument selon le mode de fonctionnement du cerveau. La liberté d'un individu, c'est autre chose. Elle consiste pour lui dans la possibilité de satisfaire ses aspirations les plus profondes sans avoir à souffrir de contraintes inutiles ou arbitraires. Mon professeur de philosophie, homme excellent et qui se disait bon catholique, augurait déjà il y a un demi-siècle que l'existentialisme alors à la mode, qui proclame que l'homme construit librement son destin, se casserait les dents sur les enseignements de la science&#8230;C'est le même qui demandait à ses élèves pourquoi il était très invraisemblable qu'il assassine tel ou tel d'entre eux et ses élèves répliquaient en invoquant la crainte du gendarme, celle d'un châtiment éternel, l'opprobre publique, ou le remords. Il leur faisait voir qu'ils étaient dans l'erreur la plus complète et que leur principale garantie résidait dans sa conscience à lui, entité intangible. De fait, l'idée que je pourrais prendre une décision qui ne découle pas de ma propre personnalité et des circonstances dans lesquelles je dois la prendre ne parvient pas jusqu'à mon cortex. Or je ne me suis pas choisi, comme vous vous en doutiez, pas plus que je n'ai choisi les circonstances où j'ai à prendre cette décision. Même si, pure hypothèse, le moi d'aujourd'hui choisit le moi de demain, qui choisit le moi d'après demain etc.&#8230; le dernier moi de la série dépendra encore des inclinations du moi d'aujourd'hui et de circonstances fortuites. Penser autrement est faire fi du principe de causalité. Bien entendu, parmi mes motivations, certaines sont altruistes et d'autres sont égoïstes, mais leurs forces relatives sont inscrites dans les replis de mon cerveau au moment où j'ai à décider, et vais-je décider contre la motivation la plus forte, que celle-ci soit égoïste ou altruiste, peureuse ou courageuse, prudente ou audacieuse, morale ou immorale, louable ou condamnable, raisonnable ou déraisonnable ? le vrai de l'existentialisme est que la personnalité d'un individu se construit progressivement par ces choix successifs mais contraints et qu'un souffle peut faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. Un homme frais et un homme fatigué ne prendront pas forcément la même décision. Une décision a des conséquences immédiates, mais aussi des conséquences à long terme en modifiant la réponse future de l'instrument. Chaque événement laisse une trace, un chemin préférentiel pour l'influx nerveux invitant à la répétition des mêmes comportements. Si je trace un sillon dans le sable dans un sens ou dans un autre, les écoulements futurs en seront influencés. Le bouddhiste parle d'impermanence et le sage antique assure qu'on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, ce qui est vrai aussi. Le seul correctif concevable à ce déterminisme absolu serait l'introduction dans le circuit de ma décision d'un élément aléatoire, mais ceci est fort éloigné de ce que l'on veut signifier quand on parle de libre arbitre. Certains ont imaginé que le caractère aléatoire de la physique quantique pouvait introduire, sinon le libre-arbitre du moins une indétermination dans le processus de décision, mais ce ne peut être à priori que très marginal compte tenu que les processus mentaux semblent mettre en &#339;uvre des collections importantes d'atomes et non des atomes individuels.  Deux coups tirés avec la même bouche à feu, la même munition, la même charge de poudre et les mêmes angles ne font pas le même trou près de l'objectif visé. Parlera-t-on pour autant du libre arbitre du canon ? Un obus de mortier a explosé au dessus de la porte du local où se tenait le philosophe. Eut-il été plus court de quelques décimètres qu'il entrait directement dans la pièce et que c'en était fait du philosophe et de sa philosophie. Le philosophe sait cependant que l'exacte trajectoire du projectile a été déterminée par une myriade de facteurs physiques tels que la température de la poudre, la densité de l'air, la direction et la force du vent aux différentes altitudes, etc. Ces différents facteurs n'avaient aucune intention bonne ou mauvaise à son égard. Il se trouve qu'à la fin du processus le philosophe est toujours vivant, ce qui doit lui suffire et ne mérite pas d'autres commentaires de sa part. Placé dans les mêmes circonstances un esprit religieux remercierait les dieux d'avoir été épargné et le philosophe a quelque difficulté à se défendre contre cette même pensée. C'est pendant l'été 1944 dans un village d'Ile de France. L'occupant qui se replie est furieux parce que des résistants mal inspirés ont kidnappé quelques uns de ses soldats. Il  ordonne que personne dans le village ne sorte de sa maison. Ceux qui le peuvent courent se cacher. Le philosophe en herbe, inconscient du danger, joue dans le jardin de ses parents avec une bicyclette empruntée à sa grande s&#339;ur. Un coup de feu claque et des feuilles tombent du pommier qui se trouve à quelques mètres de lui. Il file se mettre à l'abri sans demander son reste, vous pensez bien. L'héritier de ces deux anecdotes préfère croire aujourd'hui qu'il ne doit pas la vie à la maladresse du soldat qui l'a visé depuis la rue mais plutôt à un sentiment humain et responsable de sa part qui aurait pris le pas sur la consigne militaire. L'obus et le soldat ont tous deux épargné le philosophe (Alléluia !) mais contrairement aux apparences le soldat n'en pensait pas plus long que l'obus. il n'avait que quelques secondes pour se décider, peut-être moins. La machinerie de son cerveau s'est mise en route et sa conscience objective a rendu son verdict : « vise un peu à gauche ! ». St Augustin lui-même est obligé d'invoquer la grâce divine pour faire une place au libre-arbitre. Toutes les créatures ne bénéficient pas de cette grâce de la même façon. Dieu a ses têtes, il faut le savoir ! Il s'est déplacé en personne pour le petit peuple juif mais il a abandonné à des imposteurs la multitude innombrable des autres peuples d'Europe, d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Océanie !! « Cornet de rois, cornet de catins », les sorts sont distribués selon sa fantaisie. Remplacer l'incompris par l'incompréhensible et l'arbitraire comme le fait St Augustin est toutefois le contraire d'un progrès du point de vue de la connaissance et de l'éthique. St Augustin a supposé le problème résolu et il en a conclu que le problème était résolu ! Or, le problème ne sera jamais résolu car c'est typiquement un faux problème. Personne n'est capable de dire au juste ce qu'il entend par libre arbitre. Comme un juge du siège, la conscience se détermine en fonction des dossiers qu'on lui présente et de ses dispositions du moment. Il y a de bonnes et de méchantes gens (bonnes gens ayant des passions mauvaises) comme il y a de bonnes et de mauvaises voitures (bonnes voitures ayant un défaut de fabrication, ou accidentées ou usées à l'excès), ni plus, ni moins. Tous les travaux psychologiques et psychanalytiques sont implicitement fondés sur l'hypothèse d'un déterminisme de nos conduites. Les grands auteurs de leur côté ont toujours invoqué ou illustré la force du destin, leurs héros allant irrésistiblement vers leur salut ou vers leur perte selon leurs ressorts intérieurs et les circonstances qu'ils rencontraient. Le titre d'un des romans de Diderot n'est-il pas « Jacques le Fataliste » ? De la sensation physique à l'action physique, en passant par le traitement de l'information dans le cerveau, aucun hiatus ne semble exister par lequel pourrait s'introduire quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin au libre arbitre. « Madame la maréchale, ces Corozaïnois et ces Betzaïdains furent des hommes comme il n'y en eut jamais que là, s'ils furent maîtres de croire ou de ne pas croire ».  La contradiction entre ce fatalisme affiché et le volontarisme qu'exprime le titre du présent essai n'est qu'apparente, comme le montreront des développements ultérieurs selon lesquels, étant programmés pour se préoccuper du sort de leur espèce, les hommes déroulent leur programme et s'en préoccupent effectivement       <br />
       -	Il est absurde en soi de faire souffrir un délinquant, on ne fait qu'ajouter un nouveau malheur au malheur existant. Le responsable n'est pas le corps du délinquant. Il n'a été que l'instrument du forfait ; inutile de lui couper la main. C'est la conscience du délinquant qui souffre  du châtiment. Or, elle n'a fait qu'apprécier correctement les sollicitations auxquelles elle était soumise, elle n'est qu'un instrument de mesure. Va-t-on punir un thermomètre pour avoir indiqué la bonne température ? Le responsable, car il en faut bien un, c'est l'inconscient qui a pondéré les volitions. Or l'inconscient lui-même résulte de l'interaction d'un système génétiquement programmé avec un environnement physique, économique et social déterminé, toutes données sur lesquelles l'inconscient est évidemment dépourvu de moyens d'action. L'inconscient est donc responsable mais pas coupable. L'acceptation de ce mécanisme exclut toute condamnation morale. Entre comprendre et condamner, il faut choisir. Les raisons objectives des châtiments infligés sont la protection de la société par mise à l'écart du délinquant, l'effet dissuasif sur lui-même et sur ses émules, si possible le traitement et la guérison (?) de son inconscient malade avant qu'il ne sorte de prison et, ce n'est pas le plus joli, la satisfaction donnée à la victime, à ses proches et à la société d'avoir été vengés. Le criminel le plus endurci se comporte comme vous et moi la plupart du temps : il laisse passer les dames et dit bonjour à sa concierge. Landru, bon époux et bon père était, paraît-il, d'une exquise urbanité. La soi-disant responsabilité du délinquant n'est autre chose que le prétexte commode invoqué pour exercer sur lui, en toute bonne conscience, une vengeance. La suppression de la peine de mort est un premier pas important vers la reconnaissance de cette réalité. Tout crime est la manifestation d'un désordre mental qui peut être selon les cas durable ou momentané et je ne voudrais pas être à la place des experts qui ont à décider de la catégorie à laquelle appartient un désordre particulier. Il semble curieux que la démence soit une circonstance atténuante : la justice punit celui qui a des crises passagères et elle épargne celui chez qui ces crises sont permanentes. Les sommes consacrées à traiter tous les délinquants comme des malades et non comme des coupables afin de ne pas les laisser dans une  désespérance amère et revancharde ne seraient-elles pas inférieures aux coûts de toute nature des récidives et du renforcement sans limites des systèmes policier, judiciaire et carcéral ? Une conclusion qui se dégagerait d'une telle entreprise serait probablement qu'il faut commencer par soigner la société. Les investissements à réaliser dans cette hypothèse en matière de répartition des richesses et d'éducation sont-ils hors de portée d'une société moderne ? Il est certain que les investissements les plus rentables dans ce domaine sont ceux qui sont effectués très tôt. C'est avec une fermeté empreinte de douceur et d'affection que les enfants doivent être maintenus sur le bon chemin. Il faut bien entendu ne leur fournir que de bons principes et de bons exemples. Le rôle des parents, des grands-parents et des éducateurs est à cet égard essentiel. Dans un age plus avancé ce rôle incombera aux dirigeants&#8230;        <br />
       -	La conscience ne comprend pas, elle n'a que le sentiment d'avoir compris. La compréhension consiste dans l'établissement de liaisons nouvelles et permanentes entre certains neurones libres, de façon à créer de nouveaux concepts et de relier ces concepts avec les concepts préexistants. Ces liaisons respectent les règles de la logique. Est-ce simplement parce qu'elles sont de nature physique et que le monde physique est logique, ou bien s'agit-il d'un apprentissage de l'enfant qui généralise les leçons de l'expérience, ou bien d'un instinct déjà programmé à la naissance, ou bien d'un peu de tout cela ? Beau débat en perspective ! Sa nature physique implique en tout cas que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans le processus de compréhension, le seul rôle de la conscience est de valider la proposition de l'inconscient de se mettre au travail et de le stimuler tant que le sentiment d'avoir compris n'est pas atteint.       <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.editoweb.eu/Norbert_Crouton/3-La-conscience_a6.html</link>
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   <title>3. La conscience - suite</title>
   <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 00:41:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Norbert Croûton</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Incroyants, encore un effort]]></dc:subject>
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      avantage évolutif dés que ceux-ci ont bénéficié d'un certain choix des actions qu'ils exercent sur leur environnement. Il est néanmoins naturel de penser que la conscience d'un mammifère évolué contient plus de &#8220; pixels &#8221; que celle d'un vermisseau       <br />
       -	La conscience d'un chien ou celle d'un cheval ne doivent pas être fondamentalement différentes de celle d'un représentant de l'espèce humaine, pas plus que ne le sont par exemple leurs sens visuels ou auditifs respectifs car, sur l'arbre de l'évolution, les branches sur lesquelles ces différents êtres vivants sont perchés sont voisines. On reconnaît trop bien chez un chien la faim, la soif, le froid, le chaud, la peur, la douleur, la colère, la honte mais aussi la joie, l'affection, le sens du jeu pour qu'il n'en soit pas ainsi. Quand le lion s'approche de la lionne, les coups de patte et les feulements de cette dernière ne signifient-ils pas clairement à son compagnon : &#8220; Dis donc, grand fainéant, tu crois que je n'ai que ça à faire ? On voit bien que ça n'est pas toi qui t'occupes des enfants ! &#8221;. Ce qui  distingue la conscience d'un homme qui discourre de celle d'un âne, c'est ce qui la traverse et qui dépend de ce qui se situe en amont, dans l'inconscient. La conscience d'un âne  associée à un inconscient d'homme pourrait se mettre à parler, justifiant ainsi les inventions des fabulistes. Verrait-t-on même la différence ? Est-ce que le cri nocturne de la chouette ne s'adresse pas à l'homme également ? Le chien n'ignore pas le concept de chat puisqu'il poursuit indifféremment chat persan et chat de gouttière. L'aboiement qui traduit son état émotionnel est une forme élémentaire de langage. Ce qui se passe dans le cerveau d'un lion poursuivant une antilope ne doit pas être très différent de ce qui se passe dans le cerveau d'un joueur de rugby essayant de rattraper et de plaquer au sol son adversaire. Dan