Vous avez reçu la lettre de Nicolas Sarkozy. Que dit cette lettre
de ses difficultés
à réunir le vote
des 3/5 du Congrès sur la règle d’or ?
Jean-Pierre Brard. C’est la règle
du veau d’or, comme dans la Bible. Au nom d’une fatalité à laquelle
on ne pourrait pas échapper, Sarkozy cherche à soumettre la France aux règles des spéculateurs et des banquiers. En institutionnalisant l’interdiction des déficits, on fait le choix de réduire les dépenses publiques et les recettes. Ce sont les 173 milliards d’euros qui correspondent à l’exonération des cotisations fiscales et sociales. Sarkozy veut inscrire le libéralisme dans la Constitution et interdire
à tout futur gouvernement de changer de politique. Non seulement existe une déviance impériale et autoritaire du régime, mais également
une prévalence des choix libéraux
sur le choix des électeurs.
Cette lettre oblige néanmoins la gauche à se positionner clairement.
Jean-Pierre Brard. C’est vrai.
Avec l’activisme habituel de Sarkozy, elle vise surtout à habiller
les échecs depuis 2008 et la crise
des subprimes. Souvenons-nous
que le chef de l’État est un adepte
des crédits hypothécaires
à la française et qu’il est un ultra
dans son refus de mise à contribution des banques. Qu’est-ce que
cet accord sur la Grèce sinon
un rééchelonnement de la dette ?
En somme, banquiers et spéculateurs prêteront 115 milliards d’euros
payés par le peuple grec grâce
aux avances des États de l’Union. S’il y a défaut de paiement de la part de la Grèce, ce sont les contribuables des autres États qui paieront les taux d’intérêt prohibitifs consentis par les banquiers. Rappelons seulement que l’Allemagne doit toujours 150 milliards d’euros à la Grèce au titre des réparations de guerre. Aujourd’hui, avec cet accord,
les marchés sont soulagés ; s’il y avait refus des États de payer, ils pourraient être inquiétés. Cela permettrait
de remettre les compteurs
à zéro et au pouvoir politique
de reprendre l’initiative face
au marché. Et notamment
de soumettre la Banque centrale européenne, aujourd’hui soumise
aux injonctions du FMI.
Entretien réalisé par Lina Sankari