Castellani, notre collaborateur, revient sur la tenue de la prochaine rencontre interreligieuse à Assise. Il développe une approche très originale sur la question. 

-------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les rencontres d’Assise font couler beaucoup d’encre. Elles mettent des catholiques mal à l’aise : des simples fidèles, mais aussi des personnes formées au droit et à la théologie. Rome, qui connaît leurs objections, ne juge pas devoir infléchir sa politique, et explique inlassablement qu’il ne s’agit pas de tentatives de syncrétisme mais d’actes visant à rapprocher les cœurs des hommes : « heureux les artisans de paix ».

 

Les ennemis d’Assise ne veulent pas entendre l’explication. Pour eux, la paix du Christ est une paix surnaturelle, fondée sur la foi et la charité. Leur objection, vraie en ce qu’elle affirme, est fausse en ce qu’elle omet : il existe aussi une paix naturelle, qui est un bien, qui, comme tel, doit être recherché. Car, si la nature ne suffit pas au salut, s’il y faut la grâce, la nature sans la grâce est loin d’être corrompue en toutes ses opérations ; seul un janséniste peut prétendre le contraire.

 

La paix naturelle est donc bonne. Elle est bonne en soi. On peut toutefois la dire mauvaise par accident, parce que contraire à un catholicisme d’État, un régime de Chrétienté, le plus à même de servir à la gloire de Dieu et au salut des hommes. Dans l’absolu, une paix naturelle ne favorisant pas la paix surnaturelle (et donc la conversation au Christ) est un mal relatif. Aussi, pour autant que le rétablissement de la Chrétienté soit réellement possible, ait une réelle chance de succès, la guerre civile peut s’en trouver justifiée. Et peut-être, dans un futur lointain, Rome réappelera aux armes. Mais en l’état, relativement aux circonstances de temps et de lieu, l’établissement d’un régime de Chrétienté est impossible ; il faut en prendre acte. Et parce que cette impossiblité factuelle neutralise la malignité accidentelle de la paix naturelle, il n’est plus de circonstances interdisant de la rechercher comme un bien.

 

Au regard des circonstances actuelles, il n’y a pas à refuser la paix naturelle au nom de la paix surnaturelle. Il en irait aurement si le régime voulait nous forcer à apostasier. Là, nous n’aurions pas à chercher la concorde civile : nous aurions à accepter la discorde. Et – sauf à pouvoir renverser le régime – à accepter d’être persécutés, à l’image des saints martyrs d’autrefois. Selon les circonstances, le saint égorge (croisades, inquisition) ou se fait égorger (martyrs du paganisme).

 

Prétendre rétablir le modèle d’Ancien Régime, c’est très joli sur le papier, mais totalement déconnecté des réalités politiques contemporaines. Il n'y a certes pas à se détourner de l'idéal de Chrétienté - qui reste suprêmement désirable -, mais il faut être pragmatique. L’apostasie des nations anciennement chrétiennes est un fait, comme l’est l’arrivée en masse de populations musulmanes. Dans le processus de globalisation et de mondialisation, les sociétés sont de plus en plus métissées. Elles sont aussi de plus en plus interconnectées. Cette figure de la post-modernité légitime la recherche d’une paix purement naturelle, dont les rencontre d’Assise se veulent le messager. Le refus d’Assise est donc fautif. Fautif, puisqu’en dissentiment au magistère pour une raison erronée : nos amis d'Écône méconnaissent le poid des circonstances dans l’appréciation de la moralité du fait. 

 

Que certains scandales objectifs particulièrement graves aient accompagné les premières réunions d’Assise, tel l'encensement du Bouddha sur un autel consacré ; que d'autres, tels l'ignominieux baiser du Pape au Koran ou les professions réitérés de la chahada par le Primat des Gaules, aient contribué à troubler gravement et durablement la juste compréhension du fait d'Assise, ne me semblent pas obliger à modifier l'analyse théologique d'Assise qui vient d'être faite.

 

J'espère par cette explication avoir montré Assise ne pas s'opposer pas à la Tradition : c'est selon les circonstances que le saint égorge ou se fait égorger.


Rédigé par Julien Gunzinger le Mercredi 27 Juillet 2011 à 18:36 | Commentaires (16)

Profil
Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien

"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



Galerie

RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile