Les enjeux et le contenu de la réforme de la santé aux USA. Article de synthèse

Les informations contenues dans cet article sont extraites du site de Solidarité et Progrès
( http://www.solidariteetprogres.org/) et du salon Beige ( http://www.lesalonbeige.blogs.com/).




référence de l'article du Daily Telegraph cité dans le courrier de lecteur du QJ au sujet du système de santé anglais NICE:

http://www.telegraph.co.uk/comment/letters/6133157/Dying-patients.html




Sabrer dans les dépenses de santé


Le 12 juin Barack Obama s’est rendu à Green Bay pour promouvoir sa réforme. Il a pris parti pour des coupes claires dans les programmes Medicare et le Medicaid (les assurances médicales publiques pour les retraités et les démunis). Il s’est aussi prononcé pour la réduction des remboursements de frais aux hôpitaux et a dit être favorable à l’élimination des soins, médicaments et actes jugés « non nécessaires ». Obama a ainsi vigoureusement dénoncé l’excès des dépenses de santé: « C’est intenable, c’est inacceptable, et je ne le permettrai pas en tant que Président des Etats-Unis ».
Il a soutenu que les dépenses de Medicare et Medicaid devaient être réduites entre 9 et 10%, soit plus de 600 milliards de dollars sur dix ans, et plus d’un milliard au cours de la première année. Le lendemain dans un discours à la radio il a augmenté de 313 milliards de dollars la somme des réductions nécessaires, portant le total à 950 milliards. Le 2 juillet l’administration Obama a présenté, en présence de deux membres de la Commission bancaire, sa « réforme » du système de santé, pour tenter de convaincre la population. Des journalistes de l’hebdomadaire Executive Intelligence Review ont pu intervenir et interroger les représentants de l’administration Obama. Ainsi après que la présidente du CEA, Christina Romer, se soit efforcée de convaincre que la réforme, en réduisant de 1,5%, la croissance des dépenses, allait permettre d’offrir une couverture médicale aux 46 millions d’Américains sans couverture actuellement, Paul Gallagher, de l’EIR a interpellé le chef l’Office of Management and Budget de la Maison Blanche, Peter ORSZAG : « Vous annoncez des coupes et des économies dans toutes les branches. Vous avez même dit qu’un bon tiers des dépenses médicales sont du pur gâchis et devraient être éliminées. Cependant, vous affirmez que les HMO resteront seuls maîtres à bord. C’est pourtant elles qui sont à l’origine du surcoût et du gâchis. En outre, alors que vous prétendez ne pas faire de coupes claires, vous vous référez à l’organisation britannique NICE, qui proclame qu’il y a des vies qui ne méritent pas d’être vécues car elles ne sont plus "rentables". Pourquoi ne pas se débarrasser des HMO ? (* en fin de sujet)»
M. Orszag répondit en confirmant que le plan prévoit de couper 30 % des dépenses de santé que les « experts » considèrent peu efficaces ou « superflues », donnant ainsi raison à Gallagher.
Ainsi la réforme d’Obama consiste à couvrir plus d’individus à moins de moyens. Il s’agit en fait économiser sur les soins des personnes considérées comme inutiles ou superflues, donc à faire payer les vieux de leur vie. Voici comment le quotidien Politico, distribué gratuitement dans tout Washington, présente, par la bouche de l’ancienne lieutenant-gouverneur de l’Etat de New York, Betsy McCaughey ,cette politique de triage humain. Selon elle la section 1233 du projet de loi Obama contraindra les assurés du programme Medicare (les plus de 65 ans et les malades chroniques) a se soumettre, tous les cinq ans, à une consultation sur la fin de vie. « Bien que le projet de loi présente cela comme un "service" de Medicare, lorsqu’un docteur ou une infirmière vient voir une personne âgé en mauvaise santé pour soulever ce sujet, ce n’est pas vraiment lui rendre service. Cela s’appelle plutôt faire pression sur les gens. Je ne voudrais pas que cela arrive à mes parents lorsque je ne suis pas avec eux. »
Barack Obama s’est expliqué en ces termes à l’association des retraités américains (AARP). « J’espère que ceux qui voterons le projet de loi sur la santé lirons attentivement chaque page, lui a demandé quelqu’un dans l’assistance. J’ai entendu dire que toutes les personnes éligibles pour Medicare recevront une visite pour décider comment ils veulent mourir. Cette clause me dérange profondément et je voudrais que vous me promettiez qu’au final elle ne figurera pas dans la loi. » Obama répondit alors : « Je vous garantis avant tout que nous n’avons pas assez d’employés gouvernementaux pour aller voir tout le monde et leur demander comment ils veulent mourir. » Il soutint alors que la clause ne figurait pas dans le projet de loi. Mais le modérateur le contesta lui faisant observer que la clause était partie intégrante du projet de loi et qu’elle semblait dire que « tous les cinq ans, on vous dira comment vous pouvez mourir » .Obama ne trouva rien d’autre à ajouter que « ce serait un peu morbide ».
Dans cette section du projet de loi, qui a pour nom « Consultation pour la planification des soins anticipés », on peut lire au paragraphe E que ces consultations comprennent « une explication par le praticien du continuum des services de fin de vie et des supports disponibles, dont les soins palliatifs et les hospices, et des avantages qu’ils procurent sous ce titre ». de plus, la loi oblige à raccourcir le délai de cinq ans dès lors que « l’état de santé de la personne change, ce qui inclut le diagnostic d’une maladie chronique, progressive, incurable, limitant l’espérance de vie ou déjà en phase terminale, ainsi qu’un accident où le pronostique vital est réservé, ou lorsque la personne est admise dans un centre de soins médicalisé, ou de long séjour ou bien à l’hospice. »
Dans un article datant du 31 janvier 2009 du journal médical anglais, The Lancet, intitulé « Les critères définissant l’attribution des traitements médicaux devenus rares », Ezekiel Emmanuel, principal conseiller d’Obama pour les questions de santé, développe la philosophie de son système de remboursements de soins répondant au nom de: « Système de vies complètes » (Complete lives system). Deux mois après la publication de cet article, Obama affectera Emmanuel à sa réforme de santé en le faisant intégrer le Conseil fédéral de recherches en coûts comparatifs.
Voici ce qu’écrit Emmanuel dans cet article « Lorsqu’il est appliqué, le ‘Système des vies complètes’ engendre une courbe dans laquelle les individus âgés de 15 à 40 ans ont les plus grandes chances, alors que les plus jeunes et les plus âgés, voient leurs chances diminuées. » Ceci peut être justifié par l’opinion publique car « un large consensus favorise les adolescents sur les jeunes enfants, et les jeunes adultes par rapport aux personnes très âgées ».
« Une attribution stricte en faveur des plus jeunes, orienterait les ressources rares principalement vers les enfants. Cette approche ne semble pas correcte. La mort d’une femme de 20 ans est intuitivement pire que celle d’une petite fille de 2 mois, même si le bébé a vécu moins longtemps. La personnalité de la femme de 20 ans est beaucoup plus développée que celle de l’enfant ; elle a bénéficié de l’investissement des autres pour entamer des projets qui n’ont pas encore abouti. (…) Les adolescents ont reçu une éducation et des soins parentaux substantiels, des investissements qui seraient gâchés sans une vie complète. Par contraste, les enfants n’ont pas encore bénéficié de tels investissements. (…) Lorsqu’un très jeune enfant meurt, c’est terrible ; mais la plupart des gens pensent que lorsqu’il s’agit d’un enfant de trois ans, c’est pire, et pire encore, lorsqu’il s’agit d’un adolescent. »
Emanuel répond également aux accusations portées contre son système par John Grimley Evans dans le British Medical Journal du 15 mars 1997. Evans qualifiait déjà de fasciste de telles pratiques. Evans écrivait :b[« Des sondages en Grande Bretagne montrent que les vieilles personnes sont perçues très largement comme ayant une valeur sociale moindre que les jeunes. (…) Certains chercheurs suggèrent que les opinions révélées par ces sondages devraient être considérées comme une base valable pour rationner les services de santé. (…) Nous ne devrions pas créer, sur la base de l’âge ou d’aucune autre caractéristique, dont les individus n’ont aucun contrôle, des classes de « sous-hommes » [Untermenschen], dont les vies et le bien-être, ne méritent pas la peine qu’on y dépense trop d’argent »]b.
Emmanuel se défend de partager de telles positions en répondant “qu’en dernière analyse, le “système des vies complètes” ne crée pas des ‘classes des ‘sous-hommes’ dont il est estimé que les vies et le bien-être ne méritent pas qu’on y dépense de l’argent’ ; simplement, il nous donne pouvoir pour décider, de façon juste, qui nous sauverons lorsque une pénurie rend le sauvetage de tout le monde impossible ». Malgré la dénégation du principal conseiller de Obama en matière de santé, nous sommes bel et bien, avec les inspirateurs de la réforme de Obama, en présence d’une structure de pensée totalitaire qui emprunte aux expériences nazis les pires orientations. Lorsque on en appelle aux sentiments de l’opinion pour évaluer le degré de valeur d’une vie une humaine, c’est que, comme le dénonçait Jean Paul II, le totalitarisme est à la porte. "Le totalitarisme naît de la négation de la vérité au sens objectif du terme : s’il n’existe pas de vérité transcendante, par l’obéissance à laquelle l’homme acquiert sa pleine identité, dans ces conditions, il n’existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. Leurs intérêts de classe, de groupe ou de nation les opposent inévitablement les uns aux autres (...)Une démocratie sans valeur se transforme facilement en totalitarisme déclaré ou sournois" (Jean-Paul II in Centesimus annus). »
En effet appelant ce système « Principe raffiné d’allocations de cycle de vie », Emanuel défend que les personnes âgées de 13 à 40 ans sont prioritaires, leur vie ayant une valeur plus grande compte tenu du fait que les plus âgés ont déjà davantage profité de l’existence et que les plus jeunes n’ont pas encore fait l’objets de nombreux investissements.
Le dégoût que de telles propositions inspire traverse naturellement tous les clivages politiques. C’est lui qui est en train de fédérer l’opposition à la réforme de santé de Obama. Ainsi Lee Siegel, l’un des plus brillantes plumes de la gauche new-yorkaise considère également que le projet d’Obama a une portée euthanasique.
b[« Pour ceux d’entre nous qui croient que l’absence d’une couverture médicale universelle est une honte absolue pour les Etats-Unis, le spectacle de ceux qui s’opposent à la réforme de la santé proposée par Obama parait venir tout droit d’Alice aux pays des merveilles et nous met en colère – sauf que sur un point, les critiques ont parfaitement raison. Un des dispositifs des lois élaborées : envisager positivement l’imposition de limites aux soins en fin de vie – est moralement révoltant. Et surtout aide à tuer la réforme elle-même.
« Détrompez-vous : définir quel type de soins sont [des dépenses]"rentables" (cost effective) ou "pas rentables" pour une personne en situation de fin de vie est une des priorités d’Obama. C’est une des principales façons avec laquelle il compte faire des économies et rendre la couverture universelle abordable. »]b Siegel souligne qu’Obama envisage bel et bien la création d’une agence constituée de 5 experts qui devront agir en ce sens (** en fin de sujet). « C’est le cauchemar d’un gouvernement oppresseur, ce fameux Big Brother au sujet duquel les propagandistes malins de la droite nous ont cassé les oreilles. Sauf que cette fois-ci, ils ne se trompent pas. »
Siegel sensibilise ensuite au fait que ce seront les pauvres et les vulnérables – ceux à qui Obama prétend vouloir rendre service – qui seront les victimes mortelles de la privation de soins. Ces catégories de populations « seraient les seules auxquelles on interdira l’accès aux technologies coûteuses capables de prolonger la vie. Les riches arriveront toujours à se les payer… Ces technologies pèsent lourd sur les finances ? Alors, faisons des économies ailleurs ».
Siegel s’interroge : « D’où Obama vient-il ? Pourquoi un homme d’apparence aussi humaine peut-il envisager une initiative utilitariste venue directement de l’Angleterre victorienne ? » Il rappelle alors que Obama a été formé à l’université de droit de Chicago dont la figure de proue était Richard Posner, b[« Le juge Posner est un chaud partisan de l’euthanasie et un eugéniste énergique. Il a écrit sur les conceptions d’Oliver Wendell Holmes sur l’eugénisme et sur le fait qu’Holmes croyait qu’une société juste "évitait le maintien [en vie] des inaptes" — et qu’on devrait considérer "l’enthousiasme de Holmes [pour l’euthanasie] plutôt comme une prescience que comme l’opinion d’un dépravé" ».]

La réforme de la santé soumise aux impératifs de Wall Street

Tim Geithner, Secrétaire au Trésor des États-Unis, fut l’invité de l’émission This Week animé par Stephanoupoulos. Lorsque ce dernier aborda la question du déficit budgétaire, Geithner répondit que « notre première priorité cependant, c’est de remettre l’économie sur les rails, et d’assurer que le système financier soit réparé. Sans cela nous n’allons pas surmonter le déficit. (…) Et le chemin vers la responsabilité fiscale, le chemin incitant le pays à ne pas vivre au-dessus de ses moyens ne passe pas seulement par la réforme de la santé. Afin de réduire les coûts, nous allons faire un tas d’autres choses. Et cela sera un sacré défi pour ce pays… » Il « n’y a pas d’autre choix ». « Les gens doivent comprendre que pour que l’économie retourne à la croissance, il va falloir réduire ces déficits. Et cela sera difficile et difficile à accomplir. Et le chemin pour y arriver passe par la réforme de la santé. »
Dans l’émission Meet the Press Larry Summer, l’homme de Wall Street, conseiller économique national de la Maison blanche, confirma en affirmant que « La question de la santé est la question centrale pour toute politique de réduction budgétaire à long terme ».



Conclusion : article du 24 août de solidarité et progrès :



Que propose donc la réforme Obama ?

Contrairement à ce qu’on en dit, le but de cette réforme n’a jamais été d’accorder à la majorité des Américains un accès adéquat aux soins. Si Obama répète qu’il veut donner une couverture maladie aux 47 millions d’Américains qui en sont dépourvus, il a aussi stigmatisé les programmes de santé publics destinés aux personnes âgées, aux malades chroniques, aux handicapés et aux pauvres : « la cause première de notre déficit public est l’explosion des coûts de Medicare et Medicaid », mais pas un mot sur Wall Street. Déjà, dans le budget 2010 présenté le 26 février par le chef de la Gestion et du Budget à la Maison Blanche, Peter Orszag, la Présidence annonçait 300 milliards de coupes budgétaires dans les dépenses de santé publique, grâce à la mise en place d’un système informatique d’« e-records » compilant les données médicales et personnelles des patients et indiquant au médecin le traitement le mieux adapté. Selon Orszag, ce système servirait à éliminer les procédures « non nécessaires ». Mais selon quel critère veut-il les choisir ?
A la recherche de « efficacité comparative »
Obama est entouré de conseillers « comportementalistes », qui utilisent l’étude des comportements animaux afin de domestiquer politiquement la société humaine. Avec eux, une vie humaine peut donc tout à fait être réduite à une question comptable. Ils ne se considèrent pas plus responsables de la vie humaine que de celle d’un animal. Si, pour le bien du troupeau, il faut abattre quelques têtes, aucun problème éthique, c’est une question objective.

Dans le plan de relance de la nouvelle administration adopté en février, cette clique a obtenu 1,1 milliard pour la création d’un Conseil fédéral sur la recherche en efficacité comparative (FCCER), chargé de préparer la réforme.
Pour comprendre ce qu’est la méthode d’efficacité comparative, il faut aller en Grande-Bretagne, où le gouvernement Blair en a fait sa doctrine. Créé en 1999, le programme NICE promulgue les interdictions de soins selon le profil personnel. Le fonctionnement est très simple : si un alcoolique a besoin d’une greffe de foie, on la lui refusera car on ne peut être sûr qu’il ne recommencera pas à boire. Mieux vaut économiser l’argent et le foie pour des personnes qui en valent le « coût ».
Peter Orszag revendique ouvertement l’efficacité de cette méthode, que l’on appelle QALY et qui consiste plus généralement à rationner les soins en fonction du nombre d’années en bonne santé qu’il vous reste à vivre. Voilà ce que les « e-records » seront chargés de dire aux médecins : tel ou tel traitement est trop coûteux pour un malade chronique, une personne âgée, un obèse ou un fumeur.
Le problème c’est qu’Obama baigne dans ce milieu depuis l’université. Le 3 mai dernier, dans une interview au New York Times, le Président parlait de « l’importance d’utiliser les études sur l’efficacité comparative afin de ralentir les dépenses », évoquant « les études objectives faite par des gens qui s’y connaissent en la matière ». L’un de ces fins connaisseurs, et conseiller spécial de la Maison Blanche sur la Santé, n’est autre que le Dr Ezekiel Emanuel, membre du collège d’expert du FCCER, qui expliquait dans un article de 1996, que « les soins fournis aux individus qui ne peuvent plus, de manière irréversible, être ou devenir des citoyens participatifs, n’ont rien de fondamental et ne doivent pas être garantis. Un exemple évident est la non garantie des soins aux patients atteints de démence. » Comme dans l’Allemagne de 1939, il s’agit de se débarrasser des « bouches inutiles » et des improductifs.

Les « tribunaux de la mort »


Pour appliquer ces méthodes et garantir les coupes budgétaires prévues, la Maison Blanche a fait de la création d’un Comité indépendant d’experts médicaux (IMAC) l’enjeu essentiel de sa réforme. Le 22 juillet dernier, lors de sa conférence de presse télévisée, Obama a appelé à cinq reprises à l’établissement d’un tel comité, que LaRouche qualifie de nouveau T-4, en référence au décret sur l’euthanasie signé par Hitler en septembre 1939 (voir encadré). Si Obama est désormais obligé de dire et répéter qu’il n’y aura pas de « tribunaux de la mort », il en a pourtant reconnu et souhaité la vertu anti-démocratique : « Les malades chroniques et les patients en fin de vie sont potentiellement responsables de 80% des dépenses de santé (…) Il y aura un débat démocratique très difficile. Il est très difficile d’imaginer que le pays puisse prendre ce type de décision par les voies politiques normales. C’est pourquoi il faut avoir des groupes indépendants qui puissent nous guider », a-t-il déclaré le 3 mai dans le New York Times. Début août, 75 députés des deux partis ont écrit à la présidente de la Chambre pour lui signifier que le projet IMAC était inacceptable et conduirait à la mort du projet de loi.

Euthanasie ou simple incitation à mourir ?

Les partisans de la réforme ont qualifié de « fantasque » la préoccupation exprimée par les citoyens dans les Town hall meetings, au sujet de l’euthanasie. Les Américains ne s’y sont pourtant pas trompés. L’article 1233 du projet de loi, intitulé « Consultation pour la planification des soins anticipés », promet aux plus de 65 ans couverts par Medicare (souvent les plus pauvres et les plus malades), ainsi qu’aux malades chroniques, une visite médicale quinquennale remboursée pour se faire expliquer les procédures de fin de vie et les inciter à signer une déclaration de refus de soins. De surcroît, la loi oblige à une nouvelle visite dès lors que serait diagnostiquée « une maladie chronique, progressive, incurable, limitant l’espérance de vie ou déjà en phase terminale, ainsi qu’un accident où le pronostic vital est réservé, ou lorsque la personne est admise dans un centre de soins médicalisé, ou de long séjour ou bien à l’hospice. » Il s’agit donc de harceler les vieux jusqu’à ce qu’ils meurent pour les inciter à en finir plus vite, au nom de la « responsabilité fiscale » qu’Orszag veut d’ores et déjà étendre au système public de retraite.

Un corporatisme à la Cheney

A cela viennent s’ajouter les révélations sur les accords secrets entre la Maison Blanche et les géants pharmaceutiques et compagnies d’assurance maladie privées, qui ont mis la gauche du Parti démocrate en colère, après huit années de ce corporatisme. Le 4 août, le Los Angeles Times a révélé la nature de ces accords conclus entre février et juin, après vingt-sept réunions secrètes entre le cabinet d’Obama et ces lobbies : plafonner à 80 milliards de dollars sur 10 ans les économies réalisées sur les dépenses de médicaments (alors que dans le même temps, le lobby pharmaceutique en vendra pour 3600 milliards de dollars) tout en refusant à Medicare le droit de négocier les prix ; et la garantie donnée aux assureurs qu’ils continueront à toucher au moins 25% du coût total de la facturation pour leurs « frais administratifs ». En retour, l’organisme qui fédère les compagnies pharmaceutiques, PhRMA, s’est engagé à financer pour 150 millions de dollars de spots publicitaires pro-réforme. On voit que malgré le départ de Bush et Cheney, la Maison-Blanche est restée (pour l’instant…) la courroie de transmission de ce qu’il convient d’appeler le fascisme financier.
Voilà pourquoi les citoyens américains se révoltent. Non seulement il devient impossible de vivre dignement aux Etats-Unis, mais de plus, le gouvernement veut exterminer les plus faibles afin de servir les intérêts de Wall Street et de la City de Londres. Le véritable programme confié à la présidence Obama par ses commanditaires financiers n’aura pas tenu longtemps sous le vernis orwellien de l’Obamania (cf. Quand Terra Nova francise l’obamania). Plutôt que de commenter et feindre de ne pas comprendre ce qui se passe outre-Atlantique, les responsables politiques français feraient mieux d’abandonner le costume de la complaisance. Avec un chômage réel excédant les 4 millions, une pauvreté touchant plus de 8 millions de Français, des collectivités locales aux abois, des finances publiques en détresse, des agriculteurs et de ouvriers en colère, des bonus qui se distribuent là où des claques devraient l’être, personne n’est à l’abri des coups. Les élites parisiennes qui traitent les prises d’otages de patrons comme des épiphénomènes sociologiques pourraient bientôt sentir le goût de la pique. Nous ne sommes pas obligés d’en arriver là, mais tous ceux qui ont eu vent des mises en garde lancées par Jacques Cheminade depuis sa campagne présidentielle de 1995 et connaissent l’alternative qu’il a avancée, ne pourront pas dire qu’ils n’avaient pas été prévenus.

Obama ressuscite le T-4 d’Hitler

Le Comité indépendant d’experts médicaux (IMAC), composé de cinq experts nommés par le Président, échapperait à la supervision du Congrès et serait chapeauté par un actuaire dont la mission sera de « faire plier la courbe des dépenses ». Peter Orszag a reconnu que ce comité s’inspirait directement du programme britannique NICE, qui interdit les traitements onéreux aux personnes dont l’espérance de vie ne semble pas optimale.
En 1939, Hitler demanda à son ministre de la Santé de « faire certaines économies sur les dépenses hospitalières ». Le 1er septembre, le chancelier allemand rédigea le décret sur la « destruction des vies sans valeur » : « Le Reichsleiter Bouhler et le docteur en médecine Brandt ont la responsabilité d’étendre les attributions de certains médecins désignés nominativement. Ceux-ci pourront accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon le meilleur jugement humain disponible de leur état de santé. »


[*] Instauré en décembre 1973 sous l’administration Nixon, le système HMO (Health Maintenance Organization) visait à limiter les dépenses de santé tout en confiant la gestion, et donc le profit, aux assureurs privés. La rationalisation stricte des procédures médicales, visant à diminuer le nombre d’actes et donc les dépenses, a conduit à l’exclusion de millions d’américains du système d’assurance maladie. D’autre part, on estime qu’entre 30 et 50% du montant totale des dépenses de ce système sont dû aux frais d’administration privée (procédures administratives plus les salaires et les bonus des cadres exécutifs). Instaurée en 1946, la loi Hill-Burton était destinée à procurer les fonds nécessaires pour que chaque État atteigne 4.5 lits d’hôpitaux pour 1000 habitants. L’objectif fut finalement atteint en 1975, avant que le système dérégulé des HMO ne fasse le travail inverse, ramenant le nombre de lit à 3 pour mille aujourd’hui, avec 2000 hôpitaux de moins qu’en 1975.

[**] C’est la proposition de projet de loi du démocrate Jay Rockefeller qui préconise la création d’un haut conseil médical indépendant (Independant Medical Advisory Committee ou IMAC) qui, supplantant en cela le Congrès, fixera les enveloppes budgétaires à respecter et l’allocation des soins. Obama y voit un moyen excellent pour « trouver de l’argent ». Il a même déclaré que, pour lui, IMAC doit opérer comme un « MedPAC on steroids », c’est-à-dire comme le directoire qui conseille actuellement le Congrès sur les besoins de financement de Medicare (l’assurance maladie pour les personnes de plus de 65 ans), mais « dopé aux hormones » et contrairement à MedPAC, sous le contrôle direct de l’Exécutif.



Rédigé par Julien Gunzinger le Samedi 12 Septembre 2009 à 19:05 | Commentaires (0)